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L'intuition comme méthode chez BERGSON.

4 participants

descriptionL'intuition comme méthode chez BERGSON. - Page 4 EmptyRe: L'intuition comme méthode chez BERGSON.

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Crosswind a écrit:
Comment expliquer que "l'homme" jette son filet au quotidien sans jamais s'en rendre compte ?

Cela s'appelle la force de l'habitude.
Crosswind a écrit:
La durée est un ressenti, nous sommes d'accord. Difficilement dissociable de l'espace au quotidien. Comment s'en sort-on ?

Je ne comprends pas ce qui vous cause autant de souci. Toujours est-il que la durée est une sorte d'écoulement et par besoin d'ordre nous l'avons découpé. (Pour Bergson, la durée est la réalité de toute chose, vivante ou non, consciente ou cosmique. Mais les écoulements ont des vitesses différentes et la conscience est un retard, elle arrête le flux, et le fige dans ses créations en vue de tâches utilitaires.) Le problème n'est pas de vivre au quotidien dans un monde ordonné (par la société, la rationalité, le langage, etc.), puisque nous ne saurions vivre dans le chaos, mais de penser les choses d'après cet artifice qui nous semble pourtant ordinaire. Or le seul moyen de comprendre le réel (dans ce qu'il a d'hétérogène), c'est d'en revenir à ce moment primordial avant que nous plaquions nos schèmes prédéfinis sur ce qui est. Nous n'avons pas correctement pensé le temps, parce que nous le traitons comme nous traitons l'espace (c'est-à-dire que nous pensons le temps avec une façon de penser qui ne correspond qu'à l'espace ; en somme, une conception mathématique, comme si le réel était rationnel, fractionnable à volonté et à usage de la raison, apte dès lors à reconstruire la réalité à sa façon, selon ses besoins). Or la durée ne se découpe pas, ne se calcule pas, n'est pas dénombrable. Une simple observation suffit à voir que la flèche atteint bien la cible, qu'elle ne reste pas figée sans jamais parvenir à son but (parce qu'il y aurait de l'infini entre les intervalles de temps). Et on peut dire, même si c'est plus compliqué à l'échelle de l'univers (un et multiple, en permanente métamorphose et éternel), que Bergson joue le procès ou le devenir contre l'Être (un et figé qui n'explique pas qu'il n'y ait pas redondance du même).

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Silentio a écrit:
Crosswind a écrit:
Comment expliquer que "l'homme" jette son filet au quotidien sans jamais s'en rendre compte ?

Cela s'appelle la force de l'habitude.
Crosswind a écrit:
La durée est un ressenti, nous sommes d'accord. Difficilement dissociable de l'espace au quotidien. Comment s'en sort-on ?

Je ne comprends pas ce qui vous cause autant de souci. Toujours est-il que la durée est une sorte d'écoulement et par besoin d'ordre nous l'avons découpé. (Pour Bergson, la durée est la réalité de toute chose, vivante ou non, conscient ou cosmique. Mais les écoulements ont des vitesses différentes et la conscience est un retard, elle arrête le flux, et le fige dans ses créations en vue de tâches utilitaires.) Le problème n'est pas de vivre au quotidien dans un monde ordonné (par la société, la rationalité, le langage, etc.), puisque nous ne saurions vivre dans le chaos, mais de penser les choses d'après cet artifice qui nous semble pourtant ordinaire. Or le seul moyen de comprendre le réel (dans ce qu'il a d'hétérogène), c'est d'en revenir à ce moment primordial avant que nous plaquions nos schèmes prédéfinis sur ce qui est. Nous n'avons pas correctement pensé le temps, parce que nous le traitons comme nous traitons l'espace (c'est-à-dire que nous pensons le temps avec une façon de penser qui ne correspond qu'à l'espace). Or la durée ne se découpe pas, ne se calcule pas, n'est pas dénombrable. Une simple observation suffit à voir que la flèche atteint bien la cible, qu'elle ne reste pas figée sans jamais parvenir à son but (parce qu'il y aurait de l'infini entre les intervalles de temps).


Mon souci principal vient du fait que si je conçois la durée comme un ressenti quotidien, fortement lié à l'espace et à l'entendement, je ne vois pas en quoi elle serait la "réalité de toute chose, vivante ou non, consciente ou cosmique". Pour tout dire ce genre de propos me fait plutôt sourire tellement ils me paraissent niais. Le mot est un peu fort, je l'admets, mais je ne peux en trouver d'autres plus appropriés (trivial ?). La durée n'est que la perception d'un vécu, sans plus. Sans vécu, point de "durée". L'un ne peut aller sans l'autre. Je ne dis pas que l'un est mécaniquement lié à l'autre, je dis que l'on ne peut les prétendre à s'exclure mutuellement, comme d'ailleurs on ne peut les confondre.

Que la durée ne soit pas dénombrable ne prouve absolument rien. La durée n'est qu'un mot pour exprimer le sentiment du passage du vécu au sein d'une conscience. Tout comme "douleur", "bonheur", "joie", etc... Ce sont des émotions, des ressentis passifs, donc non-dénombrables en terme d'intensité. Tout au plus peut-on les comparer. La durée n'est qu'une facette de notre conscience réflexive, aller chercher en elle des propriétés floues quant aux bases de je ne sais quoi de métaphysique est des plus osés et ne peut se justifier nulle part.

Si la flèche atteint son but, par pitié n'attribuons pas ce phénomène à la durée, c'est de l'affirmation gratuite. Je pourrais tout aussi bien affirmer que, si la flèche atteint son but, c'est parce que je suis conscient. Ou que la flèche se déplace simplement, sans durée.

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Crosswind a écrit:
Mon soucis principal vient du fait que si je conçois la durée comme un ressenti quotidien, fortement lié à l'espace et à l'entendement, je ne vois pas en quoi elle serait la "réalité de toute chose, vivante ou non, consciente ou cosmique".

Il vous faudrait lire Bergson. J'ai donné rapidement son approche, mais il passe du vécu à la métaphysique en plusieurs ouvrages. Chacun s'occupe d'un niveau propre de la durée : il part d'abord de la subjectivité et étend sa découverte à des champs plus larges (le vivant, la société, l'univers).
Crosswind a écrit:
Pour tout dire ce genre de propos me fait plutôt sourire tellement ils me paraissent niais. Le mot est un peu fort, je l'admets, mais je ne peux en trouver d'autres plus appropriés (trivial ?).

Il est possible que mes explications sommaires vous induisent en erreur. Juger de la pensée de Bergson d'après elles serait aller trop vite, même si je ne doute pas qu'on puisse critiquer sa pensée.
Crosswind a écrit:
La durée n'est que la perception d'un vécu, sans plus. Sans vécu, point de "durée". L'un ne peut aller sans l'autre.

Cela peut sembler une évidence. Mais d'une part, il ne s'agit pas de faire d'une humeur ou d'une préférence une vision du monde. Tout de même, si c'était le cas, Bergson serait un bien piètre philosophe, voire un pitre. Ce qu'il n'était pas. D'autre part, Bergson veut donner raison au sens commun, et ce contre la science. Précisons qu'il n'est pas contre la science, seulement contre sa manière de penser la réalité. Reste que s'il souhaite corriger l'approche scientifique du monde, il souhaite que la philosophie aille de paire avec la science. Ce qu'il critique, c'est plutôt un certain usage de la raison qui a empêché jusqu'ici les philosophes et les savants d'approcher et de rendre compte de la réalité. Or selon lui la question du mouvement, du changement qui anime le réel, disparaît dans notre tradition. Au lieu de partir de l'expérience que nous faisons le plus ordinairement, à savoir que la réalité est changeante et continue, les philosophes partent de constructions intellectuelles qui découpent et nient cette réalité (selon leurs besoins).

De la même manière que les mots sont des étiquettes attachées aux choses, et qu'elles les masquent (comme quand on dit que nommer c'est trahir ou tuer la chose), l'entendement se joue et de nous et des choses que l'on souhaite penser, leur substituant des concepts. Nous voulions penser le réel, et ce que nous avons pensé c'est ce que nous y avons mis sans y prendre garde, et ce non à des fins de connaissance, mais utilitaires. Par là, nous figeons les choses dans des modèles ou moules préformatés. C'est le cas chez Platon ou Kant, par exemple, avec les formes intelligibles ou de l'entendement.

Les philosophes, comme c'est le cas avec les paradoxes de Zénon, s'évertuent à fonder rationnellement des absurdités. Par exemple, le paradoxe de la flèche en vol :
wikipedia a écrit:
Dans le paradoxe de la flèche, nous imaginons une flèche en vol. À chaque instant, la flèche se trouve à une position précise. Si l'instant est trop court, alors la flèche n'a pas le temps de se déplacer et reste au repos pendant cet instant. Maintenant, pendant les instants suivants, elle va rester immobile pour la même raison. Si le temps est une succession d'instants et que chaque instant est un moment où le temps est arrêté, le temps n'existe donc pas. La flèche est donc toujours immobile à chaque instant et ne peut pas se déplacer : le mouvement est donc impossible.

Suivant cet exemple, les éléates ont argumenté pour prouver l'inexistence du temps. Ce qui est tout de même bizarre, puisque nous constatons dans la réalité que la flèche atteint bien la cible ! La logique nous trompe donc sur le réel !

A ceci, Bergson pourrait répondre que les philosophes se trompent et qu'ils interposent des constructions illusoires entre le réel et nous, tandis que par le biais de la raison nous croyons atteindre au réel et à ses lois. Dès lors, ce qu'il va tenter de faire, c'est de retrouver cette expérience du temps tel qu'il serait sans ce que nous mettons dessus pour le recouvrir (opération qui nous semble normale et que nous ne voyons pas ou plus). Au fond de la subjectivité, Bergson met au jour ce vécu qu'il appelle durée. Après cela, il essaiera d'expliquer notre relation au monde et celui-ci d'après cette expérience de la durée et en l'étendant à ce qui n'est pas nous, mais à quoi, prend-il le soin de noter, nous participons tout de même. Il y aurait donc quelque chose de commun à l'homme et au monde, en-deçà de la raison et de notre rapport rationnel, pratique, utilitaire à lui, et ce rapport peut être considéré comme une déformation ou une mise à distance de ce que sont véritablement les choses.

Bien entendu, pour aller plus loin, il faudrait décrire plus en détail la méthode que Bergson élabore et énumérer ses arguments principaux rendant compte du passage du vécu de la conscience à la durée hors de nous. Cela me demandera du temps, car la lecture de Bergson ne m'a pas tellement marqué.

On peut toutefois déjà dire que si la raison correspond au mode d'être de l'homme, Bergson s'attache à penser l'inhumain (ce qui n'est pas humain), et donc que s'il y a de la durée en nous, une fois nos habitudes rationnelles mises à mal, il doit bien y avoir aussi de la durée dans le reste du monde (puisque nous en sommes), mais à des rythmes différents. Et Bergson montrera que si la conscience est un niveau d'être de l'univers où la durée est contractée, plus on sort de l'homme et plus on tombe dans la matière dépourvue d'esprit, c'est-à-dire une durée impersonnelle très lente et étendue dont le rythme, comparé au nôtre (nous qui faisons l'expérience du temps), relève de l'éternité. L'intuition servira à retrouver la durée propre des choses, à suivre leur mouvement, ce qui demande de "sympathiser" avec elles.

J'espère que cela vous donnera une base utile pour vos prochaines lectures. Si vous ne souhaitez pas lire toute l'œuvre, le recueil La Pensée et le mouvant fera amplement l'affaire.

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Me conseillez-vous de commencer par La pensée et le mouvant ou par l'Essai sur les données immédiates de la conscience ?

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Tout dépend de ce que vous voulez faire : si vous souhaitez lire l'œuvre intégrale ou avoir un point de vue global sur celle-ci.
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