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Nietzsche et la philosophie.

5 participants

descriptionNietzsche et la philosophie. - Page 7 EmptyRe: Nietzsche et la philosophie.

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Il n'y a pas de téléologie naturelle (c'est le problème que Rousseau a laissé aux idéalistes et qu'ils se sont empressés de renverser), la politique crée les conditions d'une nouvelle nécessité et défie la Nécessité. Paradoxalement, Nietzsche est un penseur de la liberté, parce qu'il permet de libérer l'humanité de certaines de ses entraves, ce dont jouiront certains hommes aptes à commander et qui vont apprendre à imposer leur propre nécessité à leur monde par la lutte (encore faut-il pouvoir et vouloir oser mener une lutte). La "politique" de Nietzsche vise à éduquer, elle vise aussi à ce que les hommes soient capables de prendre des décisions, de créer des valeurs, de se donner les moyens de viser des fins par lesquelles ils donnent un sens à leur existence, habitent le monde et peuvent agir (en accord avec leur volonté). Le paradoxe dans mon précédent message relèverait plutôt de la contradiction entre l'acceptation de la nécessité (Kierkegaard parlerait du chevalier de la résignation) et l'ouverture au devenir, à l'altération, au possible, etc. Mais il s'agit d'un jeu subtil entre les forces et d'être en mesure de faire l'histoire, de faire d'un événement personnel un événement mondial, en conquérant l'innocence, en s'approfondissant soi-même, en sachant devenir soi-même dans la lutte et par la souffrance, en se sachant justifié de toute éternité. C'est cela qui nous fera avoir confiance en nous. Chestov me semble dire des choses justes quand il lie l'absence de foi et l'impuissance ; or le "contraire du péché n'est pas la vertu mais la foi". Socrate est l'homme déchu parce qu'il se résigne, accepte son impuissance face à la Nécessité. Kierkegaard veut du possible, Nietzsche veut un homme qui sache assumer son vouloir et par lui renaître au monde, s'enfanter lui-même, c'est-à-dire être en mesure d'altérer la Nécessité, de devenir sa propre nécessité, d'y laisser sa marque (en ce sens, aimer la Nature et s'aimer soi-même sont la même chose, ce sont deux nécessités qui se rejoignent ; et celui qui sait aimer le monde et la tragédie sait n'en point pâtir, se montrer supérieur, ce qui n'empêche pas que la tragédie provoque la souffrance et qu'il faille vivre, ce qui exige de faire advenir les conditions par lesquelles on transcende cette situation tragique). La mythologie est peut-être un pieux mensonge, mais elle convainc lorsqu'elle est devenue l'explication du monde apparent. Comme l'abêtissement et les rituels permettent de mimer la foi pour l'obtenir progressivement, l'éternel retour est un pari qu'il convient de faire sien pour le faire pénétrer en soi, et qu'il devienne une évidence, qu'il ait la force d'une coutume. Face à des instincts chrétiens qui se sont si bien implantés en nous pendant deux mille ans, il faut de quoi réorienter tout ce qui nous fait, et pourquoi pas par ce qu'il y a de plus fort en nous, la passion religieuse. Alors seulement pourrons-nous vivre la bonne nouvelle. Cela dit, ce n'est pas une chose anodine que l'éternel retour, la prise de conscience qu'il provoque change l'existence et la guide... soit vers l'affirmation et la création de soi, soit vers la malédiction d'une souffrance qui ne sait se sublimer. Enfin, si on doit vouloir que tout revienne cela donne, même virtuellement et fictivement, une valeur à nos actes. (Dès que j'écris sur Nietzsche, ici, je deviens confus mais j'espère vous montrer une perspective pour comprendre ce qui est en jeu)

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friedrich crap a écrit:
Fouillée termine son ouvrage en écrivant: "Nietzsche en est resté au naturalisme païen".

Ah, voilà qui me rappelle un autre moustachu. ;) Non vraiment, ce Fouillée ne mérite pas son nom, il n'a en effet pas beaucoup fouillé son sujet. Autant certains lecteurs français de Nietzsche à cette époque avaient de la profondeur, autant d'autres ne me semblent pas avoir eu la capacité de le comprendre. Arrogance française, quand tu nous tiens !

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Liber a écrit:
friedrich crap a écrit:
Fouillée termine son ouvrage en écrivant: "Nietzsche en est resté au naturalisme païen".

Ah, voilà qui me rappelle un autre moustachu. ;) Non vraiment, ce Fouillée ne mérite pas son nom, il n'a en effet pas beaucoup fouillé son sujet. Autant certains lecteurs français de Nietzsche à cette époque avaient de la profondeur, autant d'autres ne me semblent pas avoir eu la capacité de le comprendre. Arrogance française, quand tu nous tiens !

Oui, je suis finalement assez déçu par le livre IV et par la conclusion de Fouillée. Comme vous le disiez, Fouillée travaille à charge et il poursuit en réalité deux objectifs :
1°) démontrer que Guyau est supérieur à Nietzsche (ce qui m'amènera à la lecture de Guyau, mort si jeune !)
2°) montrer que la civilisation chrétienne (même si Fouillée se dit parfaitement libre de ce côté), que l'idée du socialisme, sont plus crédibles et humanistes que le nietzschéisme.

Par contre, sa méthode et beaucoup d'arguments sont intéressants lorsqu'il décrit un Nietzsche antinomique. Comme il travaille à charge, son analyse en pâtit, mais il a tout de même le mérite de pointer ce qui peut plonger le lecteur de Nietzsche dans la confusion (Silentio, ce n'est peut-être pas vous qui êtes confus).

Car avec Nietzsche on peut toujours finalement jouer à ce petit jeu : dès qu'on veut mettre en avant sa richesse, sa profondeur, dans ce cas, le "critique" ne l'a jamais assez bien compris, et réciproquement.

Concernant Fouillée précisément, il est parfaitement clair qu'il n'a pas souhaité mieux comprendre Nietzsche. Cela me fait d'ailleurs douter de la profondeur de l'analyse qu'il mène dans les premiers livres autour du biologique et de la volonté de puissance (que savait Fouillée des lectures de Nietzsche dans ce domaine ?). Je me tourne donc vers l'autre livre conseillé par Euterpe, Nietzsche et les connaissances biologiques de son époque qui m'a l'air autrement pointu et renseigné que le travail de Fouillée sur ce même sujet.

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Silentio a écrit:
Il n'y a pas de téléologie naturelle (c'est le problème que Rousseau a laissé aux idéalistes et qu'ils se sont empressés de renverser), la politique crée les conditions d'une nouvelle nécessité et défie la Nécessité. Chestov me semble dire des choses justes quand il lie l'absence de foi et l'impuissance Nietzsche veut un homme qui sache assumer son vouloir et par lui renaître au monde, s'enfanter lui-même, c'est-à-dire être en mesure d'altérer la Nécessité, de devenir sa propre nécessité, d'y laisser sa marque (en ce sens, aimer la Nature et s'aimer soi-même sont la même chose, ce sont deux nécessités qui se rejoignent ; et celui qui sait aimer le monde et la tragédie sait n'en point pâtir, se montrer supérieur, ce qui n'empêche pas que la tragédie provoque la souffrance et qu'il faille vivre, ce qui exige de faire advenir les conditions par lesquelles on transcende cette situation tragique).

Ne vous inquiétez pas Silentio je vois les enjeux et notamment ce que vous pointez. L'éternel retour n'est pas anodin mais il n'est pas essentiel non plus, il est d'autant moins essentiel qu'il n'est pas démontrable (la démonstration cosmologique de Nietzsche n'est pas falsifiable). Pourquoi valider le nécessaire de sa pensée par une hypothétique approche scientifique ? De deux choses l'une, ou bien Nietzsche est dans la symbolique de "la grande année" (déjà présente chez un présocratique que j'ai oublié - pardon), ou bien il y croit aussi "mécaniquement"... Dire : " ce que tu veux une fois c'est comme si tu le voulais de toute éternité", cela est philosophiquement suffisant me semble-t-il, avec ou sans éternel retour.

Certes il n'y a pas de téléologie naturelle (dans un premier temps, car qu'est-ce que perdurer pour une société traditionnelle ?), y a-t-il un "droit naturel" (celui des plus forts ?), mais surtout que placez-vous sous votre "Nécessité" ? Qu'est-ce que la Nécessité naturelle ? Une sorte de tabula rasa de l'existence humaine ? Cf. la remarque d'Euterpe, "deviens qui tu nais" au sens de naître "à la terre, au destin de l'homme". Oui, mais très vite, et d'emblée, dès qu'il y a des hommes, il faut écrire, comme vous dites, " une nouvelle nécessité qui défie la Nécessité." Mais de quelle Nécessité partez-vous ? Naître, vivre et mourir ? C'est une tabula rasa cela. Naître à soi-même, n'est-ce pas ce que les hommes ont toujours fait partout et toujours ? Donc vous interrogez à juste titre le "re-naître" à soi-même qui est d'une nature bien différente et qui ne peut se comparer au "Naître" de l'origine. "Devenir sa propre nécessité, y laisser sa marque" se donner de nouvelles valeur certes ! Lesquelles ? C'est bien là tout le problème selon que l'on est dans l'anté-politique ou non.

Par ailleurs, sur le tragique du destin, Epictète : "il y a les choses qui dépendent de nous, et il y a celles qui n'en dépendent pas". Je ne sais pas si la foi en "l'amor fati" permet de transcender le tragique de la seconde partie de la phrase d'Epictète.

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Silentio,

Cela dit, ce n'est pas une chose anodine que l'éternel retour, la prise de conscience qu'il provoque change l'existence et la guide... soit vers l'affirmation et la création de soi, soit vers la malédiction d'une souffrance qui ne sait se sublimer.
Que voulez-vous dire par là ?
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