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La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

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Liber
Desassocega
6 participants

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 6 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

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aristippe de cyrène a écrit:
Qu'entendez-vous par "subordonne" ? Voulez-vous dire que Socrate place la vérité en dessous de la sagesse, ou qu'il établit un rapport de dépendance entre sagesse et vérité ?

Seule la sagesse, en fin de compte, intéresse Socrate. Certes, il cherche la vérité, certes, on peut bien admettre qu'il invente le concept ou qu'il donne à Platon les moyens de forger le concept, sans quoi aucune métaphysique ni aucune logique ne sont possibles. Mais Socrate ne va jamais jusque là, ça ne l'intéresse pas de dresser des catalogues, des nomenclatures, etc. Seul lui importe, littéralement, de dénicher le faux dans le discours, à commencer par le discours des sophistes, pour qui la vérité n'a aucune espèce d'importance, la parole n'ayant plus pour fonction que de séduire ou de dire aux hommes ce qu'ils ont envie qu'on leur dise. Les Athéniens ne s'y sont pas trompés, quand ils jugeaient Socrate sceptique, voire nihiliste. Il défait les idoles, dissipe les illusions, mais ne prétend pas les remplacer par de nouvelles idoles ni de nouvelles illusions, pas davantage par la vérité. Le Socrate que Platon nous présente est toujours un homme conventionnel, pieux, patriote, etc., un conformiste en somme, quelqu'un qui ne représenterait aucun danger pour la cité. Je crois que cette présentation n'est pas fausse : Socrate n'est pas un révolutionnaire qui sème le chaos autour de lui intentionnellement. Voilà un homme qui vous dépouille de la moindre de vos certitudes, mais qui vit conformément aux coutumes. Il laisse ses interlocuteurs confis en plan : à eux de se débrouiller, d'une certaine façon. Sauf qu'aucun des interlocuteurs avec lesquels il était amené à discuter n'avait été assigné à la vocation socratique, celle de se savoir ignorant, de vivre en se sachant ignorant. Comment un homme normal pourrait-il vivre avec ça ? L'ignorance prétendument feinte de Socrate n'est pas aussi feinte qu'on le dit. D'autant que si la connaissance ne fait pas la vertu, la vérité, qui implique qu'on sache, ne la fait pas non plus.

Dernière édition par Euterpe le Mar 16 Aoû 2016 - 12:22, édité 3 fois

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 6 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

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Socrate détruisait en fait les faussetés des autres, sans toutefois leur opposer une quelconque vérité... Intéressant.

Comment alors la célèbre phrase : "la seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien", doit-elle être comprise ?

Euterpe a écrit:
Seule la sagesse, en fin de compte, intéresse Socrate.

Mais alors comment Socrate pense atteindre la sagesse ? L'est-il déjà alors qu'il ne la cherchait pas encore ? Quand l'oracle l'annonce plus sage que n'importe qui, avait-il déjà fait un travail sur lui-même pour l'être ?

D'autant que si la connaissance ne fait pas la vertu, la vérité, qui implique qu'on sache, ne la fait pas non plus.

Que voulez-vous dire par là ?

descriptionLa philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ? - Page 6 EmptyRe: La philosophie s'est-elle arrêtée après Platon ?

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Pour revenir au sujet principal, je vais tenter une réponse dont on pourra débattre puisqu'elle n'est pas définitive et qu'elle peut être contradictoire et certainement insatisfaisante. Il me semble qu'on peut distinguer entre le sage, le philosophe et le penseur. Le sage correspond à l'idéal antique de vie bonne orientée le plus souvent par un souverain bien. Le sage s'emploie à vivre selon des vérités qui lui permettent de constituer un mode de vie plus authentique que le commun. Il vit selon des principes et comme le dit Hadot il s'agit pour lui d'une pratique de l'existence. Foucault parle de spiritualité pour désigner les techniques de transformation de soi, de l'existence, en rapport à la vérité extérieure à soi. Or selon lui il y aurait un "moment cartésien" de basculement, c'est-à-dire que le sage laisse la place au philosophe moderne. On peut dire que Platon prépare la modernité et fertilise le sol sur lequel pourra prendre appui l'Église chrétienne, il reste cependant encore et malgré son ambition de totalisation du savoir un homme tendu vers la sagesse et visant à réformer les modes de vie (l'entreprise politique de Platon en est le signe le plus évident, il n'est pas perdu dans le ciel des Idées, le philosophe - ami de la sagesse, visant à se perfectionner et la sagesse pleine - doit savoir revenir dans la caverne pour gouverner les hommes, mais doit pouvoir employer un langage double pour ne pas se trahir et ne pas mourir).

Descartes est le représentant, avec le cogito, de la philosophie moderne qui ouvre la conscience à l'intériorité. Le philosophe ne sera plus vraiment celui qui noue un rapport particulier avec son existence et plutôt celui qui produit du savoir, de la connaissance et élabore les critères du vrai. Cette ambition est scientifique, elle permet au sujet de trouver la vérité en lui-même, par le raisonnement, et d'élaborer des lois générales permettant de valider ou non la véridicité d'un fait ou d'une idée (par exemple, de manière logique). Ce n'est évidemment pas si nouveau depuis Platon et Aristote mais la dimension du vécu est assez occultée. Le philosophe se concentre sur la pensée et les concepts, énonce la vérité par une raison calculante et la valide par une méthode qu'il peut élaborer pour l'occasion. Disons que c'est, grosso modo, ce qui va perdurer jusqu'à Kant et même Hegel.

Quant au penseur, c'est quelqu'un qui n'a pas vraiment de méthode scientifique et tente d'élaborer une vérité à partir de la signification de ses expériences personnelles. Bien sûr j'entends par là un penseur moderne, qui vise le plus souvent à bien vivre mais est pris dans un mode de relation au monde et à soi moderne et chrétien, bref ce serait la conscience en prise avec le monde et ses limites, inapte à fonctionner rationnellement dans un système scientifique d'élaboration du savoir et tentant de comprendre sa vie pour la changer. D'une certaine manière, même si je les considère comme philosophes et cela aussi parce qu'ils en renouvellent le sens (en revenant à une conception antique de pratique de l'existence), je pense que l'on pourrait mettre ce que certains appellent des antiphilosophes dans cette catégorie (des religieux antiscolastiques, des mystiques, des écrivains, des poètes, et pour les philosophes auxquels je fais allusion Kierkegaard, Nietzsche, etc., alors que Husserl serait un philosophe - au sens moderne - et Heidegger aussi même s'il frise avec le mode de pensée de ces penseurs). La phénoménologie et l'existentialisme auraient par exemple réintroduit le modèle antique dans la pensée moderne sans pour autant en revenir à l'idéal du sage (seuls Nietzsche et Kierkegaard auraient essayé de le repenser, que cela soit le surhomme ou le chevalier de la foi, mais ce serait ne pas voir également d'autres dimensions qui s'y ajoutent, par exemple la figure du noble guerrier et celle du saint, bref on n'est peut-être même plus dans la philosophie).
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