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La certitude de l'existence du "moi".

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Vangelis
Crosswind
Héraclite
Dienekes
julien89
Wrightflyer
10 participants

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Vangelis a écrit:
Dienekes a écrit:
Cette confusion est un classique. Il me semble que la notion introspective du « connais-toi toi-même » est très récente, est-ce vraiment le cas ? Avez-vous des éléments sur la question ?

Frédérique Ildefonse a écrit un article intéressant dans le revue Terrain, n°52, p. 64-77 :
La personne en Grèce ancienne.
Merci pour le lien, je vais regarder.

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Dienekes a écrit:
Il me semble que la notion introspective du « connais-toi toi-même » est très récente, est-ce vraiment le cas ? Avez-vous des éléments sur la question ?

Un aperçu intéressant ci-dessous avec l'extrait d'un entretien avec Clément Rosset :
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Merci à tous les deux pour ces documents.

Euterpe, est-ce un article de Philomag ? Il me semble l’avoir déjà lu, mais j’ai peut-être cette impression du fait que j’ai déjà lu Loin de moi. Cet article en donne d’ailleurs les grandes lignes et je conseille à tous ceux qu’il interpelle de se reporter à l’essai de Clément Rosset.

L’article de Vangelis est moins facile d’accès :). Si je comprends bien, nous pourrions identifier les périodes suivantes (vous n’hésitez pas à corriger si je raconte des âneries) :

  • La période présocratique dans laquelle le terme de personne, au sens d’un être humain singulier et autonome n’existe pas ;
  • La distinction de l’âme et du corps, visible chez Platon dans l’Alcibiade par exemple, montrerait alors un tournant dans le sens où la personne peut émerger par opposition entre les deux (l’âme étant la définition d’une instance formant une unité singulière et autonome). À ceci près que cette âme n’est pas réellement personnelle dans la mesure ou elle migre de personne à personne ;
  • Un second tournant vient avec le stoïcisme impérial, avec l’introduction d’un intellect comme élément particulier dans l’âme humaine et l’identification d’une personne psychologique. C’est à partir de là que l’introspection devient possible (ayant lu Marc Aurèle, j’aurais dû m’en douter d’ailleurs). Cette introspection n’est cependant pas égocentrée, mais en rapport avec les choses extérieures.

Reste que l’on est donc encore loin d’une injonction à la connaissance de soi au sens moderne, il manque encore quelques étapes. Pour en arriver à l’introspection et à la multiplication des livres et autres cours sur le « développement personnel », quelque chose de plus s’est produit (en passant, retour à Rosset pour ce qui est de l’intérêt de la chose ;). Le développement du capitalisme n’y est probablement pas pour rien avec la figure du self made man seul acteur de sa réussite, mais là je m’aventure dans des hypothèses probablement un peu faciles.

Petit détour par Pierre Clastres qui note que l’Un est clairement rejeté chez les tribus Guarani parce que l’Un signifie le corruptible, ce qui va disparaître.

Pierre Clastres, La société contre l’État, chapitre 9, De l’Un sans le Multiple a écrit:
l’Un c’est le Mal.
[…]
On accède ici, par le biais d’une bizarre mise en œuvre du principe d’identité, au fondement de l’univers religieux guarani. Rejeté du côté du corruptible, l’Un devient signe du Fini.
L’inutilité du Moi dans une société qui rejette l’Un me semble assez évidente. Par contre, il ne me semble pas que la société grecque présocratique ait rejeté l’Un. L’Un est bien présent chez Homère au travers des différents héros par exemple (comme actes et non comme personnes, si l’on se réfère à l’article de Vangelis). C’est donc que l’Un n’entraîne pas nécessairement le Moi.

Est-ce que cela a un sens de placer ces « étapes » sur une ligne : le Multiple, l’Un acte, la personne, la personne psychologique ? Il serait alors intéressant de regarder quels sont les problèmes rencontrés qui font émerger ces différentes appréhensions de « l’individu ». Par exemple, le passage du Multiple à l’Un est probablement au cœur du passage de la société sans État à la société à État, question que malheureusement Clastres n’a pas eu le temps de creuser jusqu'au bout. La personne comme âme dans l’Alcibiade de Platon est-elle une réponse à la question de la responsabilité de nos actes dans la cité (Je rends compte de Mes actes) ? La personne psychologique chez les stoïciens est-elle une réponse à la question de la recherche du bonheur (Je suis maître de ce qui dépend de moi) ?

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Dienekes a écrit:
Est-ce que cela a un sens de placer ces « étapes » sur une ligne : le Multiple, l’Un acte, la personne, la personne psychologique ? Il serait alors intéressant de regarder quels sont les problèmes rencontrés qui font émerger ces différentes appréhensions de « l’individu ». Par exemple, le passage du Multiple à l’Un est probablement au cœur du passage de la société sans État à la société à État, question que malheureusement Clastres n’a pas eu le temps de creuser jusqu’au bout. La personne comme âme dans l’Alcibiade de Platon est-elle une réponse à la question de la responsabilité de nos actes dans la cité (Je rends compte de Mes actes) ? La personne psychologique chez les stoïciens est-elle une réponse à la question de la recherche du bonheur (Je suis maître de ce qui dépend de moi) ?

C'est tout le travail de recherche du dernier Foucault, montrant comment l'on passe du connais-toi toi-même subordonné au souci de soi, à sa version psychologisante. Ce qui me frappe c'est finalement que chez Platon, le souci de soi est éminemment lié à la question de la justice. C'est vivre, au fond, suivant des liens harmonieux, entre soi et soi-même, soi et les autres, soi et la cité. Il y a quelque chose de politique là-dedans, l'individu n'est pas déconnecté du cosmos. Si je veux bien vivre, je dois prêter attention au reste. Plus encore, et vous avez raison concernant la notion de responsabilité, si Alcibiade veut savoir gouverner les hommes, il doit d'abord apprendre à se gouverner lui-même (dans le bon réglage de ces rapports suscités, et c'est dans l'exercice de ce "bon rapport", dans la découverte d'un équilibre que l'on peut découvrir la justice). Il y a une conscience aiguë des conditions d'existence qui président à la possibilité d'être celui qu'on est. En revanche, on va perdre peu à peu ce lien, avec les stoïciens et les épicuriens, dans une sorte de repli sur soi. En même temps, on passe de la démocratie à la République, à l'Empire romain, donc le rapport au pouvoir est tout autre et l'on devient différemment sujet de sa propre vie. De plus, la vérité est encore conçue comme quelque chose qui vient de l'extérieur, comme un ensemble de maximes donnant lieu à des pratiques ascétiques, elles forment une sorte d'équipement. Puis, le terreau devenant progressivement favorable au christianisme, on va avoir un renversement complet. Descartes, bien entendu, est le nom qui marque l'apparition de l'ego. Mais le christianisme va intérioriser la notion de vérité. Le connais-toi toi-même devient une manière pour le pouvoir d'enjoindre chacun à faire attention à ses pensées, ses actes, etc. Le pouvoir désormais contraint chacun à avouer la vérité sur son propre désir. Et plus tard, effectivement, il va y avoir le développement de l'individu tel que nous le connaissons, dans son rapport au pouvoir, lequel est individualisant et pousse, bien qu'il soit normalisant, à ce que chacun se considère comme un entrepreneur de soi. L'État devient un gestionnaire, du coup on peut voir qu'il interpelle chacun comme l'ancien Dieu, exigeant que chacun soit productif. (Il faudrait que je replonge le nez dans l'œuvre de Foucault pour mieux résumer la chose.)

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Merci pour ces éléments Silentio. À quelle publication de Foucault faites-vous référence pour ce sujet ?

Un point m’interpelle également :
Silentio a écrit:
Mais le christianisme va intérioriser la notion de vérité.

Que voulez-vous dire par là ? Je vous pose la question car ça me semble contre-intuitif par rapport à une religion révélée.
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