Portail philosophiqueConnexion

Bibliothèque | Sitographie | Forum

Philpapers (comprehensive index and bibliography of philosophy)
Chercher un fichier : PDF Search Engine | Maxi PDF | FreeFullPDF
Offres d'emploi : PhilJobs (Jobs for Philosophers) | Jobs in Philosophy
Index des auteurs de la bibliothèque du Portail : A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

Faut-il être cultivé pour apprécier l'art ?

+16
Impero
Petitevoixcrasse
Commissaire
JimmyB
cyr
lameàuser
Silentio
Desassocega
Phi-Lousphie
Laërte
tontondab
nnikkolass
Zingaro
wentzinger alix
Hippiecure
Elodie64
20 participants

descriptionFaut-il être cultivé pour apprécier l'art ? - Page 8 EmptyRe: Faut-il être cultivé pour apprécier l'art ?

more_horiz
Bonjour, après une lecture assidue et passionnante du questionnement que soulève ce sujet, je reprends le fil de la discussion qui date désormais de plusieurs années...

J'aimerais tout d'abord y ajouter l'empreinte de Charles pépin :
Charles Pépin a écrit:
Nos vies quotidiennes sont tissées de petites déchirures, de combats intérieurs. Un autre verre de vin ? C'est le désir contre la volonté. Une envie de vengeance? C'est l'impulsion contre la raison, le réflexe contre la réflexion. Les jugements que nous portons finalement attestent de la victoire d'une part de nous-même sur une autre.
"C'est bon" pensons-nous en portant à nos lèvres un nouveau verre de bourgogne : la sensibilité en dernier ressort, a triomphé de notre raison.
"C'est mal" constatons-nous ensuite : la raison, finalement,a déterminé ce jugement.
Mais nous posons le verre de vin et il retient la lumière dans sa robe : "C'est beau", songeons-nous alors, et là c'est différent. Car ce jugement esthétique n'est pas un jugement comme les autres: il ne vient ni de la victoire de notre sensibilité ni du triomphe de la raison, il ne vient pas de l'issue d'un conflit en nous, mais au contraire d'une harmonie en nous. Ce n'est pas une partie de moi-même qui décide que c'est beau. C'est justement parce qu'en moi il n'y a plus de "parties" que je trouve ça beau.
[...]

Ce qui nous fascine, c'est peut-être que l'artiste ait réussi à créer cette œuvre, mais c'est aussi ce qu'elle parvient à créer en nous, cet état dans lequel elle nous met.
D'ailleurs cet état est le seul critère dont nous disposons pour décider du beau. Les différentes époques ont vu défiler les critères de beauté et les règles de l'art. Cette relativité des critères plaide évidemment en faveur de l'absence de critères objectif de la beauté. Aujourd'hui nous pouvons trouver belle une statue d'Apollon, fidèle aux règles grecques de la proportion, et un tableau expressioniste comme Le Cri de Munch, obéissant à un critère opposé de disproportion. Quant à la beauté naturelle, il n'y eut jamais aucun critère pour en juger. Le seul critère, c'est notre subjectivité: c'est ce que ça nous fait: Je reconnais la beauté quand le sujet que je suis est enfin réconcilié avec lui-même. Et le signe de cette réconciliation, c'est cette impression de plénitude.



Une semaine de philosophie, 2006


On peut relier ce passage à l'extrait de la Critique de la faculté de juger de Kant, quant à la place du sujet et du soi dans le sentiment du beau et l'émission du jugement. (Je trouvais l'explication de Charles Pépin plus concrète, c'est pourquoi je me suis permise de l'ajouter, afin de compléter ce qui a été dit, et ce, bien que Beauté et Art ne soient pas automatiquement associés.)

Pour en revenir à la question, Faut-il être cultivé pour apprécier l'art ?, j'aimerais simplement ouvrir sur les différents sens que l'on peut attribuer au verbe "apprécier".
Apprécier est-il employé au sens du goût, du sentiment qu'éprouve le sujet face à l'œuvre, ou encore en ce sens, qu'il apprécierait l'œuvre tout comme il apprécierait manger une part de gâteau ? Ou apprécier est-il employé au sens de comprendre, d'être capable d'analyse vis-à-vis de l'œuvre (on entent souvent des guides justement, proposer aux visiteurs "d'apprécier la précision du trait, la qualité de la technique...") ? C'est là que se joue la bifurcation qui fait débattre me semble-t-il, c'est donc selon le sens que l'on attribuerait à ce verbe que l'orientation du questionnement serait déterminée... Dans la première définition, on aurait plutôt tendance à affirmer que la culture n'est qu'illusoire (voir pesante) dans la perception de l’œuvre, tandis que vu sous le second angle, l'acquisition d'une connaissance du contexte et des techniques entre en effet en jeu, en tant que véritable atout.

Dernière édition par cassis01 le Mar 26 Juin 2018 - 20:11, édité 2 fois

descriptionFaut-il être cultivé pour apprécier l'art ? - Page 8 EmptyRe: Faut-il être cultivé pour apprécier l'art ?

more_horiz
cassis01 a écrit:
Pour en revenir à la question, Faut-il être cultivé pour apprécier l'art ?, j'aimerais simplement ouvrir sur les différents sens que l'on peut attribuer au verbe "apprécier". Apprécier est-il employé au sens du goût, du sentiment qu'éprouve le sujet face à l'œuvre, ou encore en ce sens, qu'il apprécierait l'œuvre tout comme il apprécierait manger une part de gâteau ? Ou apprécier est-il employé au sens de comprendre, d'être capable d'analyse vis-à-vis de l'œuvre (on entent souvent des guides justement, proposer aux visiteurs "d'apprécier la précision du trait, la qualité de la technique...") ? C'est là que se joue la bifurcation qui fait débattre me semble-t-il, c'est donc selon le sens que l'on attribuerait à ce verbe que l'orientation du questionnement serait déterminée... Dans la première définition, on aurait plutôt tendance à affirmer que la culture n'est qu'illusoire (voir pesante) dans la perception de l’œuvre, tandis que vu sous le second angle, l'acquisition d'une connaissance du contexte et des techniques entre en effet en jeu, en tant que véritable atout.

Voilà qui s'appelle "problématiser". Bravo.

La référence à Charles Pépin est intéressante. Choisir un nietzschéen pour évoquer la fonction de l'art, c'est toujours pertinent. Cela dit, au connaisseur de Camus qu'il est sans doute (il est l'auteur d'un roman -que je n'ai pas lu- qui revisite l'Etranger, si je ne m'abuse), j'ai envie de demander : est-ce que la lecture de la Peste, de l'Etranger, du Malentendu, etc. nous "réconcilie" avec nous-même ? Ne nous met-elle pas plutôt en présence immédiate de ce que Nietzsche appelle "l'horrible et l'absurde de l'existence" ?


PhiPhilo.
privacy_tip Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum