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Nietzsche et le christianisme.

3 participants

descriptionNietzsche et le christianisme. EmptyNietzsche et le christianisme.

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Sans aller jusqu'à défendre le christianisme face au nietzschéisme, n'y a-t-il pas des limites dans la critique nietzschéenne du christianisme ?

descriptionNietzsche et le christianisme. EmptyRe: Nietzsche et le christianisme.

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Le christianisme était une religion déjà moribonde depuis plus d'un siècle quand Nietzsche déclara le décès du Très Haut, malgré la défense du christianisme (Chateaubriand, etc.). En ce sens, la virulence des attaques lancées par Nietzsche soulèvent en effet des interrogations.

Quand ne subsiste que la morale, c'est que la religion est morte depuis des lustres. Or c'est la morale que vise Nietzsche.

Toute religion (je ne parle pas de la religion instituée, qui a quelque chose du fossile) témoigne d'une grande vitalité, notamment au moment de sa "naissance" et de ses premiers développements. Elle est un signe de bonne santé collective. La religion égyptienne ne s'embarrassait pas d'une morale, pas davantage les "religions" grecque et romaine. Ce qui ne signifie pas qu'elles n'exerçaient aucune contrainte. On sait que la piété est essentielle aux Grecs. Mais l'impiété signifie qu'on a la folie de négliger le commerce avec les dieux, puisque nous dépendons de leur bon vouloir et de leurs caprices. On peut bien parler de "superstitions", à condition de parler exactement d'où parlent un Épicure ou un Lucrèce.

Pour ce qui concerne l'histoire du christianisme, outre qu'elle est longue et qu'on y distingue des périodes très différentes, il faut bien avoir présent à l'esprit que même sous le règne de Constantin, il est déjà "institué" depuis plus de trois siècles, avec ses papes, ses guerres intestines, etc. Il y a des périodes d'une grande vivacité, avec une réelle pluralité des courants dans le cercle de l'autorité catholique romaine.

On ne peut parler de "vitalité" de la morale (à ne pas confondre avec la force morale ou le fait d'avoir le moral), plutôt d'un corpus dont personne ne sait plus d'où il vient, et qui dicte à chacun ce qu'il doit faire ou ne pas faire. Les Dix commandements ne sont pas de la morale, ni aucun des Codes connus parmi les anciens. La morale produit nécessairement de l'hypocrisie, parce qu'elle est nécessaire à toute vie sociale en même temps qu'elle rend toute vie sociale étouffante ou aliénante. Au fond, la morale, c'est moins une praxis que ce que font les hommes quand ils ne savent plus pourquoi ils le font ni ne sauraient ce qu'il faudrait faire s'il n'y avait aucune morale - la nature se chargerait de le savoir, autrement dit, tout le monde ferait comme bon lui semble, avec la catastrophe que ça implique pour toute vie sociale.

Aux uns l'autonomie, aux autres la morale. Ça vaut mieux, du reste. Sans quoi la vie en société serait pire que ce qu'elle est en fait. On ne rencontre pas des surhommes à tous les coins de rue, ni des philosophes.

Dernière édition par Euterpe le Mar 21 Nov 2017 - 14:19, édité 2 fois

descriptionNietzsche et le christianisme. EmptyRe: Nietzsche et le christianisme.

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Ça me fait penser aux Provinciales, à la polémique de Pascal (et des jansénistes) contre les jésuites. Comment voulez-vous qu'il y ait encore un esprit religieux digne de ce nom lorsque la casuistique adapte les mœurs à la demande et que la scolastique fait que la théologie, associée à la philosophie (par exemple avec Descartes), doit rendre compte d'elle-même (justifier Dieu et la croyance en Lui) ? Comment parler de religion lorsque les hommes font n'importe quoi, n'obéissent plus inconditionnellement à la Loi et n'ont plus la foi, la certitude immédiate de l'existence de Dieu, fondée sur la grâce, la coutume ou sur la Révélation ? La religion s'abolit d'elle-même lorsqu'elle se rationalise, lorsqu'il lui est demandé de prouver à nouveau et scientifiquement qu'elle est fondée en raison. Et il est ridicule de voir les ministres du Seigneur réinterpréter sans cesse les Écritures à leur guise, comme si au fond l'autorité n'était plus divine mais humaine et relevant de l'orgueil et de la vanité de ces demi-habiles. Le christianisme a déjà un pied dans la tombe au XVIIe siècle, surtout lorsqu'on se rappelle que Pascal écrivait ses Pensées comme une apologétique du christianisme, c'est-à-dire qu'il s'adressait aux athées et libertins pour les convaincre de la nécessité de se convertir. Ce n'est pas un discours qu'on tient en temps normal sous le christianisme : c'est qu'il y a un grave problème, quelque chose qui menace au sein même de la société et du christianisme. Rendez-vous compte que les Lumières françaises s'allument seulement un petit siècle après et qu'elles embraseront l'Europe en peu de temps. Peut-être peut-on même remonter à Machiavel et aux Borgias.

descriptionNietzsche et le christianisme. EmptyRe: Nietzsche et le christianisme.

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Nietzsche est le plus radical des anti-chrétiens. Cela dit, son insistance à combattre le christianisme a quelque chose de l'adoration déçue. J'ai déjà fait remarquer que sa philosophie repose, comme la religion chrétienne et bouddhiste, ou l'épicurisme et le stoïcisme, ou encore le darwinisme, sur le problème de la souffrance.

descriptionNietzsche et le christianisme. EmptyRe: Nietzsche et le christianisme.

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Liber a écrit:
Nietzsche est le plus radical des anti-chrétiens.

On le dit beaucoup, mais une lecture même peu attentive de l'Antéchrist montre que Nietzsche est beaucoup plus nuancé, au moins au regard de la place qu'il accorde à Jésus, qui n'est pas un négateur ou un nihiliste, mais un symboliste. Au §36, Nietzsche est on ne peut plus clair :
Que l'humanité soit à genoux devant l'exact opposé de ce qu'était l'origine, le sens, la raison d'être de l'Évangile, qu'elle ait sanctifié dans l'idée d' "Église" précisément ce que le messager de la "Bonne Nouvelle" sentait au-dessous de lui, derrière lui...

L'histoire du christianisme - et ce, dès la mort en croix - est l'histoire de l'incompréhension progressive et toujours plus grossière d'un symbolisme originel.

Relire tout le §37 (on a barbarisé le christianisme).

Le §38, enfin, est très instructif quant à "l'anti-christianisme" de Nietzsche :
Et pour ne pas laisser de doute sur ce que je méprise, qui je méprise : c'est l'homme d'aujourd'hui [...]. A l'égard du passé, je suis, comme tous ceux qui savent, d'une grande tolérance, c'est-à-dire que j'ai la grande générosité de me dominer : je parcours avec une sombre circonspection cet univers démentiel deux fois millénaire, qu'on l'appelle "christianisme", "foi chrétienne" ou "Église chrétienne". Je me garde bien de tenir l'humanité pour responsable de ses maladies mentales. Mais mes sentiments changent du tout au tout, explosent littéralement, dès que je pénètre dans l'époque moderne, notre époque. Notre époque est consciente... Ce qui, autrefois, était simplement morbide, est devenu maintenant indécent : il est indécent d'être chrétien de nos jours. Et c'est là que commence mon dégoût.

Première remarque. Ceux qui savent, dit Nietzsche... Oui, ceux qui savent ne se permettent pas ce que se permettent la plupart des ignorants qui se prétendent nietzschéens en s'autorisant des raccourcis d'autant plus impardonnables qu'ils caricaturent la lettre des œuvres. L'anticléricalisme est le fait des masses. S'il ne s'était agi que de botter le train des curés, Nietzsche ne se serait pas donné tant de mal... Deuxième remarque. Nietzsche vise la modernité. Comparez les §37-38-39 avec les incipits de ces deux œuvres du catholique Manent, qui n'est pas nietzschéen... : La cité de l'homme et Les métamorphoses de la cité. De quoi méditer...

Lire aussi Massimo Cacciari, Le Jésus de Nietzsche.

Dernière édition par Euterpe le Mar 21 Nov 2017 - 17:37, édité 1 fois
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