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Variations autour de Nietzsche.

4 participants

descriptionVariations autour de Nietzsche. - Page 4 EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

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Silentio a écrit:
là où Fouillée se permet de prendre de haut le philosophe allemand par des sentences qui s'appuient parfois sur des traits tellement grossis qu'ils en deviennent grossiers, eh bien Seillière apparaît plus pertinent et dans son bon droit par ses connaissances, sa limpidité et son aisance. Fouillée en reste au procès d'intention
Je n'ai pas eu cette impression chez Fouillée, qui me paraît bienveillant. Simplement, il l'aborde en politique, et ça coince forcément. Il ne le comprend pas parce qu'il ne le peut pas ; et il ne le peut pas parce qu'il ne dispose pas des codes qui lui permettraient de voir que Nietzsche, c'est autre chose. Il ne voit en lui qu'un individualiste contre ce qu'on n'appelle pas encore une société de masses. D'où le quiproquo : il croit pouvoir le situer sur le plan social, moral et politique, parce qu'il le jauge et le juge à la lumière de cette découverte, qu'on vient de faire et qu'on est alors en train de conceptualiser progressivement, que la société moderne n'est plus exactement une société, mais un agrégat d'individus ; l'intention est de retrouver et de réinstituer des liens entre eux pour former ce qu'on appelait une société, autrement dit des mœurs (cf. morale). Sur ce terrain, Nietzsche, c'est le diable.

Il faut voir Fouillée à la suite de Tocqueville (qu'il a lu et qu'il connaît parfaitement), dont la Démocratie en Amérique fut un véritable best seller, à la suite également de la pensée politique libérale et conservatrice de la Restauration et de la Monarchie de juillet (voir les discours parlementaires), en fonction enfin du seul contexte social et politique de la France qui se pense elle-même à partir de la Révolution et face à des modèles qui la fascinent et la rebutent dans le même temps : l'épouvantail anglais ; dès le XVIIIe siècle, on trouve toute une littérature politique, même chez Montesquieu, qui fait voir les peurs françaises, peur de la corruption démocratique, peur de l'anarchie (toujours particulièrement visible pendant les périodes électorales, etc.), peur de la révolution ; d'où l'épouvantail allemand, qu'on trouve par exemple chez Taine, Barrès, etc., perçu à la fois comme l'étalon et comme le rival (amour de l'ordre, industrialisation réussie, etc.) dont la modernité est une réussite comparée à la France, toujours de plus en plus déchirée entre modernité et tradition, qui ne réussit pas à sortir du jacobinisme et surtout du bonapartisme, ce qui revient à refuser à la société l'initiative de la modernité, à faire de l'État l'arène où chaque camp se dispute la question de la légitimité (la Révolution n'est pas finie), à redouter d'avance toute forme d'individualisme, lequel est beaucoup plus répandu en France qu'en Allemagne, terre d'élection des individualismes rentrés et des corps institués. Dès lors, entre Fouillée et Nietzsche, il n'y a pas de dialogue possible.

Silentio a écrit:
Je vous recommande la lecture du texte de Charles Andler que j'ai posté dans les suggestions pour la bibliothèque
Oui je le connais, c'est un article de très grande qualité. Je suis toujours particulièrement attentif à tout ce qui peut se dire, de près ou de loin, sur le rapport entre Nietzsche et Burckhardt.

descriptionVariations autour de Nietzsche. - Page 4 EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

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Avez-vous lu son livre sur la vie et l'oeuvre de Nietzsche, en trois tomes ? Je vous le recommande. J'en parle souvent ici. Il fait la part belle aux premiers ouvrages de Nietzsche, dont finalement on parle assez peu.

descriptionVariations autour de Nietzsche. - Page 4 EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

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Avec cela on peut revenir au manquement politique de Nietzsche, à savoir penser la démocratie ou plutôt relever son défi. Ce qui est paradoxal c'est qu'il souhaiterait que l'agôn permette l'individualisation croissante, mais il rejette la démocratie qui pourtant est conflictuelle et individualisante. Vous parlez des masses ; le problème serait-il la démocratie pour le grand nombre ? C'est cela qui permettrait le relativisme et le nihilisme, chacun réclamant son dû, ses droits et échangeant des valeurs contre d'autres sur le marché de l'opinion. En réalité, seuls les génies devraient être libres, transférer leurs privilèges à la masse fait courir la société à sa perte, ainsi que sa culture devenue incapable de produire de nouveaux génies. Par ailleurs, le moderne se croit libre et revendique sa singularité, pourtant il tend à faire comme les autres, répondant à une normalisation que l'État, l'économie (et le travail) et la technique (ainsi que la science) produisent. De ce fait, encore une fois, le dernier homme troque sa liberté contre le bien-être (tout relatif d'ailleurs) ou le rêve qu'on lui vend et perd savoir et volonté (il est privé d'une vie supérieure, par exemple de sa dimension politique comme ce que l'on peut observer aujourd'hui entre le peuple souverain aliéné et les représentants comme marionnettes des marchés). La solution de Nietzsche est la retraite, préférant cultiver son jardin et son morceau de terre, à l'abri du troupeau qui broute dans ses champs clôturés.
Liber a écrit:
Avez-vous lu son livre sur la vie et l'œuvre de Nietzsche, en trois tomes ? Je vous le recommande. J'en parle souvent ici. Il fait la part belle aux premiers ouvrages de Nietzsche, dont finalement on parle assez peu.

C'est prévu pour plus tard. Andler m'a convaincu de ses qualités.

descriptionVariations autour de Nietzsche. - Page 4 EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

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Silentio a écrit:
Avec cela on peut revenir au manquement politique de Nietzsche, à savoir penser la démocratie ou plutôt relever son défi. Ce qui est paradoxal c'est qu'il souhaiterait que l'agôn permette l'individualisation croissante, mais il rejette la démocratie qui pourtant est conflictuelle et individualisante.

Quand Tocqueville dit que le spectacle des foules sur les grands boulevards le "glace", il n'est pas très loin du constat nietzschéen (ou gobiniste). Epris de liberté, respectueux de l'individu, il ne trouve pourtant pas son compte dans la démocratie. Mais c'est une évidence : la paix entre individus n'est pas favorable au génie, car elle endort les facultés. Voyez le relativisme ambiant aujourd'hui, ce qu'on appelle le "consensus mou", du reste totalement hypocrite, car on n'a jamais autant méprisé et gaspillé les qualités humaines que de nos jours.

C'est prévu pour plus tard. Andler m'a convaincu de ses qualités.

C'était un grand germaniste, qui a perdu beaucoup d'élèves au cours de la première guerre mondiale. Parmi les Français qui ont été les quasi contemporains de Nietzsche, il me semble être le plus proche du philosophe. Sur Nietzsche et Burckhardt, je vous recommande également ce que Curt Paul Janz en dit dans le premier tome de sa biographie.

descriptionVariations autour de Nietzsche. - Page 4 EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

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Liber a écrit:
Avez-vous lu son livre sur la vie et l'œuvre de Nietzsche, en trois tomes ? Je vous le recommande. J'en parle souvent ici. Il fait la part belle aux premiers ouvrages de Nietzsche, dont finalement on parle assez peu.

Je l'ai lu sans le finir il y a plus de quinze ans et, malheur, je découvre à l'instant que je ne l'ai plus, j'étais pourtant persuadé du contraire. Il est dans la bibliothèque, mais il manque le tome 4. Je vais devoir le racheter, on le trouve en occasion à un prix modique. De toute façon, comme Silentio, je préfère acheter les livres, plutôt que de les consulter en bibliothèque, où je serais capable de tomber amoureux chaque jour. Une femme belle trouble l'esprit, mais une belle femme qui lit, c'est trop pour un seul homme dont la sensibilité est trop prompte à troquer toute discipline contre un tel bonheur. Le surmoi, c'est quand même pratique.

Silentio a écrit:
En réalité, seuls les génies devraient être libres, transférer leurs privilèges à la masse fait courir la société à sa perte, ainsi que sa culture devenue incapable de produire de nouveaux génies.

Je ne suis jamais très loin de le penser, et je le pensais en effet il y a encore une décade. Mais j'y ai renoncé. Le surmoi, là encore ; quoique je ne sois décidément pas démocrate. Mais je ne sais plus ce que peut bien vouloir dire ce genre d'affirmations. Je ne le suis pas moins que la plupart de mes frères en humanitude, ma tra di noi, nous n'entendons pas la même chose, quand nous parlons démocratie.

Silentio a écrit:
le dernier homme troque sa liberté contre le bien-être (tout relatif d'ailleurs) ou le rêve qu'on lui vend et perd savoir et volonté

La volonté est tellement ramollie que j'en ai pris mon parti il y a quelques années : elle est devenue rarissime, supplantée par des expédients moins engageants, peu édifiants et qui, même contrariés, s'expriment d'autant moins longtemps qu'ils compensent, au pire, par des saillies spectaculaires, des émotions d'autant plus intenses que leur intensité même les annule presque aussitôt, au mieux, par la succession rapide et indéfinie de ces mêmes émotions  : envie, désir, besoin, etc. Ni liberté, ni réel ; tel semble être le mot d'ordre général. Des sensations, toutes les sensations, rien que des sensations.

Silentio a écrit:
il est privé d'une vie supérieure

Qui veut vivre d'une vie supérieure, aujourd'hui, est pris pour un autre par des hystériques, autrement dit par ceux-là mêmes qui sont pour eux-mêmes des autres au moment où ils se croient eux-mêmes. Qui veut vivre d'une vie supérieure doit en payer le prix sans détour et se condamner à l'isolement, en pestant certes (il faut bien que ça sorte), mais il faut l'accepter.

Liber a écrit:
C'est prévu pour plus tard. Andler m'a convaincu de ses qualités.

C'était un grand germaniste, qui a perdu beaucoup d'élèves au cours de la première guerre mondiale. Parmi les Français qui ont été les quasi contemporains de Nietzsche, il me semble être le plus proche du philosophe. Sur Nietzsche et Burckhardt, je vous recommande également ce que Curt Paul Janz en dit dans le premier tome de sa biographie.

Que pensez-vous de la biographie d'Elie Halévy, de 1909 ?

Dernière édition par Euterpe le Mer 27 Juil 2016 - 18:48, édité 1 fois
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