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Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

5 participants

descriptionQuel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ? EmptyQuel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

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Quand on parle de penser par soi-même, on met en avant la faculté à remettre en question les affirmations, les dires d’autrui. C’est-à-dire, ne pas adopter une position morale ou philosophique simplement parce qu’une « autorité » (prof, culture/tradition, grands auteurs...) nous le dit.

C’est en effet un aspect des choses, un second aspect dont il est également question quelquefois, est de ne pas s’arrêter à une formulation minimaliste d’une idée sans faire l’effort de la creuser. Par exemple : « la religion est inutile, le mensonge est mal, etc. ».

Pour ma part, je pense avoir fait ces efforts, j’ai rarement accepté une idée, qu’elle me soit inculquée par quelqu’un ou qu’elle résulte d’une interrogation personnelle, sans la confronter à d’autres thèses. Et petit à petit je me suis construit une pensée « que je croyais personnelle ». Cela je l’ai fait sans étudier, ni m’arrêter sur les grands philosophes, théologiens, logiciens, etc. Mais, je me suis rendu compte que tout ce que j’ai pu penser, d’autres l’avaient fait avant moi et de bien meilleure manière. Ils en ont laissé des traces, une formalisation limpide qui souvent m’a permis de mettre des mots sur ce que je n’avais qu’effleuré de ma pensée ou de mes rêveries.

Bref, je me demande aujourd’hui ce que j’aurais à penser qu’un autre n’aurait pensé avant moi. Même si je n’arrive pas à adopter exactement la pensée d’un de ces grands « penseurs », je trouve en chacun d’eux une part de ma pensée. De plus, j’ai l’impression que chacun exprime à peu près les mêmes choses, simplement sous un angle de vue différent, mais ce n’est pas le sujet. Il en découle qu’aujourd’hui, lorsque je commence à réfléchir sur un sujet, je me demande à quoi cela peut bien servir, et je me dis que je ferais aussi bien de chercher ce qu’un autre a dit sur le sujet. Mélange de paresse, de modestie et peut-être de sous-estime de soi. Donc plutôt que de produire ma pensée, je finis aujourd'hui toujours par consulter ces autres qui formalisent pour moi ce que je pense. Mon travail n’est plus de penser, mais de faire le tri.

J’ai l’impression de ne plus pouvoir penser par moi-même, car je me dis qu’il n’y aura rien de neuf sous le soleil, que de toute façon ça ne sera jamais aussi élaboré qu’une Critique de la raison pure, qu’une méditation cartésienne, qu’une analyse sur les hypothèses mathématiques de Poincaré. S’il n’y a rien de nouveau à penser, ou en tout cas si je suis incapable d’avoir des pensées nouvelles, quel intérêt de penser par moi-même ?

Dernière édition par kerso le Jeu 18 Avr 2013 - 22:52, édité 1 fois

descriptionQuel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ? EmptyRe: Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

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Quel est donc votre objectif ? Parce que si c'est pour devenir le nouveau Kant du XXIe siècle, effectivement ça ne va pas être simple.

Si certaines de vos idées arrivent à recouper en partie celles d'illustres penseurs, vous pouvez déjà vous enorgueillir d'un tel résultat. Ceci ne fait pas de vous un génie, mais pour le moins ça devrait vous encourager. Alors bien sûr il y a de la frustration née de ce que l'on croyait être une création originale. Mais il faut en passer par là, et c'est aussi être lucide que de s'en rendre compte, en même temps que cela signifie grandir.
Vous faites bien de commencer ou de recommencer par lire des auteurs autorisés. Et qui sait si de cette base vous n'arriverez pas à avoir vos propres idées ? Kant a bien remercié Hume…
En tout état de cause, tout n'a pas été pensé. Il reste donc de la place parce que l'on ne peut pas épuiser ni l'existence, ni la pensée. Y arriverez-vous ? Là c'est un autre problème. Mais penser par soi-même n'est pas toujours (loin s'en faut) développer un système philosophique original. Ce peut être aussi une façon d'exprimer ce que vous avez intégré, dans le sens où vous n'êtes pas constitué uniquement d'une pensée, mais d'une pensée qui agit. Or cette pensée mise en situation débouche toujours sur des comportements, des actions et des jugements qui vont sensiblement s'éloigner de l'idée d'origine parce qu'elle se nourrit et se transforme par vos situations et vos réponses, qui ne sont qu'à vous. Ainsi, partout où il y a de l'action et de la vie, et parce que vous êtes une individualité, il y aura toujours quelque chose à dire en propre. Vivez, confrontez-vous, et à défaut de devenir Kant vous parviendrez à devenir vous-même. Ce qui n'est déjà pas rien.

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Vangelis a écrit:
Quel est donc votre objectif ? Parce que si c'est pour devenir le nouveau Kant du XXIe siècle, effectivement ça ne va pas être simple.

C'est une bonne question, quel est mon objectif ? En tout cas, non, il ne s'agit pas de devenir le nouveau Kant, il s'agit plutôt d'une quête personnelle et métaphysique. Comprendre le sens de la vie ("mon sens de la vie" ?)...

Vangelis a écrit:
Par contre puisque certaines de vos idées arrivent à recouper en partie celles d'illustres penseurs, vous pouvez déjà vous enorgueillir d'un tel résultat. Ceci ne fait pas de vous un géni, mais pour le moins ça devrait-vous encourager. Alors bien sur il y a de la frustration née de ce que l'on croyait être une création originale. Mais il faut en passer par là, et c'est aussi être lucide que de s'en rendre compte, en même temps que cela signifie grandir.
Peut-être que la manière dont j'ai exprimé les choses fait croire que j'ai un désir de gloire ou d'exceptionalité, mais ce n'est pas le cas.
Sur l'originalité des réflexions, autant j'ai mis en évidence que les miennes ne l'étaient pas, autant je ressens que celles que je peux lire des auteurs autorisés (pourquoi cet "autorisé" ?) ne le sont pas non plus. Ce qui est exceptionnel à mes yeux c'est la profondeur d'analyse et la faculté qu'ils ont à formaliser leurs pensées.
D'où ma question : à quoi bon penser par soi-même ? Ne vaudrait-il pas mieux se contenter de l'expression des pensées des autres ?
Petite digression, j'ai parlé à ce sujet de faire le tri, mais en fait, peut-on faire le tri ? Je disais me retrouver un peu dans chaque auteur que j'ai lu (enfin parcouru), et par conséquent il m'est difficile d'en rejeter un seul ou une seule pensée. Soit c'est la pensée elle-même qui me parle, soit c'est le fait qu'elle ait pu être pensée. Par exemple, je n'adhère pas à la démonstration de l'existence de Dieu de Descartes et pour autant son cheminement est parlant et l'idée d'une inspiration au-delà de l'homme signifie quelque chose (que ce soit vrai ou non). Peut-être y a-t-il aussi la peur de remettre une autorité reconnue en question... à creuser...

Pour en revenir au fait de penser par soi-même, pour être concret, j'ai toujours aimé échanger des idées (forums ou amis), mais aujourd'hui j'ai beaucoup plus de mal, car je me rends compte que même si les échanges sont sincères, s'ils traduisent quelque chose de potentiellement "puissant", cela restera superficiel, confus et brouillon, donc à quoi bon ? Parce qu'il n'y pas le temps, parce que nos connaissances sont limitées, parce que pour ma part mon intelligence ne me permet pas d'embrasser un problème de cet ordre dans sa globalité et je n'exprime finalement qu'une infime portion de ce que j'ai alors à l'esprit. Et pourquoi ne pas se retourner vers ceux qui ont vraiment creusé la question ? Lire, comprendre, puis oublier ?
Le seul intérêt que je vois est justement ce que vous souleviez ci-dessus, c'est-à-dire la satisfaction d'un désir d'orgueil, de voir ses idées prévaloir, et de se sentir "intelligent". Il y aurait bien aussi l'envie de faire découvrir à l'autre quelque chose qui nous paraît révélateur... Mais en fin de compte, pourquoi ? Si ce n'est pour confirmer ce qu'on a déjà pensé.

Vangelis a écrit:
En tout état de cause, tout n'a pas été pensé.
"Pensé", peut-être que si, mais tous les modèles n'ont pas été imaginés, tout n'a pas été écrit... Je n'en sais rien, en fait.

Vangelis a écrit:
Il reste donc de la place parce que l'on ne peut pas épuiser ni l'existence, ni la pensée.
De la place pour quoi ?

Vangelis a écrit:
Y arriverez-vous ? Là c'est un autre problème. Mais penser par soi-même n'est pas toujours (loin s'en faut) développer un système philosophique original. Ce peut être aussi une façon d'exprimer ce que vous avez intégré, dans le sens où vous n'êtes pas constitué uniquement d'une pensée, mais d'une pensée qui agit. Or cette pensée mise en situation débouche toujours sur des comportements, des actions et des jugements qui vont sensiblement s'éloigner de l'idée d'origine parce qu'elle se nourrit et se transforme par vos situations et vos réponses qui ne sont qu'à vous. Ainsi, partout où il y a de l'action et de la vie, et parce que vous êtes une individualité il y a aura toujours quelque chose à dire en propre. Vivez, confrontez-vous, et à défaut de devenir Kant vous parviendrez à devenir vous-même. Ce qui n'est déjà pas rien.
Avoir une pensée pragmatique ?
Pour ma part, actions et pensées sont biens distincts. J'agis dans le cadre qui est le mien (avec mes possibilités et tout mon background), mais ma pensée peut aller bien au-delà de mon propre cadre. Et si l'on excepte l'émotionnel, ce cadre peut s'adapter à n'importe quel type d'action, sans pour autant que je me convertisse à une nouvelle manière d'agir. C'est juste que dans l'ignorance du sens, j'agis avec automatisme, émotions, et conventions, mais la raison n'influe que peu, ou alors sous forme de "ma" raison.

Dernière édition par kerso le Jeu 18 Avr 2013 - 22:59, édité 1 fois

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Bonjour,

Que vous ayez l'impression de lire toujours la même chose parmi les grands auteurs du passé est une preuve d'un bon esprit de synthèse et d'analogie. De bon fonctionnement du "cerveau droit", d'après les vulgarisateurs de neurologie. Seulement, ça vous apporte une vision tronquée des possibilités de la pensée et il n'y a rien de surprenant à ce que vous trouviez vain de "penser par vous-même" !

Ce n'est qu'à travers les contrastes des idées que l'on peut saisir l'histoire des pensées dans toute sa richesse. Essayez maintenant de voir ce qui oppose les auteurs plutôt que ce qui les rassemble. Tentez de saisir la distinction radicale entre Héraclite et Parménide, entre Platon et Aristote, entre l'épicurisme, le stoïcisme et le platonisme, entre le rationalisme et l'empirisme du XVIIe, entre Kant et Schopenhauer, entre Nietzsche et tout ce qui précède Nietzsche, etc.
Par cet exercice (askesia, ascèse), vous aboutirez à la pensée discursive, analytique, sur laquelle se base toute méthode rigoureuse. Dans ce tumulte d'idées, vous ne pourrez alors vous empêcher de vous situer par rapport aux grands auteurs, de prendre parti et d'avoir des opinions, puis, par souci d'honnêteté envers vous-même, vous douterez de votre position, la critiquerez, et en ressortirez grandi. Vous penserez peut-être autant "par vous-même" que "par les autres", mais vous penserez vraiment.
Et si votre esprit d'analogie, qui vous fait aujourd'hui voir une même pensée chez tous les penseurs, survit à cela, et bien, vos aurez tous les "prérequis mentaux" pour être un vrai philosophe, créateur de concepts.

A propos de votre tri... Oubliez-le. Crachez sur Cicéron et l'éclectisme. Une belle pensée est une dentelle, pas un patchwork. Lire Descartes sans s'attarder sur ce qui concerne Dieu, ou lire Nietzsche en fermant les yeux sur ce qu'il dit sur les femmes - simplement parce que l'on n'est "pas d'accord" avant même d'avoir lu - revient à renoncer à comprendre vraiment Descartes ou Nietzsche. Si vous voulez vous lancer dans la rude tâche qu'est la lecture et la relecture des anciens penseurs, il vous faudra tenter de comprendre jusqu'à ce qui peut vous sembler être leurs erreurs les plus grossières. Plutôt que d'attribuer le théisme de Descartes à son époque, ou la misogynie de Nietzsche à sa misère sexuelle, cherchez à voir en quoi ces "tares" avaient leur place dans les discours de leurs auteurs. Ce n'est qu'à ce prix que l'on peut les dépasser.

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Merci Ménandre pour cette contribution, que je ne cerne pas encore complètement, car elle met en évidence des éléments de contexte que j'ai du mal à percevoir, tant je me me concentre sur l'idée en soi en la sortant du temps et de l'espace.

Cela ne m'empêche toutefois pas de voir (enfin percevoir) que les idées et modèles philosophiques semblent découler des mêmes questions ou besoins. Je ne vais pas développer beaucoup, j'en serai incapable, mais mon sentiment est que toutes ces thèses développées ne sont qu'une tentative de réponse au même questionnement de base (pourquoi suis-je là ? qu'est-ce qui est bien ? qu'est-ce que le bonheur ? etc.), aux mêmes besoins (appartenir à un genre, comprendre, être reconnu...).
Si l'on prend l'épicurisme et le stoïcisme, ne sont-ils pas tous deux une réponse à la recherche d'un équilibre. L'un en cherchant les plaisirs nécessaires auxquels on peut laisser libre cours, l'autre en reconnaissant ce qui dépend de nous et en se contentant de cela ?
Je comprends ces pensées, mais je suis incapable de prendre parti. L'origine est la même, la finalité est la même, seul le chemin diffère. Si je réfléchis à ma situation, je suis tantôt l'un, tantôt l'autre. Comment peut-on adopter une position et s'y attacher au point de développer des raisonnements et d'aligner des lignes de proses ou de vers sans jamais (en tout cas sans jamais reconnaître) que l'on dévie ? Comment peut-on adopter une ligne de pensée, avoir sa propre ligne de pensée ?

Ce que je dis a l'air de rejoindre votre conseil de prêter attention au contexte dans lequel les idées sont développées. Mais pour ma part, ce contexte change constamment, alors pourquoi serait-il déterminant pour un autre de manière continue vis-à-vis de sa pensée (de son œuvre) ? C'est assez égocentrique comme vision, je vais y travailler.

Au delà de ça, je reviens sur la question de Vangelis : "quel est mon objectif ?"
Peut-être qu'il y a également un désir (un besoin ?) de trouver un élément (un repère) stable, quelque chose dont je sois "sûr", quelque chose qui me guide dans les réponses que je peux donner à mes besoins et à mes questionnements. J'ai bien la façon dont j'y réponds aujourd'hui, mais il y en a tant d'autres (les nuances que vous évoquez) qui me paraissent acceptables (ou que je comprends), et je les pense (ou je les lis)... Et là encore je rebondis sur une remarque de Vangelis, peut-être que l'expérience de la pensée ne suffit pas, peut-être faut-il expérimenter par l'action pour évaluer. Mais que peut-on s'autoriser comme actions ? doit-on réaliser tout ce que nous pensons ?

Bon, c'est suffisamment confus pour que je m'arrête là pour le moment.
Juste une dernière question si je pousse à l'extrême, l'idée qu'une pensée ne vaut que dans son contexte, alors que vaut-elle en-dehors ? Pourquoi s'y attarder ? Y a-t-il 2 contextes identiques ?

(Une aspirine et au lit, bonne soirée).

Dernière édition par kerso le Jeu 18 Avr 2013 - 23:03, édité 1 fois
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