Portail philosophiqueConnexion

Bibliothèque | Sitographie | Forum

Philpapers (comprehensive index and bibliography of philosophy)
Chercher un fichier : PDF Search Engine | Maxi PDF | FreeFullPDF
Offres d'emploi : PhilJobs (Jobs for Philosophers) | Jobs in Philosophy
Index des auteurs de la bibliothèque du Portail : A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

Variations autour de Nietzsche.

4 participants

descriptionVariations autour de Nietzsche. EmptyVariations autour de Nietzsche.

more_horiz
Courtial a écrit:
Les Modernes, Schopenhauer, Nietzsche, Freud font tenir l'illusion sur la volonté : je m'illusionne parce que je veux qu'il en soit ainsi

Il serait donc faux de dire que, par exemple pour Nietzsche, l'être s'identifie à la volonté ?
Quoi qu'il en soit, je crois que l'illusion comme représentation voulue peut coexister avec le fait que l'être n'est autre que volonté de puissance.

Dernière édition par Euterpe le Jeu 20 Juil 2017 - 15:50, édité 4 fois (Raison : Message modifié en raison de la digression à laquelle il a donné lieu.)

descriptionVariations autour de Nietzsche. EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

more_horiz
Vouivre a écrit:
Les gens qui postent ici connaissant probablement mieux que moi le milieu universitaire en matière de discipline philosophique : est-ce que par hasard je ne remplirais pas les conditions pour engendrer un âpre et atroce lynchage ?

Non, cependant je ne comprends pas où vous voulez en venir. Pourriez-vous être plus clair ? Quel est le lien entre le souci de l'être et la volonté de s'illusionner ? Le seul que je vois est celui donné par Liber, à savoir ce que j'appellerais user des nobles ou pieux mensonges (selon l'expression de Nietzsche ou celle de Strauss) pour gagner en confiance, et donc en puissance, à partir d'une croyance. Ce qui a pour vertu de consoler l'homme de sa condition et de ses souffrances et de lui donner des prétextes pour agir et satisfaire sa volonté. Il me semble, par ailleurs, qu'il y a un souci du monde chez Heidegger, en tant que souci de l'être qui relève du Dasein qu'être-au-monde, c'est-à-dire qu'il n'en est pas séparable, de sorte que se soucier de soi est aussi se soucier de l'autre (formule foucaldienne qui pourrait convenir à l'être-avec heideggerien et la pluralité arendtienne). Les heideggeriens me corrigeront, je n'ai pas lu le maître et je risque de l'"hégélianiser". En tout cas en tant qu'être participant de l'Être, me soucier de moi c'est aussi me soucier du monde qui me compose et me donne à exister. Spinoza disait qu'aimer Dieu c'est aussi s'aimer soi-même, pour moi l'inverse est vrai (je suppose que c'est aussi le cas pour Spinoza) : s'aimer est la même chose qu'aimer la Nature, du moins la partie participe-t-elle du Tout.

descriptionVariations autour de Nietzsche. EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

more_horiz
La volonté nietzschéenne ne peut en tout cas plus se confondre avec celle de Schopenhauer (donc avec un V majuscule). Le dernier Nietzsche envisageait le monde comme une pluralité de volontés. Quant à chercher à accorder cette conception avec celles des philosophes de métier, vu le peu de connaissances de Nietzsche en philosophie, je crois que c'est inutile.

descriptionVariations autour de Nietzsche. EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

more_horiz
Certes, mais cette mer de force, cet océan qu'est le monde comme volonté de puissance (c'est le nom que Nietzsche lui donne au-delà des particularismes) renvoie à l'unité du dionysiaque, source de l'apollinien qui est individuation, objectivation, composition des forces en formes. La joie se retrouve dans la communion avec l'être, ce que la puissance apporte comme surplus de force, oubli et sortie de soi (ou élévation), tandis que la souffrance provient de notre condition, de notre finitude, de la négation par laquelle on ex-iste au monde et on se rapporte à soi, c'est-à-dire que nous avons beau être une partie du Tout nous souffrons de ne pouvoir retourner à la totalité. Nous sommes Dionysos qui s'est fait chair pour s'observer dans son propre miroir, mais en cela nous sommes une divinité déchirée car consciente de l'écart irréductible qu'il y a entre soi et le monde (qui participent l'un de l'autre tout en étant amenés à se distinguer). Mais la conscience naît justement de cet écart. Dionysos est dans l'ombre d'Apollon, qui est le dieu, on peut le noter, à la fois de la musique et un archer cruel qui décoche ses flèches et dont les énigmes tiraillent ceux que la mesure sculpte, approfondit, individualise et renforce par la négation qu'elle exerce. Paradoxalement, si le philosophe se sent de plus en plus divin lui-même, il souffre aussi de plus en plus de ne jamais être le dieu lui-même, en sa totalité (sauf que pour la trouver il faudrait renoncer à soi et défaire le voile de Maïa ; seule la folie pourrait outrepasser les frontières du réel et faire communiquer l'individu et le Tout en les confondant).
Giorgio Colli, Après Nietzsche a écrit:
L'autre Dionysos

Le symbole du miroir, attribué à Dionysos par la tradition orphique, donne à ce dieu une signification métaphysique que Nietzsche ne parvint pas à démêler. En se regardant dans un miroir, le dieu voit le monde comme sa propre image. Le monde est donc une vision, sa nature n'est que connaissance. Le rapport entre Dionysos et le monde est le même que celui entre la vie divine, indicible, et son reflet. Ce dernier ne nous donne pas la reproduction d'un visage, mais l'infinie multiplicité des créatures et des corps célestes, l'écoulement démesuré de figures et de couleurs : tout cela est rabaissé au rang de semblant, d'image dans un miroir. Le dieu ne crée pas le monde : le monde est le dieu lui-même en tant qu'apparence. Ce que nous croyons être la vie, le monde qui nous entoure, est la forme en laquelle Dionysos se contemple, s'exprime face à lui-même. Le symbole orphique ridiculise l'antithèse occidentale entre immanence et transcendance, au sujet de laquelle les philosophes ont fait couler beaucoup d'encre. Il n'y a pas deux choses, dont il faudrait se demander si elles sont séparées ou bien unies, mais une seule : le dieu, dont nous sommes l'hallucination. Nietzsche est proche de cette conception de Dionysos dans La Naissance de la tragédie, bien qu'avec une coloration schopenhauerienne excessive ; par la suite sa croyance obstinée à l'immanence a fait obstacle à sa pénétration.

Peut-être Nietzsche est-il le pendant existentiel, vivant et artistique des conceptions hégéliennes ?

descriptionVariations autour de Nietzsche. EmptyRe: Variations autour de Nietzsche.

more_horiz
En effet, Colli a raison de rapprocher (comme je le fais depuis longtemps) le phénoménisme de Nietzsche de celui de Schopenhauer. Mais Nietzsche a décidé de se séparer de la chose en soi, il est dans un phénoménisme total. Donc, il ne cherche plus à se confondre avec le Tout, tout ça c'est de l'histoire ancienne, datant de Naissance de la tragédie. Nietzsche nous a libéré du divin comme Tout auquel s'identifier ou se fondre, "il y a une infinité de façons d'être un dieu", dit-il. Nietzsche verse plutôt du côté de Gœthe ou d'Hafiz que de Schopenhauer et de la maya indienne. Voir là aussi la fin de la Volonté de puissance, où Nietzsche explique clairement sa conception de Dionysos, me semble-t-il, notamment le symbolisme sensuel des deux poètes du Divan.
privacy_tip Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum