Portail philosophiqueConnexion

Bibliothèque | Sitographie | Forum

Philpapers (comprehensive index and bibliography of philosophy)
Chercher un fichier : PDF Search Engine | Maxi PDF | FreeFullPDF
Offres d'emploi : PhilJobs (Jobs for Philosophers) | Jobs in Philosophy
Index des auteurs de la bibliothèque du Portail : A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

+2
Liber
Desassocega
6 participants

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 2 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

more_horiz
Certes il n'est pas le seul philosophe intéressant, mais il est le seul à pratiquer la philosophie sous la forme de dialogues, à l'exception de quelques auteurs du dix-huitième siècle, qui y ont recours de manière très occasionnelle : Diderot, Berkeley, Hume notamment. Je tiens que ce serait un contresens d'y voir, chez Platon au moins, un simple artifice littéraire. A partir d'Aristote, la philosophie devient autre chose, une sorte de science généraliste tout d'abord, puis progressivement la création de systèmes concurrents. C'est pourquoi j'oserai dire qu'on ne peut qualifier Platon de philosophe classique.

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 2 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

more_horiz
Aristote a écrit des dialogues (tous perdus) que certains ont jugé supérieurs à ceux de Platon, au moins au plan de l'agrément littéraire (source : Léon Robin). [Pour être exact : les qualités littéraires des dialogues aristotéliciens sont soulignées par Octave Hamelin dans son livre Le système d'Aristote, publié par Léon Robin, qui fut son élève, chez Alcan en 1920. Or Octave Hamelin les tient de Cicéron, qu'il cite : lire p. 17 à 21 (Euterpe)].
Au dix-septième siècle, le dialogue était un genre éminent, pratiqué assez systématiquement, en particulier par le Père Malebranche ou par Galilée (pas vraiment le même genre !), par Leibniz, par Berkeley, par John Locke, tant d'autres...
Je ne veux naturellement pas rabaisser le dix-huitième, qui en a proposé aussi de très beaux (ceux de Diderot sont inégalables, à mon avis, et de mieux en mieux jusqu'au climax : Le Neveu de Rameau.
Rappelons en un mot son sort extraordinaire : le manuscrit tombe entre les mains de Gœthe, qui en rédige aussitôt une traduction en allemand. J'ai bien dit "manuscrit", à ce moment-là, le texte est inédit en français. Et pendant 100 ans, on ne connaît en français que la traduction du texte de Gœthe (trad. d'une trad., donc) jusqu'à ce que, miraculeusement, réapparaisse le "vrai" texte, pur, immaculé, auf französisch.
(Rendant raison à Gœthe, au reste : certains esprits espiègles ayant avancé que Diderot traduit en allemand et retraduit en français, c'était finalement mieux que Diderot direct. Esprits espiègles et provocateurs, naturellement...)

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 2 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

more_horiz
Je précise ma pensée : lorsque j'ai pris le parti, avec un courage surhumain, de défendre le propos provocateur de Monique Dixsaut, ce n'est pas pour faire de Platon le plus grand des philosophes occidentaux, c'est pour souligner qu'il est un intrus dans l'histoire de la philosophie, ce que sa situation chronologique (de "premier", là encore) tendrait à faire oublier, ou prendre à la légère. Donc, il se peut qu'Aristote ait fait du Platon en mieux, disons en aussi bien, mais puisque c'est perdu il faut bien en faire son deuil.
Le texte fondamental pour illustrer mon propos est le Phèdre. Rappelons qu'il y est défendu la thèse selon laquelle l'invention de l'écriture est l'élément déclencheur d'une inévitable régression intellectuelle [Précision : il s'agit du mythe de Thot (Theuth), en 274c - Euterpe]. Bien sûr, comme toujours chez Platon, il faut faire la part de ce que de nos jours nous appelons le second degré. Ne soyons pas dupes, le Phèdre est bien un texte écrit. Mais la thèse est néanmoins tout autre chose qu'une plaisanterie en forme d'hommage hypocrite à Socrate. Elle est confirmée, par exemple, par la Lettre VII. Je la présenterai comme suit : contrairement à toute la tradition philosophique postérieure, pour laquelle le terme de l'entreprise philosophique est un ensemble de propositions nécessaires établies par voie démonstrative (et ce même lorsque, comme Malebranche ou Galilée, l'auteur choisit de recourir à l'artifice d'une présentation dialoguée), la thèse du Phèdre fait de l'écrit une copie imparfaite de l'oral, à laquelle manque l'essentiel, la vie de la pensée. L'écrit ne vaut que s'il est actualisé par une pensée vivante, c'est-à-dire perplexe, questionneuse, critique, dialectique en un mot.
Alors peut-être que c'est le coup de la tarte Tatin : Platon aurait toujours rêvé de pondre des traités ennuyeux (la lecture des Lois rend cette hypothèse presque crédible ) mais en voulant imiter Socrate il a créé le dialogue platonicien. Peu importe : il suffit à mon propos que l'on s'intéresse à ce qui a eu lieu et a été "oublié", à savoir que l'aventure philosophique a commencé par l'affirmation de la primauté de l'oral sur l'écrit, la démonstration n'y ayant qu'une utilité négative, la réfutation des opinions.

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 2 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

more_horiz
Pour rester avec cette chère Monique - antiphrase, hein, elle était une des personnes avec qui la familiarité et l'affectif paraissent les plus incongrus ! -, elle disait aussi que les mots "écrit" et "oral" ne devaient pas être pris au pied de la lettre, qu'il y a des discours "oraux" au sens obvie, mais qui sont en fait de l'écrit au sens de Platon. Quand Sarko ou n'importe quel homme politique s'exprime à la télévision, c'est bien de l'écrit au sens platonicien : il parle à qui ? A personne, comment... ? etc., si on déroule, on retrouve tous les griefs que fait Platon à l'écrit. C'est donc de l'écrit. Ce qui est à méditer avant de se donner la facilité de critiquer Platon sur l'air du : "vous vous contredisez, vous êtes en train de nous dire par écrit que l'écrit, c'est nul". Et à méditer prioritairement par rapport aux considérations de la fin du Phèdre sur le jeu (paidia), etc., on peut penser (au moins, c'est mon cas) que choisir le dialogue, c'est essayer de faire de l'oral à l'écrit.
En se souvenant de ce que dit Platon - dans ce texte, je suis d'accord avec Euthyphron, absolument essentiel du Phèdre - sur le discours philosophique : le discours philosophique, c'est un discours qui est capable de se défendre tout seul. Un discours adulte, qui n'a plus besoin de son papa.

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 2 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

more_horiz
euthyphron a écrit:
Entre en compte le plaisir du paradoxe, parce que qualifier Aristote, Spinoza, Kant, Hegel ou Husserl de poètes, par opposition à Platon, cela va évidemment à l'encontre des idées reçues. Mais Monique Dixsaut doit savoir qu'en grec poiesis signifie fabrication. Après Platon, quelque chose s'arrête, en effet. Platon a montré ce que c'était que faire de la philosophie, que cela revenait à pratiquer la dialectique, et qu'il n'y avait rien à bâtir qui ressemblât de près ou de loin à un système, mais seulement à chercher à nourrir son âme de la vérité, en commençant par l'étape obligatoire de la prise de conscience de son ignorance.
Si on doit absolument prendre au sérieux ce que dit M. D., alors ce n'est pas de Platon qu'il s'agit, mais de Socrate. Au moins avec lui il ne peut plus être question d'écriture philosophique. On ne pourrait alors tenir compte que des dialogues socratiques, qu'on peut rattacher au théâtre grec. Les dialogues strictement platoniciens sont déjà didactiques et systématiques quoique Platon n'ait pas réussi (mais il en avait l'intention ou il avait tendance à) à bâtir un système. Les successeurs s'engouffrent dans la brèche ouverte en cherchant une vérité complète et définitive. Or on ne discute pas la vérité, on la commente, on la répète, on la complète, on la rectifie quand elle s'avère finalement erronée, etc. L'intention n'est donc plus de discuter, après Socrate.

euthyphron a écrit:
Après Platon, les philosophes ont fait de la poésie en effet, en un certain sens (attention, qu'on ne se méprenne pas, je les aime bien quand même), au sens où ils ont construit un univers mental autonome, chacun le sien, avec tous les risques de vanité que cela comporte.
"Un univers mental autonome", rien n'est moins sûr. Tous se réfèrent au réel. La question est de savoir à quel réel ils se réfèrent. Quant à l'ineptie de M.D. à propos de la poésie, ça ne vaut pas même un commentaire. Si elle pensait aux ouvriers de la philosophie (PBM §211) dont parle Nietzsche, ce dont je doute, elle eût mieux fait de choisir autre chose que la poésie pour justifier son affirmation.

euthyphron a écrit:
Certes il n'est pas le seul philosophe intéressant, mais il est le seul à pratiquer la philosophie sous la forme de dialogues, à l'exception de quelques auteurs du dix-huitième siècle, qui y ont recours de manière très occasionnelle : Diderot, Berkeley, Hume notamment.
Comme le dit Courtial, c'était une pratique très répandue. Et qui durait depuis déjà trois siècles, au XVIIIe... Les dialogues datent de la Renaissance, et précisément de la redécouverte des œuvres platoniciennes. Les exemples se comptent par dizaines ; pour les trouver, il suffit de regarder ailleurs que dans les seules frises chronologiques habituelles de la philosophie, à commencer par l'Italie du XVIe. La tradition orale n'avait disparu, pour l'essentiel, qu'au moyen âge (et à partir du moment où chacun fonde son école dans l'antiquité, ce qui n'est pas forcément le signe d'un dynamisme philosophique oral). Elle disparaît de nouveau au XIXe siècle, avec l'avènement des sciences.


Dernière édition par Euterpe le Mar 16 Aoû 2016 - 10:16, édité 4 fois
privacy_tip Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum