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Controverse de Valladolid (1550-1551)

4 participants

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Merci de cette vision des conquistadors, je me suis arrêté à ce qu’en disaient les guides sur place (entre autre l’arrivée de Colomb, accueilli par un des espagnols déjà intégré sur place et qui l’a présenté  à un roi du Yucatán en faisant l’interprète!).
Je voulais dire que nous devions justifier à l’époque ces massacres en les minorants par rapport aux acquis apportés par les conquêtes. Les progrès de la conscience collective, à l’exemple de celui initié par le siècle des lumières, nous a rendu dissonants vis-à-vis de ce passé. 

Nous avons donc la nécessité de justifier cette dissonance par des résurgences modifiées comme la Controverse de Valladolid qui montre que si nous pouvions considérer par ignorance la nature humaine des massacrés, c’est maintenant fini. Larguer une partie de notre ancienne conscience nous met ainsi en cohérence, la dissonance disparaît.

Un des plus beaux exemples du poids de cette conscience collective est le film de Spielberg ET. Un scenario débile, un bébé extraterrestre perdu sur terre qui se fait un copain et qui repart dans le ciel, une mise en scène et des décors en rien folichons pour un Spielberg, bref, son moins beau film de cinéma et… son plus grand succès à ce jour dans les pays développés (USA, UK, France…). Un philosophe français dont j’ai perdu le nom a trouvé la clef. 
E.T, c’est la conscience enfouie des sociétés employant la limitation des naissances, la contraception. Ce film représente le frère, la sœur qui aurait dû être et ne sera pas, concrétisé par ce fœtus qui repart dans les nimbes.
   

Il me semble que dans tout ce que nous acceptons, tout ce qui nous envahit collectivement, il y a une part de notre conscience collective dont nous devrions saisir le sens. Surtout quand il s’agit d’une « légende » comme le prouve votre discussion sur la Controverse de Valladolid : Historiquement, il n’était pas question de savoir si les indiens avaient une âme ou pas. Pourtant, elle est actuellement comprise comme telle.

descriptionControverse de Valladolid (1550-1551) - Page 4 EmptyRe: Controverse de Valladolid (1550-1551)

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Plus que les Conquistadors, il s’agit de voir comment les indiens furent perçus. Les seules sources sont les journaux et correspondances des conquistadors, ou bien des sources ecclésiastiques.
 


louispascal a écrit:
Je voulais dire que nous devions justifier à l’époque ces massacres en les minorants par rapport aux acquis apportés par les conquêtes.



Précisément pas. L’ampleur des massacres est connue – et il conviendrait de réactualiser nos données, les maladies et les consèquences psychologiques de la conquête ayant un rôle fondamental. Jamais il ne fut question de minorer quoique se fut. Les Espagnols pratiquant le massacre préventif. L’enjeu, flagrant durant la Controverse,  est de justifier la conquête : peut-on s’approprier l’Amérique ?
Je remet ici la réponse de Dienkes :
Dienekes a écrit:
Le fond, comme le précisait Eunomia, c’est la justification de la conquête. Avant même la controverse, cette justification se faisait de deux façons :
• Par la théorie de la non-possession qui postulait que la terre des Indes n’appartenait pas aux Indiens et était donc à prendre par les Espagnols (cf. le Requierimento)
• Par la théorie de la dépossession qui postulait que cette terre appartenait bien aux Indiens, mais qu’il était possible de les en déposséder selon certaines circonstances qui permettent le déclenchement d’une "guerre juste". (cf. Francisco de Vitoria, De indis).

Là-dessus, nos deux protagonistes vont se positionner de la façon suivante :
• Sepulveda propose une approche que l’on pourrait qualifier d’impérialisme humaniste en se basant, entre autre, sur l’un des arguments de Vitoria : pour faire simple, il convient d’asservir les Indiens pour leur propre bien, pour les faire sortir de la barbarie ;
• Las Casas conteste les visées impérialistes développées par Sepulveda, mais ce faisant il doit marcher sur une corde raide, coincé entre des intérêts impérialistes faciles à comprendre au sein même de la couronne et  l’impossibilité de renier frontalement les visées humanistes développées par Sepulveda.




louispascal a écrit:
Les progrès de la conscience collective, à l’exemple de celui initié par le siècle des lumières, nous a rendu dissonants vis-à-vis de ce passé



Une fois encore, l’existence de « la légende noire », de textes ecclésiastiques profondément touchés par le sort des indiens montrent clairement qu’il n’y a pas eu de progrès mais régression. Ce qui était clair pour les modernes, l’est beaucoup moins pour nous. C’est un phénomène courant. Polybe écrit pour le Grec moyen ;  aujourd’hui, sans une solide culture historique, lire Polybe est d’une réelle difficulté.

louispascal a écrit:
Il me semble que dans tout ce que nous acceptons, tout ce qui nous envahit collectivement, il y a une part de notre conscience collective dont nous devrions saisir le sens. Surtout quand il s’agit d’une « légende » comme le prouve votre discussion sur la Controverse de Valladolid : Historiquement, il n’était pas question de savoir si les indiens avaient une âme ou pas. Pourtant, elle est actuellement comprise comme telle.




Le « actuellement » est important (cf. la régression). Plutôt qu’un enfouissement, n’est-ce pas d’avantage le fait d’une multitude de facteurs (désintérêt, système éducatif qui ouvre peu sur les Amériques) ?

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Je pense qu'un seul facteur ne suffit pas, en effet.
Pour le corps de votre billet qui concerne le sens de l’émergence d’une conscience après un massacre, vous avez raison d’avancer que l’oubli progresse. Mais vous êtes savant, vous connaissez les écrits et mettez en avant une part minoritaire qu’est la conscience des intellectuels contemporains du massacre, des personnes cultivées, en même temps capables de recul et de compassion pour juger leur contemporains. Eux sont les premiers à tomber dans l’oubli, ce qui justifie le sujet dans ce site pour leur recherche et celle de la vérité.
 
Le sens inverse n’est pas le fait d’intellectuels, bien au contraire. Il n’est pas réfléchi, individuel, mais inconscient et collectif, par l’apparition d’une dissonance cognitive globale, manifestée par une résurgence d’un fait précis choisi dans le passé pour servir de base à une légende, reprise comme vraie par tout le monde.
 
La vérité que vous montrez de la Controverse de Valladolid n’a aucune chance de remplacer dans l’esprit collectif la Controverse sur l’âme des sauvages, qui correspond plus à un besoin collectif de justifier notre passé qu’a une vérité historique. A l’instar des américains, australiens, anglais, nous avons des trous noirs dans notre histoire. Certains peuples massacrés n’ont même pas la force de le montrer et il se trouve des hommes politiques pour s’opposer au rappel du passé par ceux qui l’ont subi.
 
Tout cela devient dissonant avec la prise de conscience collective que le « bougnoule » est maintenant Zidane, que le « négro » est Madame Taubira, que le « chinetoque » est Fleur Pellerin. Ces expressions ont quasiment disparues alors que du temps des colonies…
Quel sentiment ressent-on maintenant de la vision de ces guerres coloniales ? De ces images ? Voilà ce qui fait qu’une discussion historique parmi tant d’autres sert de support à un discours repris en chœur : Vous savez, à l’époque, même notre conscience la plus haute doutait que vous aviez une âme. 
Je le vois comme le sens  contraire à celui de l’oubli.
Il ne part pas de l'exactitude des faits passés, mais vient de notre besoin de cohérence.
Individuellement, nous parlerions de remord, probablement.

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Je vous conseille l’ouvrage de Bernad Lavallé qui est une excellente introduction : L'Amérique espagnole : De Colomb à Bolivar.


louispascal a écrit:
La vérité que vous montrez de la Controverse de Valladolid n’a aucune chance de remplacer dans l’esprit collectif la Controverse sur l’âme des sauvages, qui correspond plus à un besoin collectif de justifier notre passé qu’a une vérité historique.


Les massacres des Indiens de mezzo-amériques ne concernent pas la France. En quoi aurions-nous besoin de justifier ces massacres ? Bis repetita, qu’est-ce qui selon vous justifie cet oubli ? En dehors du fait qu’en France il ne s’agit que d’une question de spécialistes, d’afficionados modernistes, soyez certains que nos amis Espagnoles sont très au fait de la conquête des Amériques.

louispascal a écrit:
Tout cela devient dissonant avec la prise de conscience collective que le « bougnoule » est maintenant Zidane, que le « négro » est Madame Taubira, que le « chinetoque » est Fleur Pellerin. Ces expressions ont quasiment disparues alors que du temps des colonies…


On n’utilisait certainement pas ce vocabulaire qui est justement d’usage récent. Le racisme est toujours d’actualité, aussi je ne vois pas ce que vous essayez de démontrer.

louispascal a écrit:
Quel sentiment ressent-on maintenant de la vision de ces guerres coloniales ? De ces images ? Voilà ce qui fait qu’une discussion historique parmi tant d’autres sert de support à un discours repris en chœur : Vous savez, à l’époque, même notre conscience la plus haute doutait que vous aviez une âme. 
Je le vois comme le sens  contraire à celui de l’oubli.
Il ne part pas de l'exactitude des faits passés, mais vient de notre besoin de cohérence.
Individuellement, nous parlerions de remord, probablement

Un tantinet brumeux, non ?

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Justement, cette controverse vient dans les conversations comme exemple de l’état de conscience dans lequel nous étions à l’époque. J’ai entendu plusieurs fois des gens dire « Vous vous rendez compte, il y a eu une discussion en Espagne pour savoir si les indiens avaient une âme ! », alors que ce n’est qu’en lisant la bulle papale rapportée plus haut que j’ai pris conscience d’une toute autre réalité. Cependant, nous n’aurions jamais entendu parler de cette controverse, ouvert ce sujet, si la résurgence populaire modifiée (livre, tv) n’avait pas existé. C’est ce dont je parle.

Dans le fond, cette Controverse est plus signifiante par ce que l’on veut y voir que par sa vérité, devenue presque anecdotique et réservée à quelques érudits.
Ce que nous voulons y voir vient de nous et peu importe qu’il s’agisse des indiens ou des papous, cette légende a pour nous un but universel de cohérence. Elle sert pour toute colonisation dont la connaissance nous met en dissonance par rapport à notre propre image.

J’ai passé deux ans à Colomb Béchar en Algérie avec mon père militaire pendant la décolonisation. Maintenant, l’Algérie est vue différemment. Certains mots ont heureusement disparus. Certaines images s’éloignent. C’est indispensable pour être en paix, ne plus voir des sauvages coupeurs de sexe contre des froids assassins en treillis. L’Algérie est un grand pays et nous avons tué beaucoup d’entre eux. Comment allons-nous pouvoir nous justifier une fois la haine passée ? Une solution consiste à sortir un fait historique et lui faire dire qu’à l’époque nous étions réellement incapables de savoir si les algériens avaient une âme civilisable. La « Controverse d’Oran », imaginons.




Bon. C’était pour montrer un autre sens que le sens historique strict. Un autre point de vue. Voilà tout.
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