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Nietzsche et la biologie

4 participants

descriptionNietzsche et la biologie - Page 3 EmptyRe: Nietzsche et la biologie

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friedrich crap a écrit:
Pardonnez-moi Liber, mais j'avais crû comprendre que vous me renvoyiez à Schopenhauer pour la fondation du concept de volonté de puissance, et en particulier à la Naissance de la tragédie, et vous semblez concéder maintenant que ce n'est plus la même volonté de puissance...

Nietzsche a commencé par la Volonté (avec un V). Quand a t-il ajouté le complément "puissance" ? J'avoue ne pas le savoir avec précision. Peut-être ne voyons-nous ce mot employé de façon nette, revendiqué pour tel, que dans Par delà Bien et Mal, où il est associé à d'autres termes qui décrivent les résultats concrets de la puissance (chez l'homme) : esclavage, exploitation, assujettissement. Nietzsche s'est alors considérablement écarté de Schopenhauer et de sa philosophie de la pitié. La puissance est maintenant une composante essentielle de l'éthique nietzschéenne, la pitié un grave défaut, la force qui écrase une prérogative et une qualité de l'homme fort pour qui le faible n'est plus qu'un moyen. C'est par cette porte que Nietzsche fait entrer la puissance. Il ose envisager la Volonté schopenhauérienne (ce monstre tyrannique qui se contemple dans un univers souffrant) comme une chance, la "douleur des mondes" comme un bienfait. A l'époque de Naissance de la tragédie, Nietzsche pense encore que la Volonté est un malheur, qu'elle ne se combat que par un narcotique, la musique, singulièrement celle de Wagner. C'est cela qu'il regrettera le plus, avoir pris la musique comme un remède à la vie, sous l'influence du maître de Bayreuth. Libéré de l'orbe de Wagner et conscient des lacunes du système de Schopenhauer, poussé par ses études historiques sur les Grecs présocratiques et socratiques, il diagnostiquera une maladie de la civilisation. Le remède sera alors... Zarathoustra.

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Liber, votre dernière intervention me convient très bien, je ne voyais pas les choses autrement. Cependant si la description des symptômes de la maladie de la civilisation est effectivement le fait d'un médecin qui se penche sans simulacre au chevet du patient, en revanche le remède administré oscille entre le remède de cheval, le placebo et la maladie nosocomiale !

Si j'interroge le concept de volonté de puissance, notamment dans son ancrage biologique, c'est que le principe actif de la pharmaceutique nietzschéenne me paraît relever du médiator ! J'interroge donc le principe actif pour tenter de cerner d'où il sort. Je comprends que pour vous, c'est l'observation de l'homme qui le guide. Vous avez compris que je soutiens une autre thèse : les lectures et annotations de Nietzsche, ses brouillons et écrits posthumes, plusieurs aphorismes ou sentences relevés par Richter (ou Fouillée) dans les livres de Nietzsche publiés, montrent une pensée non seulement en gestation mais aussi une pensée qui se réclame régulièrement de l'objectivité et des faits scientifiques. Je plaide donc pour dire clairement que le concept de volonté de puissance forgé par Nietzsche n'est pas acceptable dans un éventuel fondement biologique et qu'il frappe de "nietzschéomorphisme" à peu près tout ce qu'il touche, y compris dans la sphère humaine.

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Claire Richter, Nietzsche et les théories biologiques contemporaines, Chapitre III : L'hérédité des caractères acquis.

C'est le chapitre le plus faible jusqu'à présent du point de vue scientifique, non seulement du côté de Nietzsche mais aussi du côté de l'auteur, qui certes écrit et pense en 1911, mais qui semble accepter que bien des composantes du caractère humain puissent se transmettre de manière héréditaire ! (et "héréditaire" au sens de biologique, pas au sens de l'éducation reçue ! Il est vrai que la génétique des petits pois en est à ses balbutiements - Mendel meurt en 1884).

On y apprend tout de même que Nietzsche considère la réflexion sur les caractères acquis comme l'une des plus essentielles (p. 96). Nietzsche constate que chaque instinct s'hérite longtemps après qu'il a cessé d'être condition de vie (ou d'être un avantage pour la vie) (p. 99). Le problème commence avec la croyance de l'époque dans la transmission des qualités humaines (que Richter semble approuver). Nietzsche pense que les qualités humaines transmises sur plusieurs générations se transmettent comme instinct (p. 101). Mais ce n'est pas tout : il peut en être ainsi des capacités intellectuelles et même du talent, seul le génie faisant exception, Nietzsche parlant pour lui de "coups de dés heureux", comme chez Jules César. Et, bien sûr, il existe deux arts que l'hérédité a de plus en plus accrus : l'art de savoir commander et l'art de savoir obéir (p.105). S'en suivent quelques "horreurs" sur le tempérament non seulement des individus mais des peuples voire des races :

  • (p. 107) Pour Nietzsche notre tempérament ne serait pas autre chose que l'ensemble des jugements et des opinions de nos ancêtres, qui a été accumulé au cours des générations et qui nous a été transmis par hérédité.
  • (p. 107) Le mauvais tempérament, Nietzsche le considère comme la conséquence d'innombrables inaxectitudes logiques dont les ancêtres se sont rendus coupables tandis que les hommes de bon tempérament descendent de races réfléchies et solidaires, qui ont placé haut la raison.
  • (p. 108) Le pessimisme nous aurait été transmis par des peuples faméliques.
  • Et encore, un trait assez décisif pour comprendre la guerre menée sans merci par Nietzsche contre les valeurs morales dominantes : (p. 110) Nietzsche croit impossible qu'on puisse s'affranchir du caractère moral hérité de nos ancêtres.

Richter termine ce chapitre en pointant de nouveau que Nietzsche a évolué vers la fin de son œuvre sur cette question, souhaitant accorder bien moins d'importance à la question de l'hérédité. Certes, mais un peu tardivement à notre goût.

Au final, on comprend que si Nietzsche observant l'humain, les lignées historiques, les grands hommes, les peuples et leurs cultures, y a lu cette hérédité là, il ait ressenti le besoin de changer les valeurs et de bousculer les esprits de manière aussi radicale. On comprend aussi pourquoi il a condamné aussi facilement (et trop souvent) la faible humanité : la décadence, le rapetissement, la dégénérescence sont héréditaires donc inutile d'agir contre, plaider pour la suppression de ces tendances dans l'humanité lui paraissait plus sûr.

Un chapitre, je le répète, très faible d'un point de vue scientifique ou même critique, mais qui aide à comprendre que la confusion biologique/culturel de la notion d'hérédité à cette époque n'aidait pas à penser juste. Par ailleurs, on veut toujours appréhender le génie nietzschéen par son "second degré", son art des paradoxes et la puissance de sa pensée (capable de penser les contraires et la multiplicité des scénarios) mais il y a aussi un Nietzsche du premier degré, que le lecteur admiratif, parfois consentant, transpose au plus vite sur le second degré ou passe à la page suivante... Même dans une absence complète de clairvoyance sur ce chapitre, Claire Richter a au moins le mérite de nous rappeler, et le premier degré nietzschéen, et l'air du temps: plus tout à fait la phrénologie de l'individu, mais presque celle des peuples.

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Je trouve de l'intérêt à votre approche, mais il n'y a là rien de nouveau. Cela fait des lustres que j'associe Nietzsche et Gobineau, voir par exemple mon étude du Surhomme. Il serait trop facile de démontrer les erreurs scientifiques de l'époque, qui sont sans doute intéressantes pour l'histoire de la science, mais pas du tout pour étudier Nietzsche. Il vous suffit de feuilleter les premières pages de Janz ou de Andler pour y découvrir qu'il a toujours eu une très forte croyance dans l'hérédité, y compris pour lui-même et ses proches. C'est du reste ce que ne voient pas chez Nietzsche les chantres de l'individualisme qui croient que le philosophe les encourage dans leur voie libertaire.


Au final, on comprend que si Nietzsche observant l'humain, les lignées historiques, les grands hommes, les peuples et leurs cultures, y a lu cette hérédité là, il ait ressenti le besoin de changer les valeurs et de bousculer les esprits de manière aussi radicale. On comprend aussi pourquoi il a condamné aussi facilement (et trop souvent) la faible humanité : la décadence, le rapetissement, la dégénérescence sont héréditaires donc inutile d'agir contre, plaider pour la suppression de ces tendances dans l'humanité lui paraissait plus sûr.

Non, je ne comprends pas. :scratch: Vous ne donnez pas les causes qui ont amené Nietzsche à sa transvaluation. Si Nietzsche accorde autant d'importance à l'hérédité, c'est à l'instar de Gobineau, parce qu'il croit à l'existence des races nobles en amont de l'histoire et à leur disparition dans le temps présent. Il éprouve, ainsi que le Comte de Gobineau, une nostalgie très forte pour ces aristocrates. Il serait plus intéressant pour votre étude de chercher d'où cette admiration a pu lui venir.

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Liber, je n'ai pas prétention à faire apparaître du neuf. Afin de ne pas tout aborder à la fois, je m'en tiens au livre de Richter et au titre du topic que j'ai proposé : "Nietzsche et la biologie" afin de pouvoir interroger précisément ce rapport là. Comme vous l'avez constaté, je ne m'interdis pas de voir comment ce rapport a pu être tantôt déterminant, décisif, tantôt avoir exercé une influence mineure voire aucune influence sur les autres aspects de sa pensée. Je vous remercie de pointer régulièrement ce qui vous paraît inexact ou insuffisant dans mon propos. Je n'explique pas, en effet, le besoin de transmutation des valeurs en dénonçant le fourvoiement du "tout héréditaire" de l'époque et de la pensée de Nietzsche en particulier : mais tel n'était pas mon dernier objectif. Je soutiens que cette vision de l'hérédité induit Nietzsche en erreur ni plus ni moins que sur le regard qu'il porte sur "la faible humanité" et que cette erreur est décisive à mes yeux. Ce n'est pas le point fort de la philosophie de Nietzsche, je considère même que pas mal de choses s'en trouvent discréditées.

Par ailleurs, je ne vous surprendrai plus maintenant en vous rappelant que le Surhomme n'est pas ce qui me convainc le plus chez Nietzsche. J'ai besoin d'être convaincu en philosophie, et là, ce n'est pas du tout le cas. Une fois passée la première douche-lecture poétique du Zarathoustra, je suis mal à l'aise devant tant d'excès, d'"ampouleries", de faux paradoxes, de vérités trop souvent creuses que seule la verve haute rehausse parfois. Je ne souhaite pas engager une dispute sur la valeur du Zarathoustra : vous avez mon point de vue - trop rapide - car ce n'est pas le sujet qui me passionne et je respecte le vôtre (votre article, très juste, ne me fait pas changer d'avis).

Je préfère le Nietzsche généalogiste, voire "moraliste", en un sens si particulier, le Nietzsche éducateur, émancipateur, philosophe ! Le Nietzsche de la Naissance éventuellement... Mais ça s'arrête là me concernant.

Sur l'admiration de Nietzsche pour Gobineau et la noble aristocratie, je vous fais confiance, je n'ai pas encore rencontré ce sujet en effet, et je ne manquerai pas de le faire. Mais vous ne semblez pas exclure que mon hypothèse en rajoute un tant soit peu à la vôtre, même si vous estimez sans doute à juste titre que ma remarque/proposition ne fait pas "origine". En tout état de cause, l'admiration pour Gobineau et le regard porté sur les "basses hérédités" me paraissent assez complémentaires si je vous lis bien.
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