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La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 90 EmptyRe: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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Phiphilo a écrit:
Si la douleur est subjective et si toute subjectivité est d'essence métaphysique, alors, en étudiant expérimentalement les mécanismes de la douleur et du plaisir, vous faites de la métaphysique et non pas de la science expérimentale ?! Quant aux "énergies psychiques" comme "substance" métaphysique, elles sont, si je vous comprends bien, expérimentables à terme et relèveraient donc de la science expérimentale et non de la métaphysique ??!! Là, j'ai le tournis ...


Bon, essayons en effet de ne pas se donner le tournis. Dans votre précédent message, vous affirmez une différence de nature, pas de degré, entre la "douleur physique" et la "souffrance psychique. Moi je comprends - peut-être à tort - une différence de substances. La matérielle ou physique ou objective dans laquelle vous placeriez la douleur et l'immatérielle ou psychique ou subjective dans laquelle vous mettriez la souffrance. Et je vous dis que, pour moi, la douleur est immatérielle, psychique et subjective comme la souffrance.
Maintenant vous considérez que ce qui est subjectif (et psychique et immatériel) n'est pas quantifiable et moi si. La douleur et même aussi la souffrance est quantifiable pour moi. Pour moi, le critère "être quantifiable" n'est pas distinctif des deux substances dont j'admets l'existence. Il y a pour moi dans la substance psychique des éléments proprement quantifiables que j'appelle les énergie psychiques. Cela n'empêche pas bien sûr qu'il y en ait d'autres proprement qualifiables. Il y a aussi dans la matière (la substance physique) des éléments qui sont qualifiables à côté d'autres propremnt quantifiables. A partir du moment où le critère de quantité est commun aux deux substances, on peut concevoir des expériences matérielles dont les mesures ont une pertinence pour parler de la réalité psychique qu'elles visent à appréhender. On peut qualifier ces expériences de "métaphysiques". On peut aussi ne pas les qualifier ainsi. Ce n'est pas le problème.

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 90 EmptyRe: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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D'abord, je prends acte de ce que, dans le message auquel je réponds, vous quittez le terrain expérimental pour le domaine métaphysique.

Dans votre précédent message, vous affirmez une différence de nature, pas de degré, entre la "douleur physique" et la "souffrance psychique. Moi je comprends - peut-être à tort - une différence de substances.


Différence de nature n'implique pas, en effet, différence de substance. Dans une conférence donnée en 2019 (et relatée in extenso dans le présent fil de discussion) je montre que toute l'histoire de la philosophie peut se résumer en une seule question : quel doit être le statut du dualisme corps/esprit ? Si la différence de substance est, de fait, la plus ancienne de ces conceptions dualistes, il y en a bien d'autres (différences de propriétés, différence de fonction, différence d'inhérence, voire, simple différence lexicale) qui permettent toutes de conclure à une différence de nature entre corps et esprit. Il en va de même s'agissant de la différence de nature entre douleur et souffrance dans laquelle rien ne nous oblige, donc, à voir une différence de substance.

La [substance] matérielle ou physique ou objective dans laquelle vous placeriez la douleur et l'immatérielle ou psychique ou subjective dans laquelle vous mettriez la souffrance. Et je vous dis que, pour moi, la douleur est immatérielle, psychique et subjective comme la souffrance.


Personnellement, et pour les raisons données dans la conférence sus-mentionnée et sur laquelle je ne reviens pas, je ne sais pas ce que c'est qu'une "substance immatérielle". Tout en étant résolument dualiste, je considère avec Aristote, Spinoza ou Wittgenstein qu'il n'existe qu'une sorte de substance, ce qu'on appelle aujourd'hui la matière/énergie. Je ne vois donc pas en quoi les réalités "psychiques" pourraient ne pas procéder de la matière et/ou de l'énergie. Libre à vous (quoique ce soit un peu étrange de la part d'un scientifique contemporain) de postuler (métaphysiquement) l'existence d'une tierce substance. Encore faut-il en justifier l'existence.

Maintenant vous considérez que ce qui est subjectif (et psychique et immatériel) n'est pas quantifiable et moi si. La douleur et même aussi la souffrance est quantifiable pour moi. Pour moi, le critère "être quantifiable" n'est pas distinctif des deux substances dont j'admets l'existence. Il y a pour moi dans la substance psychique des éléments proprement quantifiables que j'appelle les énergie psychiques. Cela n'empêche pas bien sûr qu'il y en ait d'autres proprement qualifiables. Il y a aussi dans la matière (la substance physique) des éléments qui sont qualifiables à côté d'autres propremnt quantifiables. A partir du moment où le critère de quantité est commun aux deux substances, on peut concevoir des expériences matérielles dont les mesures ont une pertinence pour parler de la réalité psychique qu'elles visent à appréhender.


Je ne considère pas que le subjectif soit immatériel (cf. supra). Par ailleurs, le subjectif ne se réduit pas au psychique. Par définition, est "subjectif" tout ce qui, depuis Aristote, est assignable à un sujet grammatical. Par complémentarité, sera dit "objectif", tout ce qui concerne l'objet qui est donné au sujet, autrement dit un prédicat grammatical. En droit, n'importe quelle entité (et pas seulement une entité consciente, ni même une entité nécessairement vivante) peut donc se voir attribuer une "subjectivité" en ce sens, encore qu'on ait tendance (dans toutes les cultures et depuis la nuit des temps) à corréler très fortement subjectivité et intentionnalité, subjectivité et intériorité, voire subjectivité et conscience. Cela dit, depuis l'invention de la science expérimentale, on a tendance à privilégier ce qui est descriptible et quantifiable "objectivement", c'est-à-dire à ne prendre en considération que le phénomène visible et expérimentable (le prédicat grammatical, la "fonction" diront Frege ou Deleuze) et à laisser tomber la notion traditionnelle de sujet grammatical source de ce genre de difficultés métaphysiques auxquelles la science entend tourner le dos. 

En toute rigueur, un ressenti (pensée, sensation, sentiment, émotion, etc.) ne peut donc être qualifié de "subjectif" que s'il est en position de sujet grammatical (c'est le cas de " ma douleur" dans "ma douleur est une névralgie dentaire"). Cela dit, même en étant "subjectif", un ressenti possède des propriétés descriptibles (donc quantifiables et expérimentables) et d'autres qui ne le sont pas. Prenons, par exemple, le sentiment du "moi". En ce qui concerne le cas particulier de l'être humain, comme le souligne Wittgenstein, "il y a deux cas différents d’utilisation des mots ‘je’ ou ‘moi’ : l’utilisation comme objet et l’utilisation comme sujet. [Ainsi] si l’utilisation de ‘je’ ou ‘moi’ implique la reconnaissance d’un agent particulier, il y a donc possibilité d’erreur ; [en revanche] s’il n’est pas question de reconnaître qui que ce soit, dans ce cas aucune erreur n’est possible [car] ce que je veux dire par ‘je’, c’est quelque chose que personne ne peut voir"(Wittgenstein, le Cahier Bleu, 66-67). Concrètement : si je dis "je mesure 1,85 m", le "je" (le "moi") se voit attribuer la propriété descriptible de mesurer 1,85 m (comme c'est susceptible d'erreur, c'est quantifiable et vérifiable). Mais si je dis "j'ai mal aux dents", ça se complique terriblement. Là, le sentiment du "moi" se voit attribuer la propriété d'avoir mal aux dents. Cette propriété est, partiellement descriptible et expérimentable (donc quantifiable). Sinon, comment aurais-je bien pu apprendre à prononcer une telle phrase avec pertinence (accessoirement, comment le dentiste pourrait-il me soigner si ma douleur n'était pas corrélée à des symptômes) ? "Comment apprendre la signification du mot ‘‘douleur’’ par exemple ? En voici une possibilité : […] un enfant s’est blessé, il crie ; alors des adultes lui parlent et lui apprennent […] une nouvelle manière de se comporter face à la douleur"(Wittgenstein, Recherches Philosophiques, §244). Mais la propriété d'avoir mal aux dents possède aussi un aspect indescriptible. C'est là que se situe la distinction (qui n'a pas à être présupposée substantielle) entre douleur et souffrance : on quitte les aspects cliniques et biologiques de la douleur pour rejoindre la souffrance psychique comme "effet que ça fait" ("what it's like") au seul organisme qui l'éprouve d'avoir mal aux dents. En ce sens, la souffrance, distincte désormais de la douleur, est un quale, événement irréductiblement privé, indescriptible, inquantifiable, inexpérimentable (ce que je suis le seul à éprouver ne peut être qualifié d'expérience, par définition reproductible et constatable publiquement) et, à la limite, ineffable (Enée ne parle-t-il pas à Didon d'une "indicible douleur" lorsque la reine lui demande d'évoquer la fuite de Troie en flammes ?).

D'où :
- plutôt que d'"objectif/subjectif", mieux vaudrait parler de ce qui est publiquement descriptible car quantifiable et donc scientifiquement expérimentable par opposition à ce qui ne l'est pas (un événement qualitatif, privé, indescriptible, inexpérimentable, voire indicible)
- quelle que soit la terminologie adoptée, l'adoption d'une ligne de démarcation entre les deux jeux de langages bien distincts (le jeu de langage "physicaliste" et le jeu de langage "mentaliste") relève d'une option métaphysique et non d'une démarche expérimentale.

On peut qualifier ces expériences de "métaphysiques". On peut aussi ne pas les qualifier ainsi. Ce n'est pas le problème.


Ce n'est pas un problème pour le scientifique, en effet, puisqu'il procède hypothético-déductivement. Dès lors, l'importance des catégories est, pour lui, tout à fait secondaire. Mais ça le devient pour le philosophe qui opère en sens inverse du scientifique afin de tester la consistance et les présupposés de son raisonnement. Or il n'y a pas d'"expérience métaphysique" dans la mesure où une option métaphysique se postule en amont de toute expérience possible, comme le montre Kant. C'est là, justement, la partie "aveugle", l'"angle mort" de la démarche scientifique. Raison pour laquelle la science gagne à être éclairée par la philosophie (de même, bien entendu, que, comme l'expliquent Bachelard ou Russell, la philosophie gagne à s'imprégner de la rigueur méthodologique de la science, des mathématiques et de la logique).

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 90 EmptyRéponse à Euterpe pour "la clarification de la notion de conscience"

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Euterpe a écrit: a écrit:

@clément dousset

Où en êtes-vous de votre intéressante réflexion ?

Vos derniers propos me paraissent confirmer que vous êtes plus leibnizien qu'il ne vous semble. J'ai bien noté ce que vous m'aviez répondu, mais il se pourrait que la physique et la chimie, comme références incontournables, et même comme inconcussum quid de votre réflexion, expliquent une part des apories dont vous parlez. Pour cette raison, il me semble que Pierre Duhem constituerait une médiation intéressante avant d'entrer pleinement dans l'œuvre de Leibniz. Je vous propose de lire un article de Jean-François Stoffel : "Pierre Duhem et la revendication d’une tradition phénoménaliste". Il ne s'agit certes pas de rejeter la physique comme référence, mais de vous situer dans des dispositions intellectuelles plus propices à l'examen de vos deux hypothèses de structure de l'être et d'un plan de réalité pour elles-mêmes (perspective téléologique).

Cette hypothèse ouvre deux pistes, latentes dans votre dernier développement, mais qui ne parviennent pas à s'articuler l'une à l'autre dans la mesure où dans votre réflexion, on trouve une autre référence qui constitue un inconcussum quid concurrent du premier avec lequel vous voudriez pouvoir l'articuler : l'instance du moi (d'où cette impression générale d'une construction encore syncrétique) :

  • La piste régressive de Leibniz à Aristote, qui implique de reprendre les notions grecques de δύναμις (dýnamis) et d'ἐνέργεια (enérgeia) — pour ces deux notions, je vous conseille de commencer par le Phèdre de Platon, entre 259b et 270d (plutôt dans la trad. de Brisson chez GF) — de puissance et d'acte, d'entéléchie (contient le même mot grec que téléologie : le τέλος), voire de cause finale
  • La piste, elle aussi régressive, de Kant à Descartes, avec la question du sujet, du solipsisme










Or, cette question du sujet est l'une des principales difficultés à surmonter pour rendre ces deux pistes plus compatibles. Cela impose une approche plus dialectique encore dans votre démarche intellectuelle (qui confine parfois à la logique de l'apparence au sens kantien, cosmologie et psychologie rationnelles seulement) puisque votre position exclut de renoncer à l'un ou l'autre de vos deux inconcussa. Ici, la section 5.6 (dont le point de départ se trouve en 5.5421) du Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein auquel PhiPhilo se réfère souvent vous sera d'autant plus utile que Wittgenstein est un lecteur assidu de Schopenhauer (et de lui à Kant, le pas est vite franchi).

Il faudrait également pouvoir clarifier l'usage que vous faites de notions comme la conscience (pas assez distincte de la sensation et de la perception) mais aussi des notions d'essence et de substance, pour ménager des transitions plus fines entre les étapes de votre réflexion — intéressante en ceci que la conception que vous élaborez n'est pas sans faire écho, quant à la démarche, au Timée de Platon, et/ou au Benedetto Croce des Essais d'esthétique, pour ses notions d'intuition et d'expression, ce qui nous ramène à la logique de l'apparence avec les idées du moi et du monde (psychologie et cosmologie).


J'ai répondu dans le fil : "Que penser de plausible sur l'après-mort ?"

Merci Euterpe pour votre très intéressant message que je découvre un peu par hasard. Il semble que la fonction du forum consistant à avertir des réponses reçues dans les fils qu'on a ouverts n'ait pas fonctionné. Je remets à plus tard d'y répondre précisément. J'ai en ce moment en tête un article où je voudrais comparer divers types de mécanismes présidant aux changements de direction de corps en mouvement pour essayer d'isoler le mécanisme propre à produire une quantité minimale de conscience. Et cet article est toujours à l'état de projet ! Vos propos sont un aiguillon pour me pousser à lire et travailler !


je copie ici la réponse que j'ai fini de rédiger auhourd'hui :


Bonjour Euterpe,


Vous voudrez bien, j’espère, me pardonner de répondre dans ce fil sur un point que vous abordez dans un autre. Cependant le sujet ici étant de discuter l’existence d’un supposé « code de la conscience », il me semble que la « clarification de la notion de conscience » que vous me demandez ne peut convenablement être traitée qu’ici.


Je vous ai parlé d’un article que j’entendais écrire. À vrai dire le but de cet article est de proposer une théorie sur le mécanisme générateur de la conscience primitive et pas de la définir. Mais l’un ne va pas sans l’autre et il me faut bien « clarifier la notion de conscience » si je veux avoir une chance de discourir justement sur la façon dont elle se forme.


Pour clarifier cette notion donc, vous me demandez de la distinguer nettement de la notion de sensation et de perception. Je croyais l’avoir fait déjà mais je conviens volontiers ne pas l’avoir fait avec une netteté suffisante. Je vais donc m’y essayer encore en reprenant certains éléments que j’ai déjà présentés dans le cours de mes message et en ajoutant d’autres.


J’ai parlé dans ma dernière réponse de comparer divers types de mécanismes présidant aux changements de direction de corps en mouvement. J’ai retenu cinq objets, chacun apte à se déplacer et à pivoter par ses moyens propres.


Le premier est un aspirateur robot, capable de repérer un obstacle à distance comme un pied de table.Le second est un être vivant unicellulaire, la paramécie. Le troisième est un vers minuscule dont j’ai déjà parlé ailleurs le nématode Elegans C. Le quatrième est un coureur de fond, c’est à dire un être humain mais considéré dans cette seule activité particulière de la course à pied sur longue distance. Le cinquième est un somnambule, c’est à dire un être humain également mais se déplaçant pendant un sommeil profond sans se réveiller.


Je suppose ces cinq objets en déplacement linéaire d’un point A situé dans une région R1 en direction d’un point B situé à la frontière d’une région R2. Cette région R2 contient soit un obstacle physique au déplacement repérable au point B, soit un produit répulsif pour l’objet considéré dont la concentration apparaît repérable également à partir du point B.


J’admets que le phénomène suivant est observable pour ces cinq objets. Parvenus du point A au point B, ces cinq objets s’arrêtent et repartent dans la direction opposée. Pour désigner cet arrêt, ce demi-tour et ce départ, j’emploie le terme de pirouette que les biologistes utilisent pour désigner la volte-face de l’Élégans.


Pour savoir en quoi la réalité que nous appelons conscience se distingue de la sensation et de la perception, on peut commencer par recourir à la définition et à la distinction de ces deux dernières notions. Celle de Changeux dans l’Homme neuronal peut suffire : « le terme sensation a été employé à dessein pour désigner le résultat immédiat de l’entrée en activité des récepteurs sensoriels et le terme perception pour l’étape finale qui, chez le sujet alerte et attentif, aboutit à l’identification et à la reconnaissance de l’objet. » (l’Homme neuronal p.165-166 )


Des transformations particulières de l’environnement où l’objet se déplace sont captées par des dispositifs idoines de cet objet et reconnues comme incompatibles avec la poursuite de sa progression (obstacle matériel, température trop forte, substance nocive…). La programmation du robot et le génotype des êtres vivants suffisent à expliquer la pirouette qui suit cette reconnaissance. On ne voit pas a priori ce que rajouterait à l’explication le fait de considérer l’existence d’une réalité consciente dans l’un ou l’autre de ces objets.


Il n’est pas douteux pourtant que cette réalité existe dans le cas du coureur de fond. Sous quelle forme ? Pour répondre à cette question, il n’y a qu’un moyen à mon sens, c’est de recourir à la notion d’émoi.


Le mot émoi est défini dans le Grand Robert de plusieurs façons. Je retiendrai la suivante : « émotion considérée sous son aspect affectif, sous l’angle du plaisir ou de la douleur. » L’intérêt de cette notion d’émoi ainsi comprise est de nous renvoyer purement à ce qui est interne à la conscience : le plaisir ou la douleur, réalités qu’on peut élargir sans les trahir par les termes de « bien être » ou de « mal être ».


Des cinq mobiles autonomes que j’ai considérés, ni l’aspirateur, ni le somnambule ne sont susceptibles de ressentir un émoi, d’être affecté par un plaisir ou une douleur. Le coureur l’est certainement. Le nématode peut l’être. La paramécie, non : j’examinerai pourquoi plus tard.


Pour parler de la conscience phénoménale, des philosophes ont proposé le terme de qualia susceptible de rendre compte de ce qu’un contenu de conscience a d’irréductiblement particulier. Les qualia renvoient à ce que Descartes appelle des qualités secondes et qui dépendent essentiellement de nos perceptions. Celles-ci, à la différence des qualités premières ne sont pas mesurables par des grandeurs (distance, masse, poids etc). Ainsi donc chaque expérience de conscience phénoménale, chaque contenu de conscience serait proprement indescriptible et échapperait à toute connaissance scientifique. Mais si l’émoi est proprement une réalité phénoménale, nous renvoie à la conscience en tant que phénomène, il apparaît bien associé à une grandeur et donc à une qualité première. Un émoi est plus ou moins fort, plus ou moins grand. Certes nous n’avons pas d’unité pour mesurer la grandeur d’un émoi mais nous pouvons constater la présence d’un effet dans l’objet où il est censé se produire en fonction de ce que cet émoi est suffisamment fort ou ne l’est pas. Et cet effet est la pirouette, pirouette qui ne se produit pour le coureur de fond que si la concentration de l’odeur délétère est suffisamment grande.


Mais si la notion d’émoi associée à celle de grandeur nous renvoie à une qualité première, cette qualité là n’est assimilable à une qualité physique que si elle est mesurable. C’est à dire que s’il nous paraît possible de déterminer une unité de cette grandeur qui aurait même valeur quel que soit l’émoi considéré. Pas d’autre solution alors que de considérer cette grandeur unitaire indissolublement liée à une grandeur physique mesurable.


Cela, à mon sens, peut s’envisager. Lorsque le coureur de fond effectue sa pirouette, il dépense une certaine quantité d’énergie liée au freinage, au mouvement même de la pirouette et au redémarrage de la course. Il ne me paraît pas impertinent de décider que l’énergie dépensée pour une vitesse donnée de course a une grandeur à peu près constante. Il ne me paraît pas non plus impertinent de dire que cette grandeur est liée à la grandeur de l’émoi déplaisant, à la grandeur de la répulsion éprouvée par le coureur et qui le conduit à effectuer cette pirouette.


Mais lier la grandeur de l’émoi répulsif à la grandeur de la dépense physique qu’elle entraîne pour mettre fin à cet émoi apparaît vite nous conduire à un blocage de la pensée. En effet cette grandeur, pour être déterminable comme un paramètre nécessite de considérer comme une donnée fixe le poids du coureur. Poids plume ou poids lourd, le poids justement varie et dire qu’un obèse fournit un plus grand effort pour pirouetter qu’un coureur maigre, qu’il supporterait donc un plus grand émoi avant de le faire apparaît un raisonnement plutôt fragile.


Surtout une telle façon de voir nous condamne à ne plus imaginer la possibilité de la conscience dans sa dimension sensible, celle de la grandeur d’un émoi, dimension sans laquelle on a convenu qu’elle ne saurait exister, hors de l’espèce humaine. L’effort d’une baleine pour se retourner nous paraîtrait d’une monstruosité inconcevable. Et, si jamais il nous venait à l’idée de pourvoir le nématode d’une conscience élémentaire, l’intensité de son effort pour pirouetter nous paraîtrait à jamais totalement imperceptible. Pour reprendre la question rabâchée : « qu’est-ce que cela fait d’être ...? » et d’y placer comme sujet un nématode prêt à pirouetter ou une baleine qui se retourne, nous serions aussi démunis pour répondre que de dire ce que cela fait d’être une chauve-souris entendant des ultra-sons. L’émoi redeviendrait mystérieux comme une nuance de couleur perçue ou la singularité d’un parfum.


Une solution qui me satisfait serait de diviser la quantité d’énergie en jeu par la masse de l’objet qui pirouette et de considérer comme une grandeur constante la grandeur ainsi obtenue que j’appellerai l’énergie de la pirouette. Je supposerai alors que cette grandeur est liée à la grandeur semblable de l’émoi éprouvé au minimum avant le renversement de trajectoire par le nématode, la baleine… ou le coureur. Et je m’aventurerai à dire que, si la grandeur de cet émoi est cause unique de ce retournement, elle est toujours identique, quel que soit l’objet considéré.


J’aurais beaucoup d’autres considérations à partager sur les grandeurs possibles, les signes, les variations d’intensité, les modulations de l’émoi et, bien sûr, sur l’origine de son existence mais, pour vous répondre, Euterpe, sur le point de clarifier la notion de conscience et de la distinguer de la notion de sensation et de perception, je crois que j’en ai assez dit dans l’exemple que j’ai choisi de traiter. Pour moi ni la sensation, ni la perception ne sont essentiellement constitutifs de la conscience mais l’émoi, en tant que force affective d’une grandeur mesurable déterminant un état de bien être ou de mal être, lui, en est indissociable. Pas d’émoi sans conscience.


Cordialement,


Clément Dousset

p { line-height: 115%; margin-bottom: 0.25cm; background: transparent }

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 90 EmptyRe: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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En toute reprise de dialogue, salutation se pose, ici à vous, Clément Dousset, mais aussi à Euterpe reposant la question de la délimitation universellement constatable d'un "état physiologique du vivant", proprement attribuable à "une dynamique finaliste de la personne" (nommément "la conscience").


  C'est tel un rasoir d'Occam qu'il nous est probablement possible de parler de la conscience comme figuration émotionnelle, ce qui rejoignant la notion d'émoi comme moment singulier d'un sujet dans le passage entre : son mouvement et son lieu, tous deux opérant "une trace mnésique" ce double reflété serait bien vite nommé "ressenti subjectif" et senti objectif, si une certaine unification n'intervenait pas alors...

  C'est de ce moment là que la notion de conscience tient sa singularité, son incommunicabilité et dans son universalité, un rapport corps/esprit discutable, non pas sous les auspices de ces philosophes n'ayant pas pour objet d'étude la conscience, mais pour certains, un dédoublement probabiliste du "je" en recherche de lui même (tels Platon ou Spinoza), pour d'autres une énumération des possibles, constatables en différences spécifiques, devant révéler une ultime réalité transcendante (tels Aristote ou Leibnitz), pour d'autres encore la réduction des épiphénomènes à une suite de positions, retraçant "l'état mental" par des points de réactivités (tels Descartes ou Kant) pour d'autres enfin qui, ayant opté pour le plan analytique et logique comme universalité synthétique du réel, ne disent de la conscience qu'une option secondaire du "je" et préfèrent leurs propositions suffisantes à la question réelle de la présence du sujet, de ses relations et de sa finalité (tels Hegel ou Wittgenstein)...

 bref si nous laissons ces voies sans issues, quand à notre sujet d'étude, pour un chemin de traverse sillonnant entre les incontournables faits  biologiques qui désignent la conscience comme signe privilégié de l'autonomie de l'individu, cela signifierait alors, que la matière s'organisant en vue de cette autonomie, est animée par un principe conducteur, (mais pas à la manière de Platon) délimitant les occurrences nécessaires à la pérennité de la vie sous ses divers "aspects" et, qu'à chaque carrefour optionnel, ce principe, par son acte premier, réaffirmerait ce qui "est" par ce qu'il "a"(1), car toutes les parties additionnelles du corps (croissance, régénérescence cellulaire etc...) et de la mémoire (synthétisation des sensibles propres en sensibles commun, recoupement d'informations pour l'anticipation de l'intelligence etc...) sont reliées entres elles dans une même dynamique, donc, tant que l'organisation corporelle se maintient dans l'équilibre de la perception et de la sensation, elle s'emploi à fournir des informations à l'actualisation psychique, mais toutes deux (1) sont nécessairement dépendantes de la conscience proprement dite, et son acte premier nous la désigne (pour le moment) comme permanence de la fin en acte de réalisationἐντελέχεια



(1 ) voir G.Simondon  : "l'individuation à la lumière des notions de forme et d'information" 
chapitre II section II premier paragraphe

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 90 EmptyCinq pirouettes et deux émois : réflexion sur l'origine biologique de la conscience

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Peut-être parce qu’il y a dans la graphie et la prononciation du mot conscience le signifiant du mot science, il est assez difficile de dégager l’état propre à l’éveil de l’idée d’intellect, de savoir, de connaissance, de réception d’informations, de reconnaissance et de compréhension de ces informations. Pourtant il m’apparaît que c’est en nous libérant de ce qui est lié de près ou de loin à l’esprit que nous pourrons justement et sûrement appréhender la conscience à sa limite et nous faire une idée juste des phénomènes physiologiques, des mécanismes physiques qui peuvent l’engendrer.


Les pirouettes


Je propose pour cela de comparer divers types de mécanismes présidant aux changements de direction de corps en mouvement, l’un qui nous paraît certainement lié à l’émergence d’un état de conscience, un autre qui n’y paraît certainement pas et trois autres qui nous paraissent douteux à des degrés divers mais qui, pour l’un, si nous bannissons le doute, pourrait nous donner au moins un début de compréhension de la genèse de la conscience.


J’ai donc retenu cinq objets mobiles de natures très diverses mais chacun apte à se déplacer et à pivoter par ses moyens propres.Le premier est un aspirateur robot, capable de repérer un obstacle à distance comme un pied de table.Le second est un être vivant unicellulaire, la paramécie. Le troisième est un vers minuscule dont j’ai déjà parlé ailleurs le nématode Elegans C. Le quatrième est un coureur de fond, c’est à dire un être humain mais considéré dans cette seule activité particulière de la course à pied sur longue distance. Le cinquième est un somnambule, c’est à dire un être humain également mais se déplaçant pendant un sommeil profond sans se réveiller.


Je suppose ces cinq objets en déplacement linéaire d’un point A situé dans une région R1 en direction d’un point B situé à la frontière d’une région R2. Cette région R2 contient soit un obstacle physique au déplacement repérable au point B, soit un produit répulsif pour l’objet considéré dont la concentration apparaît repérable également à partir du point B.


J’admets que le phénomène suivant est observable pour ces cinq objets. Parvenus du point A au point B, ces cinq objets s’arrêtent et repartent dans la direction opposée. Pour désigner cet arrêt, ce demi-tour et ce départ, j’emploie le terme de pirouette que les biologistes utilisent pour désigner la volte-face de l’Élégans.


Pour savoir en quoi la réalité que nous appelons conscience se distingue de la sensation et de la perception, on peut commencer par recourir à la définition et à la distinction de ces deux dernières notions. Celle de Changeux dans l’Homme neuronal peut suffire : « le terme sensation a été employé à dessein pour désigner le résultat immédiat de l’entrée en activité des récepteurs sensoriels et le terme perception pour l’étape finale qui, chez le sujet alerte et attentif, aboutit à l’identification et à la reconnaissance de l’objet. » (l’Homme neuronal p.165-166 )


En procédant ainsi, on admettra facilement que nos cinq objets considérés reçoivent des sensations et enregistrent des perceptions. Des transformations particulières de l’environnement où l’objet se déplace sont captées par des dispositifs idoines de cet objet et reconnues comme incompatibles avec la poursuite de sa progression (obstacle matériel, température trop forte, substance nocive…). La programmation du robot et le génotype des êtres vivants suffisent à expliquer la pirouette qui suit cette reconnaissance. On ne voit pas a priori ce que rajouterait à l’explication le fait de considérer l’existence d’une réalité consciente dans l’un ou l’autre de ces objets.


Les émois


Il n’est pas douteux pourtant que cette réalité existe dans le cas du coureur de fond. Sous quelle forme ? Pour répondre à cette question, il n’y a qu’un moyen à mon sens, c’est de recourir à la notion d’émoi.


Le mot émoi est défini dans le Grand Robert de plusieurs façons. Je retiendrai la suivante : « émotion considérée sous son aspect affectif, sous l’angle du plaisir ou de la douleur. » L’intérêt de cette notion d’émoi ainsi comprise est de nous renvoyer purement à ce qui est interne à la conscience : le plaisir ou la douleur, réalités qu’on peut élargir sans les trahir par les termes de « bien être » ou de « mal être ».


Des cinq mobiles autonomes que j’ai considérés, ni l’aspirateur, ni le somnambule ne sont susceptibles de ressentir un émoi, d’être affecté par un plaisir ou une douleur. Le coureur l’est certainement. Le nématode peut l’être. La paramécie, non : j’examinerai pourquoi plus tard.


Pour parler de la conscience phénoménale, des philosophes ont proposé le terme de qualia susceptible de rendre compte de ce qu’un contenu de conscience a d’irréductiblement particulier. Les qualia renvoient à ce que Descartes appelle des qualités secondes et qui dépendent essentiellement de nos perceptions. Celles-ci, à la différence des qualités premières ne sont pas mesurables par des grandeurs (distance, masse, poids etc). Ainsi donc chaque expérience de conscience phénoménale, chaque contenu de conscience serait proprement indescriptible et échapperait à toute connaissance scientifique. Mais si l’émoi est proprement une réalité phénoménale, nous renvoie à la conscience en tant que phénomène, il apparaît bien associé à une grandeur et donc à une qualité première. Un émoi est plus ou moins fort, plus ou moins grand. Certes nous n’avons pas d’unité pour mesurer la grandeur d’un émoi mais nous pouvons constater la présence d’un effet dans l’objet où il est censé se produire en fonction de ce que cet émoi est suffisamment fort ou ne l’est pas. Et cet effet est la pirouette, pirouette qui ne se produit pour le coureur de fond que si la concentration de l’odeur délétère est suffisamment grande.


Mais si la notion d’émoi associée à celle de grandeur nous renvoie à une qualité première, cette qualité là n’est assimilable à une qualité physique que si elle est mesurable. C’est à dire que s’il nous paraît possible de déterminer une unité de cette grandeur qui aurait même valeur quel que soit l’émoi considéré. Pas d’autre solution alors que de considérer cette grandeur unitaire indissolublement liée à une grandeur physique mesurable.


Cela, à mon sens, peut s’envisager. Lorsque le coureur de fond effectue sa pirouette, il dépense une certaine quantité d’énergie liée au freinage, au mouvement même de la pirouette et au redémarrage de la course. Il ne me paraît pas impertinent de décider que l’énergie dépensée pour une vitesse donnée de course a une grandeur à peu près constante. Il ne me paraît pas non plus impertinent de dire que cette grandeur est liée à la grandeur de l’émoi déplaisant, à la grandeur de la répulsion éprouvée par le coureur et qui le conduit à effectuer cette pirouette.


Mais lier la grandeur de l’émoi répulsif à la grandeur de la dépense physique qu’elle entraîne pour mettre fin à cet émoi apparaît vite nous conduire à un blocage de la pensée. En effet cette grandeur, pour être déterminable comme un paramètre, nécessite de considérer comme une donnée fixe le poids du coureur. Poids plume ou poids lourd, le poids justement varie et dire qu’un obèse fournit un plus grand effort pour pirouetter qu’un coureur maigre, qu’il supporterait donc un plus grand émoi avant de le faire apparaît un raisonnement plutôt fragile.


Surtout une telle façon de voir nous condamne à ne plus imaginer la possibilité de la conscience dans sa dimension sensible, celle de la grandeur d’un émoi, dimension sans laquelle on a convenu qu’elle ne saurait exister, hors de l’espèce humaine. L’effort d’une baleine pour se retourner nous paraîtrait d’une monstruosité inconcevable. Et, si jamais il nous venait à l’idée de pourvoir le nématode d’une conscience élémentaire, l’intensité de son effort pour pirouetter nous paraîtrait à jamais totalement imperceptible. Pour reprendre la question rabâchée : « qu’est-ce que cela fait d’être ...? » et d’y placer comme sujet un nématode prêt à pirouetter ou une baleine qui se retourne, nous serions aussi démunis pour répondre que de dire ce que cela fait d’être une chauve-souris entendant des ultra-sons. L’émoi redeviendrait mystérieux comme une nuance de couleur perçue ou la singularité d’un parfum.


Une solution qui me satisfait serait de diviser la quantité d’énergie en jeu par la masse de l’objet qui pirouette et de considérer comme une grandeur constante la grandeur ainsi obtenue que j’appellerai l’énergie de la pirouette. Je supposerai alors que cette grandeur est liée à la grandeur semblable de l’émoi éprouvé au minimum avant le renversement de trajectoire par le nématode, la baleine… ou le coureur. Et je m’aventurerai à dire que, si la grandeur de cet émoi est cause unique de ce retournement, elle est toujours identique, quel que soit l’objet considéré.


L’émoi pénible et la pirouette du nématode


L’émoi pénible ressenti par le coureur quand il respire l’odeur infecte fait qu’il se retourne et poursuit sa course en sens inverse. Qui pourrait nous empêcher de croire que le nématode ressent un tel émoi lorsqu’il pirouette en approchant de la concentration d’un répulsif et inverse de même la direction de sa nage ? Rien sans doute sinon l’idée qu’à renvoyer si loin au début de l’échelle des êtres l’existence de l’émoi, on ne voit plus ce qui pourrait nous arrêter désormais en route et nous empêcher d’associer l’émoi pénible aux objets les plus primitifs, d’aller même en deçà des êtres vivants, d’aller jusqu’à voir les électrons se repousser entre eux parce qu’animés d’un émoi semblable.


Le mouvement d’inversion de la trajectoire réalisé dans la volte-face du coureur et du nématode a cela de commun avec celui de l’aspirateur et du somnambule d’être absolument continu. Il y a bien sûr une succession de phases : freinage, arrêt, accélération, mais cette succession se fait dans une durée minimum qui ne comporte pas d’autres subdivisions. Les libérations d’énergie physique dans le robot comme dans le somnambule : énergie électrique de détection du signal, du freinage et du redémarrage pour le premier, énergie électrophysiologique de la détection, énergie musculaire de l’arrêt, du retournement et de l’accélération pour le second se succèdent également sans discontinuité, tout au moins sans intervalle notable. On peut dégager pour le coureur une succession également continue de trois formes d’énergie psychique : celle de l’émoi pénible proprement dit, celle du désir d’y mettre fin, celle de l’effort pour y parvenir. Si on ne peut pas, en toute logique, changer l’ordre de succession de ces forces, on ne peut pas non plus concevoir une durée où l’une viendrait sans la suivante.


Les phénomènes de chimiotaxie propres aux bactéries et qui se perfectionnent un peu mais sans changer véritablement de nature chez l’eucaryote ne sont pas de même ordre. Et c’est à dessein que j’ai choisi la volte-face de la paramécie, la plus évoluée des eucaryotes, pour la distinguer de celle du nématode et tâcher de faire figurer une frontière sûre entre l’inconscient et le conscient dans la succession des êtres. La volte-face de la paramécie en présence du répulsif se distingue fondamentalement de celle du nématode pour l’essentielle raison qu’elle n’est pas instantanée mais se décompose en de nombreuses phases. Le terme de pirouette ne convient plus pour désigner ce changement de direction à phases multiples, aussi les biologistes ont-ils choisi le terme de culbute.




Le mouvement de la paramécie dans un milieu liquide est assuré par la rotation synchronisée de nombreux cils ou flagelles. Ces cils en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre propulsent l’animalcule en ligne droite à la façon dont une hélice propulse un bateau. Lorsque la paramécie se trouve mise en présence d’un produit répulsif, le mouvement de rotation s’inverse , les cils tournent alors dans le sens des aiguilles d’une montre. Cette inversion a pour résultat de désynchroniser les mouvements des cils et de déséquilibrer la nage de la paramécie qui se met à tourner au hasard, c’est cela la culbute. Mais ce phénomène dure peu. Le sens de rotation s’inverse à nouveau et la paramécie poursuit sa route dans la direction qu’elle a aléatoirement prise. Si, dans cette direction,, la concentration du produit répulsif est la même ou plus élevée, la rotation des cils s’inverse à nouveau très rapidement. En revanche, si elle diminue, l’inversion sera plus tardive. On observe ainsi des périodes de nage rectiligne de plus en plus longues, des bifurcations de moins en moins fréquentes et en fin de compte un éloignement certain du répulsif.


Alors, si la pirouette du nématode apparaît bien comme un mouvement continu et instantané compatible avec le sentiment d’un effort jusqu’à son terme, il n’en va pas du tout de même de la série de culbutes de la paramécie. La pirouette du nématode peut témoigner de l’existence d’un émoi de la même façon que la volte-face du coureur. La série de culbutes ne peut apparaître comme autre chose qu’un enchaînement de mécanismes physico-chimiques génétiquement programmés à partir de la reconnaissance d’un élément répulsif et qui produit finalement le même effet que chez le coureur et le nématode.


Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de prétendre que chez le coureur et chez le nématode il n’y a pas un enchaînement de mécanismes physico-chimiques génétiquement programmés à partir de la mise en contact du répulsif. Il s’agit seulement de dire que la triade émoi-désir-effort que l’on constate chez le coureur est compatible avec le comportement observé chez le nématode et ne l’est pas avec le comportement observé chez la paramécie.


Mais elle l’est avec le comportement du robot-aspirateur, me direz-vous. Bien sûr. Et avant de considérer comme ridicule l’idée d’un aspirateur reculant devant le pied de table parce que frappé d’un pénible émoi, il me faut tourner la plume dans l’encrier. Après tout il ne manquera pas de neuroscientifiques techniciens pour considérer possible la fabrication d’un robot singeant l’humain à merveille dans sa souplesse comme dans l’apparence de ses émotions. Mais quoi ! Tant qu’on ignore comme maintenant le mécanisme qui engendre l’émoi, on ne saurait en toute logique le fabriquer. Et si on le connaît un jour et qu’il ressemble à ce que j’envisage, mon intuition est qu’on ne le fabriquera jamais.


Candidat à l’émoi au contraire de la paramécie et plus sûrement que toute machine concevable, le nématode ne pourrait-il pas être semblable au somnambule qui peut mimer la volte-face de l’homme éveillé sans avoir conscience de rien ? Certainement non car le nématode connaît lui aussi le sommeil et normalement ce n’est pas plus dans cet état qu’il nage que le sportif ne court.


Le neurone, moteur de l’émoi.


L’infime enveloppe du Caenorhabditis Elegans pourrait donc bien enfermer le mystère du premier émoi. Et si c’est le cas, sa clé serait toute simple. Ce nématode a 302 neurones et, sur le lot, 32 sont consacrés à la chimiosensation (1). Ces derniers neurones sont répartis en trois lieux spécifiques : ce qu’on pourrait appeler la langue du nématode, neurones labiaux au nombre de six ; ce qu’on appelle les phasmides et qui sont deux organes symétriques à gauche et à droite de la queue ; et enfin les amphides analogues aux phasmides mais dans la partie antérieure de l’animal, au niveau de la tête.


C’est à ce dernier organe que je m’intéresserai, organe double comme le cerveau à deux hémisphères et qui comporte la majorité des neurones récepteurs. Ces neurones regroupent onze paires quasiment toutes jumelles. Sept qui se trouvent près des pores sont reliées directement aux récepteurs chimiosensoriels. Quatre se trouvent plus à l’intérieur de l’animalcule et sont reliées aux récepteurs indirectement : les neurones AWA, AWB, AWC et AFD. Il se trouve que pour certains composés chimiques comme la quinine ou l’adénine l’activation de la paire de neurones AWB entraîne à elle seule l’effet répulsif. Ceci a été prouvé en détruisant par un rayon laser la paire de neurones. En présence d’une concentration de quinine ou d’adénine, le nématode ainsi opéré ne pirouette plus.


Ainsi considérer comme je le fais qu’un émoi pénible est associé à la pirouette du nématode ce serait considérer en même temps que l’activité d’un seul neurone peut être déterminante dans la genèse de cet émoi. Si on garde le point de vue connexionniste, on admettra que l’algorithme des réponses neuronales est forcément modifié et de façon unique par l’activité d’un neurone donné et que la seule existence de cette activité peut expliquer l’émergence d’une réalité psychique comme celle de l’émoi pénible. Mais bien évidemment alors la réflexion sur l’origine biologique de la conscience ne progresse pas d’un pouce. Il en va tout autrement si on considère la nature de l’activité du neurone et son effet possible. Cette activité consiste essentiellement dans la décharge électrique du noyau. Or quand le noyau décharge, il le fait par une série de polarisations et de dépolarisations selon une certaine fréquence, chaque cycle de polarisation et de dépolarisation correspondant à l’envoi d’un potentiel d’action.


Un point de vue alternatif au point de vue connexionniste consiste à prendre en compte l’effet de cette décharge sur le champ magnétique local à l’intérieur de l’amphide. Cette décharge n’est rien d’autre que le déplacement d’une quantité de charge électrique dont nous savons qu’elle produit une variation de champ magnétique d’une grandeur proportionnelle à cette quantité dans une direction perpendiculaire à ce déplacement. On peut dire d’une autre façon que la décharge du neurone produit une fluctuation du champ magnétique local se reproduisant régulièrement à une fréquence donnée. La fréquence de décharge peut varier de quelques décharges par seconde à plusieurs centaines. Cette fréquence est propre à chaque neurone et son effet est la seule contribution particulière qu’il puisse apporter à la variation du champ magnétique local.
Mon idée est que l’état de ce champ à un moment donné produit l’état psychique de l’animal au même moment. Cet état psychique est donné par une seule grandeur pourvue d’un signe, positif si l’état est plaisant, négatif si l’état est pénible. La question se reporte alors à celle de savoir ce qui rend l’état de ce champ plaisant ou pénible.
Le neurone AWB ne se décharge pas seul. Un ou plusieurs neurones chimiorécepteurs situés près des pores de l’amphide se déchargent concomitamment quand l’odorant « répulsif » est repéré. Penser l’émergence de l’émoi pénible peut nous faire alors hésiter entre deux hypothèses. Dans la première, seule la fréquence de décharge du neurone AWB est à considérer. Elle serait telle qu’elle produit elle-même le vif désagrément ressenti à la façon d’une fausse note lors d’une exécution musicale ou mieux à celle du crissement d’une craie sur un tableau quand une seule séquence vibratoire irrite violemment nos nerfs. Dans la seconde, c’est d’abord la façon dont se conjoignent les fréquences des neurones récepteurs qu’il faudrait considérer. Tout en étant chacune propre, on pourrait penser qu’elles ont un rapport d’harmonie quand elles coexistent contribuant à un état psychique agréable. La fréquence du neurone AWB produirait alors une sorte de dissonance qui serait sentie comme l’émoi pénible.


S’il fallait me décider entre ces deux hypothèses, je préfèrerais la seconde pour la raison que la destruction du neurone AWB peut suffire à rendre attractif un odorant répulsif jusque là. Mais surtout, en montrant que l’émoi pénible est le produit d’une coexistence préréglée de plusieurs décharges neuronales, je me rattache de sûre façon aux conceptions « modulistes » que j’ai par ailleurs exposées (2). L’émoi du nématode et du coureur de fond qui rebroussent chemin devant une source d’odeur infecte jaillit tout entier dans la conscience avec son intensité propre qui se prolonge pendant une certaine durée au moins jusqu’à ce que les deux animaux mobiles se soient éloignés de la source. Mais il existe à mon sens une variété sans nombre d’émois instantanés qui, eux, ne sont pas perçus en tant que tels. Les fluctuations du champ magnétique « sensible » produites par les décharges conjointes des neurones et par leur succession pourraient produire ces émois plaisants ou pénibles qui se moduleraient selon des schémas déterminés que la conscience pourrait reconnaître. Comme le coureur qui se détourne de l’odeur infecte peut savoir qu’il fuit la pestilence d’une charogne plutôt que celles du sang de porc utilisé comme fumure, le nématode pourrait reconnaître en pirouettant aux abords d’une concentration de quinine que ce n’est pas l’odeur de l’acétyl qu’il fuit. Il peut y avoir un univers mental du petit ver où les odeurs qu’il repère se distinguent et qui se construit par une combinaison d’émois tout comme l’immensité du nôtre.


Modulation du champ et distribution temporelle des émois


Relever ce qui dans l’activité électrique des neurones des nématodes, dans la temporalité de leur fréquence de décharge pourrait faire apparaître un corrélat assurément propre à l’existence d’un ressenti particulier ne paraît pas encore possible de nos jours. Pour que l’étude soit pertinente, elle devrait d’ailleurs opposer une population de nématodes éveillés à une population endormie ou anesthésiée face l’une comme l’autre à une concentration de tel ou tel odorant. Mais ce qui n’a pas pas pu être réalisé encore pour les nématodes a été fait dés 2012 pour les souris dans un laboratoire de Genève par trois neurobiologistes (3). Les expériences ont porté sur des souris éveillées mais aussi sur des souris anesthésiées. De fines électrodes introduites dans le bulbe olfactif ont permis des enregistrements de l’activité électrique non seulement global mais aussi neurone par neurone quand les animaux sont mis en présence d’un odorant particulier.


En ce qui concerne les souris anesthésiées, il a été constaté qu’une proportion notable des neurones du bulbe olfactif voyaient leur fréquence de décharge changer lorsque l’animal était mis en contact avec l’odorant et que la population de neurones à fréquence modifiée était spécifique à l’odorant reçu. Ainsi a été mis en évidence que l’information entrée dans le bulbe olfactif à partir des récepteurs sensoriels était bien transmise dans sa spécificité aux axones sortant du bulbe olfactif qui se projettent en aval vers différents réseaux corticaux sans qu’il y ait présence d’un « ressenti ». De même il a été mis en évidence que l’activité électrique globale du bulbe olfactif ne variait pas de façon discriminante en fonction de l’odorant reçu.


En ce qui concerne les souris éveillées (non anesthésiées), le constat est d’une toute autre nature. D’abord la proportion de neurones qui voient leur fréquence de décharge changer de façon significative apparaît moindre. Ensuite et surtout plusieurs neurones présentent des séries de décharges distantes dans le temps selon un schéma particulier et propre à l’odorant perçu. Ainsi l’information n’apparaît pas ou plus seulement contenue dans les potentiels d’action présents ou pas dans les axones sortants mais dans la structure temporelle d’un train de potentiels d’action qui se répète de façon périodique. Cette structure temporelle particulière du train de potentiels d’action ne peut que produire une fluctuation du champ magnétique elle aussi particulière et présenter un corrélat propre à l’existence d’un ressenti particulier. L’hypothèse qu’on peut préciser ici reprend celle qu’on a évoquée plus haut : les variations d’amplitude et de fréquence de l’intensité du champ entraîneraient une production d’émois successifs d’une intensité et d’un signe induits par la nature particulière de ces variations. Ces émois seraient trop brefs pour que leur intensité et leur signe propre soient perçus par la conscience. En revanche leur successivité aussi particulière que les modulations du champ qui l’ont engendrée serait perçue comme un ressenti propre constituant le qualia de la sensation odorante. C’est par ce mécanisme-là que la souris éveillée ressentirait les différentes odeurs dans leur particularité.



Et le coureur de fond comme les souris ? Et le nématode comme le coureur de fond ? Pourquoi pas si le mécanisme générateur est le même ? Ainsi, des cinq pirouetteurs retenus au départ, le coureur de fond et le nématode bifurqueraient dans le même champ d’émois : l’un net et frontal comme la matérialisation d’une force répulsive d’intensité constante, les autres sous-jacents, multiples et divers formant à eux tous l’identité de la mauvaise odeur.



La radio, image grossière de la conscience.



Ce mécanisme ainsi mis en branle suffirait-il à expliquer l’origine biologique de la conscience ? Si oui, pourquoi le somnambule exposé dans sa marche de zombie à des stimulus de divers types serait-il parfaitement inconscient de ces stimulus hors de tout réveil brutal ? Une étude réalisée en 2015 au CHU de Montpellier a porté sur cent patients somnambules. Il a été constaté que 47 se sont blessés lors de leurs promenades nocturnes.Seulement 10 se sont réveillés immédiatement Les autres sont retournés se coucher comme si de rien n’était, la douleur ne se réveillant que plus tard dans la nuit ou dans la matinée. Il n’existe pas à ma connaissance d’études montrant la sensibilité ou l’insensibilité des somnambules aux odeurs. Mais on a toutes raisons de penser que les somnambules sont tout aussi inconscients des odeurs même très fortes et très désagréables qu’ils peuvent respirer qu’ils le sont à la douleur des blessures.



Le bulbe olfactif existe chez les humains, somnambules ou pas. Il y fonctionne a priori de la même façon que celle mise en évidence par les chercheurs de Genève chez les souris éveillées. Or la population de souris témoin n’était pas « endormie » mais « anesthésiée ». C’est donc l’anesthésie qui produirait l’absence de modulation sélective observée chez les souris éveillées, conscientes par conséquent. Par déduction on peut aussi établir qu’il existe un système produisant une modulation de fréquence dans le neurone du bulbe olfactif des souris vivantes qui fonctionne certainement chez les souris éveillées, certainement pas chez les souris anesthésiées et possiblement chez les souris endormies. Et s’il existait aussi chez les hommes endormis, et donc chez les somnambules ? Pourquoi les somnambules seraient-ils alors inconscients comme les souris anesthésiées ?



Je n’ai cité que la première partie des conclusions de l’étude genevoise. La seconde apporte un indispensable complément. Le train de potentiels d’action périodique apparaît ajusté à une fenêtre temporelle de 20 millisecondes qui correspond précisément à une phase d’oscillation gamma dans le champ électrique du bulbe olfactif . Ainsi il y aurait à l’intérieur du bulbe olfactif de l’animal éveillé la superposition de deux modulations du champ électrostatique : une régulière liée à l’oscillation de l’onde gamma et une autre particulière, propre à l’odorant perçu.



Les oscillations gamma sont absentes du cerveau pendant le sommeil profond. Et c’est pendant le sommeil profond que se produisent les crises de somnambulisme. Il est alors logique de penser que de telles oscillations sont un corrélat indispensable de la conscience si l’on convient qu’il y a bien présence chez le somnambule de la modulation du champ censée y conduire. Certes l’étude sur laquelle on s’appuie ici ne porte que sur la perception des odeurs mais les travaux de Rodolfo Llinas ont montré que la perception visuelle était liée à la même fréquence de 40 hertz.
Parler de fréquence en donnant un nombre de Hertz, c’est user du champ lexical de la radio à fréquence modulée. Je le fais à dessein. Notre esprit recourt volontiers aux machines qu’il a engendrées pour comprendre le fonctionnement de ce dont il provient lui-même. On a ainsi vu longtemps dans la conscience le seul résultat de la cybernétique mise en œuvre dans le cerveau comme dans les ordinateurs. Encore faut-il ne pas se tromper de machine. Et l’ordinateur ne me paraît pas la bonne. Le bulbe olfactif chez les souris anesthésiées produit un travail discriminant comme celui des transistors qui aboutit bien à la reconnaissance par l’organisme d’odorant particulier. Mais ce travail se perd dans l’obscurité de l’inconscient. Chez la souris éveillée, le travail du bulbe s’assimile désormais à celui d’un émetteur à modulation de fréquence, les neurones ordonnant dans le temps leurs décharges en fonction de l’odorant reçu et modulant de façon propre l’intensité du champ magnétique. Mais cette modulation s’avère pertinente seulement pendant une durée moyenne d’un quarantième de seconde, celle d’une période de l’onde gamma.
Dans un poste radio à modulation de fréquence, la réception qui est faite est celle d’une onde porteuse à fréquence définie mais qui a été modulée à l’émission en fonction du son enregistré. Pour que l’information particulière puisse parvenir à la membrane du haut-parleur et la faire vibrer comme il faut pour reproduire le son d’origine, il faut une démodulation. Celle-ci est produite par une oscillation électrique de la même fréquence que l’onde porteuse et soustrayant en quelque sorte l’information portée. C’est cette information soustraite qui fera vibrer la membrane du haut-parleur avec les changements de fréquence qu’il faut pour reproduire le son d’origine.



L’analogie de la radio et de la conscience ne pourrait bien sûr avoir un semblant de justesse qu’en tenant compte d’un fait essentiel : ce que la radio retransmet c’est la réalité des vibrations enregistrées. Ce que le mécanisme de la conscience fait exister c’est un arrangement d’émois qui n’auront jamais d’existence que dans l’univers intérieur. Que cet espace se transforme en fonction de changements extérieurs réels, ce sera toujours un espace de fantasmagories.



Autre piège de l’analogie : l’idée d’une conscience constamment et passivement réceptrice au message du monde extérieur. Plus on monte dans l’échelle des êtres, plus l’attention, le désir, la pensée, la volonté agissent pour faire varier sans cesse l’émission et par conséquent placer dans l’animal l’agent qui la produit. Si l’anesthésie fait cesser la modulation des fréquences de décharge dans le bulbe olfactif, l’attention, par un biais qui lui échappe, pourrait avoir le même effet si elle se porte sur un autre sens que l’odorat. Par un autre biais elle pourrait faire coïncider par groupe les décharges de neurones et ainsi amplifier l’énergie d’une séquence modulée… etc. En plus les images mentales, fabriquées par le cerveau, se mêlent indiscrètement aux images reçues de l’extérieur. Dans le rêve enfin c’est le cerveau qui réalise totalement l’émission reçue. L’émetteur ou les émetteurs ne sont pas dans le monde extérieur. Ils sont dans le corps lui-même. Mieux (ou pire!) ils sont dans le cerveau comme l’est le bulbe olfactif, le cortex visuel primaire, tous les modules qui reçoivent les stimulations de chaque sens et celles venues des diverses parties du corps.
Et la membrane du haut-parleur, indispensable en dernière instance à la réception effective, pourrait-elle exister matériellement  et être localisée? Je suis persuadé pour ma part que oui, si difficile que cela soit à concevoir. Il y a une continuité de la conscience qui ne s’accorde pas avec une discontinuité matérielle, une structure rigide, ne fût elle que de quelques atomes, qui vibre avec l’émoi. Forcément microcospique au sein du nématode, elle pourrait être tout aussi minuscule au sein de notre cerveau. « Cristal sensible » comme je me suis plu à l’appeler, fixe arrangement de quelques uns de nos atomes où l’énergie que notre corps dépense se transmute. Là où se transmute aussi l’énergie qui produit le désir et l’effort.



Et qui fait pirouetter le nématode comme le coureur de fond au contact de la substance répulsive. Je parlais d’un début de compréhension en tête de cet article. Je n’aurai pas l’indécence d’aller au-delà…






NOTES :
1- Les données scientifiques utilisées dans cette partie sont reprises pour la plupart de l’article : « Chemiosensations in C Elegans » de Cornelia I. Bergmann pubié en 2006 dans la revue en ligne WormBook.



2- Voir en particulier deux articles publiés sur Agora Vox. « Une niche pour la conscience2/2 : le modulisme » (2016) et « Le générateur de conscience peut être un objet simple » (2016)



3-Olivier Gschwend, Jonathan Beroud et Alan Carleton. L’article qu’ils ont publié en 2012 sur PLOS ONE s’intitule : « Encoding Odorant Identity by Spiking Packets of Rate Invariant Neurons in Awake Mice ». J’ai traduit ce titre par : « Encodage de l’identité odorante par paquets de décharges de neurones à fréquence moyenne invariante chez les souris éveillées. »



4- « Quand les somnambules ne ressentent pas la douleur » https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjo_v7b8Mn_AhURTKQEHdvtBWsQFnoECA8QAQ&url=https%3A%2F%2Fici.radio-canada.ca%2Fnouvelle%2F748469%2Fsomnambulisme-douleur-Étude&usg=AOvVaw2ZyMAYSxmZCSOXp9dprauv&opi=89978449




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