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Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

4 participants

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Par commodité, la philosophie en classe de terminale divise ceux favorables à l'enseignement de la philosophie en tant qu'histoire de la philosophie et ceux partisans de la philosophie en tant qu'introduction et à la philosophie et à la réflexion impliquant l'élaboration d'un raisonnement. En 1962 déjà, dans La Cabale des dévots, Jean-François Revel remarquait que :

Jean-François Revel a écrit:
[...] le problème culturel du rôle de la philosophie dans l'élaboration de la pensée contemporaine, et le problème pédagogique de l'initiation de jeunes gens à la pensée tout court doivent être distingués. Même si la philosophie perd toute capacité de découvrir et de créer, il restera toujours indispensable, sur le plan scolaire, d'enseigner la signification des étapes classiques de l'histoire de la pensée (cet enseignement ne devrait-il pas ressembler à ce qu'on appelle aujourd'hui histoire de la philosophie ?) et, d'autre part, d'informer les adolescents des problèmes propres au monde, à la culture et au moment où ils vont vivre. On parle toujours de faire réfléchir. Mais sur quoi ? Alors qu'on n'informe jamais ! Une information, même imparfaite et à peine ébauchée, fait plus réfléchir que la "réflexion" dans le vide.


D'ailleurs, quelle est la vocation de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

Jean-François Revel a écrit:
La tendance qui se manifeste depuis plusieurs années à transformer notre enseignement en une mosaïque de sommaires apprentissages relève d'une direction profondément réactionnaire qui, sous prétexte que nous avons besoin de techniciens, prétend que nous n'avons plus besoin de citoyens. [...] Nos enfants ne sont pas des outils. Notre devoir est de les informer impartialement, de les mettre en mesure de choisir ou de rejeter nos valeurs. Ce n'est pas à nous de nous servir d'eux, mais à eux d'apprécier ce qu'ils reçoivent de nous. Une société est une civilisation dans la mesure où elle élève des individus capables de la critiquer, des hommes qui puissent concevoir l'envie de lui échapper, atteindre aux moyens intellectuels de la juger, exercer le droit moral de la refuser et aussi, pourquoi pas ? le droit à l'inefficacité.


Aujourd'hui, ce discours risque de paraître convenu, bien qu'il appartienne à la phraséologie des défenseurs de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale (et ailleurs) :
L'UNESCO a écrit:
« Dans la mesure où elle construit les outils intellectuels nécessaires pour pouvoir analyser et comprendre des concepts essentiels comme la justice, la dignité et la liberté, dans la mesure où elle aide à développer des capacités de réflexion et de jugement indépendants et où elle stimule les facultés critiques indispensables pour comprendre le monde et s'interroger sur les problèmes qu'il pose, dans la mesure enfin où elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes, la philosophie est une « école de la liberté ». »
Stratégie intersectorielle de l’UNESCO concernant la philosophie (2005). http://www.unesco.org/new/fr/social-and-human-sciences/themes/philosophy/philosophy-teaching/



Quel peut bien être l'impact des nouvelles technologies ainsi que de la "baisse du niveau" (je ne me prononce pas sur la véracité ou non de constat, sinon que cette représentation est largement diffusée) sur la pratique du professeur de philosophie ? On retrouve deux idéaux-types radicalement opposés du "professeur de philosophie" : l'un est hautain, élitiste, injuste dans sa manière de noter et incompréhensible aux yeux des élèves, alors que l'autre, se rapprochant des préoccupations de ces derniers, abaisserait le niveau d'exigence en frisant la démagogie pour mieux célébrer la vie (cf. l'enseignant du film Le Cercle des poètes disparus). Il est bien entendu possible d'affirmer que l'enseignement de la philosophie en classe de terminale est salutaire dans la mesure où la fréquentation des bancs de l'école inspire des vocations sinon un "déclic", du moins auprès d'une minorité d'élèves. On peut néanmoins rétorquer que cette minorité aurait malgré tout développé un intérêt pour la philosophie (et bien avant, s'ils sont précoces) dans un autre contexte (il n'est, dans tous les cas, pas possible de dire que l'enseignement de la philosophie en classe de terminale constitue la seule et unique cause).

Question difficile : êtes-vous, ou non, favorables à la suppression de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ? La question se pose dans la mesure où, avec la massification scolaire impliquant une hausse de la fréquentation du supérieur, il devient difficile (sans parler des classes préparatoires) de ne pas être exposé à un cours (même d'introduction) de philosophie ou de sciences humaines et sociales (si le but est bien de se "familiariser avec des noms d'auteurs" et "d'apprendre à réfléchir"). En conséquence, même si l'enseignement de la philosophie est couronnement des études secondaires, cela n'est pas pour autant synonyme de nécessité. De plus, en occultant l'image d’Épinal et notre propre expérience, il nous est loisible d'observer des lycéens (dont le nombre ne faiblit pas) qui viennent réclamer de l'aide sur ce forum - parmi d'autres - afin que les membres leur donnent un coup de pouce. A partir de là, les questions restent inépuisables : ne s'éloignent-ils pas d'une certaine éthique (si l'objectif est bien de "réfléchir par soi-même en faisant ses propres recherches et lectures") ? Il ne s'agit pas de dire qu'ils sont bêtes (au contraire, il est rationnel de chercher à obtenir la meilleure note possible avec le moins de coûts). Il s'agit de dire qu'ils ne risquent pas d'appartenir au public de la philosophie. Quant aux membres qui prennent la peine de leur répondre, et comme me l'a fait remarquer un certain individu, sont-ils légitimes ? Sont-ils habilités à le faire, dans la mesure où tous ne sont pas des "professionnels" de cette discipline ? Leur répondre, cela ne revient-il pas, sans bien sûr le vouloir, à cautionner ce "système" (notion certes bien commode) ? En effet, cela ne revient-il pas qualifier implicitement d'échec la pratique pédagogique de l'enseignant en question ? Peut-il être tenu pour responsable de cet "apprenant" ? Si oui, pourquoi et quelles en sont les causes ? Si non, est-ce la faute du "système" ? En quoi ?

Qu'en pensez-vous ? Je n'ai pas traité les cas d'autodidaxie et des cours particuliers.

descriptionFaut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ? EmptyRe: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

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Dans bon nombre de pays d'Europe, la philosophie n'est qu'optionnelle et il est finalement assez rare de la compter comme une discipline autonome obligatoire.
En France, l'enseignement de la philosophie se fait dès la première par le biais d'une initiation. Et est une matière importante pour les littéraires en terminale mais l'est déjà beaucoup moins pour les autres filières du bac.
Ce qu'il faut se demander je pense, c'est si la philosophie dispensée une année sérieusement et deux années, sans jugement de la qualité, est utile ? Permet-il un enseignement même lacunaire suffisamment fertile pour que les élèves aient une image construite et fiable de cette discipline ?
Sans curiosité propre à l'élève qui lira en dehors de ses cours je doute fortement que la qualité de l'enseignement, le nombre d'heures prévu, et le contenu du programme intéressent et instruisent les élèves en quoi que ce soit.
De plus il s'agit de la seule matière en lycée où l'apprentissage seul ne suffit pas, or les élèves parviennent jusqu'à la terminale avec comme seule vision de l'examen un "recrachage" systématique des connaissances, ils sont donc démunis lorsqu'il s'agit de les utiliser, les structurer, les organiser en une argumentation, à défaut d'une réflexion.
Il semble donc hypocrite de penser que la philosophie puisse avoir un rôle particulier en ayant la possibilité d'ouvrir les yeux des lycéens le temps d'une année.
Soit il convient de la rendre optionnelle, soit de la supprimer, soit de l'étendre à d'autres années.
Nous faisons des mathématiques depuis la primaire et plus sérieusement le collège, des sciences physiques et biologiques dès le collège, du français et de la littérature dès le primaire et le collège. Et ce, car ce sont des disciplines qui dispensent des connaissances fondamentales pour les élèves. Point de philosophie, or même la technologie apparaît au collège.

La raison est simple : ce sont des matières utiles et qui serviront à une professionnalisation future. La technologie servira en BEP, et il faut connaître un minimum de choses en mathématiques et en français d'un point de vue pratique et social.
La physique et la biologie peuvent aussi servir dans des cursus directement professionnalisants.

Ce qui est utile prévaut, la philosophie en soi ne semble pas utile. Pas pour être un travailleur bien formé. Elle possède éventuellement un rôle politique et social dans la formation du citoyen et culturelle. Elle est donc secondaire pour nos décideurs actuels.
Une population abêtie sans réflexion, argumentation et connaissance est quand même beaucoup plus servile, cela n'apporterait pas grand chose d'instruire par la philosophie sinon semer un doute qui permettrait une réflexion et des connaissances qui la nourriraient. Donc selon le point de vue la philosophie est nécessaire et primordiale si et seulement si elle est dispensée dès le collège, ou bien il vaut mieux ne pas l'enseigner par confort et donc la supprimer serait plus honnête.

descriptionFaut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ? EmptyRe: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

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Si l'on regarde bien, la philosophie disparaît peu à peu dans le secondaire : dans combien de filières ou formations a-t-on remplacé la matière "philosophie" par "culture générale" ? Quoi qu'il en soit, son enseignement me semble important car pour autant que le professeur est compétant et les élèves plus ou moins réceptifs, il parviendra à leur apprendre à penser (au moins un peu), à ne pas être trop soumis à l'opinion et arriver à s'ouvrir au monde. Bien sûr, la plupart des élèves se foutent complètement de la philosophie, mais s'il fallait attendre qu'elle intéresse la majorité des élèves, on ne serait pas sorti du sable ! J'ai deux amis qui enseignent la philosophie en Terminale, chacun sait qu'il vaut mieux se réjouir des deux trois élèves qui auront un intérêt réel pour la philosophie et en apprendront quelque chose qu'être désespéré par tous les autres qui s'en moquent. Et quand je dis apprendre, je ne parle pas d'apprendre au sens ou on apprend sa leçon pour la réciter. 

Ce qui nous mène à la question de la manière dont est enseignée la philosophie. Les professeurs sont, je pense, tiraillés entre ce qu'est la philosophie (car elle n'est pas une matière comme les autres, et son enseignement est le contraire d'une suite d'informations) et ce qu'on voudrait faire d'elle (qu'elle soit utile immédiatement). Et le problème c'est qu'il ne peut y avoir de compromis. Si l'on dit que la philosophie doit être utile et que son contenu doit être une histoire de la philosophie, on vide la philosophie de tout son sens, je dis bien tout son sens. Car si étudier l'histoire de la philosophie peut s'avérer fécond, ce n'est jamais que parce que son histoire permet une vue large de certains concepts et manière de les penser. Autrement dit, savoir que Kant a écrit la CRPure n'a aucune valeur ; mais connaître les soubassements du débat entre rationalistes et empiristes entre le XVIIe et XVIIIe et ainsi comprendre plus largement ce à quoi répond Kant a de la valeur. 

Quant à savoir si la philosophie devrait être enseignée avant le lycée, je trouve ça absurde. On entre en philosophie que parce qu'elle nous montre que nous sommes pleins d'a priori prêt à être pensés. Comment voulez-vous être au contact de la philosophie sans avoir un minimum d'expériences, d'opinions ? Sans elles, la philosophie ne trouvera aucune prise et l'élève sera forcé à la réduire à une suite de dates et de noms. Il passera d'emblée à côté de ce qu'est la philosophie. On a besoin d'une bêche que quand les mauvaises herbes ont poussé. 


Revel a écrit:
d'autre part, d'informer les adolescents des problèmes propres au monde, à la culture et au moment où ils vont vivre. On parle toujours de faire réfléchir. Mais sur quoi ? Alors qu'on n'informe jamais ! Une information, même imparfaite et à peine ébauchée, fait plus réfléchir que la "réflexion" dans le vide.


On n'informe pas un élève des "problèmes propres au monde". Rien que la tournure de la phrase fait passer à côté de ce qu'il s'agit de voir. Le monde n'a aucun problème, il soulève des questions. La distinction paraît sans importance ; elle ne l'est pas : un problème demande une solution ; une question demande une réponse, réponse qui peut être partielle, indéfinie, provisoire, etc. Bref, tout le contraire d'une solution, qui comme elle traite d'un problème donné et concret, n'a de sens que si elle est entière et définitive. Dire aux élèves qu'on va les informer des problèmes du monde, c'est réduire le monde à quelque chose de mécanique dont il suffit de réparer les pièces... 
Revel est complètement à côté de la plaque. Il tourne en rond dans sa phrase car il ne comprend pas que c'est précisément dans ce "vide" que s'ouvre pour l'élève l'appel du monde, et que ce n'est qu'à partir de là que la philosophie peut commencer, prendre un sens. Mais pour le comprendre, il faut voir que ce vide n'est pas vide comme une bouteille peut l'être. 
Il voudrait que la philosophie soit une sorte de meuble qu'on monte grâce aux bonnes pièces (le meuble serait l'objet de la philosophie, son "sur quoi" ; les pièces les informations). Désolé mais la philosophie, et au sens plus large la pensée, ce n'est pas ça. S'il en était ainsi, il suffirait d'un simple code pour savoir rendre la justice, ou aimer quelqu'un, ou être libre, etc. La vie serait bien facile. Force est de constater qu'elle ne l'est pas.

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Kthun a écrit:
Par commodité, la philosophie en classe de terminale divise ceux favorables à l'enseignement de la philosophie en tant qu'histoire de la philosophie et ceux partisans de la philosophie en tant qu'introduction et à la philosophie et à la réflexion impliquant l'élaboration d'un raisonnement.
[...]
Question difficile : êtes-vous, ou non, favorables à la suppression de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?
[...]
En conséquence, même si l'enseignement de la philosophie est couronnement des études secondaires, cela n'est pas pour autant synonyme de nécessité. De plus, en occultant l'image d’Épinal et notre propre expérience, il nous est loisible d'observer des lycéens (dont le nombre ne faiblit pas) qui viennent réclamer de l'aide sur ce forum - parmi d'autres - afin que les membres leur donnent un coup de pouce. A partir de là, les questions restent inépuisables : ne s'éloignent-ils pas d'une certaine éthique (si l'objectif est bien de "réfléchir par soi-même en faisant ses propres recherches et lectures") ? Il ne s'agit pas de dire qu'ils sont bêtes (au contraire, il est rationnel de chercher à obtenir la meilleure note possible avec le moins de coûts). Il s'agit de dire qu'ils ne risquent pas d'appartenir au public de la philosophie.


Toutes les questions semblent être ramenées à la première que vous posez : "Quelle est la vocation de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?" Si le but est d'espérer de faire des lycéens des philosophes, c'est une vocation honorable mais vaine. Si l'on souhaite enseigner aux élèves à réfléchir, alors j'aurais personnellement honte de dire que cette matière "n'est pas nécessaire". Comme pour les amis de Desassocego, ce sont peut-être pour ces deux trois élèves que les cours de philosophie prennent leur sens. Évidemment dans une société où le but est la rentabilité, la philosophie n'a pas sa place mais ce n'est pas parce que c'en est le but, que ça doit devenir le nôtre. Si la société façonne les individus, elle est indissociable de ce que nous sommes et des décisions que nous prenons. Malgré l'apparence peu démocratique de la réponse, je préfère voir 24 individus souffrir de leurs cours de philosophie si je peux avoir la joie d'avoir remis les clefs de la réflexion aux mains de 3 élèves.
(Il faut aussi prendre en considération que la réponse aurait été entièrement différente si j'avais fait partie des 24 individus et que je ne m'étais jamais inscrite sur ce forum.)

Kthun a écrit:
[...] Quant aux membres qui prennent la peine de leur répondre, et comme me l'a fait remarquer un certain individu, sont-ils légitimes ? Sont-ils habilités à le faire, dans la mesure où tous ne sont pas des "professionnels" de cette discipline ?


Pour ce qui est de la question de l'aide aux devoirs sur ce forum, c'est un choix à faire. Est-ce qu'il s'agit d'orienter la réflexion de la personne ou de lui fournir des éléments de réponse ? Est-ce qu'il est possible de favoriser les réponses qui aident à la réflexion et d'éviter celles qui répondent directement au problème posé ? Est-ce que les personnes qui répondent sont légitimes ? Socrate l'aurait été et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il n'aurait sans doute pas répondu. Personnellement, je ne le suis pas mais c'est peut-être à chacun de juger si sa réponse apporte une aide à la réflexion et non par rapport à la note.

Kthun a écrit:
[...] Leur répondre, cela ne revient-il pas, sans bien sûr le vouloir, à cautionner ce "système" (notion certes bien commode) ? En effet, cela ne revient-il pas qualifier implicitement d'échec la pratique pédagogique de l'enseignant en question ? Peut-il être tenu pour responsable de cet "apprenant" ? Si oui, pourquoi et quelles en sont les causes ? Si non, est-ce la faute du "système" ? En quoi ?


Il faudrait avoir une vue globale de l'enseignement philosophique pour pouvoir y répondre objectivement. Je ne peux ici vous donner que des exemples :
Me rappelant l'attitude des élèves vis-à-vis du professeur en classe de Terminale, il m'est impossible de blâmer les professeurs de philosophie. Je ne considère pas que l'échec dont vous parlez (en ce qui concerne la philosophie) soit l'échec de l'enseignant mais plutôt celui de l'enseignement. Si l'échec était celui de la pratique pédagogique de l'enseignant, alors on verrait, comme dans les autres matières, d'excellents résultats chez les bons professeurs et de moins bons chez d'autres.
Néanmoins, les cours ayant attiré le plus l'attention étaient ceux en lien avec des extraits de films, des sujets actuels, des références à ce que les élèves avaient déjà vu ou entendu... et peut-être l'effarement de notre prof, lorsque le mal et le bien nous apparaissaient exclusivement relatifs et non absolus.

Quant-à savoir à qui est la faute, l'éducation est la responsabilité de tous.


JimmyB a écrit:
Ce qu'il faut se demander je pense, c'est si la philosophie dispensée une année sérieusement et deux années, sans jugement de la qualité, est utile ? Permet il un enseignement même lacunaire suffisamment fertile pour que les élèves aient une image construite et fiable de cette discipline ?

Nous faisons des mathématiques depuis la primaire et plus sérieusement le collège, des sciences physiques et biologiques dès le collège, du français et de la littérature dès le primaire et le collège. Et ce, car ce sont des disciplines qui possèdent des connaissances fondamentales pour les élèves. Point de philosophie or même la technologie apparaît au collège.


Ce sont en effet des matières qui permettront d'aboutir à un métier, mais pas une seule d'entre elles n'est en mesure d'aider l'individu. Certains élèves, et je parle ici d'eux au titre d'individu, apparaissent en effet comme n'ayant aucune difficulté dans leur vie, que ce soit au niveau social, culturel ou encore intellectuel. Néanmoins, je n'en connais pas un qui ne se soit interrogé à son sujet. Tous ne cherchent pas leurs réponses dans la philosophie et la complexité du raisonnement peut suffire à l'abandonner. Mais pouvons-nous dire pour autant que le questionnement disparait ?

JimmyB a écrit:
Une population abêtie sans réflexion, argumentation et connaissance est quand même beaucoup plus servile, cela n'apporterait pas grand chose d'instruire la philosophie sinon semer un doute qui permettrait une réflexion  et des connaissances qui la nourriraient. Donc selon  le point de vue la philosophie est nécessaire et primordiale si et seulement si elle est dispensée dès le collège ou bien il vaut mieux ne pas l'enseigner par confort et donc la supprimer serait plus honnête. Donc selon le point de vue la philosophie est nécessaire et primordiale si et seulement si elle est dispensée dès le collège [...]


N'est-ce pas l'un des rôles de l'enseignement que d'apporter des éléments de réponses ? Ne sommes-nous formés qu'à être les rouages d'une machine destinée à servir le pays ? JimmyB vous avez raison sur tous les points que vous avez cité (je suis juste sceptique sur la réceptivité des collégiens au cours de philosophie). Mais ô combien l'asservissement du peuple est une réjouissance dans les hautes sphères du gouvernement, je doute fortement que supprimer la philosophie (seule matière donnant matière à réfléchir) permette à notre société de devenir la civilisation telle que Revel la décrivait.

Kthun a écrit:
Revel a écrit:
Une société est une civilisation dans la mesure où elle élève des individus capables de la critiquer, des hommes qui puissent concevoir l'envie de lui échapper, atteindre aux moyens intellectuels de la juger, exercer le droit moral de la refuser et aussi, pourquoi pas ? le droit à l'inefficacité.




JimmyB a écrit:
[...] ou bien il vaut mieux ne pas l'enseigner par confort et donc la supprimer serait  plus honnête.

La supprimer serait plus honnête ? Admettons que vous ayez raison, mais n'est-ce pas là choisir la voie la plus facile ? Et ne sommes-nous pas tout autant honnêtes à vouloir persévérer dans l'enseignement de cette discipline, continuant d'apporter de l'aide aux élèves qui trouvent en cette matière un moyen de répondre à leurs questions et finalement, espérant ainsi entraîner les autres vers une réflexion de ce qu'ils sont et de ce qui les entoure ?


Desassocego a écrit:

Revel a écrit:
d'autre part, d'informer les adolescents des problèmes propres au monde, à la culture et au moment où ils vont vivre. On parle toujours de faire réfléchir. Mais sur quoi ? Alors qu'on n'informe jamais ! Une information, même imparfaite et à peine ébauchée, fait plus réfléchir que la "réflexion" dans le vide.


On n'informe pas un élève des "problèmes propres au monde". Rien que la tournure de la phrase fait passer à côté de ce qu'il s'agit de voir. Le monde n'a aucun problème, il soulève des questions. La distinction paraît sans importance ; elle ne l'est pas : un problème demande une solution ; une question demande une réponse, réponse qui peut être partielle, indéfinie, provisoire, etc. Bref, tout le contraire d'une solution, qui comme elle traite d'un problème donné et concret, n'a de sens que si elle est entière et définitive.

Je n'entrevois pas les choses de la même façon. J'entends par "information" une information sur le monde qui n'exclut pas le milliard d'autres informations existant. L'information est plus concrète que la réflexion. La réflexion peut se baser sur des concepts abstraits, l'information renvoie à des faits et en ce sens peut apparaître plus accessible à l'adolescent. Prenons par exemple la révolution française, le printemps arabe ou n'importe quelle manifestation ayant eu lieu depuis un an (nous laisserons au professeur de Philosophie le soin de choisir un sujet pertinent). Ce sont là des faits concrets qui soulèvent des questions, notamment l'éternel "Pourquoi?" et qui finalement mènent à un certain nombre de sujets philosophiques dont la liberté. Mais si l'on s'interroge sur ces faits, n'est-il pas parce qu'un problème demeure ? L'homme libre ne réclame pas la Liberté. L'homme qui ne sait pas qu'il est enchaîné ne la réclame pas non plus.

Une fois la réflexion entamée, elle peut se poursuivre. Mais si l'on veut un jour pouvoir philosopher, elle doit se poursuivre. Alors oui, la réflexion vaut mieux que l'information mais philosopher ce n'est pas non plus réfléchir inutilement. La réflexion peut être autant utile qu'inutile, tel que c'est le cas pour l'information. Est-il inconcevable d'associer les deux lorsque les deux s'avèrent utiles ?

Un problème demande une solution, certes, mais il soulève une question. Une question peut soulever un problème.
(Il est possible que je me fourvoie avec ces termes, auquel cas une aide serait la bienvenue.)

Desassocego a écrit:
[...]c'est précisément dans ce "vide" que s'ouvre pour l'élève l'appel du monde, ce n'est qu'à partir de là que la philosophie peut commencer, prendre un sens. Mais pour le comprendre, il faut voir que ce vide n'est pas vide comme une bouteille peut l'être.

Il n'y aurait donc aucun autre point de départ à la philosophie ? Soit je ne comprends pas ce que vous entendez par "ce vide", soit je ne suis simplement pas d'accord avec ce que vous dites puisque la philosophie me semble prendre naissance aussi bien dans les événements de la nature que dans les actions des hommes, que je ne considère ni l'un ni l'autre comme faisant partie du vide.

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Desassocego a écrit:


Quant à savoir si la philosophie devrait être enseignée avant le lycée, je trouve ça absurde. On entre en philosophie que parce qu'elle nous montre que nous sommes pleins d'a priori prêt à être pensés. Comment voulez-vous être au contact de la philosophie sans avoir un minimum d'expériences, d'opinions ? Sans elles, la philosophie ne trouvera aucune prise et l'élève sera forcé à la réduire à une suite de dates et de noms. Il passera d'emblée à côté de ce qu'est la philosophie. On a besoin d'une bêche que quand les mauvaises herbes ont poussé. 
.


Cette idée est un drame de la philosophie française. Penser que l'expérience permet une réflexion pour faire de la philosophie. Et quel poncif de penser que l'expérience est liée à l'âge. C'est vraiment dommageable. Mais voyons il y a plusieurs étapes dans la philosophie, plusieurs actions. Avant d'émettre des hypothèses, il faut questionner, et questionner cela s'apprend. C'est d'ailleurs le rôle le plus important, celui par lequel tout commence, le questionnement.
Le questionnement, l'étonnement philosophique comme le dit Jeanne Hersh est primordial pour être curieux, une qualité dont auraient bien besoin beaucoup d'élèves cela éviterait qu'ils s'en foutent par la suite pour reprendre vos termes.
Parce que si l'on suit votre raisonnement, il ne faut pas non plus étudier de textes littéraires. Comment comprendre Dom Juan sans expérience de la séduction et du romantisme. On l'apprend en 5e.
On ne peut étudier l'histoire, comment comprendre la vie d'un soldat de la seconde guerre mondiale sans l'expérience de la guerre ?
Finalement avant même d'avoir des opinions il faut avoir envie d'en forger, pour ensuite les écarter. Vous le dites vous-mêmes, la philosophie sert à ne pas se satisfaire des opinions, mais il faut qu'elles existent il faut donc que les élèves en aient et les motiver pour cela.

C'est un peu comme le ski. On apprend à se forger des opinions comme on apprend le chasse-neige, puis quand on sait slalomer en godille on ne doit plus faire de chasse neige, quand on sait réfléchir et argumenter on ne doit plus se contenter d'opinions.

Suis je un meilleur philosophe que vous parce que je suis plus vieux ? Parce que je suis père ? parce que j'ai connu la mort ? Bien sur que non.
Mais si je ne me suis pas fiché de la philosophie en terminale c'est parce que mes parents m'ont fait découvrir les livres et la philosophie dès l'entrée en collège. Je ne comprenais que peu de choses mais justement ne pas comprendre c'est s'interroger. Et le principal réside dans l'interrogation.

La mort même de la culture c'est de ne jamais la regarder avec naïveté.
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