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La vérité dépend-elle de nous ?

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Silentio
Desassocega
Liber
Euterpe
8 participants

descriptionLa vérité dépend-elle de nous ? EmptyRe: La vérité dépend-elle de nous ?

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Pour mettre un peu de piment sur cette vieille salade défraîchie qu'est la question philosophique de la vérité, je vous propose tout d'abord un jeu de l'esprit : sur quels types de vérité et sur combien de vérités deux fous pourraient-ils se mettre d'accord ? (Prendre son temps avant de répondre car tout est là)

Transposons les réponses possibles aux personnes saines d'esprit (ça change tout, n'est ce pas, cette bonne santé de l'esprit...) Parmi ces personnes, certaines sont des scientifiques de haut vol, d'autres sont des neurobiologistes, d'autres sont des directeurs de conscience, d'autres sont des pères de familles, des instituteurs, des cordonniers, des bûcherons, des médecins, des philosophes, des journalistes,..., combien faut-il d'accords entres ces esprits, combien d'esprits pour que l'on puisse parler de vérité ?

Trouverons-nous l'accord des esprits sur des sujets un tant soit peu complexes ? La vérité est-elle réservée aux assertions du type : "ceci est une table" ?
Pour les vérités "historiques", scientifiques, pour la vérité morale du type : "je dis la vérité", comment faire ?

Je vous propose une définition : les vérités sont des assertions sur lesquelles plusieurs consciences s'accordent (au moins deux) tout en étant capables de présenter un système de référence (langage, logique, ensemble de faits,...,) sur lequel ils s'accordent également (bon courage mais c'est souvent possible).

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jean ghislain a écrit:
elle se maintient cachée et résiste, comme protégée de toute interprétation.

D'une certaine manière, en disant cela, vous faites de la vérité ce que vous voulez qu'elle soit. C'est déjà lui dicter ce qu'elle doit être, et l'interpréter.

jean ghislain a écrit:
on peut bien faire mentir les écrits d'un philosophe, il n'en demeure pas moins que le véritable sens de son œuvre demeure fixé par son auteur.

Une œuvre échappe le plus souvent à son auteur, même et surtout quand il la maîtrise plus et mieux que les autres. Aucun philosophe ne pouvait savoir ce que deviendrait son œuvre, ce qu'on lui ferait dire ou ce qu'elle dirait un jour. Sans cela, les œuvres seraient épuisées une fois lues, et il suffirait d'en connaître par cœur le sens pour les comprendre. Il suffit de lire Platon pendant vingt ans pour comprendre qu'on n'a pas fini de le comprendre et de ne pas le comprendre. Si les choses étaient telles que vous les dites, on s'ennuierait ferme avec la philosophie.

Dernière édition par Euterpe le Mer 27 Juil 2016 - 19:09, édité 2 fois

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C'est pourquoi je suis en désaccord avec ceux qui parlent de l'interprétation des oeuvres philosophiques comme d'un manque d'objectivité.

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jean ghislain a écrit:
Pour moi les oeuvres des philosophes sont moins libres d'interprétations comme le sont les oeuvres d'art.

Je n'en suis pas certain. Prenez un roman de Dostoïevski ou de Tosltoï, il est nettement plus facile à interpréter qu'un livre de Nietzsche, ne serait-ce que parce que l'auteur affiche clairement ses idées, nous n'avons aucun doute par exemple sur la foi chrétienne de Dostoïevski, tandis que Nietzsche a un rapport au christianisme des plus ambigus. Même Pascal, plus rigoureux que Nietzsche dans son argumentation, a une approche beaucoup plus nuancée de cette religion que le romancier russe. Nietzsche était du reste convaincu que les artistes étaient plus simples à comprendre que les philosophes. Il les toise de haut et ne leur accorde jamais une pensée dépassant la sienne, sauf peut-être Goethe.

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jean ghislain a écrit:
On peut aimer avoir la liberté de s'approprier une œuvre afin d'en tirer ce qui nous serait le plus utile
Ça implique de lire un auteur moins pour lui-même que pour les informations qu'on escompte en obtenir. Ce genre de lecture est provisoire le plus souvent, parce qu'on cherche quelque chose de précis, qu'on est pressé, etc. Mais quand on se consacre pleinement à une œuvre, c'est autre chose. Or l'œuvre nous parle, et ce qu'elle nous dit, nous ne pouvions l'anticiper, et ce qu'elle nous dira, nous ne pouvons le savoir. La lecture est une expédition, on ne sait jamais dans quoi on s'embarque. C'est vivant. Si bien que parler d'une fidélité à la parole d'un auteur, ça ne peut concerner que certaines parties de son œuvre, les plus explicites ou les plus récurrentes, ce qui est constant dans ce qu'il dit. Mais sa pensée est en mouvement, se déploie sur des années, ce qu'il dit se rapporte aux choses et à ce que d'autres en disent, etc. Le livre, comme objet, comme support, n'est pas exactement un produit fini.

jean ghislain a écrit:
rien n'empêche après avoir compris pleinement un philosophe de s'en écarter
Comprendre pleinement un philosophe, je ne crois pas que ça existe. Chaque philosophe a eu son lecteur, son commentateur attitré, pour ainsi dire, quelqu'un dont on pourrait croire qu'il a compris, enfin, une œuvre dans son tout et dans sa partie. On croit alors que l'affaire est entendue. Mais la génération d'après lui trouve un autre lecteur ou commentateur attitré, et ainsi de suite. Comment voulez-vous que nous comprenions Platon comme le comprenaient ses contemporains, ou les hommes du moyen âge, ou ceux de la Renaissance ? La différence des époques et des hommes fait qu'une œuvre est irréductible, inépuisable. Chaque époque renouvelle une œuvre, qui renouvelle à son tour, ravive, ranime l'époque nouvelle qui s'en saisit.
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