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La certitude de l'existence du "moi".

+6
Vangelis
Crosswind
Héraclite
Dienekes
julien89
Wrightflyer
10 participants

descriptionLa certitude de l'existence du "moi". EmptyLa certitude de l'existence du "moi".

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Comment être certain de notre propre existence si l'on remet en cause la théorie de Descartes (je pense donc je suis, ou j'ai conscience que je pense donc je suis).
Cette théorie peut être remise en cause en considérant que la totalité de notre pensée est finalement due à une entité quelconque, c'est-à-dire que lorsque je formule cette fameuse pensée du "moi" que Descartes utilise, ce n'est en réalité que la pensée de cette entité (peu importe son origine ou son objectif) qui nous projette. Nous ne serions que des fragments (extrêmement complexes) de la pensée de cette entité et la totalité de nos actes et de nos pensées ne serait en réalité que le fruit de cette entité. Pour comprendre cette théorie, il est nécessaire de s'extrapoler de sa propre personne pour ne se considérer que comme une projection. Tout ceci n'est évidemment qu'une hypothèse.

descriptionLa certitude de l'existence du "moi". EmptyRe: La certitude de l'existence du "moi".

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Bonjour Wrightflyer,

je n'ai pas lu Descartes malheureusement, ce qui restreint peut-être ma compréhension de votre questionnement. Néanmoins, votre question me semble faire appel à l'intuition plus qu'à la démonstration. J'aurais peine à vous convaincre de votre existence, car votre existence ne s'appréhende pas par l'intellect. En avoir l'intuition me paraît plus simple, plus approprié. En revanche, on peut bien sûr construire une pensée concernant le moi, le sujet.

Par ailleurs, le couple réel/virtuel pourrait être intéressant pour aborder votre problématique, même si ce n'est pas a priori ce que vous souhaitiez ? Avez-vous déjà vu le film « Matrix » ? Le scénario ressemble fort à l'hypothèse que vous posez et des analyses sont disponibles sur le Net.

descriptionLa certitude de l'existence du "moi". EmptyRe: La certitude de l'existence du "moi".

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Pour commencer, sur quelles bases remettez-vous en cause le « je pense donc je suis » de Descartes ? Sur la base qu’il serait possible que cette pensée ne soit qu’une partie d’une entité plus grande, d’un moi global, de Dieu en somme ? C’est une hypothèse, mais elle est bien coûteuse pour la formuler d’emblée, vous ne trouvez pas ?

Le dualisme cartésien porte en lui un scepticisme : qu’est-ce qui nous garantit que notre perception de la réalité n’est pas simplement un rêve ? Descartes formule l’hypothèse que la différence entre le rêve et la réalité peut se faire sur la base de la cohérence de nos perceptions : un rêve est décousu, il perd son sens à certains moments alors que la réalité est un tout continu et cohérent.

D’autres auteurs ont poussé plus loin cette réflexion. Leibnitz, par exemple, ne peut réfuter l’hypothèse que notre existence n’est qu’un rêve bien construit et cohérent ne serait-ce que par la simple volonté de Dieu. Il en conclut qu’après tout, si tel est le cas ce n’est pas réellement un problème puisque ce rêve a toute la réalité nécessaire à nos yeux.

Ce fondement sceptique peut cependant poser problème à certains, notamment à Berkeley qui y voit une dérive potentielle vers l’athéisme. Ce dernier va alors formuler une hypothèse immatérialiste radicale pour sortir de ce scepticisme : la matière n’existe pas, seuls l’esprit et les idées existent. C’est probablement l’auteur qui se rapproche le plus de votre réflexion et je vous conseille principalement Trois dialogues entre Hylas et Philonous dans lequel Berkeley explique sa thèse sous une forme dialoguée très agréable à lire.

descriptionLa certitude de l'existence du "moi". EmptyRe: La certitude de l'existence du "moi".

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Bonjour,

Il est possible, et salutaire à mon sens, de remettre en question le "je pense donc je suis" de Descartes, puisque dans le sommeil profond sans rêves, nous ne pensons pas, et pourtant, nous sommes et nous existons ; par conséquent, la pensée, même si elle est un composant important de notre être, ne constitue pas un critère suffisant pour énoncer que "nous sommes", de façon objective, puisque cette pensée n'est pas permanente.

Et le sommeil profond n'est qu'un exemple, car dans les méditations Bouddhistes ou Hindouistes, ou dans les arts martiaux intérieurs du Taoïsme chinois, l'homme est entraîné à un vide intérieur profond sans pensées, censé développer la conscience, la maîtrise et la connaissance de lui-même, ainsi que ses capacités spirituelles latentes.
Et dans ces philosophies, les différents états de conscience sont nommés et analysés, car il y a l'état de rêve conscient, l'état profond de sommeil sans rêve, l'état de sommeil avec rêve mais sans conscience du rêve, etc., puis, il y a les différents états de conscience liés à la méditation, ainsi, on est loin de la toute puissance de la pensée...

Ainsi, Dienekes, le "je pense donc je suis" de Descartes est très subjectif, et c'est bien plutôt cette hypothèse qui est très coûteuse à l'homme, l'ayant privé de la recherche intérieure de sa véritable identité (le fameux "connais-toi toi-même"), puisque cette hypothèse suppose que la pensée permet de tout appréhender de notre identité profonde, ce qui est manifestement complètement faux, et constitue une entrave à l'étendue de nos possibilités de recherches.
Nul doute que le développement de la science avait besoin de cette étape pour s'épanouir pleinement, mais il n'en reste pas moins que cela constitue à un moment donné une limitation insupportable, car probablement fausse (limitation qui stoppe le développement spirituel de l'homme, donc la connaissance de lui-même, en le poussant ainsi en sens inverse, vers l'ignorance intime de sa personne, ce qui apporte à terme : désarroi, faiblesse, tension, souffrance, et errances de toutes sortes, avec toutes les conséquences négatives que nous voyons dans le monde...).

L'hypothèse de Descartes, de la différence entre rêve et réalité, sur la base qu'un rêve serait décousu, et la réalité serait, elle, continue et cohérente, ne semble pas suffisante non plus, car il serait possible d'avoir des rêves conscients et maîtrisés, continus et cohérents, suite à des pratiques méditatives.

Ce qui est intéressant dans ces philosophies du "vide sans pensées", c'est qu'elles concluent justement à la façon de Leibnitz, que nos perceptions actuelles sont bien un rêve, non pas parce que notre monde n'existerait pas, mais parce que nos capacités de perception actuelles sont partielles et limitées, non développées totalement : ce sont les séparations et limitations de temps et d'espace qui seraient illusoires, et non les choses en elles-mêmes (d'où la notion de "vacuité").
Quand la physique quantique énonce qu'il n'y a pas de séparation, dans l'infiniment petit, entre une table et nous, et que homme et table ne sont qu'une énergie continue et unie, et bien, cela correspond très exactement aux conclusions de ces philosophies ancestrales de non-dualité, qui assurent que "tout est 1", en Conscience réelle et épanouie (car la pratique du vide sans pensées permettrait d'être conscient par nous-mêmes, en expérimentation intérieure, de cette unité fondamentale et immobile, sans temps et sans espace).

Il est à noter que constater cette unité fondamentale de toutes choses et de tous êtres, ne constitue pas du tout un athéisme, ni un déisme, dans l'absolu ; c'est simplement un recul face à des illusions de temps et d'espace, et une prise de conscience que l'énergie fondamentale de vie, et partant, notre conscience humaine, est unie et sans séparation réelle de temps et d'espace. Ainsi, parler d'athéisme et de déisme dans le cadre d'une telle prise de conscience, d'une telle connaissance de sa nature intime, n'aurait pas forcément de sens, et ne ferait que référence à des concepts relatifs que l'on aura choisi, et en particulier, à la définition qu'on donnerait de Dieu...

Comme disait un célèbre sage de l'Inde : "ne parlez pas prématurément de Dieu à tort et à travers, car tout est en nous, ainsi, connaissez-vous vous-même, et ensuite, quand vous saurez vraiment qui vous êtes, vous verrez bien si la question de Dieu se pose toujours, et en quels termes..."

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Peut-être la solution à votre problème, Wrightflyer, vient de ce que la traduction courante de cogito ergo sum contient par deux fois le pronom personnel "je", ce qui introduit une immanquable nuance substantielle à la proposition cartésienne. Il est tentant de croire que, par cette phrase, Descartes prouve l'existence d'une substance à l'origine de son doute. Or, à vrai dire, c'est aller trop vite en besogne. Le cogito doit surtout se comprendre comme la mise en évidence d'une contradiction existentielle. On peut douter d'absolument tout, excepté du fait qu'il y a doute. Douter revient à penser, penser revient à s'apercevoir non pas d'une substance pensante quelconque, mais d'un être-situé. Ce n'est qu'ultérieurement que l'être-situé cherche à sortir de lui-même pour s'assigner un statut dans sa propre représentation, et qu'une posture métaphysique se fait jour, ce que Descartes fera (malheureusement à mes yeux) en établissant son dualisme des substances et, surtout, en ne se débarrassant pas de Dieu.
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