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Le pouvoir corrompt

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Euterpe
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10 participants

descriptionLe pouvoir corrompt - Page 5 EmptyRe: Le pouvoir corrompt

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Tom a écrit:
Au sujet des relations entre politique et justice : il faut savoir que dans notre pays, un juge d'instruction instruit une enquête judiciaire sur ce que lui acte un procureur. Pour traduire, le juge d'instruction enquête sur ce que lui demande le procureur. On pourrait déjà discuter de cela, mais savez-vous par qui est nommé un procureur de la république ? Par le ministère de la justice.

La question de savoir qui doit nommer qui, quelle que soit l'institution concernée, est un vieux débat politique ; on n'a jamais trouvé une solution susceptible de satisfaire tout le monde, parce que toutes ont des avantages et des inconvénients irréductibles. Un ministre ou un chef d'État peut nommer un magistrat, et le magistrat être inamovible. On peut aussi préférer la cooptation, mais elle présente aussi des inconvénients. Bref, il ne suffit pas d'adopter votre méthode :
Tom a écrit:
Ma méthode n'est pas de discuter sur un régime idéal mais de regarder le droit, le concret, le droit écrit pour en discuter ensuite afin de voir ce qu'il y aurait à corriger et comment le faire.

Vous aurez beau essayer de lire le Corpus iuris civilis, les Digestes, Pandectes, Institutes, sans compter le reste, ça ne s'improvise pas : ça s'apprend. On ne lit pas du Pierre Brunet ou du Michel Troper à l'improvisade, sans aucune préparation.

Tom a écrit:
Il y a une différence entre société civile et État. La société civile est composée d'individus avec leurs intérêts propres et parfois contradictoires. C'est un fait, et une majorité politique dans une assemblée incarne un certain nombre d'intérêts qui se retrouvent dans un projet politique macro-économique. L'État suit une ligne exécutive, celle d'une majorité politique mandatée par la plus grande partie du peuple. Rousseau appellerait cette ligne directrice l'intérêt du peuple (Du contrat social, Livre II, chapitre 3). La volonté du peuple ne peut errer, il en va de la survie de l'État, et aussi de la société civile si tout dégénère en guerre civile. Aucun pays n'est à l'abri de cela. Il faut donc que l'intérêt du peuple (qui ne doit pas être seulement l'intérêt du plus grand nombre) puisse concilier deux choses : les intérêts purement économiques et sociaux de chacun, par exemple : le pouvoir d'achat, la sécurité, l'éducation... ; et la survie de l'État en faisant en sorte d'éviter toute implosion.

La macro-économie, le pouvoir d'achat, etc., tout ça est bien loin du texte de Rousseau. Vous ne l'avez pas bien compris. Rousseau ne parle pas de volonté du peuple, mais de volonté générale ; c'est elle qui, par définition, ne peut errer, contrairement à toute majorité, qui n'est jamais qu'un avis particulier dominant les autres :
Rousseau, Du Contrat social, II, 3 a écrit:
Enfin, quand une de ces associations* est si grande qu'elle l'emporte sur toutes les autres [...] ; alors il n'y a plus de volonté générale, et l'avis qui l'emporte n'est qu'un avis particulier.

*Rousseau parle évidemment des "partis" politiques, mais de son temps on n'employait pas ce terme, puisque les partis comme associations politiques spécifiques n'existaient pas encore ; on parlait plutôt de factions et de sectateurs.

Or la volonté du peuple prend rarement la forme de la volonté générale, parce qu'il y faut des conditions qu'on trouve rarement réunies :
Rousseau, Du Contrat social, II, 3 a écrit:
[La] volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique : mais il ne s'ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours. Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c'est alors seulement qu'il paraît vouloir ce qui est mal.

Il ne suffit pas de vouloir le bien du peuple pour savoir ce qu'est le bien du peuple, certes incorruptible aux yeux de Rousseau, mais faillible.
Rousseau, Du Contrat social, II, 3 a écrit:
Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépens de la grande*...

*Autrement dit de la société entière.

D'où le refus du multipartisme, chez la plupart des penseurs politiques français du XVIIIe siècle, et notamment pendant la Révolution (je l'ai déjà indiqué ailleurs : monocamérisme, république une et indivisible, nation, etc.). L'individu, dans la pensée de Rousseau, et à l'instar de beaucoup de ses contemporains (même ses opposants), est le siège de la raison et il ne doit compter que sur elle et elle seule, à l'abri de toute influence extérieure :
Rousseau, Du Contrat social, II, 3 a écrit:
Il importe donc pour avoir bien l'énoncé de la volonté générale qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'État, et que chaque citoyen n'opine que d'après lui.


Tom a écrit:
ce que je constate aujourd'hui c'est que le pouvoir politique prend désormais en trop large compte l'intérêt des financiers. Il y a un consentement du politique à subir l'influence des financiers dans ses prises de position pour la direction de l'État.

Parce que les créanciers de l'État sont des créanciers privés, qui en usent avec lui comme ils en usent habituellement avec les particuliers. L'État est surendetté. Qu'il rembourse ses dettes ; alors il retrouvera une indépendance économique et il pourra retrouver son rôle politique.

Tom a écrit:
Qu'est-ce qu'un citoyen, sinon un individu comme qui dirait, universel ? Le citoyen est cette individualité unitaire constitutive du peuple capable de réfléchir, de se porter sur l'avenir et dans les choses d'un point de vue universel en voyant l'autre, non comme un autre pour moi, mais comme un autre que moi qui est comme moi et qui est un concitoyen. Il y a une conscience citoyenne, et cette conscience s'exerce dans la politique, l'espace entre les hommes.

C'est une position rousseauiste. Mais elle n'est pas factuelle, elle est putative et présente une difficulté logique de taille : Rousseau dit que chaque individu, comme membre d'une société, est à lui-même sa propre autorité parce qu'il est doué de raison ; il dit aussi que, malgré les petites différences qui ne manquent pas de se révéler pendant les délibérations, la volonté générale ne peut manquer d'en résulter. Mais, puisque Rousseau ne pense pas qu'on puisse représenter le peuple, on se demande bien comment l'addition des individus pourrait former un peuple devenu volonté générale. On imagine mal des individus défiler à la tribune d'un hémicycle et à qui il suffirait de dire ce que leur raison individuelle leur dicte pour que la volonté générale soit enfin révélée à elle-même. Comment, en se contentant de ne parler qu'en son nom, les différences pourraient-elles être si minimes que la volonté générale en jaillirait comme infailliblement ? C'est l'une des objections si souvent adressées : quel est le critère de la raison individuelle, quel est le critère de l'évidence - autrement dit quelle est l'évidence de l'évidence ?

Tom a écrit:
Dialogue qui provient de dia et logos, le chemin dans la raison.

Le préfixe dia désigne la séparation (même préfixe que diab(o)le - antonyme de symbole). Dialoguer c'est se séparer, c'est ne pas tomber d'accord ou, n'étant pas d'accord essayer de tomber d'accord sur du vraisemblable (solution aristotélicienne). Dialogue donne dialectique par opposition à analytique ; d'un côté, l'hypothétique, l'invérifiable, le non démontrable (au mieux probable) ; de l'autre, la science.

Dernière édition par Euterpe le Mar 11 Fév 2014 - 14:03, édité 1 fois

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La naissance de la démocratie remonte à de très nombreuses années, au VIe siècle avant JC à Athènes. Le terme "démocratie" vient de demôs (le peuple) et kratos (le pouvoir). C'est donc littéralement le pouvoir par le peuple. C'est aussi l'avis d'Abraham Lincoln (2 300 ans plus tard), qui rappelle le principe initial de l'instauration de la démocratie, avec sa célèbre définition du mot : ce doit être le "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple". Le gouvernement doit donc servir le peuple, alors pourquoi est-ce actuellement l'inverse ? Pourquoi alors avons-nous l'impression de n'être utilisés que dans un but d'assouvir la soif de pouvoir (et d'argent) des politiques ? Le monde à l'envers.
Le thème du sujet est donc : "le pouvoir corrompt". Je pense que le problème des hommes politiques avec leur attirance irrésistible pour le pouvoir, réside bien sûr dans leur état d'esprit d'origine, mais également dans la formation qu'ils reçoivent. Déjà pendant l'antiquité grecque, Platon, notamment dans La République, démontra la nécessité d'une grande rigueur dans la formation des personnes susceptibles d'exercer des fonctions autoritaires et de pouvoir (les hommes politiques donc). En effet, je pense que dès la formation des futurs politiciens (que cela se fasse à l'ENA ou ailleurs), on leur inculque le fait qu'il faut chercher le pouvoir à tout prix, puis une fois le pouvoir entre leurs mains, ils peuvent alors (éventuellement) réfléchir aux moyens d'aider le peuple.

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Funkhip a écrit:
La naissance de la démocratie remonte à de très nombreuses années, au VIe siècle avant JC à Athènes. Le terme "démocratie" vient de demôs (le peuple) et kratos (le pouvoir). C'est donc littéralement le pouvoir par le peuple. C'est aussi l'avis d'Abraham Lincoln (2 300 ans plus tard), qui rappelle le principe initial de l'instauration de la démocratie, avec sa célèbre définition du mot : ce doit être le "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple". Le gouvernement doit donc servir le peuple, alors pourquoi est-ce actuellement l'inverse ? Pourquoi alors avons-nous l'impression de n'être utilisés que dans un but d'assouvir la soif de pouvoir (et d'argent) des politiques ? Le monde à l'envers.

Renseignez-vous sur le clientélisme.

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Merci pour l'information.
Apparemment, le clientélisme antique pourrait correspondre quelque peu à la "mafia" aujourd'hui, le fait d'être protégé ou gâté contre un soutien électoral. Dans tous les cas, ces pratiques n'auraient jamais dû exister. C'est la preuve ultime que le pouvoir corrompt : privilégier le pouvoir à la justice et l'égalité sociale, qui devraient être pourtant le but de tout politicien.

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Funkhip a écrit:
La naissance de la démocratie remonte à de très nombreuses années, au VIe siècle avant JC à Athènes.

Au VIe, Athènes n’est en rien une démocratie. D’autant que les régimes « démocratiques athéniens »  sont loin de ce que vous proposez.

Ce que vous nommez clientélisme antique correspond à l’évergétisme - Kthun parlait j’imagine de la période contemporaine. La pratique est courante, assumée, et a de nombreux avantages. Sur les dérives, nos aïeux ne sont pas dupes et vont tenter de le réguler. Le pain et le cirque de P. Veyne vous renseignera si le sujet vous intéresse.
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