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Considérations sur la philosophie contemporaine

+2
Zoroastre
Silentio
6 participants

descriptionConsidérations sur la philosophie contemporaine - Page 8 EmptyRe: Considérations sur la philosophie contemporaine

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n'y a-t-il pas nécessairement plan d'immanence lorsque l'on rend compte des concepts comme étant créés par l'homme ?

Certes, mais le problème est bien que rien ne puisse échapper à ce plan, qu'un autre plan ne vienne pas le court-circuiter et le rapporter à de la transcendance (pour Deleuze, l'immanence à quelque chose est déjà de la transcendance : il n'y a que de l'immanence pure) :
Chaque concept définit un plan spécifique référant au problème auquel il est censé répondre. Chaque plan conceptuel doit donc s'articuler avec les autres plans conceptuels. Où le faire sinon dans un espace commun, un plan commun ? En quoi la somme des concepts ne suffit-elle pas ? Enfin qu'est-ce d'autre que cet espace sinon le rapport à la pensée de chacun ?

Le plan d'immanence n'est pas plus donné que prédéfini, il est à fabriquer pour chaque philosophe. Il doit valoir (et non forcément faire) système, et à ce titre virtuellement tout contenir, référer à la globalité spécifique de la philosophie.
... ce qui n'empêche que chaque philosophe ne pourra concevoir son propre plan qu'en fonction de ses concepts à lui (et de leurs limites). 
Chaque plan n'est ainsi rempli que par la seule somme de concepts du philosophe. 
Si l'on veut garantir qu'aucune trace de transcendance ne viendra détruire l'immanence (qui donc, selon Deleuze, est le propre de la philosophie), il faut donc quelque chose de plus que cette somme de concepts pensés par chaque philosophe. Soit un plan qui, outre ne rien contenir d'autre que des concepts, soit en même temps représentatif de la totalité des événements possibles (ceux-là même que le philosophe n'aura pas pensé).
C'est pourquoi le plan doit être posé indépendamment des concepts.

descriptionConsidérations sur la philosophie contemporaine - Page 8 EmptyRe: Considérations sur la philosophie contemporaine

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Silentio a écrit:
Ce serait beaucoup trop long à expliquer, il faudrait procéder à une comparaison point par point. Mais s'il y a une ressemblance, on peut dire que Deleuze est radicalement différent en tant que penseur, justement, de la Différence et en tant que spinoziste. Heidegger paraît souvent plus idéaliste que les idéalistes qu'il dénonce (grosso modo : ils n'ont pas vu l'Être véritable), avec de plus une attitude de retrait, de refuge auprès de cet Être dont il se fait le berger. Au risque de perdre le monde. Deleuze est au contraire un empiriste pris dans le monde, penseur des singularités et de la création (pas d'un temps réductible au décret d'un Être égal à lui-même). Plus proche d'Aristote en cela que de Platon, par exemple. C'est un penseur non de l'être, mais des relations (le "et" "entre" les êtres). Et il vise à affirmer joyeusement le monde et son immanence, tandis que Heidegger, plus sombre (me semble-t-il) réintroduit de la transcendance avec l'Être séparé des étants. Bien entendu, Être et Temps donne l'impression d'un existentialisme libérateur... Bien entendu, je force le trait à dessein.


Ce que vous dites ici ne me semble pas totalement faux, mais implique de bien comprendre, précisément, le sens que Heidegger place dans ces mots. Par exemple, vous employez en parlant de Heidegger le terme être, et vous l'employez en ayant à l'esprit le sens que lui a donné la métaphysique de Platon à Nietzsche. Or, avec Heidegger, l'être n'a strictement plus rien à voir avec ça, d'où l'utilisation de certain archaïsmes après Être et temps (comme seyn au lieu de sein, qu'on a traduit respectivement par estre et être), moins pour faire le malin avec un terme ancien, mais pour ne pas perdre le lecteur qui, en entendant "être", va tout de suite voir l'être de l'étant (ce qui fausse complètement la lecture). Heidegger, qui souhaite se dégager de cette tradition, a donc cherché à montrer, par le mot, que le sens variait. Quand Heidegger emploie le mot être, il faut l'entendre au sens verbal (et non substantivé, cf. ce qu'en dit Lévinas dans Éthique et infini). C'a n'a donc plus rien à voir avec l'être de l'étant, car Heidegger le dit : "l'être n'est pas". A partir de là, l'être est nécessairement séparé de l'étant, puisque l'étant est, et l'être n'est pas (sinon il serait étant). 

Quant à cet être (à entendre comme verbe donc), ce n'est pas nous qui l'oublions, ni nous qui observons une attitude de retrait, mais c'est l'être lui-même qui toujours est maintenu en retrait, abrité, comme dit Heidegger. Bref, il faut entendre la formule "oubli de l'être" moins comme un génitif objectif que comme un génitif subjectif : c'est l'être qui se fait oublier, sans cesse, et qui échappe ainsi à toute saisi. C'est pourquoi Heidegger n'écrit jamais alètheia, mais a-lètheia. En cela Heidegger se défait de l'expérience grecque, qui est concentrée sur la mise en lumière, quand Heidegger se concentre sur la mise en retrait de l'être.

descriptionConsidérations sur la philosophie contemporaine - Page 8 EmptyRe: Considérations sur la philosophie contemporaine

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Oui, c'est vrai, et vous avez plus lu Heidegger que moi. D'ailleurs, Deleuze pourrait lui être comparé sur ce point, mais il substitue le couple virtuel/actuel à la différence ontologique. Mais il me semble que Heidegger dénigre le monde sensible, changeant, temporel (qu'il a pourtant voulu penser), pour rester à l'écoute de l'égale présence, indifférente aux étants, qui constitue tout en tout temps. Alors oui, en un sens, je trouve Heidegger proche de Platon, d'autant plus avec cette sorte de supériorité du philosophe qui devrait entendre l'être (cette sorte de dieu caché qui élit ses hérauts), tandis que l'humanité aurait tort de vivre parmi les étants. Or je crois que l'être est inséparable des étants, et cela constitue la plus grande difficulté à les penser dans leur singularité (comme on le voit dès Platon et par la suite avec Aristote). Il me semble au contraire que Deleuze, par exemple, est plus à l'écoute de l'être en tant qu'il se fait suivant ses modes, ses plis, etc., d'après chaque existant et étant. Il ne s'attache pas à penser le permanent sous le devenir, si ce n'est comme création, car ce qui se répète, dit-il, à la limite, c'est le différent. (N'oublions pas que Deleuze est l'héritier de Bergson.)

Une critique de Clément Rosset me semble résumer la chose simplement et de manière fort juste :
Clément Rosset, Principes de sagesse et de folie, Éditions de Minuit, p. 36-37 a écrit:
[...] C'est en ce sens que le sentiment de l'existence peut être décrit comme coup de foudre, comme sentiment fulgurant d'une présence. En ce sens mais en ce sens seulement, c'est-à-dire à la condition de ne pas faire de distinction entre le présent et sa propre présence, comme s'y efforce par exemple Heidegger qui invite inlassablement à dinstinguer entre l'"être" de la présence et l'"étant" du présent. Heidegger dissocie ainsi la présence de toute réalité effectivement présente, l'isole de la contamination de la part de ce qui existe pour en faire la source mystique et inviolable de tout ce qui vient à l'existence. Il est superflu de relever le caractère romantique et germanique de cette hallucination philosophique. Je dirais ici volontiers, pour parodier Virgile dans la quatrième Bucolique : "Muses d'Allemagne, baissons un peu le ton" (Sicilides Musae, paulo majora canamus). La présence ne règne pas sur le présent comme les dieux sur les géants et les nains dans la Tétralogie de Wagner. Elle est, si l'on veut, la gloire et l'auréole du présent, en ce sens qu'elle est toujours attachée à ses pas, quoique pas toujours perceptible aux yeux de ceux qui y participent. Mais elle ne régit pas le présent : elle le constitue. Il n'est, il n'a jamais été ni ne sera jamais, de présence que du présent.
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