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Y a-t-il une subjectivité ?

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descriptionY a-t-il une subjectivité ? - Page 4 EmptyRe: Y a-t-il une subjectivité ?

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jean ghislain a écrit:
Quand Descartes parle du sujet, j'ai l'horrible impression de voir un cerveau absolu dans un bocal qui penserait au monde extérieur par la pensée logique. Je ne dénigre pas la logique, mais trouve-t-on dans le raisonnement toute la matière de la vie ? Pour moi il n'y a pas d'un côté le sujet (pensant) et de l'autre les objets (que le sujet perçoit).
Du reste, même au-delà de la question de ce qui, de la vie (sa matière, etc.), échappe au concept et à toute pensée logique, c'est le reproche des philosophies que fonde l'existence à la pensée logique en général, de n'être que logique. Dans ses Compléments à L'époque des « conceptions du monde », Heidegger se livre précisément à l'émergence historique du sujet cartésien comme émancipation hors de la tutelle autoritaire de la pensée chrétienne, pour forger sa propre autorité, sa propre législation.
Mais comment les choses en viennent-elles à ce que ne soit pas sans attirer l'attention sur lui que l'étant se propose comme sujet et qu'à partir de là le subjectif acquière une préséance ? Car jusqu'à Descartes, et encore chez lui, sujet est la dénomination banale de tout étant comme tel, sub-jectum (ύπο-κείμενον), ce qui gît là-devant à partir de soi-même et qui en même temps est le fond de ses qualités constantes et de ses états changeants. La prééminence d'un sub-jectum insigne, parce que, d'un point de vue essentiel, inconditionnel (en tant que faisant fond comme fondement), a son origine dans l'exigence, chez l'homme, d'un fundamentum absolutum inconcussum veritatis (d'un fondement reposant en soi et inébranlable de la vérité au sens de la certitude). Pourquoi et comment cette exigence a-t-elle pu acquérir son autorité décisive ? C'est que cette exigence provient de l'émancipation par laquelle l'homme se libère de l'obligation normative de la vérité chrétienne révélée et du dogme de l'Église, en vue d'une législation reposant sur elle-même et pour elle-même. Par cette libération, l'essence de la liberté, c'est-à-dire être maintenu dans les liens d'une obligation, est posée de façon renouvelée. Cependant, comme avec cette liberté, l'homme qui se libère pose lui-même ce qui a pouvoir d'obligation, cet « obligatif » peut désormais être déterminé différemment. L'obligatif peut être la Raison humaine et sa loi, ou bien l'étant, établi et ordonné sur le mode de l'objectivité à partir d'une telle raison, ou bien ce chaos non encore ordonné qui, restant justement à maîtriser par objectivation, exige, en une époque, la domestication.
Il faudrait citer les pages suivantes, auxquelles je renvoie le lecteur (pp. 126-146 de l'éd. Tel Gall.), car ce passage suffit. D'abord, Heidegger précise que le sujet cartésien est encore le sub-jectum latin : un être (point de vue métaphysique). Ensuite et surtout, il dit deux choses conjointes : le sujet est une nouvelle autorité qui se fonde elle-même ; rien d'autre ne la fonde ; avec cette conséquence que le sujet fait ce qu'il veut avec ce qu'il veut (cf. l'obligatif). Or l'obligatif est un lien, et se l'approprier en l'intériorisant implique de se couper de l'être, en tant que désormais on en fait un objet, en tant qu'il ne pourra guère être autre chose ni mieux que cela, toujours soumis au subjectum autoproclamé premier des subjecta.

Notez que le subjectum heideggerien n'est pas réductible à l'individu logique de la philosophie aristotélicienne.


Dernière édition par Euterpe le Dim 27 Mar 2011 - 3:02, édité 1 fois

descriptionY a-t-il une subjectivité ? - Page 4 EmptyRe: Y a-t-il une subjectivité ?

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Euterpe a écrit:
λογον διδοναι (pardon pour les accents, Liber)

λόγον διδόναι En général, l'accent grec remonte sur la deuxième ou la troisième syllabe en partant de la fin du mot, selon que la dernière voyelle est longue ou brève. ;)

descriptionY a-t-il une subjectivité ? - Page 4 EmptyRe: Y a-t-il une subjectivité ?

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Il y a beaucoup de choses qui ont été dites, mais il me semble que s'il peut m'arriver de mal m'exprimer et de rester assez hermétique vous jugez souvent bien trop vite. Oui, je défends la pensée de Foucault, je n'ai aucune admiration pour l'homme ou le personnage, mais de la même manière que je n'aime pas les attaques radicales qui passent par des voies erronées en ce qui concerne d'autres auteurs je me sens l'obligation de dire les choses, et même de faire preuve de parrhesia avec le risque que cela implique. Je ne crois pas en Foucault comme s'il s'agissait d'une idole, Euterpe. Je connais un minimum mon sujet et j'ai lu des biographies et différents articles et travaux qui me permettent, par le recoupement des témoignages, de porter un jugement sur l'authenticité de Foucault, même si bien sûr je garde une distance critique, je préfère toujours faire confiance aux spécialistes et proches (sauf bien sûr quand l'éloge devient suspect). Mon intelligence est certainement limitée, puisque vous me reprenez sans cesse (parfois avec raison, ou en formulant d'une manière plus claire ce que j'esquissais), toutefois au contraire de votre contestation je pense que Foucault a pensé le monde - en tout cas celui des hommes, aussi bien au travers de son analytique du pouvoir que de son ontologie critique du présent où prend toute son importance la question de notre actualité :
F. Gros, Michel Foucault, Que sais-je ?, PUF, p 96 a écrit:
[...]C'est pourquoi la question du "Qui sommes-nous ?" est critique : elle renvoie en amont à une série de recherches historiques visant à retracer la généalogie de nos identités, à les donner à penser dans une précarité historique essentielle, et, en aval, à une transformation éthique de nous-mêmes, à l'invention politique de nouvelles subjectivités. "Qui sommes-nous ?" signifie à la fois : De quelles synthèses historiques est constituée notre identité ?, et : Comment pourrions-nous être autrement ? L'historicité de notre être (et Foucault reprend ici sans doute la grande leçon nietzschéenne) ne conduit pas à un relativisme des valeurs et à un nihilisme de l'action, mais à la provocation de nos libertés défiées par l'invention de nouvelles modalités d'être : "Je caractériserai donc l'êthos philosophique propre à l'ontologie critique de nous-mêmes (...) comme travail de nous-mêmes sur nous-mêmes en tant qu'êtres libres."

Il s'agit de diagnostiquer le présent, et cette attitude a pour emblème l'Aufklärung depuis la question de "Qu'est-ce que les Lumières ?" qui interroge l'époque. Mais pour cela, il faut retracer les évolutions des pratiques, des episteme, etc., qui offrent différentes sortes d'expériences permettant la constitution d'êthos. Nous sommes loin du narcissisme et plus proches du type d'enquête employée par Nietzsche dans le cadre de sa grande politique.
O. Dekens, Qu'est-ce que les Lumières ?, La philothèque, Bréal, p30-32 a écrit:
La volonté de savoir s'attache d'abord à réfuter ce que Foucault appelle l'hypothèse répressive. L'idée selon laquelle la sexualité serait aujourd'hui l'objet d'une répression est selon lui absurde. Plus exactement : la répression n'est pas le moyen de maîtrise de la sexualité le plus puissant. Au contraire : le sexe est depuis la fin du XVIIIe siècle l'objet d'un intérêt considérable, d'une valorisation morale et d'un souci scientifique très fécond. On comprend alors que les concepts usuels de l'analytique du pouvoir, qui fonctionnaient encore dans Surveiller et punir, ne sont plus adéquats. Foucault infléchit alors la direction de la démarche archéologique, en la faisant porter directement sur le discours de la sexualité. Cette inflexion traverse La volonté de savoir, et va même obliger Foucault à modifier en profondeur son projet d'une histoire de la sexualité. Au lieu de s'en tenir à ce qui était prévu - une histoire de l'expérience de la sexualité à partir de l'apparition de son concept, au début du XIXe siècle - Foucault élabore une généalogie de l'homme du désir. Il va renoncer même à son idée initiale, et recentrer le propos autour de l'Antiquité, période où apparaît en même temps qu'une réflexion morale sur le sexe, la notion même de sujet éthique. L'usage des plaisirs et Le souci de soi sont les deux premiers moments de cette histoire ; Les aveux de la chair, qui devait porter sur le début du christianisme, en aurait constitué, si Foucault avait eu le temps de le terminer, l'ultime étape.
Foucault ajoute au couple savoir-pouvoir un troisième élément, le plaisir, mis en rapport avec le discours sur la sexualité humaine. L'objet de l'enquête va donc être à présent non seulement ni principalement l'histoire du dispositif par lequel un pouvoir, qui est toujours en même temps un savoir, du sexe se construit, mais ce que Foucault appelle une "histoire des formes de la subjectivation morale et des pratiques de soi qui sont destinées à l'assurer" (La volonté de savoir, p. 19). Le statut du sujet n'est pas réhabilité dans cette histoire, ni sa souveraineté restaurée ; toutefois, il devient la source du discours sur le sexe et ce qui organise le jeu des dispositifs du savoir-pouvoir-plaisir. Le discours de la sexualité est toujours un discours du sujet sur lui-même comme être sexuel. La recherche foucaldienne ne renonce pas à établir les a priori historiques qui conditionnent et rendent intelligible l'émergence de la sexualité comme thème ; mais elle redouble son effort en élargissant ces a priori vers le champ d'historicité, plus large, plus complexe, qu'élabore "la manière dont l'individu est appelé à se reconnaître comme sujet morale de la conduite sexuelle" (L'usage des plaisirs, p. 36). Par cette élucidation de la subjectivité morale se construisant dans et par le développement de la culture de soi, le lourd dispositif qui sous-tend l'hypothèse répressive et que Foucault s'attache à réfuter est remplacé par une configuration plus fine. Le sujet du sexe n'est plus rapporté à ce qui est censé borner son désir, mais à une sensible inflexion de l'éthique de la maîtrise de soi vers la nécessité d'un discours sur soi.
Foucault le reconnaît : cette étude nouvelle lui a fait beaucoup plus de difficultés que les ouvrages antérieurs. Les longues et passionnantes analyses du discours sur les pratiques sexuelles, nourries d'informations historiques et philosophiques très nombreuses, témoignent toutefois de la réussite du projet. Le souci de soi, dernière œuvre publiée par Foucault, manifeste même une belle élégance du style, en même temps qu'une densité d'analyse qui laisse deviner ce qu'aurait pu être l'achèvement de cette histoire de la sexualité.

Quelques définitions sommaires :
O. Dekens, Ibid a écrit:
Êthos : les Grecs utilisent ce terme pour qualifier une manière particulière, d'être, d'agir et de penser. Foucault reprend le concept en l'appliquant à l'attitude spécifique de la modernité, puis à celle de la philosophie en général, qui est ainsi définie plus comme une disposition que comme une discipline.

Généalogie : Le concept vient de Nietzsche, qui a notamment écrit une Généalogie de la morale. Il signifie chez ce philosophe la démarche consistant à soupçonner sous les discours et les notions les plus assurées de la tradition et de la morale des motifs plus intéressés et moins avouables. Foucault l'utilise en un sens très fidèle à cette origine : faire la généalogie d'un dispositif permet, par la patiente étude de son histoire, d'en comprendre le caractère singulier et arbitraire et donc de s'en libérer.

Herméneutique : De manière générale, une herméneutique est une forme systématique d'interprétation d'un discours ou d'un concept, dont le sens premier ne renferme pas l'authentique signification. Foucault refuse de manière générale cette idée d'une profondeur qui serait plus importante que la surface. La notion est donc sensiblement modifiées, et s'applique ici à comprendre comment nous nous sommes, au cours d'une histoire dont il faut lire les prémisses dans l'Antiquité, constitués comme sujets sexuels et éthiques.

Intellectuel : [...] Foucault refuse en grande partie cette position magistrale, que Sartre incarne parfaitement : il s'agit pour lui d'être un intellectuel spécifique, c'est-à-dire d'être capable, grâce au travail archéologique, de déterminer les lignes d'attaque et les points faibles de la réalité à transformer, cette transformation même étant confiée aux personnes directement concernées.

Sujet : Ce concept désigne en philosophie la personne consciente et maître d'elle-même, source d'un ensemble bien délimité de discours et de pratiques. Dans la dernière partie de son œuvre, Foucault va tenter de montrer comment le sujet éthique est apparu, à travers la réflexion sur la sexualité. Il ne s'agit nullement de revenir à une conception métaphysique du sujet, que le dispositif archéologique a définitivement rendu impossible.

Bref, je crois que vous en êtes resté au Foucault archéologue et déconstructeur.

Je passe sur l'intellectualisme, puisqu'au contraire je trouve que le travail de Foucault, celui qui m'intéresse, est comparable à celui de Pierre Hadot, s'en inspire, et est donc proche de l'existence telle que pratiquée et conduite dans la formation d'un sujet éthique visant à incorporer une vérité qui dans un processus de spiritualité vise à changer sa manière d'être. Mais il y a là tout un jeu de relations, de rapports, qui donnent des contours à ce qui s'exprime et à sa modalité d'expression. Les Grecs, par exemple, ont réussi à plier la force du dehors pour se maîtriser eux-mêmes et styliser leur vie. Il y a tout un rapport à des foyers d'expériences différents qui se recoupent : la sexualité, la morale, etc. Je passe également sur ce qui n'est que provocation et matière à polémiquer, ça ne m'intéresse pas de croiser le fer avec vous pour un syncrétisme mal digéré qui vous empêche de comprendre la problématique sous-jacente qui fait faire certaines analogies. Vous me reprochez de confondre influence et référence, j'aurais au moins appris à les distinguer. Concernant Nietzsche, vous pourriez au moins me montrer quelle est mon erreur. Par ailleurs, je suis absolument d'accord sur la plus haute responsabilité, mais je ne sais pas à quelle transcendance il s'agit de rendre des comptes. Quant au Soi, il s'agit du corps, comme le rappelle Dorian Astor :
Dorian Astor, VM a écrit:
Nous avons dit que l'intellect est un organe, et la conscience une perception. Autant dire que ni l'un ni l'autre ne sont indépendants du corps, ils ne sont même que des instruments au service du corps. Nietzsche adopte ici, dans un texte de jeunesse, un thème qui restera l'une de ses positions les plus fortes : l'essentiel de la puissance de l'homme ressortit au domaine du corps. Nous n'avons aucune connaissance du corps, précisément parce que c'est le corps qui connaît par l'organe de la conscience. L'homme, lorsqu'il dit orgueilleusement "je", n'est pas un sujet, mais l'instrument d'un "sujet" supérieur inconscient, qui de ce fait ne peut plus être appelé sujet, mais que Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra, appellera le Soi (das Selbst) :
"Ce que le sens perçoit, ce que l'esprit connaît, cela jamais en soi n'a sa fin propre. Mais sens et esprit te voudraient persuader qu'ils sont de toute chose fin : tant ils sont vaniteux.
Des instruments et des jouets, voilà ce que sont sens et esprit : derrière eux se tient encore le soi. Le soi cherche également avec les yeux du sens ; avec les oreilles de l'esprit il épie également.
Toujours épie le soi et cherche ; il confronte, réduit, conquiert, détruit. Il commande, et même du je il est le maître.
Derrière tes pensées et tes sentiments, mon frère, se tient un puissant maître, un inconnu montreur de route - qui se nomme soi. En ton corps il habite, il est ton corps" (Ainsi parlait Zarathoustra, première partie, "Des contempteurs du corps").
De la pensée nietzschéenne du corps, ne retenons ici qu'un seul point, car il nous aide à comprendre le changement de paradigme subi par le concept de vérité : au lieu d'être attribuée à un sujet conscient de la connaissance, la vérité doit se rapporter à une économie inconsciente de la puissance. L'homme ne se connaît pas, et ce sont même les philosophes qui se connaissent le moins : "Nous, chercheurs de la connaissance, nous sommes pour nous-mêmes des inconnus..." (La généalogie de la morale, avant-propos.)

Je suis peut-être un Deleuze existentialiste, malheureusement (car je n'ai aucune attirance pour les deux termes et le monstre engendré par leur réunion) mais je n'invente pas l'utilisation du pli. Deleuze dans son Foucault en fait un usage intéressant. Vous trouverez un bon résumé ici : http://philoforum.fr/forum/viewtopic.php?f=46&t=2762
Je vous invite aussi à lire le premier cours de l'Herméneutique du sujet que j'ai posté récemment.
Je dirais plus globalement que ce que montre Foucault c'est comment émerge une subjectivité, selon quelles modalités.
F. Gros, Situation du cours, l'Herméneutique du sujet, p506 a écrit:
(...) si heidegger expose la façon dont la maîtrise de la tekhnê donne au monde sa forme d'objectivité, Foucault démontre, lui, comment le souci de soi, et particulièrement les pratiques stoïciennes d'épreuve, font du monde, comme occasion de connaissance et de transformation de soi, le lieu d'émergence d'une subjectivité. Et Hegel, dans la Phénoménologie de l'Esprit, tente précisément d'articuler une pensée du monde et du réel comme forme d'objectivité pour la connaissance (Heidegger relisant les Grecs) et matrice de subjectivité pratique (Foucault relisant les Latins).

Plus loin, on trouve un résumé clair :
F. Gros, Situation de cours, l'Herméneutique du sujet, pp. 507-508 a écrit:
(...) pendant longtemps, Foucault ne conçoit le sujet que comme le produit passif des techniques de domination. C'est seulement en 1980 qu'il conçoit l'autonomie relative, l'irréductibilité en tout cas des techniques du soi. Autonomie relative, disons-nous, parce qu'il faut se garder de toute exagération, Foucault ne "découvre" pas en 1980 la liberté native d'un sujet qu'il aurait jusque-là ignoré. On ne saurait soutenir que Foucault aurait, soudain, délaissé les processus sociaux de normalisation et les systèmes aliénants d'identification afin de faire émerger, en sa splendeur virginale, un sujet libre s'auto-créant dans l'éther an-historique d'une auto-constitution pure. Ce qu'il reproche à Sartre, c'est justement d'avoir pensée cette auto-création du sujet authentique, sans enracinement historique. Or, justement, ce qui constitue le sujet dans un rapport à soi déterminé, ce sont des techniques de soi historiquement repérables, lesquelles composent avec des techniques de domination elles aussi historiquement datables. Du reste, l'individu-sujet n'émerge jamais qu'au carrefour d'une technique de domination et d'une technique de soi. Il est le pli des procès de subjectivation sur des procédures d'assujetissement, selon des doublures, au gré de l'histoire, plus ou moins recouvrantes. Ce que Foucault découvre dans le stoïcisme romain, c'est ce moment où l'excès, la concentration du pouvoir impérial, la confiscation des puissances de domination aux mains d'un seul, permettant aux techniques de soi d'être comme isolées, et d'éclater dans leur urgence. Retraçant patiemment l'histoire longue, difficile de ces rapports à soi mouvants, historiquement constitués et en transformation, Foucault entend signifier que le sujet n'est pas noué à sa vérité selon une nécessité transcendantale ou un destin fatidique. Découvrant en septembre 1980 son projet d'une généalogie du sujet, il écrit, toujours dans la première version inédite de sa conférence américaine :
M. Foucault a écrit:
Je pense qu'il y a là la possibilité de faire une histoire de ce que nous avons fait et qui soit en même temps une analyse de ce que nous sommes ; une analyse théorique qui ait un sens politique, - je veux dire une analyse qui ait un sens pour ce que nous voulons accepter, refuser, changer de nous-mêmes dans notre actualité. Il s'agit en somme de partir à la recherche d'une autre philosophie critique : une philosophie qui ne détermine pas les conditions et les limites d'une connaissance de l'objet mais les conditions et les possibilités indéfinies de transformation du sujet.

C'est dans l'immanence de l'histoire que les identités se constituent. C'est aussi là qu'elles se dénouent. Car i l'ny a de libération que dans et par l'histoire. Mais c'est déjà ici parler de résistance, et nous aurons à y revenir dans le chapitre politique.
Foucault décrit le sujet dans sa détermination historique mais aussi dans sa dimension éthique. Il reprend à propos du sujet ce qu'il avait énoncé concernant le pouvoir, soit : le pouvoir ne doit pas être pensé comme loi, mais comme stratégie (...) De la même manière, la morale comme obéissance à la Loi n'est qu'une possibilité éthique parmi d'autres ; le sujet moral n'est qu'une réalisation historique du sujet éthique. Ce que Foucault décrit de l'idéal de domination active des autres et de soi dans la philosophie grecque classique, du souci de soi (...) ce sont des possibilités éthiques du sujet, de même qu'ultérieurement, dans le christianisme, l'intériorisation de la Loi et des normes. Il s'agit donc de se déprendre du prestige du sujet juridico-moral, structuré par l'obéissance à la Loi, pour en faire apparaître la précarité historique. Ces pratiques de soi, loin d'être considérées par Foucault comme une mode philosophique, sont le fer de lance plutôt d'une idée neuve du sujet, loin des constitutions transcendantales et des fondations morales.

Il faudrait revenir par la suite sur l'ethopoietique, l'assimilation physiologique de discours, assimilation de vérités comme armures, pour se changer soi-même, etc.
Alors pourquoi prendre comme exemples Kierkegaard et Nietzsche ? Tout simplement parce que le premier est un penseur de la subjectivité en lien avec la vérité, ce que l'on peut lier sous le terme de mode d'existence (même si chez lui il n'y a pas qu'un "système" de vérités immanentes évolutives ; il ne faut pas oublier la question du péché qui rappelle l'incertitude fondamentale, voire l'erreur pour reprendre Nietzsche, sur laquelle repose un mode d'existence, et le fossé incommensurable entre la vérité de ma subjectivité en laquelle je crois absurdement et la vérité objective, absolue, qui m'est inconnue et me surplombe). Le second nous montre l'envers de la subjectivité, d'où elle émane, c'est-à-dire du corps (Soi) où s'agencent les pulsions qui s'y expriment. Foucault reprend, à sa manière, ces perspectives.
Enfin, vous me reprochez de parler de quelque chose, mais comment puis-je parler autrement des liens invisibles qui constituent le soi, c'est-à-dire des relations et de leur agencement en un espace ? Ou nous pouvons parler d'un centre-nœud pour reprendre l'expression d'Artaud. Toutefois, j'entends aussi dans ce quelque chose la force dans la manière d'être pliée, et au fond je ne fais que redire ce que Nietzsche disait, quelque chose pense en nous. Et qu'est-ce que c'est ? J'en ai donné le nom, la volonté de puissance. Volonté ou force, donc, qui est incarnée, qui est orientée par des pratiques, par les dispositions du corps (qui est comme un corps politique où les pulsions luttent pour commander sur d'autres et instaurer un certain ordre), et dont je pense que le soi-disant "sujet" en est la pointe la plus aiguisée.

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Aktaiôn a écrit:
je pense que Foucault a pensé le monde
Au mieux et tout au plus a-t-il cru, ou fait comme s'il avait cru (re)penser les savoirs constitués avant lui sur le monde et les hommes. Foucault n'est pas ailleurs. Autrement dit, penser la position de Foucault par rapport à la philosophie ou à l'histoire de la philosophie, implique de le considérer à partir de la charnière Hegel-Marx : Hegel affirme achever la philosophie, fermer le corpus philosophique sur lui-même (cf. l'emploi spécifiquement hégélien de l'encyclopédie, très littéral en somme, et absolument différent de l'encyclopédisme quantitatif, pédant et naïf, du XVIIIe siècle). Mais, achevant le savoir philosophique, devenu enfin et une bonne fois un savoir total ou encyclopédique (dont on a fait le tour, et universel), Hegel le refonde et constitue un savoir comme tel. C'est en ce sens qu'on a pu dire qu'il était le dernier philosophe traditionnel : de Platon à Hegel, tous les philosophes instituent, constituent et fondent ou refondent le savoir, de sorte qu'à chaque fois la philosophie semble recommencer.

A partir de Marx, l'évolution de la philosophie prend une tournure différente, quoiqu'il soit encore un philosophe classique en ceci que, si Hegel convertit la philosophie en histoire de la philosophie, Marx reprend l'histoire, la dialectique hégélienne en la réorientant : l'histoire n'est plus le regard du philosophe sur le passé, mais la prospection du présent et de l'avenir, l'action (praxis) sur le présent et l'avenir (la révolution remplace l'encyclopédie, c'est-à-dire qu'une révolution en remplace une autre). Mais Marx révolutionnaire ne fait pas table rase du passé, il le réinterprète et constitue lui aussi un nouveau savoir. De leur côté, Schopenhauer réoriente la philosophie en se rapportant à la chose en soi, l'x de la philosophie kantienne, ce qui lui permet de refonder la connaissance, les hommes et le monde, et Nietzsche la réoriente en se rapportant à l'ontologie platonicienne et chrétienne et à la morale subséquente, donc au(x) dualisme(s) (monde sensible-intelligible ; vrai-faux), fondant lui aussi un nouveau savoir.

Au total, que voyons-nous ? Trois penseurs qui sauvent la philosophie, le monde et les hommes. A en croire Hegel, tout l'à venir est la coïncidence à jamais de l'Esprit avec lui-même. Marx sauve notre avenir, nous en donne un, un projet collectif et politique. A lire Kant, le monde s'est comme absenté, la connaissance devient possible, mais elle est sans objet. Schopenhauer réaffirme le monde, et d'une manière significative rebaptise la chose en soi d'un nom qui en manifeste la vitalité même : la Volonté. A en croire la lignée Platon-christianisme-Kant, le vrai monde n'est pas de ce monde, ce monde-ci est disqualifié, c'est-à-dire et littéralement dessaisi de toute consistance et de toute substance : il n'est ontologiquement rien. Nietzsche, non seulement réaffirme le monde, mais y adhère, mais le célèbre, mais l'aime. Tous trois ont un point en commun : ils ne passent pas leur carrière à détruire, ils détruisent (rétablissent) d'abord, et passent leur vie à reconstruire.

Et Foucault ? C'est l'inverse. Toute sa carrière est dédiée à une déconstruction ; et puis, à la fin, il se dit qu'il est temps de faire quelque chose. Alors ? Nous voilà embarqués dans une grandiloquente réinvention du sujet. Tout de même, à quoi on s'expose, quand on est inconséquent ! Foucault n'a détruit aucune illusion, aucune idole, n'a pas repeuplé un monde absent, ni exhumé un monde ontologiquement disqualifié. Il a prétendu que tous les savoirs jusqu'à lui constitués avaient tué l'homme. Il fallait bien, pour donner le change, et après qu'on eut déclaré Dieu mort, y aller de sa petite saillie spectaculaire. Dieu est mort ? Soyons à l'avant-garde de l'avant-garde : l'homme est mort.

Un normalien du nom de Michel Foucault se réveille, un matin, et constate que l'humanité passe son temps à suicider l'humanité, la sommant de s'infliger à elle-même un pouvoir, un savoir, un discours plus oppressants, plus surdéterminants que le plus déterminant des déterminismes, si déterminants que Dieu même, ou la nature, ou le hasard, ne sont rien à côté. Dire le sujet, cela même l'oppresserait. Non ! il doit être à lui-même son propre créateur, son auteur, son sculpteur, son peintre, son penseur, son designer, son propre père, sa propre mère, son propre enfant, son propre amant, que sais-je encore ? Dût le monde en périr une deuxième fois, il faut, coûte que coûte, sauver le "sujet", ou plus exactement un être qui exige de ne jamais dépasser le stade du pré-sujet, mieux : du proto-sujet, ou toute autre condition ontologique lui permettant de n'être jamais déterminé.

Ce que veut Foucault ? Que nous ne soyons jamais, car être, c'est d'emblée être ceci et cela, autrement dit être victime d'une oppression, quelle qu'elle soit. Cap sur la régression, la perpétuation du naître magmatique et anté-baptismal ; ne pas être, mais naître tout de même, quelles qu'en soient les contorsions psychoaffectives et intellectuelles : « Je caractériserais donc l'êthos philosophique propre à l'ontologie critique de nous-mêmes (...) comme travail de nous-mêmes sur nous-mêmes en tant qu'êtres libres. » Ou l'auto-soi-mêmitude-auto-non-déterminative. D'un mot d'un seul : l'autisme, ou comment un asperger nous pond une philosophie d'hôpital.

Et, comme de bien entendu depuis que l'homme est homme, l'hôpital se fout de la charité :
F. Gros, Michel Foucault, Que sais-je ?, PUF, p 96 a écrit:
[...]C'est pourquoi la question du "Qui sommes-nous ?" est critique : elle renvoie en amont à une série de recherches historiques visant à retracer la généalogie de nos identités, à les donner à penser dans une précarité historique essentielle, et, en aval, à une transformation éthique de nous-mêmes, à l'invention politique de nouvelles subjectivités. "Qui sommes-nous ?" signifie à la fois : De quelles synthèses historiques est constituée notre identité ?, et : Comment pourrions-nous être autrement ? L'historicité de notre être (et Foucault reprend ici sans doute la grande leçon nietzschéenne) ne conduit pas à un relativisme des valeurs et à un nihilisme de l'action, mais à la provocation de nos libertés défiées par l'invention de nouvelles modalités d'être : "Je caractériserai donc l'êthos philosophique propre à l'ontologie critique de nous-mêmes (...) comme travail de nous-mêmes sur nous-mêmes en tant qu'êtres libres."
Mais F. Gros ne peut pas ne pas savoir, au moment même où il écrit ce qu'il écrit, que la précaution qu'il croit prendre, en écartant le relativisme, est cela même qui le trahit, car le relativisme est le seul recours pour Foucault, s'il tient à ce que son discours tienne la route. Mais peut-être qu'assumer ce qu'on pense, s'en tenir responsable (quoi ! encore l'autorité ? encore, le λόγον διδόναι ! Encore, la mort de l'homme !), c'est une ἐπιστήμη de trop. Non, je faisais erreur l'autre jour, le sujet de Foucault n'est pas même indéterminé, il est absolument non déterminé. Ça ressemble de plus en plus à une norme qui ne dit pas son nom, et ça fait tache quand même, pour qui sait combien Foucault rejette les normes. C'est énorme, littéralement. Alors, comme ça, F. Gros voudrait nous faire croire que le travail de soi-même sur soi-même, en tant qu'être libre (lisez : en tant qu'être sur lequel aucune espèce de détermination ou de déterminisme ne peut ni ne doit avoir prise, en tant qu'être absolument libre), n'implique pas le relativisme des valeurs, encore moins le nihilisme, quand ce travail de soi sur soi les rend justement nécessaires ! Par quel miracle se travailler soi-même pourrait ne pas consister, en quelque manière, à ne pas se choisir soi-même, donc à se limiter soi-même, et ainsi risquer de se contrarier soi-même, à commencer par risquer de se tromper sur soi-même ? Il faut bien un plan de sortie de crise, une baudruche de sauvetage, le relativisme : un quel-que-soit-ce-que-je-choisis-d'être-c'est-égal-à-tout-ce-que-je-pourrais-choisir-d'être-si-je-décidais-de-travailler-sur-moi-autrement-pourvu-que-je-demeure-sans-identité. Or c'est l'autre point faible de l'argumentaire fallacieux de F. Gros et de Foucault, l'identité, plus exactement la « généalogie de nos identités », dont la « précarité historique essentielle » trahit le prétexte ou l'intention véritable du Foucault généalogiste, qui n'a rien à voir avec la généalogie nietzschéenne. Alors, décidément, non, vous ne pouvez affirmer que
Aktaiôn a écrit:
Nous sommes loin du narcissisme et plus proches du type d'enquête employée par Nietzsche dans le cadre de sa grande politique
car il s'agit exactement du contraire. Il n'y a ni soupçon ni iconoclasme chez Foucault, mais du nihilisme pur et dur.

Si les identités, en tant qu'elles sont historiques, donc multiples, sont précaires, aucune ne vaut plus qu'une autre ; mais si aucune ne vaut ni ne peut valoir plus qu'une autre, alors aucune ne vaut ni ne peut valoir quoi que ce soit. C'est donc bien l'identité qu'il s'agit de détruire, car l'identité est le dernier rempart contre la subjectivité ou la subjectivation, car l'identité fixe et fige la subjectivité, si peu que ce soit ; Foucault se contrefiche éperdument de savoir que l'identité est à la fois le support et la condition de possibilité de la subjectivité. Du reste la remarque suivante de Dekens sonne comme un aveu puisqu'il suppose, non seulement le nihilisme (destruction du sujet) que F. Gros tentait d'écarter, mais la conception d'un sujet comme oppression ou empêcheur de subjectiver-en-rond : « Le statut du sujet n'est pas réhabilité dans cette histoire, ni sa souveraineté restaurée ; toutefois, il devient la source du discours sur le sexe et ce qui organise le jeu des dispositifs du savoir-pouvoir-plaisir ». Or une fois l'identité détruite, on garantit un sujet pré-psychique, pré-moral, pré-social, pré-oral, etc., jamais fait, formé, déterminé. N'en déplaise à F. Gros, Foucault est bel et bien relativiste et nihiliste, adorateur de la pédogenèse, pape de l'adulescence.

O. Dekens, Ibid a écrit:
la philosophie en général, qui est ainsi définie plus comme une disposition que comme une discipline.
Il ne peut plus y avoir de discipline, si on admet la pensée de Foucault. L'ethos ou disposition philosophique qu'il appelle de ses vœux est le pendant nécessaire de la subjectivité qu'il défend.

O. Dekens, Ibid a écrit:
Généalogie : Le concept vient de Nietzsche, qui a notamment écrit une Généalogie de la morale. Il signifie chez ce philosophe la démarche consistant à soupçonner sous les discours et les notions les plus assurées de la tradition et de la morale des motifs plus intéressés et moins avouables. Foucault l'utilise en un sens très fidèle à cette origine : faire la généalogie d'un dispositif permet, par la patiente étude de son histoire, d'en comprendre le caractère singulier et arbitraire et donc de s'en libérer.
O. Dekens n'a manifestement pas peur de réduire à quasiment rien la généalogie nietzschéenne, et même de la détourner pour mieux dissimuler le relativisme de Foucault. Cette prétendue définition nietzschéenne de la généaologie est en réalité la définition exacte du relativisme.
O. Dekens, Ibid a écrit:
Herméneutique : De manière générale, une herméneutique est une forme systématique d'interprétation d'un discours ou d'un concept, dont le sens premier ne renferme pas l'authentique signification. Foucault refuse de manière générale cette idée d'une profondeur qui serait plus importante que la surface. La notion est donc sensiblement modifiées, et s'applique ici à comprendre comment nous nous sommes, au cours d'une histoire dont il faut lire les prémisses dans l'Antiquité, constitués comme sujets sexuels et éthiques.
Effectivement, il s'agit de désinstituer, de déconstituer le sujet : le déconstruire et, ce faisant, déconstruire la philosophie et le savoir.
O. Dekens, Ibid a écrit:
déterminer les lignes d'attaque et les points faibles de la réalité à transformer, cette transformation même étant confiée aux personnes directement concernées.
Ou la moi-mêmitude jusqu'au bout : quitte à détruire le sujet, autant que le sujet s'abolisse lui-même : se suicide.
O. Dekens, Ibid a écrit:
Sujet : Ce concept désigne en philosophie la personne consciente et maître d'elle-même. C'est bien ainsi qu'on définit le sujet, oui. Dès lors, est-il besoin d'une explication pour comprendre pourquoi Foucault s'évertue à le détruire, quand la définition elle-même, on ne peut plus explicite, montre combien le sujet rend la vie impossible à la subjectivité rêvée de Foucault ?
Aktaiôn a écrit:
Bref, je crois que vous en êtes restés au Foucault archéologue et déconstructeur.
Bref, je constate que, jusqu'au bout, vous oubliez le Foucault déconstructeur, le seul et unique Foucault ayant jamais existé. Il n'y a qu'un seul Foucault.

Aktaiôn a écrit:
Je passe également sur ce qui n'est que provocation et matière à polémiquer, ça ne m'intéresse pas de croiser le fer avec vous pour un syncrétisme mal digéré qui vous empêche de comprendre la problématique sous-jacente qui fait faire certaines analogies.
Provocation ? Matière à polémiquer ? Croiser le fer ? Je suis on ne peut plus sérieux, et d'autant plus rigoureux, i. e. uniquement préoccupé de la question du topic, qu'il est hors de question de considérer subjectivement l'hypothèse de la subjectivité. Quid de la distance critique, sinon ? D'où mon agacement.

Aktaiôn a écrit:
Quant au Soi, il s'agit du corps, comme le rappelle Dorian Astor :
Dorian Astor, VM a écrit:
Nous avons dit que l'intellect est un organe, et la conscience une perception. Autant dire que ni l'un ni l'autre ne sont indépendants du corps, ils ne sont même que des instruments au service du corps. Nietzsche adopte ici, dans un texte de jeunesse, un thème qui restera l'une de ses positions les plus fortes : l'essentiel de la puissance de l'homme ressortit au domaine du corps. Nous n'avons aucune connaissance du corps, précisément parce que c'est le corps qui connaît par l'organe de la conscience. L'homme, lorsqu'il dit orgueilleusement "je", n'est pas un sujet, mais l'instrument d'un "sujet" supérieur inconscient, qui de ce fait ne peut plus être appelé sujet, mais que Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra, appellera le Soi (das Selbst)
Traduction plus que contestable et propre à déformer, non seulement le texte mais l'esprit. Das Selbst, c'est d'abord auto. Il y a plus qu'une nuance, ici. Toute la suite de la citation invalide, à mon sens, cette traduction, de sorte que l'ensemble des textes convoqués devient incohérent. C'est du vulgaire commentaire de texte.
Aktaiôn a écrit:
je n'invente pas l'utilisation du pli.
Je vous parle d'autre chose.
Aktaiôn a écrit:
Je vous invite aussi à lire le premier cours de l'Herméneutique du sujet que j'ai posté récemment.
Qu'est-ce à dire ? Je n'aurais donc jamais lu ces cours ?
Aktaiôn a écrit:
ce que montre Foucault c'est comment émerge une subjectivité, selon quelles modalités.
Comment émerge une subjectivité, en effet. C'est même la seule idée, l'obsession de sa vie : trouver une émergence qui ne soit jamais qu'émergence. Quant aux modalités, il n'a jamais réussi à en formuler ou en concevoir, précisément parce que la modalité, comme telle, interdit la subjectivité telle qu'il la conçoit (proto-sujet ; infra-sujet).
F. Gros, Situation de cours, l'Herméneutique du sujet, pp. 507-508 a écrit:
Ce qu'il reproche à Sartre, c'est justement d'avoir pensé cette auto-création du sujet authentique, sans enracinement historique.
Foucault a de l'humour, ou bien il n'a pas lu Sartre.
M. Foucault a écrit:
une analyse théorique qui ait un sens politique, - je veux dire une analyse qui ait un sens pour ce que nous voulons accepter, refuser, changer de nous-mêmes dans notre actualité.
Ça confirme ce que je dis toujours. Foucault n'est pas du tout politique. Ça lui est parfaitement étranger, il ne sait pas ce que c'est.


Dernière édition par Euterpe le Jeu 8 Nov 2012 - 15:29, édité 1 fois

descriptionY a-t-il une subjectivité ? - Page 4 EmptyRe: Y a-t-il une subjectivité ?

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Ça ressemble quand même étrangement à une version paganisée de la Bible, ce que vous dites, avec des Adams et des Èves chassés d'un paradis heideggerien. Je préfère le Prométhée d'Eschyle à celui d'Hésiode, et je me sens bien plus proche d'un Démocrite, d'un Épicure ou d'un Lucrèce.

Quant à démasquer la facticité du sujet, si c'est pour montrer qu'il n'a aucune espèce de réalité, je suis d'accord. Si c'est pour retrouver une hypothétique origine, que nous sommes de toute façon condamnés à fantasmer, ça ne mène à rien. Nous ne sommes jamais que des identités d'emprunt, qui ont moins de consistance que les volutes des fumées purificatrices.
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