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Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

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descriptionPhilippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000) - Page 7 EmptyRe: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

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La question n'est pas dans la précision du langage, mais dans les "niveaux" de langage... Il y a l'explicite ; il y a l'implicite.
Kthun a écrit:
aujourd'hui ces raisonnements, idées et arguments ne sont plus méconnus (sinon moins inaccessibles) du grand public par l'intermédiaire d'individus comme Éric Zemmour et Alain Finkielkraut.

Implicitement, vous dites que tous travaillent à un même "programme" (peu importe qui serait le vulgarisateur ; qui, le spécialiste). Si c'était le cas, outre que et parce que le thème en question n'était pas si neuf au début des années 80, il vous faudrait allonger votre liste, par exemple avec Léon Bloy, Georges Bernanos et, encore plus près de nous, Jacques Ellul...
Quant à la démarche, c'est une démarche de lecture, autrement dit d'analyse ; de discernement, donc, ce qui implique de ne pas tout mélanger.

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Excusez-moi d'avoir contribué à désinformer les lecteurs du fil.

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Les uns sont de véritables penseurs, les autres des vulgarisateurs (au mieux) et des polémistes (ce que l'on appelle aujourd'hui des essayistes), ils font carrière en agitant un chiffon rouge. Par ailleurs, des Bernanos et Ellul me semblent plus soucieux de l'individu et de son âme (ce sont des chrétiens) que de politique et de pouvoir. Si je puis ajouter une autre considération annexe, je suis étonné par les références intellectuelles de nos élites médiatiques : on cite un Péguy à tout-va par exemple, mais nulle mention d'un Valéry qui a pourtant beaucoup plus anticipé ce que nous vivons. Après tout, peut-être est-ce mieux que de l'instrumentaliser, comme c'est le cas en ce moment à droite avec Orwell, dont un comité se réclame de son nom...

Pour en revenir à l'antiracisme, les auteurs dans le collimateur de certaines associations se plaignent d'être victimes d'une criminalisation de la pensée. Mais, étant donné que le racisme est puni par la loi, je ne vois pas en quoi on peut parler de bien-pensance. Par ailleurs, à quoi oppose-t-on la bien-pensance ? A une mauvaise pensée ? Une pensée coupable ? Qui se sait criminelle (illégale, hors-la-loi) ? Et dont la seule stratégie consiste en une sorte de mauvaise foi, en considérant qu'il y a du conformisme et que la parole soi-disant subversive est dans le vrai (on pourrait même ajouter : parce qu'elle est subversive, anticonformiste, et seulement pour cette raison) ?

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D'ailleurs, et avec le recul, comment ai-je pu me fourvoyer, au point de faire le parallèle audacieux entre Bénéton et Finkielkraut (lui-même mentionné dans Les fers de l'opinion) ? le fait qu'ils soient tous deux lecteurs d'Allan Bloom n'entre pas, je suppose, en ligne de compte.

Finkielkraut, L'identité malheureuse (2013) a écrit:
Au nom du respect des minorités, les universités américaines ont entrepris, dans la dernière décennie du xxe siècle, de réviser ce qu’on appelle là-bas le canon, c’est-à-dire de modifier la liste des grands textes classiques. Il s’agissait de briser l’humiliant monopole des DWEMS (Dead White European Males) pour permettre aux vivants non blancs non européens et femmes de se retrouver dans les auteur(e)s proposé(e)s à leur admiration. Comme si l’on pouvait jamais se retrouver dans Platon, se sentir représenté par Henry James ou chérir en Spinoza un double de soi-même. Comme si ces auteurs, de même d’ailleurs que Hannah Arendt ou Virginia Woolf, ne nous renvoyaient pas d’abord, qui que nous soyons et quels que soient notre « genre » et notre origine, à nos limites, à notre finitude. Comme si leur génie ne nous infligeait pas une salutaire blessure narcissique. Comme si enfin – je cite ici Leo Strauss – « l’éducation libérale qui consiste en un commerce permanent avec les grands esprits » n’était pas un « entraînement à la modestie la plus haute, pour ne pas dire à l’humilité ». Mais qui parle encore d’humilité ? Il n’y a pas de blessure du moi aujourd’hui qui ne crie justice et qui ne demande réparation. La société démocratique exige la reconnaissance de tous par tous. Elle espère, par la satisfaction de cette exigence, conjurer les maléfices de l’intersubjectivité et résoudre le problème humain. Au lieu de cela, elle flatte les susceptibilités ombrageuses, elle entretient le narcissisme vindicatif des grandes et des petites différences, elle prend, dans la guerre des respects, le parti catastrophique de combattre toute restriction de l’estime de soi-même.


Bénéton, Les fers de l'opinion, p.61-62 a écrit:
A qui la faute ? Inévitablement au racisme. Où se cache-t-il ? Vers la fin des années 1980, le voile a été levé : il se cache dans les programmes eux-mêmes. C'est bien ce qui explique l'échec des « minorités ». L'enseignement des Humanités n'a nullement la valeur universelle dont il se targue. Les grands auteurs (le canon) que l'on y étudie – Platon, Aristote, Dante, Shakespeare... - ont un point commun : toujours des Blancs, toujours des hommes. La culture occidentale est une white male culture, elle exprime un point de vue partisan et le monopole dont elle bénéficie opprime les « minorités ». Il faut donc mettre en œuvre ce qu'un professeur radical a appelé une intellectual affirmative action afin d'introduire dans les programmes le multiculturalisme, la diversité, c'est-à-dire plus précisément des distinctive black and female perspectives. Le mouvement a été le fait de petites minorités : des étudiants activistes (des Noirs surtout et aussi des féministes) alliés à des professeurs radicaux. Il a pris forme à Stanford en 1987. Le rédacteur d'un journal étudiant noir écrivait alors : « We are tired of your shit » (Nous en avons assez de votre mouscaille). L'action militante a été couronnée de succès et a abouti au remplacement du cours consacré à la culture occidentale par un cours sur les cultures, ideas and values dont le titre dit bien qu'il satisfait à la norme du multiculturalisme. En 1990, l'université a mis en place un nouveau cours destiné à tous les étudiants de première année et officiellement « centré sur des travaux de Noirs, d'Hispaniques, de féministes et d'homosexuels ». L'exemple de Stanford a été largement suivi, avec diverses variantes. Les Afro-American Studies, les Women's Studies se sont multipliés, les programmes, notamment des grandes universités, ont été revus dans le bon sens. Pourquoi un succès si ample obtenu par un si petit nombre ? La raison essentielle, outre la pusillanimité d'usage des autorités universitaires, est toujours la même : la représentation dichotomique de la société (coupables/victimes), particulièrement dominante dans le milieu universitaire, désarme les modérés et ouvre le champ libre aux extrémistes. Quand les activistes noirs démasquent une forme imaginaire de racisme, comment objecter sans tomber soi-même sous le coup de l'accusation infâme ? Pour échapper au piège, il faut admettre que l'antiracisme peut se corrompre, que des Noirs peuvent se présenter faussement comme victimes. Il faut remettre en cause le principe même de la représentation convenue de la société. Quel est le résultat ? Il porte atteinte à la notion même de culture et donc à la mission de l'université. Le multiculturalisme, ainsi entendu, est subversif. Le théorème de Thalès n'est-il valable que pour certaines races ? Quel est le point de vue masculin commun à Platon, Locke et Nietzsche ? L'idée d'un savoir blanc et d'un savoir noir ne fait-il pas songer à l'idée nazie d'une « science juive » ? L'idée de l'unité du genre humain, d'origine occidentale, n'a-t-elle pas une portée universelle ? Au rebours de l'antiracisme de départ, celui-là sépare les hommes.

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Kthun a écrit:
D'ailleurs, et avec le recul, comment ai-je pu me fourvoyer, au point de faire le parallèle audacieux entre Bénéton et Finkielkraut (lui-même mentionné dans Les fers de l'opinion) ? le fait qu'ils soient tous deux lecteurs d'Allan Bloom n'entre pas, je suppose, en ligne de compte.

Vous étiez à deux doigts de nous dire que vous n'aviez établi aucun rapprochement ; vous nous dites maintenant, non seulement qu'il y a bel et bien une proximité, mais même une identité de pensée...

Il ne vous vient pas à l'esprit que le texte de l'un est postérieur de plus de 10 ans au texte de l'autre (la première citation est un copier-coller de la deuxième) ; que celui-là a invité celui-ci en septembre 2012 pour son émission Répliques de France Culture, soit quelques semaines avant la publication de L'identité malheureuse ; que celui-ci, enfin et surtout, a produit un essai philosophique, au sens le plus strict et rigoureux du terme, quand celui-là a produit un ouvrage à la fois plus général (actualité, etc.) et polémique, parfois pamphlétaire. L'opinion, en soi, n'est pas l'objet du livre de Finkielkraut, lequel ne fait que retrouver, sur ce point, des acquis antérieurs, à propos d'un thème différent. Est-ce que ça vous paraît compréhensible, ou bien est-ce trop sibyllin, subtil, ésotérique ?
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