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Sociétés historiques et sociétés naturelles.

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descriptionSociétés historiques et sociétés naturelles. - Page 10 EmptyRe: Sociétés historiques et sociétés naturelles.

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L'économie capitaliste nous incite à travailler, mais si on consomme pour survivre, rien ne nous survit, on ne crée aucun surplus participant de l'élaboration du monde commun. L'homo faber visant le maintien du monde et le citoyen guidé par la gloire et la quête d'immortalité ont laissé place à la généralisation de l'animal laborans. L'Oeuvre se délite parce que l'on privilégie le Travail, et on a perdu toute capacité à agir ; la politique elle-même n'est que gestion du social sur le modèle de l'économie et en vue des besoins impérieux de l'économie. Notre rapport au temps a bien changé, nous vivons dans le présent et dans les cycles courts dus au travail : produire et satisfaire ses besoins.
Sans parler, bien entendu, de l'ère du numérique et des médias, vie et mort de et dans l'instantané.

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jean ghislain a écrit:
Quelles sont les autres différences importantes entre Rome et l'Europe actuelle, de votre point de vue ?
La conception de et le rapport à la loi. Les Romains sont peut-être ceux qui ont le mieux compris que nos actes ne sont jamais ailleurs que dans nos circonstances. Ils ont le génie des circonstances, plus encore que les libéraux, parce qu'ils n'ont pas peur de l'autorité, ni de prendre une décision. La liberté, la responsabilité, etc., ne sont pas des objets intellectuels à Rome, mais des réalités complètement intériorisées, viscérales plus que cérébrales. Leurs lois sont des lois cadres, faites pour agir avec souplesse. On trouve peu d'interdits ou de tabous chez eux.

S'ils sont aussi doués politiquement, c'est parce qu'ils sont juristes, et s'ils sont juristes, c'est parce qu'ils sont réalistes. Les Romains ne sont pas des rêveurs qui passent leur temps à regretter le passé ou à se projeter dans l'avenir. Leur durée, leur rapport à l'éternité s'expliquent essentiellement par leur adéquation avec le présent. Ils sont actuels (à tous les sens du terme). Il n'y a pas mieux pour durer. Les autres ne durent que dans des fossiles (pyramides, etc.), quand les formes politiques romaines font vivre les barbares et sont pour beaucoup dans la formation de l'Europe moderne. Odoacre, celui-là même qui déposa le dernier empereur Romulus Augustule, était patrice (titre honorifique inventé par Constantin) et maintint le Sénat dans ses fonctions, même s'il refusa le titre d'empereur. Théodoric, qui tuera Odoacre de ses propres mains en 493, et qui forma le royaume ostrogoth d'Italie, fut élevé à Byzance et à la romaine, il se considérait comme le protecteur des Romains d'Italie, assurant la paix dans la péninsule pendant toute la durée de son règne, c'est-à-dire pendant trente ans. Il laissa les Romains vivre selon leurs propres lois, exactement comme les peuples que Rome soumettait. Au fond, jusqu'au royaume lombard, rien ne changera en Italie. Ce sont les Lombards, des Germains, qui mettront fin au peuple romain, en massacrant les dernières élites patriciennes, la classe sénatoriale et l'administration romaine. Les Lombards furent une véritable catastrophe, la vraie rupture entre l'antiquité et le moyen âge, car ce peuple barbare, contrairement aux autres, n'avait jamais entretenu de rapport avec le monde civilisé, tandis que les Goths devinrent très vite des partenaires politiques de l'empire romain, avec une élite éduquée à la romaine. Même quand les carolingiens (qui sont à l'origine des États pontificaux) mettront fin au royaume Lombard, ensuite intégré au Saint Empire Romain Germanique, il sera trop tard, le monde avait changé : l'expansion arabe avait changé les rapports de force politiques, l'empire byzantin ne pouvait plus regarder à l'Ouest, et les élites barbares n'étaient plus formées, ni par les Romains (il n'y en avait plus), ni par Byzance depuis longtemps.

Aujourd'hui encore, les Italiens du Sud notamment n'apprécient guère les Lombards (et les Piémontais), qu'ils considèrent comme des étrangers, et qu'ils désignent le plus souvent par le nom de... barbares.

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C'est Arendt (encore une fois) qui distingue la loi romaine, lex, le lien entre les hommes, leurs relations, de la loi grecque, nomos, qui a pour fonction l'habitation (elle dit aussi que la loi donne ses frontières à la cité).

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Je ne vois pas trop ce sens là dans le mot lex. Plutôt, suivant l'origine du mot, un rite, les Romains, des paysans, ayant été de tout temps profondément religieux. Le nomos grec est lié à l'habitation dans le mot "économie", certes, mais justement, ce n'est qu'un composé. La grande différence que je vois entre Romains et Grecs sur le plan de la loi est le respect de l'ordre chez les premiers, et la volonté de contourner la loi chez ces derniers, une différence manifeste dans les discours devant le tribunal.
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