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Lire Kant.

5 participants

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Il ne parle pratiquement que de philosophie. Or, je l'avais achetée dans l'espoir de découvrir un homme derrière ses écrits.

Je comprends. Mais est-ce qu'au moins les idées exposées sont intéressantes ?

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aristippe de cyrène a écrit:
Je comprends. Mais est-ce que au moins les idées exposées sont intéressantes ?

Je n'ai jamais accroché à la philosophie kantienne, ses questionnements ne sont pas les miens. Je ne crois ni aux Lumières, ni à la morale, ni à Dieu, ce qui me place plutôt du côté des philosophes sceptiques, Schopenhauer par exemple. La correspondance est en revanche très intéressante pour les lecteurs de Kant, on peut y voir la maturation de sa première grande Critique, ainsi qu'un esprit universel qui répond à toutes sortes de questions que lui posent ses correspondants.

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Liber a écrit:
Je n'ai jamais accroché à la philosophie kantienne, ses questionnements ne sont pas les miens.
Je ne suis pas insensible à sa rigueur et à sa force intellectuelles. Devenir génial après la cinquantaine, c'est stupéfiant. Plus sérieusement, intégrer à la démarche philosophique la question des conditions de possibilité comme question fondatrice, c'est une entreprise à laquelle on doit beaucoup. Les "généalogistes" qui suivront, s'opposant à Kant et même le retournant, penseront à partir de là.

Liber a écrit:
Je ne crois ni aux Lumières, ni à la morale, ni à Dieu, ce qui me place plutôt du côté des philosophes sceptiques, Schopenhauer par exemple.
Je ne crois pas qu'on puisse vraiment parler de morale chez Kant. On le voit bien par exemple en lisant sa réponse à Benjamin Constant. Il conçoit une morale inconditionnelle, qui interdit toute casuistique, toute tergiversation, toute exception, parce que, comme telle, c'est une morale formelle, qui n'édicte rien, aucun acte précis. Les impératifs catégoriques ne sont pas des commandements, ni des lois. Kant refuse un quelconque rapprochement avec une philosophie du droit. Ses questions morales ne sont pas des questions juridiques. En effet, il se débarrasse de tous les mobiles des actions humaines. Bref, sa morale n'en est pas une parce que ce n'est pas une morale pratique ; c'est une raison pure pratique inconditionnelle, qui ne discute pas et avec laquelle on ne peut pas discuter. D'où ce côté inhumain, à l'opposé de la nature humaine, que ne supportait pas Nietzsche. A force de ne s'adresser qu'à l'humanité en chaque homme aussi bien qu'en elle-même, la personne kantienne, outre qu'elle porte bien son nom (il n'y a personne, aucune personne privée), s'interdit à elle-même d'être elle-même (un particulier, un individu), s'interdit une quelconque nature (un quelconque être ainsi), n'étant que la représentante de l'humanité. Pour Nietzsche (et pas seulement), c'est un enfer.


Dernière édition par Euterpe le Jeu 11 Aoû 2016 - 10:56, édité 1 fois

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Je ne crois pas qu'on puisse vraiment parler de morale chez Kant.

Ah bon !?

Il est vrai que ça reste une étiquette, mais j'ai toujours entendu que Kant était LE philosophe de la morale... Comme je l'ai dit, ce n'est qu'une étiquette pour le dire "en gros" mais tout de même, ceux qui disent cela se trompent-ils ?

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aristippe de cyrène a écrit:
Il est vrai que ça reste une étiquette, mais j'ai toujours entendu que Kant était LE philosophe de la morale... Comme je l'ai dit, ce n'est qu'une étiquette pour le dire "en gros" mais tout de même, ceux qui disent cela se trompent-t-ils ?

On le dit à défaut d'autre chose. On ne dispose d'aucun autre terme, ou bien de termes discutables. Mais Kant n'est pas le philosophe de LA morale, ou bien celui d'une morale transcendantale, au-dessus ou au-dessous de toute morale. Toute morale, par définition, est empirique. Pour le dire en d'autres termes, une morale semble chaotique à un esprit aussi ordonné que celui de Kant. Même la morale janséniste, pourtant connue pour ne pas vouloir souffrir d'exceptions, ne lui convient pas. Or toute morale, par définition, souffre d'exceptions. Kant forge quelque chose d'inconditionnel.

Sa "morale" est à deux étages, disons. L'étage des impératifs hypothétiques n'est pas moral, mais strictement téléologique, et conçu pour s'appliquer aux cas particuliers : à telle fin doit correspondre tel moyen. L'étage des impératifs catégoriques n'est pas plus moral, et n'est pas vraiment téléologique non plus (Kant n'y propose qu'une fin, quelle que soit mon action : l'universalité). Il ne formule aucun interdit, aucune prescription. Et pour cause, cela équivaudrait à entrer dans le particulier, donc dans les mobiles qui poussent les hommes à agir. On le voit avec la place que Kant accorde au bonheur. Il n'y a pas de concept possible du bonheur, parce que d'un homme à l'autre, il n'est jamais le même. La morale ne peut donc se proposer le bonheur comme fin. Elle est à elle-même sa propre fin.

Au total, Kant refuse de faire de la morale un ensemble de moyens en vue de fins qui, pour être générales, n'en restent pas moins particulières. La fin qu'il propose aux hommes est d'être moraux. Or aucune morale, à l'exception de celle de Kant, ne propose d'être "moral", mais d'obéir à la morale. Par exemple, je peux vouloir tuer ma mère, parce qu'elle refuse de m'acheter une boîte de bonbons ; mais je me retiens. J'obéis bien à la morale, mais mon mobile n'est pas nécessairement moral. Or Kant vise notre conscience, notre raison, pas la seule conformité de nos actes aux lois morales auxquelles nous les soumettons.
Ce que Kant ne voit pas, et que lui suggère pourtant Benjamin Constant, c'est qu'à la seconde même où je veux tuer ma mère, il est déjà trop tard pour vouloir appliquer à la lettre un quelconque impératif catégorique ; je ne suis plus dans le cadre de la morale kantienne, puisque cela équivaut ipso facto à ne pas considérer ma mère comme une fin, encore moins à agir comme si j'instituais une loi universelle, puisque je ne peux, au moment même où j'ai envie de la tuer, en faire une loi universelle, vouloir que tout le monde tue tout le monde. Qu'est-ce à dire ? Dans la morale kantienne, nous sommes tous d'emblée coupables. Qui diable, sauf un saint, pourrait, spontanément, immédiatement, naturellement, vouloir agir, à propos de tout et de n'importe quoi, comme nous y enjoint un impératif catégorique ?

Bien sûr, Kant savait bien que ses impératifs catégoriques impliquent un temps de réflexion. Ici, je simplifie les choses. Il n'empêche, pour appliquer à la lettre les impératifs catégoriques, il faut être converti, converti aux idéaux de la raison comme on est d'emblée converti à ses mobiles. Mais vouloir manger un pudding, c'est être immédiatement converti au mobile de son action. Le mobile lui-même est la conversion. Ce n'est pas le cas chez Kant, qui nous impose de n'avoir aucun mobile pour agir. Or ça me paraît impossible, ou fou.


Dernière édition par Euterpe le Jeu 11 Aoû 2016 - 11:01, édité 3 fois
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