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Faut-il être cultivé pour apprécier l'art ?

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wentzinger alix a écrit:
Quand on n'est pas cultivé, l'art peut parfois avoir quelque chose de violent, il provoque de l'étonnement, et de cette interrogation initiale naît un sentiment poétique et philosophique.

Pourquoi ? Qu'est-ce qui interpelle tellement dans l’œuvre bien que nous n'en connaissions pas les significations ? A mon avis c'est précisément, dans le cas du néophyte, l'intuition de significations lui échappant. L’œuvre d'art "bouge", elle veut dire quelque chose. Ce qui nous frappe, ce sont les traces de l'esprit humain dans la création, en même temps que son effacement, comme l’œuvre semble tenir "par elle-même". Nous n'en connaissons pas les significations, et pourtant nous sentons qu'elle déborde de significations.

Mais l’œuvre d'art, pour être comprise en tant qu’œuvre d'art (objet culturel (ce qui ne signifie pas mort...)), doit être replacée dans le réseau de significations dans lequel la création est prise. Elle-même s'élabore souvent comme une articulation de symboles, mais il n'est jamais "fermé" : les œuvres se répondent ; non seulement les contemporaines mais également à travers le temps.

Et notons que l'on retrouve parfois cette sensation d'une surabondance de signification dans des spectacles naturels. Regarder la voie lactée dans la nuit noire des océans par exemple peut donner cette sensation qu'il y a là quelque chose à saisir.

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bonjour,

Je me pose déjà la question de savoir ce qu'est l'art.
Pour Socrate, il consiste dans une compétence, un savoir faire dans un domaine, ainsi il définit la justice comme le médecin de nos institutions, et il l’érige en art...
Marcel Duchamp avec sa pissotière exposée au musée nous interpelle sur cette question fondamentale : est-ce qu'une pissotière (qui représente à la fois un objet de la vie quotidienne, mais aussi quelque chose de franchement pas très propre et pas très beau) peut être un objet d'art ?
Est-ce qu'un cercle ou un gribouillis est une œuvre d'art ?
Est-ce que l'art doit toucher nos sentiments ? Doit-il nous interroger sur le monde qui nous entoure ?
Et une dernière question, quand je regarde la Nature comme Spinoza (je crois qu'il est panthéiste) Deus sive Natura, on y découvre des merveilles, est-ce que ces phénomènes naturels sont comparables à une œuvre d'art ?
J'ai été saisi d'une grande émotion lorsque j'ai visité la grotte de Font de Gaume, une sorte de choc, je me suis mis à la place des premiers hommes (-25000 av. J.-C.) qui ont pénétré cet endroit magique et j'ai été pris de vertige tellement c'est magnifique...
Qu'en pensez-vous ?

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L'art est avant tout un acte signifiant. Pour atteindre ce but, il faut que celui qui reçoit l'œuvre d'art partage un minimum de références communes avec l'artiste. C'est en ce sens qu'il est important d'être cultivé pour recevoir une œuvre d'art. Notamment parce que ça permet d'apprécier le jeu avec les références, avec les conventions que doit nous proposer un artiste.

Quant à une éventuelle émotion déclenchée, même en l'absence de références communes, il apparaît, et notamment au cours de cette discussion, qu'une émotion peut survenir devant un paysage. Or le paysage n'est pas en soi signifiant : seul le regard qu'on lui porte peut lui donner une signification. Et donc être ému par une œuvre d'art sans que l'on partage la moindre référence avec son auteur, c'est manquer l'intention signifiante de l'auteur. Et sûrement ne pas voir l'œuvre d'art.

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tontondab a écrit:
L'art est avant tout un acte signifiant. Pour atteindre ce but, il faut que celui qui reçoit l'œuvre d'art partage un minimum de références communes avec l'artiste. C'est en ce sens qu'il est important d'être cultivé pour recevoir une œuvre d'art.

Notamment parce que ça permet d'apprécier le jeu avec les références, avec les conventions que doit nous proposer un artiste.

Quant à une éventuelle émotion déclenchée, même en l'absence de références communes, il apparaît, et notamment au cours de cette discussion, qu'une émotion peut survenir devant un paysage. Or le paysage n'est pas en soi signifiant : seul le regard qu'on lui porte peut lui donner une signification. Et donc être ému par une œuvre d'art sans que l'on partage la moindre référence avec son auteur, c'est manquer l'intention signifiante de l'auteur. Et sûrement ne pas voir l'œuvre d'art.

Très intéressant, voulez-vous dire que l'artiste projette obligatoirement une signification symbolique à son œuvre plus ou moins cachée ?
Juste un petit détail : il me semble qu'il faut préférer dans le contexte de votre message le mot sentiment à émotion. Les émotions sont innées, "pré-inscrites" en nous et donnent naissance à des sentiments lorsque nous sommes confrontés à des expériences empiriques. Il me semble que l’œuvre d'Art fait partie d'une expérience vécue et qu'elle suscite ou fait naître, plus particulièrement, différents types de sentiments.
La reconnaissance de ce qu'est une œuvre d'art s'effectuerait, à la fois, par une quête de sens et des sentiments ressentis ? Mais si l'on croit en Dieu ou aux mystères de la Nature, ne pourrait-on pas penser qu'un beau paysage aurait une signification liée à son créateur (que ce soit Dieu ou la Nature) ? Ne pourrait-il pas y avoir une "intention signifiante" dans la beauté de la nature ? Et du coup ne pourrait-on pas la qualifier d’œuvre d'Art ? (c'est peut-être un peu "tiré par les cheveux" ?)

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Le terme "Art" a aujourd'hui une définition si vaste qu'il est extrêmement délicat de donner un semblant de réponse.
Chaque période, chaque mouvement, chaque artiste a sa conception de l'art. Pour l'un il doit être l'apanage d'une élite intellectuelle (le maniérisme italien par exemple) alors que pour l'autre l'art doit être dénué de signification (John Cage...). Le savoir est un outil, utile mais à mon avis pas indispensable, pour apprécier une œuvre. Malheureusement sans le savoir on ne peut apprécier une œuvre à son plus haut point, c'est pour cela qu'une branche de l'art contemporain essaye de désacraliser, ou plutôt de démythifier, cette légende d'un art réservé aux gens cultivés. Le musée est un lieu public, chacun a accès à l'art et à la culture, et c'est là que la magie de l'art opère : on peut pleurer devant un Rothko juste par "l’énergie" qu'il nous envoie à travers sa couleur comme on peut pleurer devant un Rothko en pensant à la signification philosophique et infinie de l'œuvre. 

L'art reste une entité qui s'adapte au spectateur, au regard qu'il y pose, chacun l’interprète à sa façon, et, au contraire nous n'avons pas besoin de partager des références avec l'artiste car c'est l'œuvre qui s'adapte à nos références. Si l'art parvient réellement à transcender alors il brise toutes les barrières, qu'elles soient culturelles, contextuelles, intellectuelles, bien que finalement sa portée soit émoussée, il touche toujours.
D'ailleurs même les plus savants se frotteront toujours à des énigmes insolubles : qui arrivera à pénétrer l'œuvre de Dali, de Dürer, et j'en passe... Si l'œuvre peut avoir une signification première dans la tête de l'artiste, l'œuvre finie agit comme un prisme où cette "signification première", tant recherchée par certains, se décompose en une infinité de significations.
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