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Nietzsche et la philosophie.

5 participants

descriptionNietzsche et la philosophie. - Page 6 EmptyRe: Nietzsche et la philosophie.

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C'est assez difficile. Nietzsche semble parfois aller dans le sens de Machiavel, parfois de Hobbes. Mais il est un virulent critique de l'Etat moderne et de Hegel, ainsi que de la démocratie, du socialisme, de la bourgeoisie et de l'anarchisme. Il critique aussi la culture allemande qui est synonyme de décadence. Quant à la grande politique, il est difficile de dire ce que c'est précisément, même si le politique est étendu à la civilisation, à la culture, etc. Ce n'est pas une politique de gestion d'un Etat mais celle d'une réforme des conduites, de la morale, une politique de l'élevage, de l'incorporation de l'éternel retour, de la production de grands hommes dont la hiérarchie nouvelle des instincts pourrait supporter de nouvelles valeurs dont le "sens de la terre", l'amour du monde et du destin, etc. Bref, Nietzsche n'est plus dans la cité ou alors moins dans la politeia que dans la dunasteia (la puissance, la force et comment les forces composent entre elles des formes de vie) qui parcourt l'ensemble du corps social. En même temps, il est proche de Platon et de sa République. Nietzsche veut éduquer ou rééduquer l'humanité (c'est donc un pédagogue, en plus d'être un médecin), pour cela il faut un type supérieur d'homme qui sache légiférer, vouloir, créer des valeurs, et commander aux autres (par le savoir, la volonté et la maîtrise de soi). C'est le philosophe-roi qui n'hésite pas à employer un double discours (d'ailleurs, si Nietzsche veut changer la face du monde, ne doit-il pas le faire en secret ? Sa morale aristocratique vise les élites intellectuelles, il lui faudra maintenir le christianisme à l'usage du peuple, de ceux qui fournissent la force de travail pour libérer les grands hommes de leurs entraves). Dans la cité c'était le politique qui permettait au citoyen de se réaliser dans son excellence. Avec la modernité, peut-être faut-il être souverain aux frontières du politique, pour y échapper, et l'ascèse du philosophe reste le meilleur moyen de viser une vie supérieure au travers d'une vie bonne. En ce qui concerne la religion, je pense que Nietzsche a compris qu'il devait jouer au prophète pour surmonter le christianisme, et lui-même a fini par croire en ses propres idées (à Dionysos, par exemple), par les incorporer pour se transformer, transformer son goût, ses sens, son appréciation des choses, etc. Mais c'est plus une mystique ou une nouvelle spiritualité qu'une religion comme institution et corpus doctrinal accompagné d'une morale. Nietzsche nous enseigne une éthique qui est en premier lieu une façon d'adopter un autre mode d'existence. Il faudrait aussi étudier la figure du poète et du philosophe-poète, en tant que le poète chante l'être, il est en quelque sorte le prêtre de l'être (au contraire du prêtre chrétien, qui fait les louanges du néant) et a toujours eu une place spécifique au regard de la cité ou de la nation (lui-même étant l'incarnation la plus haute d'une culture, de forces faites instincts - en ce sens, Goethe est le génie allemand à son point culminant). Par ailleurs, la question politique pourrait être celle de l'action, de la volonté et de la transcendance de soi que la modernité empêche ou limite, mais d'une certaine manière le politique se superpose à l'ontologique, à la façon dont le réel se constitue et s'agence alors qu'il est principalement polémique et rapport de force (on va donc hiérarchiser, c'est-à-dire viser à ordonner le chaos, à constituer des corps qui puissent déployer leur puissance et qui soient constitués de telle façon qu'ils fonctionnent correctement, si je puis dire, afin d'accepter le monde, de faire preuve de plasticité et de force, d'endurance pour supporter la souffrance, contrairement au corps chrétien souffrant de son mauvais ajustement à lui-même et au monde et faisant que l'on choisit une vie médiocre, aliénée et aliénante - aliénée au bien-être par exemple, alors que celui qui commande fait toujours l'effort d'être au-dessus de lui-même et des autres).

descriptionNietzsche et la philosophie. - Page 6 EmptyRe: Nietzsche et la philosophie.

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friedrich crap a écrit:
J'aimerais bien vous suivre sur ce second point Liber, mais tout de même, que d'élans lyriques ! Pastiche ? Kitch ? Ultra-romantisme ? Il me semble pourtant que Nietzsche s'est pris au jeu de ce qu'il appelle son enfant chéri !

Plus sérieusement, que fait Nietzsche en écrivant son poème ? De mémoire, dans sa correspondance avec Gast, on voit bien qu'il n'est pas en train de se "divertir". N'en a-t-il pas fait son livre préféré ? Pourtant, il me semble que c'est philosophiquement l'un des plus "faibles" et du point de vue poétique, c'est tout de même très inégal.

On peut avoir des élans lyriques, être ultra-romantique et être sincère. Les personnages de Nietzsche dans Zarathoustra sont aussi kitch que l'habillement de Siegfried dans la forêt, et ils sont tout aussi chers à leur créateur. Que Nietzsche ait été ironique dans son imitation des Evangiles ne fait aucun doute. Mais cela ne signifie pas que sa philosophie soit un "amusement", comme vous dites. Nietzsche aimait adresser des messages à son entourage. Le style de Zarathoustra est une moquerie des élans religieux de Wagner. Nietzsche lui-même s'amuse de son ton prophétique, la tragédie n'est jamais très loin de la comédie : "Incipit tragoedia, incipit comoedia".


Je ne crois pas que Nietzsche faisait dans le luxe et dans l'exubérance, a-t-il voulu faire son Wagner, son Gœthe ?

Dans le luxe, non, cela ne correspond en rien au personnage, mais l'exubérance est un des traits de son caractère qui le rend le plus reconnaissable.

descriptionNietzsche et la philosophie. - Page 6 EmptyRe: Nietzsche et la philosophie.

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Silentio a écrit:
Ce n'est pas une politique de gestion d'un État mais celle d'une réforme des conduites, de la morale, une politique de l'élevage, de l'incorporation de l'éternel retour, de la production de grands hommes dont la hiérarchie nouvelle des instincts pourrait supporter de nouvelles valeurs dont le "sens de la terre", l'amour du monde et du destin, etc. Bref, Nietzsche n'est plus dans la cité ou alors moins dans la politeia que dans la dunasteia (la puissance, la force et comment les forces composent entre elles des formes de vie) qui parcourt l'ensemble du corps social. En même temps, il est proche de Platon et de sa République. Nietzsche veut éduquer ou rééduquer l'humanité (c'est donc un pédagogue, en plus d'être un médecin), pour cela il faut un type supérieur d'homme qui sache légiférer, vouloir, créer des valeurs, et commander aux autres (par le savoir, la volonté et la maîtrise de soi). C'est le philosophe-roi qui n'hésite pas à employer un double discours (d'ailleurs, si Nietzsche veut changer la face du monde, ne doit-il pas le faire en secret ? Sa morale aristocratique vise les élites intellectuelles, il lui faudra maintenir le christianisme à l'usage du peuple, de ceux qui fournissent la force de travail pour libérer les grands hommes de leurs entraves).

Je suis d'accord avec vous sur le fait que Nietzsche mise sur un changement de paradigme humain et sur un changement de paradigme sociétal. (Sauf erreur de ma part, Euterpe avait l'air lassé des présentations de Nietzsche comme "éducateur"... Commençant à le connaître, cela doit lui poser un problème quelque part). Fouillée pointe de son côté que l'éternel retour et son "amor fati", que le "grand oui" à chacune de nos décisions, ne lui paraît pas si libérateur que cela... Dans votre énumération (deux premières lignes) si vous retirez "incorporation de l'éternel retour", puis un peu plus bas "l'amour du monde et du destin", qu'est-ce que ça change ? C'est pourquoi, autant je comprends le Nietzsche critique de la tradition, de la morale, des valeurs, etc., autant je reconnais le Nietzsche généalogiste, le Nietzsche chirurgien et médecin de l'âme, autant je ne comprends pas la nécessité de toute la mythologie (le mot est employé par Fouillée) du Zarathoustra comme celle de l'éternel retour. J'ai bien compris que l'éternel retour est censé donner à la philosophie de Nietzsche le poids de l'éternité et le caractère d'absolue nécessité mais c'est aussi entrer dans une "fantasmagorie", dans une "mythologie".
Vous décrivez un Nietzsche qui aurait bel et bien un projet "politique", comment l'appeler ? Émancipateur, réparateur (car il faut renverser la tendance démocratique) et si j'osais... humaniste ? Euterpe l'éloignait de toute philosophie téléologique. Votre position paraît moins radicale mais toute aussi intéressante.

descriptionNietzsche et la philosophie. - Page 6 EmptyRe: Nietzsche et la philosophie.

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friedrich crap a écrit:
Euterpe avait l'air lassé des présentations de Nietzsche comme "éducateur"
C'est le portrait d'un Nietzsche politique qui me lasse, pas le Nietzsche éducateur, il l'est assurément, mais quand même dans un sens très particulier.

descriptionNietzsche et la philosophie. - Page 6 EmptyRe: Nietzsche et la philosophie.

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Euterpe a écrit:
Si on peut évidemment penser le politique comme ce qui permet aux hommes d'accomplir véritablement leur nature, cela ne doit pas nous induire en erreur avec Nietzsche qui, certes, est attaché à la nature humaine, mais pas comme un projet. La nature humaine est une racine, chez Nietzsche. Le "deviens ce que tu es" n'est pas un projet, c'est un : "deviens ce que tu nais" (non l'indétermination native, mais le (co)naître à soi-même et au monde). Il est grec, mais c'est un présocratique, donc un anté-politique.
Castoriadis disait que la Grèce, c'est la naissance conjointe de la philosophie et de la démocratie, c'est-à-dire du projet d'autonomie. Nietzsche se situe avant la philosophie et le politique.

Fouillée termine son ouvrage en écrivant : "Nietzsche en est resté au naturalisme païen". C'était savoureux de lire cela le lendemain de votre réponse...
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