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Faut-il être cultivé pour apprécier l'art ?

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Kercoz a écrit:
Je pense que vous pourriez trouver un tas d'exemples sur la domination Romaine.

Vous amalgamez deux situations qui me semblent différentes. La domination d’une culture sur une autre a des conséquences qui ne sont pas comparables à la domination d’une classe sociale et de ses codes, sur une autre. Je m’explique.
Pour le premier cas : la céramique sigillée gauloise, de la Graufesenque, conserve des motifs typiques – qui sont facilement différenciables de ceux romains – et vont exporter leurs production dans la quasi-totalité de l’empire. C’est de l’ordre du détail, on parle d’une romanisation de l’empire. Nous sommes d’accord. On va observer une véritable acculturation des Américains vis-à-vis de la culture espagnole (cf. S. Gruzinski, « La colonisation de l’imaginaire »). Très bien, le syncrétisme reste une chose relativement anecdotique – et c’est ce qui la rend particulièrement visible aux yeux de l’historien.

Par contre, au sein d‘une même société, je vous renvoie à mes précédentes questions :
Impero a écrit:
Comment peut-on parler de culture de masse - si l'adhésion n'est que du discours ? Brel et Brassens auront un succès qui ne s'est pas démenti pendant une période non négligeable. Quid de la réciproque ? Les classes sociales "dominantes" n'écoutent pas de Dalida ?

Si on a pu parler, à certaines époques, d’une culture populaire, celle-ci n’est-elle pas en train de triompher partout (cf. Ortega y Gasset) ? Pour en revenir au sujet, l’affaissement du niveau des références culturelles implique-t-il un affaissement du niveau de l’art ?

Dernière édition par Euterpe le Sam 16 Juil 2016 - 18:29, édité 2 fois

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Impero a écrit:
Si on a pu parler, à certaines époques, d’une culture populaire, celle-ci n’est-elle pas en train de triompher partout (cf. Ortega y Gasset) ?

Pourriez-vous expliciter l'enjeu qui se trouve derrière cette question ? Parce que, très naïvement, j'ai à l'idée que la culture populaire a toujours existé, été majoritaire et que ce qui est vulgaire, aujourd'hui, ce n'est pas une culture populaire (que j'imagine composée d'artisanats, de chants, de contes, etc.) mais plutôt une culture de masse (où l'art ne relève plus d'un savoir-faire inscrit dans la vie quotidienne mais de l'objet de consommation, lequel fausse notre rapport au monde, parce qu'au fond il n'est de nulle part et ne s'inscrit dans aucun monde, étant obsolescent).

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Vous avez raison. J'ai fait un amalgame (populaire/masse) qui n'a pas lieu d'être. 
Pour abonder en ce sens, on pourrait même relever que la culture populaire tend à disparaître sous le poids d'une culture de masse qui flirte avec la standardisation. C'est ce qui explique le renouveau des régionalismes (écossais, catalans...), et la reconnaissance par l'État d'autres mouvements moins virulents (breton, basque), parce qu'axés sur la reconnaissance d'une identité particulière, justement. Cette standardisation touche l'art, qui perd ses traits caractéristiques régionaux. Pour faire une analogie qui défrisera n'importe quel historien, dans les conditions actuelles, un mouvement comme le Renaissance ne serait plus la source d'une réelle diversité.

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Je me permets d'y aller de mon expérience, quitte à remonter ce fil vieux d'un an pour y apporter ma pierre.

Comprendre ce que peut être l'art en 2015 est une tâche ardue, autant pour l'artiste que pour le spectateur. Pour l'un, il est le combat contre l'art, contre la nécessité de créer, passion la plus dévorante de toutes. Pour l'autre, il peut être tout, et rien.

Je ne participerai pas (jamais !) à un débat visant à définir ce qui est de l'art, et ce qui n'en est pas, ou alors à un débat visant à définir l'art : le premier me semble futile et trop représentatif des dérives de la socio-culture, le deuxième me semble être une tâche herculéenne pour laquelle ne pourrait être qualifié qu'un hypothétique demi-Dieu, vivant plus longtemps que nous, pensant plus que nous. Lire Kant est toujours une bonne idée ; mais aussi le livre de Kandinsky - Du spirituel dans l'art, et dans la peinture en particulier, le livre de Paul Klee - Théorie de l'art moderne et d'autres essais avisés, que ce soit par des artistes ou des profanes, je pousserai même jusqu'à dire que lire Deleuze & Guattari quand ils parlent de création (Qu'est-ce que la philsophie ?) peut être une bonne idée, encore faut-il apprécier le style.

L'art est une faille que l'artiste a en soi et par laquelle il vomit ce qui lui semble absolument nécessaire. J'utilise le mot vomir car, non, ce n'est pas qu'agréable. C'est une éternelle peur, un éternel combat contre la pression sociale, contre la nécessité de subvenir à ses besoins, contre ce que les mœurs en vigueur ont défini comme étant de l'art. Un artiste peut naître en décalage total avec son époque, ou alors, par chance, en harmonie avec elle, ce qui lui rendra la tâche un peu moins ardue, car il pourra, toujours s'il a de la chance, subvenir à ses besoins par son art ; encore que, pour certains, ce n'est pas de la chance mais un sacrilège, vendre son art étant comparable à vendre son âme.

Sans être aussi extrême, je dirais que le confort de l'art subventionné est en décalage total avec la substance quasi-divine qu'apporte la nécessité de créer envers et contre tout, dans l'inconfort.

Pour poser un début de compréhension de l'art, je pense qu'il est nécessaire d'être sensible aux problématiques de l'artiste. Et surtout, des artistes. Pas tous, bien sûr. Mais prenons, par exemple, Francesca Woodman :

http://www.espritsnomades.com/artsplastiques/woodman/woodman.html

Décédée à 22 ans de la meilleure des façons si l'on a le bagage pour le concevoir : par choix, et avec quel panache ! Elle s'est jetée du haut d'un immeuble.

Elle a même laissé une note avant sa première tentative, moins éclatante et ratée, pour ne pas laisser d'inconnue à l'équation de sa vie.


"J'ai finalement réussi, à essayer d'en finir avec moi-même, d’une manière aussi ordonnée et concise que possible .... Je préfère mourir jeune en laissant diverses réalisations, un certain travail, mon amitié avec vous, et quelques autres objets intacts, au lieu de l'effacement pêle-mêle de toutes ces choses délicates."

A partir du moment où la nécessité de vivre l'avait quitté, chaque jour de vie supplémentaire aurait été inutile, creux, n'aurait rien produit de majeur, elle le savait, et plutôt que de sacrifier à l'intégrité de son art, elle a choisi la mort.

L'artiste se subit, ne vit pas une vie merveilleuse. Au mieux, il pourra, s'il en a envie, harmoniser au moins pire sa vie et son art, bricoler pour subvenir à ses besoins primaires, créer à l'aide de matériel de seconde main.

Mon argumentaire et mon exemple, tous deux drastiques, ont été choisis avec soin : si l'on veut avoir autre chose que des opinions à propos de l'art, si l'on veut le vivre, c'est à mon sens par là qu'il faut commencer, et pas avec des œuvres comme celles de Banksy, trop dépendantes de la culture et du contexte en elles-mêmes pour être vécues comme un déchirement : le déchirement étant le sentiment premier de l'artiste qui tente, cahin-caha, de vivre à la fois sa vie et son art, il est à mon sens nécessaire pour concevoir les enjeux de son œuvre et être à même de juger ce que l'art signifie pour vous, individuellement.

Je rédige ce post, on pourrait le dire, dans les règles de l'art : avec une intransigeance totale. C'est la seule règle qui, à mon sens, prévaut sur toutes les autres : en comprenant cela, en examinant chaque œuvre de chaque artiste avec cette même intransigeance, c'est alors qu'on pourra peut-être avoir un début d'idée qui pourrait contribuer, sans doute, à un essai hypothétique de définition du mot "art".

Mais, comme je l'ai dit plus haut, je ne m'y essaierai jamais.

Je pourrais néanmoins recommander de commencer par des œuvres dures, presque insoutenables, et dont vous ne connaissez pas le moindre enjeu, biographique ou socio-culturel. Par exemple, je ne connais que peu de choses à propos de la Russie et du cinéma des années 60 ; je ne suis absolument pas à même d'user de mes réflexes de jugement concernant quelque chose qui fût fait à cette époque. C'est donc tout naturellement que, récemment, je me suis mis en tête de visionner l'intégrale de Tarkovski. Loin d'être insoutenable, il n'en est pas moins essentiel, pour moi, à ce moment de ma vie. J'en suis à "L'enfance d'Ivan", son premier long-métrage : l'on saisit ce que l'on peut pendant, et c'est a posteriori que l'on peut intellectualiser les coups de poings de chaque choix esthétique, de chacune de ces vies entremêlées, de chaque bruit. Mais pendant, je l'avoue, j'ai été en terrain inconnu, j'ai donc dû préalablement surmonter ma peur d'entrer dans une contrée que je ne connais pas, où le danger guette.

C'est à mon sens ce danger, cette peur, qui entretient le renouveau quotidien de ce que l'on connaît, et qui nous permet au fur et à mesure que l'on découvre des œuvres et les artistes les ayant produites, de vivre l'art, loin de toute intellectualisation excessive, de toute opinion, de toute connaissance.

L'art, c'est, avant toute chose, la relation que vous tissez avec.

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