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La vie a-t-elle un sens ?

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descriptionLa vie a-t-elle un sens ? - Page 7 EmptyRe: La vie a-t-elle un sens ?

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Tom a écrit:
pour que le sens de la vie puisse nous faire signe, il faudrait, au préalable, qu'il y en ait un et que nous nous puissions le diagnostiquer en quelque sorte. C'est-à-dire que sur un cas particulier qu'est notre vie, déterminer à partir d'elle une proposition synthétique a posteriori et universelle qu'est le sens de la vie. L'homme peut le faire dans certains cas : un médecin regarde un cas clinique, un cas unique et détermine à partir des symptômes un diagnostic. A partir d'un cas particulier, il fait un jugement universel.

Non. Vous assimilez sans vous en rendre compte le jugement synthétique a posteriori chez Kant et l'inférence. Le jugement synthétique a posteriori, pas plus que le jugement synthétique a priori, ne souffre d'interprétation. Or un jugement synthétique, même quand il n'énonce pas une vérité nécessaire, autrement dit même quand il a besoin d'une justification, énonce un fait dont l'expérience peut être faite par n'importe qui, pourvu que les conditions d'observation soient les mêmes pour tous. Le sens n'est pas un fait universel dont chacun pourrait faire la même expérience. La question du sens de la vie n'est pas une question de vérité mais une question de représentation, ce qui implique une interprétation. C'est un cas d'inférence, laquelle n'est pas réductible à la seule déduction, et n'est pas seulement une opération logique : on ne pense pas seulement avec des propositions, mais aussi et surtout avec des signes. Voir Charles Sanders Peirce et Umberto Eco.

Dernière édition par Euterpe le Mar 11 Fév 2014 - 15:56, édité 1 fois

descriptionLa vie a-t-elle un sens ? - Page 7 EmptyRe: La vie a-t-elle un sens ?

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Tom a écrit:
J'aime beaucoup votre remarque : votre réflexion sur le terme de sens est capitale. Autant le sens est une direction, autant le sens doit faire sens. Vous parlez de "repère". Le sens doit faire signe en quelque sorte.

Vous me semblez bien connaître Kant, je vais donc développer plus profondément la difficulté que j'ai déjà essayé de faire paraître en essayant de me souvenir d'un certain passage de la Critique de la raison pure.

En effet, l'homme a une faculté qui est le jugement. Parler du sens de la Vie est une question universelle et en somme toute la difficulté est dans la rencontre des deux : pour que le sens de la vie puisse nous faire signe, il faudrait, au préalable, qu'il y en ait un et que nous nous puissions le diagnostiquer en quelque sorte. C'est-à-dire que sur un cas particulier qu'est notre vie, déterminer à partir d'elle une proposition synthétique a posteriori et universelle qu'est le sens de la vie. L'homme peut le faire dans certains cas : un médecin regarde un cas clinique, un cas unique et détermine à partir des symptômes un diagnostic. A partir d'un cas particulier, il fait un jugement universel. (Kant dit d'ailleurs que la faculté de juger est "le pouvoir de subsumer", c'est-à-dire de rapporter une intuition particulière à un concept universel ; Critique de la raison pure, A 132) Mais si cette faculté est proche du bon sens, elle ne s'apprend pas, elle s'exerce et est non loin du risque de "lapsus judicii" (Ibid., A135), d'où les erreurs judiciaires de magistrats pourtant hautement expérimentés.

Vous voyez pointer le problème ? C'est qu'on ne diagnostique pas un sens de la vie comme on diagnostique une maladie : si sens de la vie il y a, c'est une force qui traverse de part en part la Vie (Nietzsche disait que "vivre c'est valoriser"). Ici, c'est sur le vivre qu'on essaye de poser un diagnostic pour en tirer la vie, mais le vivre est une force qui a une force, c'est un devenir. Dès lors la difficulté au préalable pour l'homme d'y reconnaître un sens : si sens de la vie il y a, celui-ci n'est pas transcendantal, ou principiel, il est plutôt architectonique pourrait-on dire : il structure au fur et à mesure le vivre dont nous faisons partie et qui est le devenir.

La faculté de juger semble assez désarmée face à cette borne et même parfois, semble faire du forcing : qui nous dit que nos jugements sur ce qui est ne subissent pas un forcing de notre faculté de juger, comme si l'homme y voyait des choses qui n'y sont pas ou alors qui ne la représentent pas ? C'est un parallèle avec ce que Hume justement diagnostiquait du jugement moral. Pour que le jugement moral ait une quelconque légitimité, les systémisateurs en appelaient à ce qui est mais supputaient en plus un "ce qui doit être" qui n'a de source, non pas dans ce qui est, mais dans le seul et isolé jugement humain.

Je remarque que vous assimilez le sens (sphère de la pensée, des idées) et le signe (les mots, le langage), ce qui correspond à une position empiriste ou nominaliste.
Pour ma part, je dirais plutôt que le langage (provenant de l'acquis social) sert à structurer le sens (provenant de l'inné), dans le devenir. Et comme je le disais plus haut, c'est un débat philosophique qui dure depuis des siècles et qui relève d'un choix où chacun prendra parti, mais selon sa propre nature ou caractère, selon ses propres tendances et désirs. Et pour que la vie elle-même fasse sens nous ne pouvons donc pas nous appuyer simplement sur un jugement logique (soit-il synthétique a posteriori) comme vous le citez dans votre exemple, qui serait le même pour tout le monde, incontestable et vérifiable "scientifiquement".
Nous devons en plus le vouloir. Car nous sommes aussi subjectivement des êtres singuliers caractérisés, certes par des points communs (permanent, universel) mais présentant aussi des différences (nature, inné, particularités, multiplicité, diversité…).
C'est en quelque sorte au niveau de l'expérience sensible et de la praxis globale que ces multiples différences vont être "mises en concurrence", chacun plaidant pour le sens qu'il croit le bon. Et c'est par l'action, dans des œuvres, que le meilleur des sens possible "pour la vie" prendra forme. A condition toutefois que son contraste - la mort - ne prenne pas le dessus.

Voici un extrait qui précisera mes dires, dans la visée d'Aristote :
... Se substituant à la problématique platonicienne de l'essence et de l'idée, celle du signe et du sens oscille néanmoins, au cours de l'histoire, entre une théorie du sens et une tradition empiriste qui tend à régler celui-ci sur le signe. En dépit de la manière dont elle renouvelle la question et de la priorité qu'elle semble conférer avec plus de rigueur encore à l'empire du signe, la linguistique contemporaine ne fait pas disparaître l'enjeu philosophique qui a préoccupé les penseurs des siècles précédents../..

Mais, si Socrate avait « défini » les Idées, Platon les a « séparées », selon le mot fameux d'Aristote ; entendons qu'il les a séparées de la réalité sensible. La dialectique est alors la science de ces idées séparées et de leurs combinaisons. Ainsi avons-nous hérité de Platon une problématique du sens où le sens est l'Idée, ou l'essence, c'est-à-dire le principe intelligible aussi bien de la réalité que de la pensée.
Mais l'Antiquité nous a transmis d'autres manières de poser le problème du sens qui sont moins éloignées de notre manière d'interroger sur signe et sens. Aristote, rejetant la transcendance des Idées platoniciennes, et lui substituant une notion de « forme » inhérente aux individus concrets, ouvre une autre tradition qui l'emporte au Moyen Âge, la tradition du concept. Le concept n'est pas quelque chose que nous contemplons par l'esprit, mais que nous tirons par abstraction de l'expérience sensible ; la pensée conceptuelle n'est pas un simple résultat de l'expérience sensible, mais elle dégage les formes abstraites, les universaux comme on dira au Moyen Âge, de la gangue sensible qui les enveloppe.....

ou un peu plus par ici [url= http://www.universalis.fr/encyclopedie/signe-et-sens/]http://www.universalis.fr/encyclopedie/signe-et-sens/[/url]

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Peut-on déterminer un sens sans vécu ? Je ne le pense pas. Tout sens étant relatif à un vécu donné, si l'on garde l'hypothèse d'une multiplicité des consciences, il est envisageable de parler d'autant de multiplicité des sens. Cela dit, je ne pense pas que l'on puisse parler de "sens de la vie" au sens "y a-t-il une raison au fait que je ressente une expérience pure ?". Chercher un sens en ordonnant le vécu d'expérience, en rassemblant les objets qui sont à notre disposition (tous les objets, matériels comme spirituels), c'est encore possible. Mais parler de sens en ce qui concerne le présupposé même qui rend la question simplement possible, cela en a-t-il ? En d'autres termes : si l'on peut parler de sens pour tout ce qui concerne la nature, on ne peut le faire pour parler de ce qui est la condition de celle-ci, de ce qui la présuppose. La portée de la question se limite à ce qui est offert, en fait tout simplement partie, et ne peut atteindre ce qui conditionne son existence.

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Crosswind a écrit:
Peut-on déterminer un sens sans vécu ? Je ne le pense pas.

Ceci est une tautologie. En rapport au sujet, c'est comme si vous disiez que la vie est un vécu.
Crosswind a écrit:

Tout sens étant relatif à un vécu donné, si l'on garde l'hypothèse d'une multiplicité des consciences, il est envisageable de parler d'autant de multiplicité des sens.  

La question ne porte pas sur le sens qu'aurait un individu sur le sens de la vie, mais sur la vie en elle-même. De fait , ce dont vous parlez est plus un projet individuel que le sens de la vie.
Maintenant, l'homme pourrait effectivement voir coller son projet - nécessairement ou contingentement - au sens de la vie, mais il faudrait d'abord séparer ces deux temps, quitte à les unir ensuite si besoin.

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Fort bien, mais quelle définition donnez-vous de "la vie" ? Histoire d'être sûr que nous parlons de la même chose.
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