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Lire Kant.

5 participants

descriptionLire Kant. - Page 12 EmptyRe: Lire Kant.

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Silentio a écrit:
Mais alors qu'est-ce que la CRpure ? Ne démine-t-elle pas le terrain de la métaphysique pour une métaphysique où la raison serait capable d'un bon fonctionnement ?

Kant voulait donner à la métaphysique la même solidité que la science, en évitant les voies sans issue où elle s'était complu jusque-là. Etant donné le piteux échec de cette entreprise, on peut dire qu'il a manqué de clairvoyance. Je pense que dès cette époque, il n'y a qu'en Allemagne où on croit encore dans la métaphysique.

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Il s'agit plutôt de comprendre le rapport entre l'existant et son savoir, ce n'est pas parce que Kant n'en parle pas que nous ne pouvons pas nous essayer à sortir l'impensé de sa philosophie et évaluer ce qu'implique de se projeter dans un tel système (même si lorsque je parlais des croyances je sortais volontairement du seul cas de Kant et énonçait quelle est ma vision des choses). Il y a bien un rapport avec la croyance puisque vous-mêmes vous référez au piétisme de Kant pour expliquer le cadre dans lequel il élabore sa métaphysique. C'est vrai que c'est ce que fait Weber dans son Éthique... mais ça ne se limite pas à la sociologie, la portée de l'entreprise est plus large puisque d'une certaine façon on étudie le contexte d'apparition d'un discours et ses conditions de possibilité. Un criticisme appliqué au vivant ? Un autre philosophe allemand en avait fait le cœur de son évaluation. Mais vous avez raison si vous voulez dire que l'on s'éloigne de Kant tel qu'il se comprend lui-même, on lui pose effectivement d'autres problèmes, mais il faut bien voir que nous ne pouvons avoir les mêmes que lui. Je ne me place pas ici dans l'étude stricte d'un auteur même si pour dialoguer avec lui et faire circuler les idées il faut aussi chercher à comprendre l'autre (c'est pourquoi mes premières interventions pouvaient sembler aller dans le sens de Kant sans que je tranche personnellement).

Quant au philosophe et à la philosophie, la dernière bien qu'issue du premier n'a pas à déboucher sur les mêmes choses dans tous les cas où le philosophe s'exercerait comme je l'entends puisque je ne fixe pas un contenu mais une démarche, qui d'ailleurs pourrait varier selon les contextes (mais pour moi cela commence avec toute ironie socratique et toute interrogation des évidences et fondements, c'est le cœur de l'acte philosophique passant de Socrate aux cyniques et sceptiques, aux stoïciens, à Pascal, au criticisme kantien, à Nietzsche, etc., avec plus ou moins d'intensité et selon différents projets qui adaptent la méthode ; je sais que vous trouverez ça fantaisiste en me disant que tout cela n'a rien à voir), c'est-à-dire que la méthode ne crée pas sa vérité mais est une manière de persévérer dans et vers l'inconnu au travers du connu. Après je me suis emballé en prescrivant un impératif, mais je ne l'ai pas fait intentionnellement. Me voilà pris en flagrant délit de vouloir tyranniser le réel sur la base de ma propre perspective.

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Silentio a écrit:
mais pour moi cela commence avec toute ironie socratique et toute interrogation des évidences et fondements, c'est le coeur de l'acte philosophique

Interroger, ou bien renforcer les évidences et les fondements. Il y a ceux qui affirment, Aristote par exemple, ou qui tentent une synthèse.

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Le but a toujours été d'établir la vérité, ou en dépit d'elle une vérité d'après laquelle vivre. Après il y a en effet des philosophes plus dogmatiques que d'autres et qui visent à fonder, prouver ou convaincre de leur vérité. Le cas de Kant est intéressant parce que même si on sait d'où il part et ce qu'il veut établir, eh bien il s'attache à démontrer les choses et à la limiter la connaissance théorétique dans un premier temps, allant même jusqu'à interdire la connaissance de la chose en soi ou de Dieu. Mais bien entendu il crée les conditions pour sa morale, ce qui peut faire dire que sa démarche était vicieuse ou que son moment critique était faux (d'où l'impression de s'être fait avoir puisque tout ce que Kant détruit dans la CRPure se retrouve bel et bien fondé en faisant intervenir la raison pratique). Personnellement c'est le Kant des conditions de possibilité qui m'interpelle, pas celui qui énonce sa vérité à laquelle se plier. Mais est-ce que l'on peut dire que ce dernier Kant devient dogmatique ?

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Silentio a écrit:
Le but a toujours été d'établir la vérité, ou en dépit d'elle une vérité d'après laquelle vivre.
Il y a bien longtemps que les philosophes ont renoncé à la vérité. On cherche désormais à comprendre, à interpréter (parfois jusqu'à l'hyper-rationalisme, comme on l'a vu dans l'histoire et les sciences sociales à une époque). Alors, en effet, on peut éventuellement parler d'une vérité vitale, à condition d'entendre ici que la vie est devenue le fondement de la philosophie post-kantienne ou post-hégélienne, dont Kierkegaard, Schopenhauer, Nietzsche et Marx sont les principaux représentants.

Silentio a écrit:
allant même jusqu'à interdire la connaissance de la chose en soi ou de Dieu
C'est une conséquence que vous tirez en l'interprétant. Mais Kant lui-même n'interdit pas la connaissance de la chose en soi et de Dieu, il établit seulement que la connaissance de la chose et de Dieu est impossible.

Silentio a écrit:
tout ce que Kant détruit dans la CRPure se retrouve bel et bien fondé en faisant intervenir la raison pratique
Plaît-il ?

Silentio a écrit:
Personnellement c'est le Kant des conditions de possibilité qui m'interpelle, pas celui qui énonce sa vérité à laquelle se plier. Mais est-ce que l'on peut dire que ce dernier Kant devient dogmatique ?
Kant n'énonce aucune vérité. Il est même le premier des philosophes à renoncer à la vérité (aux vérités de la philosophie). Après Kant, que diable reste-t-il à la philosophie, comme objet de connaissance possible ? Que reste-t-il d'autre qu'une métaphysique des mœurs (et non une philosophie morale), que reste-t-il d'autre que la philosophie normative (laquelle inclut toutes les sciences anthropologiques telles que Kant les définit, puisque les questions qui les fondent sont elles-mêmes fondées par la métaphysique des mœurs) ?

Le Kant dogmatique n'a jamais existé. Il ne peut pas y avoir un Kant dogmatique. C'est une impossibilité qu'implique son discours lui-même. Kant pourchasse implacablement le fanatisme. On oublie quasiment toujours le Kant libéral, pour ne se focaliser que sur le Kant autoritaire (le devoir). Or le simple fait d'affirmer qu'il n'y a aucun concept possible du bonheur devrait pourtant mettre la puce à l'oreille. De même qu'il explique en quoi et comment chacun se fait son idée du bonheur, que ce concept ne peut en être un précisément parce qu'on y peut mettre ce qu'on veut, de même il rend à chacun la liberté d'interpréter personnellement les questions théologiques. Il invite chacun à entrer en lui-même, sur ce point précis, précisément parce que, comme pour le bonheur, c'est une affaire privée. C'est une source négligée de son criticisme. Au total, ce qui prête le flanc à des interprétations multiples, ce qui interdit tout concept, et par conséquent toute universalité, Kant l'abandonne à la personne privée. Des personnes, il ne sollicite que ce qui appartient à l'humanité. C'est pourquoi il contrebalance ce qui ne concerne que la personne privée par un devoir impérieux auquel plus personne, en tant que représentant de l'humanité, ne peut échapper.

On croit souvent lire tout Kant en lisant la seule CRPure, quand sa structure même montre clairement que l'essentiel est ailleurs. Pour s'en apercevoir, il faut maîtriser ses deux préfaces.
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