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Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

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descriptionPhilippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000) - Page 2 EmptyRe: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

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L'auteur oppose l'opinant à l'esprit libre :
Bénéton, p.14-15 a écrit:
La liberté d'esprit est une conquête difficile. Qui peut s'en prévaloir ? Elle a pour ennemi tout ce qui élève des barrières, tout ce qui contrarie la disponibilité de la raison : les a priori qui naissent de l'accoutumance ou des idées reçues, les passions qui détournent du vrai ou y font obstacle. L'esprit libre idéal a ces vertus : 1/ il n'est pas prisonnier des habitudes et conventions, il prend ses distances, questionne et questionne encore ; il est libre face aux préjugés, il les soumet à la critique sans préjuger de leur fausseté ou de leur validité ; 2/ il n'est pas tenu par l'amour-propre : il reconnaît librement ses erreurs, ses ignorances, ses dettes, ses limites. Il est libre de ne pas se prendre pour un maître et de prendre pour tel celui qui à ses yeux le mérite. Or les maîtres spirituels ou intellectuels, les fondateurs, les éclaireurs, les découvreurs, sont-ils légion ? Les autres, nous autres, ont-ils d'autre choix que de choisir sur quelles traces marcher ? L'esprit libre est libre de penser que tel penseur ou telle institution voit plus loin que lui et lui fait la courte échelle. Dans tous les cas, il est impossible de tout repenser tout seul. Inévitablement la question à un moment se pose : à qui faire confiance ? En définitive, l'esprit libre ne se fie pas aux idées convenues, il choisit librement à qui se fier (fût-ce aux idées convenues). Sans préventions, sans esprit de parti, sans souci de soi. Il est tendu vers le vrai, pour le reste, il est tout à fait détendu. L'opinant, lui, n'est pas détendu. D'abord bien entendu parce qu'il partage le lot commun : nous ne sommes jamais que des esprits plus ou moins libres. Ensuite parce qu'il a en propre de soumettre sa liberté à l'idée reçue d'égalité et qu'il en paie la rançon : il perd de sa liberté intérieure. On en a vu les raisons : l'égalité par défaut l'invite à refuser de voir dans l'autre un appui possible, elle l'invite à juger pour juger, même quand les conditions d'un jugement fondé en raison ne sont pas réunies. L'opinant s'interdit de penser que Pascal ou Nietzsche puisse également parler pour lui, que l'âge et l'expérience puissent instruire, que telle tradition ou institution ait pu engranger une sagesse pratique... L'esprit libre dit : il faut prendre ce qu'il y a de bon partout où on le trouve, peu importe la source. L'opinant rétorque : je ne bois qu'à ma propre fontaine. L'une des conséquences est que la culture se tarit. L'opinant ne peut se permettre de la prendre au sérieux. Il ne peut davantage se permettre de pratiquer en toute liberté la suspension du jugement. Le jugement d'opinion est désirable par lui-même. Voici quelques formules qui, lorsqu'elles sont authentiques, sont des signes de liberté d'esprit : « Je ne sais pas, je n'ai pas compris, faut-il s'en tenir là ?, Je me suis trompé, la question est ouverte, il faut choisir ses ignorances.... » Ce ne sont pas les formules de l'opinant : « à mon avis ; selon mon opinion ; c'est vous qui le dites ; à chacun sa vérité... ». Quelles sont celles qui dominent dans le discours d'aujourd'hui ? La suspension du jugement ne se pratique guère si l'on en juge par ce que l'on entend sur les ondes ou par les résultats des sondages. Que deviendraient les sociétés de sondages si chacun s'en tenait à ce qu'il pense vraiment ? « Savoir ce que l'on pense n'est pas facile » (Alain). Or les non-réponses sont rares, même aux questions techniques, et les incohérences ne le sont pas. La part d'artifice est difficile à mesurer, elle varie sans doute selon les sujets, elle semble indéniable. La pression des enquêteurs joue en ce sens et aussi la force du devoir d'opinion. Que fait alors le sujet quand il répond pour répondre, quand il donne un avis pour donner un avis, bref quand il opine ? Il subordonne ce qu'il pense vraiment au rôle qu'il se croit tenu de jouer. Au nom de l'autonomie, il ampute sa liberté de jugement.



Impero a écrit:
C’est ce qui me fait dire que non ce n’est pas un problème franco-français, et qu’il est antérieur aux années 60.


Auquel cas, à partir de quand peut-on dater l'apparition de l'égalité par défaut ?
aldolo a écrit:
Kthun a écrit:
2 / Cette analyse s'applique-t-elle uniquement à l'Occident ? Ou bien s'applique-t-elle seulement à certains pays occidentaux (dont la France) ?

Ce me semble particulièrement s'adapter à l'Occident oui, dans la mesure où l'individualisme y fait rage. Les autres cultures et civilisations sont bien plus dans le "vivre ensemble" et la famille pour se prendre autant au sérieux que les occidentaux. Enfin pour l'instant...

Pourriez-vous développer ?

aldolo a écrit:
Kthun a écrit:
3 / Ce processus, tel que décrit par l'auteur, est-il irréversible ?

Tout est irréversible, ce qui n'empêche pas les choses de poursuivre leur cours (...)

En quoi est-il irréversible ?

aldolo a écrit:
Kthun a écrit:
4 / Les forums, "philosophiques" ou non, sont-ils épargnés par l'opinion ?

Bien sûr que non. Mais on entend ça et là que certains semblent plutôt touchés par le fléau de l'élitisme, et que ce serait ce qui les plonge dans ce coma autiste. Tout ça est bien délicat à débattre.

"Fléau de l'élitisme" ? C'est-à-dire ?

descriptionPhilippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000) - Page 2 EmptyRe: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

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aldolo a écrit:
qu'on la remplace par un sens venant forcément d'ailleurs est de l'ordre de l'opinion : celle-la même que Bénéton dénonce.

Vous n'avez pas compris la phrase.
Bénéton a écrit:
L'idée d'un sens extérieur et supérieur porte atteinte à l'égalité. L'opinant s'affirme de plus en plus comme le maître du sens.

Une conception organiciste de la société, telle qu'on peut la trouver par exemple au moyen âge, était une manière de donner du sens au monde. Si une telle conception a les faveurs d'un lecteur contemporain, le sens que cela aura contribué à lui faire donner au monde dans lequel il vit, cela ne lui vient pas de lui, mais bien d'écrivains du moyen âge (ou d'historiens des idées restituant celles du moyen âge), donc de l'extérieur, du dehors. C'est l'idée que cela (le sens) ne puisse lui venir d'ailleurs qu'en lui-même, que Bénéton dénonce chez l'opinant. Nulle part il ne dit que cela vient nécessairement du dehors. Il se trouve bel et bien que certains parviennent à donner un sens au monde. Mais, la plupart du temps, il leur faut le "soutien" (famille, amis, école, lectures, etc.) de quelque chose d'autre qu'eux, il leur faut avoir commencé de comprendre ce qu'on appelle altérité.

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Euterpe a écrit:
aldolo a écrit:
qu'on la remplace par un sens venant forcément d'ailleurs est de l'ordre de l'opinion : celle-la même que Bénéton dénonce.

Vous n'avez pas compris la phrase. 

Ce n'est pas impossible (je me le suis demandé).

Mais à moins que le sujet ne doive se limiter à la seule pensée de Bénéton (auquel cas je m'éclipserai aussitôt), je ne pense pas que ça invalide mon texte. Et là où Bénéton se limite (en tous cas, d'après les extraits cités) à un constat, j'essaie d'aller plus loin en en posant les causes (et non, je n'ai pas eu besoin de lire les œuvres complètes d'untel ou untel pour ce faire, et pas même de Deleuze : c'est mon constat).

Et ce constat consiste à dire que les occidentaux en particulier (ce qui répond à une question de Kthun) ont de plus en plus tendance à prendre pour sens la seule cohérence interne qu'ils supposent à leur discours sur le monde (les élites comme le peuple), et ce depuis la mort officielle de Dieu sans doute. 

J'ignore (et me fiche royalement de savoir) si un autre a fait ce constat avant moi, en tous cas, c'était pour moi l'intérêt principal de mon texte. Et comme il n'a pas été repris, je me permets de le souligner.
Constat qui fait référence à la suite : la cohérence fait sens mais c'est l'extérieur qui donne sens (avec effectivement l'altérité, etc.)

Donc si vous êtes prêts à discuter philosophie (et non savoir philosophique) et si le sujet vous intéresse, j'attends avec intérêt de lire ce que vous en pensez (les uns et les autres).

Bien à vous.

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Kthun a écrit:
1 / Ce diagnostic vous semble-t-il contestable, voire erroné ? Et si oui, pourquoi ?

Il faudrait quelques précisions, sur un point pour commencer :
Bénéton, p. 8 a écrit:
L'égalité substantielle dit que les hommes sont semblables par-delà leurs différences. L'égalité par défaut dit que les hommes sont semblables parce qu'il n'y a pas de différences significatives. Cette seconde idée de l'égalité s'est affirmée ou développée progressivement ou par à-coups au long de l'histoire moderne. Le nouveau ici tend à gommer l'ancien. Nul héritage mais des fondations nouvelles. Il s'ensuit que les deux versions modernes de l'égalité ne se distinguent pas par une seule question de mesure ou de degré. Ce sont deux interprétations séparées par une ligne de fracture : ou bien l'égalité s'appuie sur un donné qui contient du sens, ou bien elle s'appuie sur une liberté dépourvue de sens ; ou bien ma liberté se déploie dans le cadre de questions et d'exigences objectives qui définissent des « horizons de signification » (Charles Taylor), ou bien ma liberté signifie que je suis souverain au même titre que tout autre et que je suis pour moi-même le maître du sens. Voilà pour la distinction théorique. Vues de plus près, les choses se mêlent et se compliquent.

Ce point est-il développé plus précisément chez Bénéton, ou y a-t-il des références à consulter à ce sujet ? La distinction théorique entre égalité substantielle et par défaut, correspondant à une réelle "ligne de fracture" semble-t-il (bien qu'il soit précisé que "Vues de plus près, les choses se mêlent et se compliquent"), n'intervient-elle pas ici comme pour désolidariser une égalité de l'autre et ainsi rendre possible la déconstruction de l'une sans que l'autre n'en souffre ni qu'on doive s'inquiéter de leurs éventuelles corrélations ? L'égalité par défaut est-elle si étrangère à l'égalité substantielle ?

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aldolo a écrit:
Mais à moins que le sujet ne doive se limiter à la seule pensée de Bénéton (auquel cas je m'éclipserai aussitôt)

Le livre de Bénéton n'est pas seulement le point de départ de la discussion : il la détermine (cf. question 1 de Kthun - et on ne discute pas un diagnostic qu'on n'a pas pris la peine de consulter).

aldolo a écrit:
Et là où Bénéton se limite (en tous cas, d'après les extraits cités) à un constat, j'essaie d'aller plus loin en en posant les causes

Vous imaginez bien que Bénéton ne se contente pas de constatations...

aldolo a écrit:
c'est mon constat[/i]).

aldolo a écrit:
J'ignore (et me fiche royalement de savoir) si un autre a fait ce constat avant moi, en tous cas, c'était pour moi l'intérêt principal de mon texte.


Et le radis est un radis. Mais il n'est question, ici, ni de votre constat, ni du radis. A moins d'établir un lien avec le sujet, ce que vous ne pourrez faire sans l'étayer sur un raisonnement. Il est question de discuter d'un livre qu'on ne peut pas discuter sans l'avoir lu ; avec, à la demande expresse de l'initiateur du fil, 5 questions faites pour encadrer le débat.

aldolo a écrit:
Et ce constat consiste à dire que les occidentaux en particulier (ce qui répond à une question de Kthun) ont de plus en plus tendance à prendre pour sens la seule cohérence interne qu'ils supposent à leur discours sur le monde (les élites comme le peuple), et ce depuis la mort officielle de Dieu sans doute.

La "mort de Dieu" commence avec la crise de l'autorité théologico-politique au XVIIe siècle. La question du fondement, et de ce qui garantit un sens, parcourt les quatre siècles qui viennent de passer. Ajoutons à cela les conséquences qu'il a fallu tirer de l'œuvre de Saussure, et la crise du langage qui ébranle toute la littérature contemporaine de Stéphane Mallarmé à Valère Novarina en passant par Karl Kraus... Mais vous préférez discuter philosophie plutôt que savoir philosophique, ce qui revient à vouloir discuter de bananes qu'on n'a jamais mangées par ailleurs.

Zingaro a écrit:
L'égalité par défaut est-elle si étrangère à l'égalité substantielle ?

Je me contente d'une remarque (j'y reviendrai si j'en ai le temps). L'une est élective (ascendante) ; l'autre est exclusive (et horizontale).
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