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L'esprit dans la machine

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L'animal (l'espèce) est là parce que ses anticipations (les anticipations des individus de l'espèce) sont correctes, pas parce que les individus ont su anticiper de façon correcte - ontologiquement -.


Pardonnez-moi mais je ne suis pas sûr de comprendre la différence que vous faites entre les "anticipations correctes" des individus d'une espèce et le fait que lesdits individus aient su "anticiper correctement". Par ailleurs, je ne comprends pas non plus la présence de l'adverbe "ontologiquement". L'anticipation est le mode d'inférence pragmatique qui correspond à l'attitude théorique inductive basée sur la présupposition que l'avenir, grosso modo, ressemblera au passé.  L'ontologie réaliste, depuis Aristote, est le nom que l'on donne à la connaissance de l'être en tant que tel, c'est-à-dire indépendamment de la connaissance qu'on en a (Wittgenstein, en tout cas, dans sa première version, appartient à ce courant). L'ontologie nominaliste est, depuis la querelle des universaux, la connaissance du réel en tant qu'indissociable de la connaissance qu'on en a (Quine fait partie de cette mouvance). Enfin, l'ontologie idéaliste est, depuis Kant, la connaissance du phénomène en tant que déterminé par nos facultés de connaître. Je ne vois donc pas trop ce que, comme mode d'inférence, l'anticipation aurait à voir avec l'ontologie.

ce sont les individus adaptés qui forment l'espèce - dans le cas des humains la civilisation -, ce ne sont pas les individus qui ont besoin de s'adapter - d'imaginer une autre civilisation -.


L'atomisme méthodologique consistant à faire du tout la somme de ses parties (en particulier, de l'espèce l'ensemble des individus) est très problématique. Il n'est, en tout état de cause, valide que pour les idéalités telles que les nombres par exemple : l'ensemble des réels n'est rien d'autre que la disjonction de tous les nombres réels, rien de plus. Cela se complique lorsqu'on passe au niveau des réalités physiques, fussent-elles (improprement appelées) "atomiques" : un atome n'est pas la simple juxtaposition de ses hadrons et de ses leptons (un électron isolé n'a pas les propriétés d'un électron de la couche de valence), la molécule ne se réduit pas à la coprésence de ses atomes (quand vous buvez de l'eau, vous ne buvez pas une association d'hydrogène et d'oxygène dans la proportion de deux pour un). Lorsqu'on arrive au vivant, le problème se complexifie encore d'un degré : il est clair que les tissus ont des propriétés émergentes qui ne sont pas celles de leurs cellules, etc. Et une espèce n'est pas la collection des individus de cette espèce. Certes, ce sont les individus qui s'adaptent (ou pas) et se reproduisent (ou pas). Mais c'est la mémoire spécifique (génétique) qui pré-détermine lesdits individus. A fortiori, lorsqu'on arrive à l'espèce humaine et à la civilisation, ce ne sont certainement pas les individus (les hommes) qui font la civilisation (cf., à ce propos, Hannah Arendt).

L'argent n'a pas toujours existé. Lorsque je fais mes courses, j'anticipe que je dois avoir l'argent pour les payer. Je l'ai appris parce que d'autres, il y a très longtemps l'ont inventé, mais aussi parce que ce que je peux anticiper n'a pas nui à l'espèce, alors que ceux qui l'ont inventé ne pouvait pas le savoir. La façon dont vous le dites laisse croire que nous (l'espèce) n'aurions pas pu vivre sans l'argent alors que nos ancêtres l'ont fait, de la même façon que des hominidés ont vécu des millions d'années (contre 50 000 ans pour homo sapiens) sans savoir faire de feu ou tailler un biface.


Entendons-nous bien. Lorsque j'écris que l'anticipation participe d'une pulsion vitale d'adaptation, je veux parler de la fonction générale de l'anticipation (encore une fois, le corrélat pragmatique de l'induction) : les individus vivants s'adaptent à leur milieu parce qu'ils sont capables d'anticiper les problèmes qui vont se poser à eux. Comme le dit Hume, bien avant Darwin, "dans tous les cas [...] l’animal infère un fait qui dépasse ce qui frappe immédiatement ses sens, [...] cette inférence se fonde entièrement sur l’expérience passée pour autant que la créature attend de l’objet présent le mêmes conséquences qui [...] résultèrent d’objets semblables"(Hume, Enquête sur l’Entendement Humain, IX). Ou bien, pour parler comme Popper, qui définit la vie comme la capacité à résoudre des problèmes, il s'agit pour l'organisme vivant de traiter le problème qui se pose à lui (c'est-à-dire qui menace sa survie immédiate) en mobilisant ses informations génétiques et/ou ses informations empiriques. C'est en cela qu'il anticipe (sous-entendu, l'avenir immédiat) sur la base des informations dont il dispose.

L'exemple que vous donnez est un exemple d'anticipation particulière. Dire que j'anticipe la nécessité de payer mes courses en retirant du numéraire au DAB, c'est dire que j'applique ma fonction d'anticipation à une situation particulière. Du coup, il se peut que mon anticipation se révèle erronée (le commerçant n'accepte pas les espèces). D'où les objections philosophiques d'un Hume ou d'un Popper à l'égard de l'induction. Vous avez sans doute joué avec votre chien à lui lancer une balle. Regardez-le au moment où vous faites le geste de lancer : il anticipe la suite du mouvement et se met à courir même si vous faites juste semblant de lancer. Son anticipation particulière est erronée. Mais sa fonction anticipative est inentamée, heureusement pour lui.

S'agissant de la présence de l'argent dans les échanges humains, il se pose un autre problème. Si on entend par là l'existence d'une forme particulière de monnaie (divisionnaire, fiduciaire, scripturale, virtuelle, etc.), évidemment, nous aurions pu vivre sans telle ou telle forme. En revanche, si par argent, nous entendons la forme générale de l'échange marchand, il n'est pas du tout évident que nous eussions pu nous en passer (en fait, il est établi qu'il n'existe pas de civilisation humaine sans échange médiatisé par des cailloux, des coquillages, du métal, etc.).

Nos anticipations peuvent donc provenir du hasard, nous (l'espèce) retenons celles que nous croyons être correctes comme de fabriquer des bombes atomiques, de déverser nos déchets radioactifs dans les océans ou encore d'envahir notre environnement de plastique. Nous devons attendre pour savoir, car nous ne pouvions pas et ne pouvons pas prévoir si nos anticipations sont correctes. 


Non. Les anticipations particulières ne proviennent jamais du hasard mais du stock d'informations (génétiques et/ou empiriques) dont dispose une espèce donnée dans des circonstances données. C'est le résultat des anticipations qui dépend du hasard (le fatum latin, la tukhè grecque).

Je réagis à cela car nous raisonnons "faisant comme si" nous avions un esprit, alors que nous sommes dans une discussion où nous cherchons à dire qu'il n'est pas quelque part dans notre cerveau, et plus généralement qu'il n'est nulle part. Si nous n'avons pas d'esprit, ou comme le dit Wittgenstein, que nous ne "pré-connaissons" pas un langage, que savons-nous des régularités, du naturel ou du social, de l'anticipation ? 


Là encore, il faudrait préciser. Wittgenstein ne dit pas que nous n'avons pas un esprit mais plutôt que le verbe "avoir" dans l'expression "avoir un esprit" n'a pas le même sens que dans "avoir deux mains" : "dire que penser est une activité de notre esprit comme écrire est une activité de la main, c’est travestir la vérité"(Wittgenstein, Grammaire Philosophique, I, 64). De même, Wittgenstein ne dit pas que l'esprit n'est nulle part mais que "la pensée est essentiellement l’activité qui consiste à opérer avec des signes, par la main lorsque nous écrivons, par la bouche et le larynx quand nous parlons [...]. Nous parlons du lieu où la pensée se déroule et nous sommes fondés à dire que ce lieu est le papier sur lequel nous écrivons, or lorsque vous parlez de ce qui est ‘dans l’esprit’, vous utilisez une métaphore [...]. Si nous disons de la tête ou du cerveau qu’ils sont le lieu de la pensée, c’est en utilisant l’expression ‘lieu de la pensée’ en un sens différent"(Wittgenstein, le Cahier Bleu, 6-7).

La clef de la compréhension de la science est dans la différence entre (attendre de) voir et prévoir. J'attends de voir le printemps après l'hiver, alors que je prévois qu'en faisant tel calcul je verrais cet objet tomber à tel endroit. Ce sont deux anticipations. Ce qui est magique est ce qui se passe entre (ou pendant) l'anticipation - comme disait Magdane, "ce qui se passe dans la boîte de cassoulet le lendemain de la date de péremption" -, ce n'est pas l'anticipation, mais ce que nous ne pouvons pas connaître - c'est-à-dire que personne ne pourrait connaître -. C'est ce que vous dites et ce que disent Hume, Popper, Wittgenstein et quelques autres - bien que je ne le savais pas alors que j'ai lu Wittgenstein -.


Alors la science ne prévoit pas : elle prédit. Votre chien prévoit que vous allez lancer la balle. Vous prévoyez de pouvoir payer en espèces. Mais la science, qui est une institution et non un organisme vivant, ne pré-voit (c'est-à-dire ne voit à l'avance, par anticipation, ce qui va probablement se passer) rien du tout, mais elle pré-dit (elle annonce à l'avance, par anticipation, ce qui va probablement avoir lieu). Ce qui ne l'empêche nullement de faire des prédictions fausses, soit que ses hypothèses n'aient pas suffisamment anticipé (éliminé) le hasard expérimental, soit qu'elle ait introduit une ou plusieurs prémisse(s) hasardeuse(s) voire fantaisiste(s) dans sa chaîne inférentielle (l'économie est très forte pour faire ça).

Tant que je n'ai pas fait le calcul, je ne peux pas voir où l'objet va tomber, car je n'en ai aucune idée, pas plus qu'en voyant l'objet à cet endroit puis à cet autre je ne peux avoir la moindre idée de comment il y est arrivé - peut-être en bateau -. Et même si je le voyais, je ne pourrais rien en déduire puisqu'il n'y a rien entre l'avant et l'après - même en le décomposant, nous aurions encore un avant et un après -. Je ne peux donc pas voir le phénomène prévu par le calcul avant que le calcul ne soit imaginé : la trajectoire de l'objet et observer qu'il tombe à l'endroit prévu. La science - le calcul qui dit ce qu'il faut faire pour voir - ne se déduit pas de l'observation des phénomènes. C'est une fois que j'aurais appris à faire le calcul que je pourrais le voir et imaginer qu'il existait avant que je ne puisse le voir. Et même imaginer que ceux qui ne le voyaient pas, avant que le calcul n'existe, pouvait le voir et qu'ils ne voyaient pas des esprits ou des bateaux emmener l'objet d'un endroit à l'autre, puisque ce n'est pas ce que j'ai appris à voir.


Mon chien n'a pas besoin de calculer la trajectoire de la balle pour prévoir le lieu probable de sa chute. Ce que la prédiction scientifique ajoute à la prévision naturelle c'est l'auto-justification : si le calcul se révèle pertinent, si, donc, il permet de faire une prédiction correcte, alors, quiconque referait le calcul aurait, sous les yeux, une (je dis bien "une" et non pas "la") raison propre à justifier la correction de la prédiction.

Pour que ce soit magique, il faut que nous puissions prévoir et pas simplement attendre. C'est parce que nous savons le prévoir que nous en déduisons que la pensée des égyptiens étaient magiques. Il est aussi intéressant de savoir ce qu'Aristote faisait quand il cherchait à comprendre la pesanteur - ce qui était entre - ce qui l'a conduit à considérer que le soleil tournait autour de la terre. Il ne cherchait pas à prévoir et j'ai supposé que les égyptiens ne prévoyaient pas le lever du soleil, qu'ils ne faisaient que l'attendre. Il me semble qu'il y a alors une différence c'est qu'Aristote cherchait l'essence - le sens - de la pesanteur - faisant comme si le mot préexistait -. Les pensées d'Aristote sont mystiques, magiques, divines... alors que Râ qui va prendre le bateau n'a rien de magique, car c'est ce que nous ferions à sa place. Lorsque nous savons faire le calcul, nous n'avons fait que remplacer un vide par un autre, car ce n'est pas le calcul qui est magique mais ce qui est entre (ou pendant) ce qu'il anticipe.

Cela m'amène à des questionnements sur la certitude, car je l'associais à l'anticipation et pas à la prévision. Par ailleurs, la prévision ne concerne pas que la science. Et enfin, la pensée magique semble plus provenir de la philosophie (la recherche de l'essence ou de la vérité), que de l'anticipation.


Dans Race et Histoire, Claude Lévi-Strauss fait remarquer que les termes comme "sauvage", "primitif", "magique", etc. ne sont pas des concepts descriptifs mais des jugements de valeur. En d'autres termes, qualifier un corpus de "pensée magique", c'est porter sur lui un jugement péjoratif, c'est dire "je n'en veux pas". Ce jugement de valeur peut concerner indifféremment les doctrines religieuses, les théories scientifiques et, bien entendu, les systèmes philosophiques eux-mêmes (ce n'est pas Wittgenstein qui vous contredirait sur ce point).

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Avant de vous répondre, si je le peux, et quand j'aurai lu votre réponse attentivement, je voulais poster ce commentaire sur votre blog et cela semble difficile. J'ai apprécié votre article qui est très intéressant, bien que je craigne de ne pas avoir compris la fin sur les modèles.

La métaphyisque ; Aristote a écrit:
Certes, on ne peut pas non plus définir aucune Idée. L'Idée, prétend-on, est chose individuelle, et elle est séparée. Pour elle aussi, il est nécessaire que la notion qu'on en donne se compose de mots. Or ces mots ne sont pas l'œuvre de celui qui fait la définition ; car alors ils seraient inintelligibles. Les mots reçus sont des termes communs à tous les êtres qu'ils désignent ; et, nécessairement, ils s'appliquent à d'autres êtres qu'à l'être en question. Par exemple, si, pour vous définir, on allait dire que vous êtes maigre, que vous êtes blanc ou que vous êtes de telle ou telle façon, tout cela pourrait tout aussi bien s'appliquer à un autre qu'à vous.
[…]
En outre, les Idées éternelles sont antérieures en existence, et elles ne disparaissent pas en même temps que les êtres périssables. On peut dire encore qu'il y aura des Idées venant d'autres Idées ; et comme celles d'où sortent les premières sont les plus simples, il faudra que les termes d'où vient l'Idée puissent être les attributs d'une foule de choses ; par exemple, Animal et Bipède seront de ces attributs. Autrement, comment les êtres seront-ils connus ? Et alors, on arrivera à une Idée qui ne pourra plus être l'attribut que d'un seul être. Mais ce n'est pas là du tout la théorie ; et, tout au contraire, n'y a pas d'Idée qui ne se communique.
[…]
Répétons-le donc : l'erreur vient de ce qu'il n'y a pas de définition possible, quand il s'agit de choses éternelles, surtout de celles qui sont uniques en leur genre : le soleil et la lune, par exemple.


Disons que la réalité ce sont les êtres périssables (particuliers ou individuels), incluant ce qui nous semble plus ou moins éternel comme le soleil ou les quantas. Aristote ne dit pas seulement qu’il n’y a pas de définition possible, mais que nous ne pouvons les connaître que par des mots qui ne font que les caractériser (ce qui est, semble-t-il, ce que dit Quine). Je ne vois pas où Aristote pourrait avoir tort. D’où proviennent ces mots ? Si c’était des Idées (platoniciennes), nous ne pourrions même pas les définir. Nous pourrions alors penser que les mots sont créés par l’homme. La réalité est un mot, et nous ne pouvons connaître des êtres qu’elle contient, que des choses humaines. Aussi, nous ne vérifions jamais une théorie dans cette réalité dont parlent ces philosophes, qui serait indépendante (séparée) de l’homme – comme une Idée platonicienne -. Nous ne faisons que vérifier que nous pouvons la vérifier. Peu importe le résultat, tant que nous pouvons le faire. Ce que l’homme ne peut pas connaître, est ce qui est entre les interactions humaines qui permettent de le faire. Il n’y a donc jamais rien à expliquer.

Peut-être, ne voyez vous pas toutes les implications. Je suis en train de dire que l'homme ne peut rien connaître d'autre que ce que l'homme fait. Nous ne connaissons rien d'autre du soleil, que ce que nous en faisons. D'où le mystère de la mécanique quantique. Il n'y a rien à expliquer, ce qui se passe entre les interactions humaines avec les quantas est ce que nous ne pouvons pas connaître.

Je fais un calcul, je lance un objet (A) et je vois qu’il retombe à l’endroit prévu (B). Je ne connais rien d'autre que les interactions humaines A et B, rien de ce qui est entre les deux et rien de l'objet, je ne fais que le voir - ce qui n'est pas le simple résultat d'une sensation -. Le calcul est magique, le don qu’un dieu (nommé Newton) a laissé à l’humanité. Une explication qui dirait ce qui se passe entre A et B tenterait d’expliquer ce que l’homme ne peut pas connaître. Ce ne serait que des pensées magiques (ou mystiques ou divines). Personne n’est capable d’expliquer ce qu’est la force de gravité. Seul un autre dieu (Einstein) pourrait combler le vide entre A et B par une autre formule magique. Par ailleurs, l’homme ne peut pas savoir si Newton était un dieu méchant ou gentil, s'il doit faire le calcul ou s'il est préférable de continuer à envoyer ses bombes n'importe où.

Ce qui différencie la science des autres connaissances et qu’elle permet de prévoir les faits qu’elle a créés - car le fait est une chose humaine qui appartient à la réalité qui n'est pas "séparée" -. Aristote disait qu’un objet était attiré par le centre de la terre – ce qui pour lui induisait que la terre était le centre du monde -. En lançant l’objet, nous devions attendre de le voir retomber selon une projection géométrique pour savoir si Aristote disait juste. Mais ce n’est pas prévoir car nous ne pouvons rien y faire, c’est ainsi. De la même façon que l’église qui nous dit si vous faites ceci vous irez au paradis, ne nous demande pas un sacrifice – faire ceci – qui change quelque chose, car nous ne pouvons qu’attendre notre mort pour le voir. Lorsque Newton dit, si vous faites ceci – le calcul – vous verrez la trajectoire de l’objet, nous devons faire quelque chose pour voir une chose que nous ne pouvions pas voir auparavant: la trajectoire de l’objet. Nous ne faisons pas qu’attendre de le voir, nous le prévoyions. A l’inverse d’un philosophe ou d’un prêtre, le scientifique doit imaginer un fait qui n’existait pas auparavant – la trajectoire de l’objet – et dire ce qu’il faut faire pour le voir. Le fait justifie l’opinion que nous pourrions suivre ce dieu pour agir. Pour cela, il doit être plus ou moins certain, sinon nous ne ferions pas le calcul pour ne rien voir.

Il en résulte que la science n'est jamais dans le particulier - d'où le paradoxe d'Achille et la tortue -. Ainsi, le réchauffement climatique n'est pas une théorie scientifique - pas plus que le Big Bang -, car nous pouvons attendre de le voir, comme nous pouvons attendre notre mort pour voir le paradis, mais nous ne pouvons pas le prévoir.

Vous remarquerez que tout cela ne contredit pas votre article.

Je m'occupe maintenant de votre réponse...

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Pardonnez-moi mais je ne suis pas sûr de comprendre la différence que vous faites entre les "anticipations correctes" des individus d'une espèce et le fait que lesdits individus aient su "anticiper correctement". Par ailleurs, je ne comprends pas non plus la présence de l'adverbe "ontologiquement". L'anticipation est le mode d'inférence pragmatique qui correspond à l'attitude théorique inductive basée sur la présupposition que l'avenir, grosso modo, ressemblera au passé.  L'ontologie réaliste, depuis Aristote, est le nom que l'on donne à la connaissance de l'être en tant que tel, c'est-à-dire indépendamment de la connaissance qu'on en a (Wittgenstein, en tout cas, dans sa première version, appartient à ce courant). L'ontologie nominaliste est, depuis la querelle des universaux, la connaissance du réel en tant qu'indissociable de la connaissance qu'on en a (Quine fait partie de cette mouvance). Enfin, l'ontologie idéaliste est, depuis Kant, la connaissance du phénomène en tant que déterminé par nos facultés de connaître. Je ne vois donc pas trop ce que, comme mode d'inférence, l'anticipation aurait à voir avec l'ontologie.


Lorsque je parle d'ontologie, il s'agit de biologie, du développement de l'individu, en opposition à la phylogenèse qui est le développement de l'espèce. L'individu est adapté parce qu'il a des caractères innés qui le lui permettent. Ce n'est pas l'individu qui doit s'adapter pour que des individus de la même espèce puissent en parler quelques siècles plus tard. L'être humain serait donc adapté même s'il n'anticipait rien. Et L'homme n'avait pas besoin d'anticiper telle ou telle chose, ni même que ses anticipations soient correctes, pour que "nous soyons là pour en parler !"...

A fortiori, lorsqu'on arrive à l'espèce humaine et à la civilisation, ce ne sont certainement pas les individus (les hommes) qui font la civilisation (cf., à ce propos, Hannah Arendt).


OK. J'ai dû être particulièrement ambigu...

Entendons-nous bien. Lorsque j'écris que l'anticipation participe d'une pulsion vitale d'adaptation, je veux parler de la fonction générale de l'anticipation (encore une fois, le corrélat pragmatique de l'induction) : les individus vivants s'adaptent à leur milieu parce qu'ils sont capables d'anticiper les problèmes qui vont se poser à eux. Comme le dit Hume, bien avant Darwin, "dans tous les cas [...] l’animal infère un fait qui dépasse ce qui frappe immédiatement ses sens, [...] cette inférence se fonde entièrement sur l’expérience passée pour autant que la créature attend de l’objet présent le mêmes conséquences qui [...] résultèrent d’objets semblables"(Hume, Enquête sur l’Entendement Humain, IX). Ou bien, pour parler comme Popper, qui définit la vie comme la capacité à résoudre des problèmes, il s'agit pour l'organisme vivant de traiter le problème qui se pose à lui (c'est-à-dire qui menace sa survie immédiate) en mobilisant ses informations génétiques et/ou ses informations empiriques. C'est en cela qu'il anticipe (sous-entendu, l'avenir immédiat) sur la base des informations dont il dispose.


Ce que je disais préalablement a été nommé "couplage" par Francisco Varela. L'individu est adapté parce qu'il est le résultat d'une évolution conjointe entre son environnement et son espèce - pour le dire autrement, il est adapté parce que ses parents étaient eux mêmes adaptés -. Cela signifie que les "problèmes" qui se posent à l'individu sont ceux qu'il peut résoudre. Il ne fait que réagir à son environnement. Il n'a pas besoin "d'inférer" ou "d'anticiper" quoi que ce soit, c'est nous (l'homme) qui le supposons, parce que nous le voyons agir différemment lorsqu'un objet qu'il a déjà perçu apparait dans son environnement. Nous cherchons alors ce qui se passe entre les observations et nous en déduisions des choses que nous ne pouvons pas connaître. Pour l'instant, il est préférable de ne pas aborder le sujet de l'être humain car c'est plus compliqué.

L'exemple que vous donnez est un exemple d'anticipation particulière. Dire que j'anticipe la nécessité de payer mes courses en retirant du numéraire au DAB, c'est dire que j'applique ma fonction d'anticipation à une situation particulière. Du coup, il se peut que mon anticipation se révèle erronée (le commerçant n'accepte pas les espèces). D'où les objections philosophiques d'un Hume ou d'un Popper à l'égard de l'induction. Vous avez sans doute joué avec votre chien à lui lancer une balle. Regardez-le au moment où vous faites le geste de lancer : il anticipe la suite du mouvement et se met à courir même si vous faites juste semblant de lancer. Son anticipation particulière est erronée. Mais sa fonction anticipative est inentamée, heureusement pour lui.


Il n'y a pas de "fonction d'anticipation" dans le cerveau. Et votre chien n'anticipe rien, c'est vous qui l'anticipez. Je vous invite à lire l'histoire de Hans le malin.

S'agissant de la présence de l'argent dans les échanges humains, il se pose un autre problème. Si on entend par là l'existence d'une forme particulière de monnaie (divisionnaire, fiduciaire, scripturale, virtuelle, etc.), évidemment, nous aurions pu vivre sans telle ou telle forme. En revanche, si par argent, nous entendons la forme générale de l'échange marchand, il n'est pas du tout évident que nous eussions pu nous en passer (en fait, il est établi qu'il n'existe pas de civilisation humaine sans échange médiatisé par des cailloux, des coquillages, du métal, etc.).


Vous soulevez un autre problème, celui du déterminisme. Je ne sais pas le résoudre. C'est homo sapiens qui a inventé le commerce, et il l'a fait parce qu'il a inventé l'avoir et avant cela l'être. Il l'a fait par hasard. Je pense que l'être a environ 20 000 ans. Il s'agit de savoir si tout cela n'était qu'une question de temps.

Non. Les anticipations particulières ne proviennent jamais du hasard mais du stock d'informations (génétiques et/ou empiriques) dont dispose une espèce donnée dans des circonstances données. C'est le résultat des anticipations qui dépend du hasard (le fatum latin, la tukhè grecque).


J'ai écouté une vidéo d'Albert Jacquard où le journaliste lui demandait s'il aurait pu exister un autre Albert Jacquard. Il a répondu "oui". Je pense qu'il a raison, pourtant, nous n'en avons jamais vu un autre. Pouvons-nous dire qu'Albert devait exister ?

Pour le résultat des anticipations, je ne sais pas, car je ne pense que nous parlons plus de la même chose. J'aurais utilisé le mot incertain et je ne sais pas en quoi cela a un rapport avec le hasard.

Là encore, il faudrait préciser. Wittgenstein ne dit pas que nous n'avons pas un esprit mais plutôt que le verbe "avoir" dans l'expression "avoir un esprit" n'a pas le même sens que dans "avoir deux mains" : "dire que penser est une activité de notre esprit comme écrire est une activité de la main, c’est travestir la vérité" (Wittgenstein, Grammaire Philosophique, I, 64). De même, Wittgenstein ne dit pas que l'esprit n'est nulle part mais que "la pensée est essentiellement l’activité qui consiste à opérer avec des signes, par la main lorsque nous écrivons, par la bouche et le larynx quand nous parlons [...]. Nous parlons du lieu où la pensée se déroule et nous sommes fondés à dire que ce lieu est le papier sur lequel nous écrivons, or lorsque vous parlez de ce qui est ‘dans l’esprit’, vous utilisez une métaphore [...]. Si nous disons de la tête ou du cerveau qu’ils sont le lieu de la pensée, c’est en utilisant l’expression ‘lieu de la pensée’ en un sens différent"(Wittgenstein, le Cahier Bleu, 6-7).


Il y a des choses matérielles alors lesquelles nous pouvons interagir et des choses que je nomme immatérielles, avec lesquelles nous ne pouvons pas interagir et plus généralement, qui n’interagissent pas avec les choses matérielles. Cela ne signifie pas que l'esprit - une chose immatérielle - n'existe pas, mais que le lieu de l'esprit n'est pas matériel, ce n'est pas la tête ou le cerveau. Lorsque Hume parle "d'inférer", ne suppose-t-il pas que le lieu de la pensée est la tête ou le cerveau ? Et si ce n'est pas le cas, de quoi parle-t-il ?

Alors la science ne prévoit pas : elle prédit. Votre chien prévoit que vous allez lancer la balle. Vous prévoyez de pouvoir payer en espèces. Mais la science, qui est une institution et non un organisme vivant, ne pré-voit (c'est-à-dire ne voit à l'avance, par anticipation, ce qui va probablement se passer) rien du tout, mais elle pré-dit (elle annonce à l'avance, par anticipation, ce qui va probablement avoir lieu). Ce qui ne l'empêche nullement de faire des prédictions fausses, soit que ses hypothèses n'aient pas suffisamment anticipé (éliminé) le hasard expérimental, soit qu'elle ait introduit une ou plusieurs prémisse(s) hasardeuse(s) voire fantaisiste(s) dans sa chaîne inférentielle (l'économie est très forte pour faire ça).


Je ne comprends pas comment la science pourrait prédire quelque chose (il n'y a aucune science concernant le particulier). Ce qui va avoir lieu n'est pas la science, personne ne le sait. Un scientifique digne de ce nom ne prédira même pas que le soleil va se lever demain. Il ne peut pas le savoir - ceci dit Henri Atlan passait son temps à se battre contre de tels scientifiques -. Dans l'économie, comme dans la psychologie, il n'y a pas grand chose de scientifique. Les erreurs scientifiques proviennent souvent d'une falsification, consciente ou pas, de la vérification des faits imaginés - il y a des exemples intéressants dans la Malmesure de l'homme de JS Gould -.

Mon chien n'a pas besoin de calculer la trajectoire de la balle pour prévoir le lieu probable de sa chute. Ce que la prédiction scientifique ajoute à la prévision naturelle c'est l'auto-justification : si le calcul se révèle pertinent, si, donc, il permet de faire une prédiction correcte, alors, quiconque referait le calcul aurait, sous les yeux, une (je dis bien "une" et non pas "la") raison propre à justifier la correction de la prédiction.


Demander à votre chien et nous verrons ce qu'il va vous répondre. Chercher dans votre cerveau "la fonction qui prévoit naturellement"... et nous en reparlerons. Peut-être avez vous appris à prévoir où allait tomber la balle - que ce n'est pas une fonction naturelle -, et peut-être que votre chien ne fait que réagir à la "régularité" de vos comportements. Je n'ai pas compris pourquoi il fallait corriger la prédiction.

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Disons que la réalité ce sont les êtres périssables (particuliers ou individuels), incluant ce qui nous semble plus ou moins éternel comme le soleil ou les quantas. Aristote ne dit pas seulement qu’il n’y a pas de définition possible, mais que nous ne pouvons les connaître que par des mots qui ne font que les caractériser (ce qui est, semble-t-il, ce que dit Quine). Je ne vois pas où Aristote pourrait avoir tort. D’où proviennent ces mots ? Si c’était des Idées (platoniciennes), nous ne pourrions même pas les définir. Nous pourrions alors penser que les mots sont créés par l’homme. La réalité est un mot, et nous ne pouvons connaître des êtres qu’elle contient, que des choses humaines. Aussi, nous ne vérifions jamais une théorie dans cette réalité dont parlent ces philosophes, qui serait indépendante (séparée) de l’homme – comme une Idée platonicienne -. Nous ne faisons que vérifier que nous pouvons la vérifier. Peu importe le résultat, tant que nous pouvons le faire. Ce que l’homme ne peut pas connaître, est ce qui est entre les interactions humaines qui permettent de le faire. Il n’y a donc jamais rien à expliquer.


D'abord je vous remercie de citer Aristote. D'aucuns, peu lettrés, le considèrent comme "poussièreux" au motif qu'il ne serait pas "moderne". Pour ma part (et de nombreux articles de mon blog en témoignent), je le considère, tout au contraire, d'une modernité brûlante s'agissant de l'éthique, de l'esthétique, de la politique, de la technique et de la métaphysique. Récemment, donnant une conférence sur le mind-body problem, j'ai stupéfié mon auditoire en concluant sur une référence en forme d'hommage à Aristote (cf. Corps et Âme ainsi que Nécessité du Dualisme Corps-Esprit).

Cela dit, il me semble qu'il existe quand même deux domaines dans lesquels Aristote peut et doit être dépassé : c'est la logique et la science. Dans le premier cas, Frege et Russell ont montré, de manière définitive, me semble-t-il, que la syllogistique aristotélicienne est logiquement défectueuse. Dans le second cas, Galilée, Newton, Hume et Kant (entre autres) ont montré que l'ontologie n'est pas, in fine, l'affaire du métaphysicien mais celle du scientifique expérimental (ce qui n'exclut évidemment pas le métaphysicien de la réflexion ontologique). Tout cela pour dire que le passage de Métaphysique, Z que vous mettez en exergue ne nous est d'aucune utilité dans une approche épistémologique de l'état actuel de la science. La conception selon laquelle que le particulier serait inconnaissable est, précisément, le point de départ de la controverse connue sous le nom de "querelle des universaux" et elle pèche par circularité logique : elle présuppose ce qui est à démontrer. Aristote est, d'ailleurs, sur ce point, d'une prudence de Sioux puisqu'il en admet néanmoins la possibilité d'une connaissance de la réalité individuelle dans deux cas :
- à travers la sensation : "il est clair que sentir [aïsthanomaï] et penser [phroneïn] ne revient pas au même. Car si tous les animaux ont en partage la première faculté, peu en revanche ont la seconde. [...] Si la perception [aïsthèsis] des sensibles propres est toujours vraie et appartient à tous les animaux, en revanche, la réflexion [dianoïa] admet aussi l'erreur et n'appartient à aucun animal qui ne possède aussi la raison"(Aristote, de l'Âme, III 427b)
- à travers l'action : "l’intellect qui raisonne en vue d’un but [logizomenos] c’est-à-dire l’intellect pratique [noûs praktikos] se distingue de l’intellect théorique [noûs theoretikon] par sa fin [telei]. [Car alors] le terme final du raisonnement est le point de départ de l’action [sous-entendu : et non son but comme dans l'intellect théorique]"(Aristote, de l'Âme, III, 433a).
En tout cas, le passage que vous citez ne nous apprend rien sur ce que c'est que connaître scientifiquement au sens de ce qu'est la science aujourd'hui. La réalité n'est ni une Idée platonicienne ni un simple mot mais l'objet de l'ontologie, autrement dit, de la science : "le caractère de la réalité, c’est l’affaire de l’homme de science"(Quine, le Mot et la Chose, §6)

Peut-être, ne voyez vous pas toutes les implications. Je suis en train de dire que l'homme ne peut rien connaître d'autre que ce que l'homme fait. Nous ne connaissons rien d'autre du soleil, que ce que nous en faisons.


Soit. C'est, en gros, le point de vue pragmatique de Quine. Auquel cas, nous sommes renvoyés au noûs praktikos aristotélicien que nous évoquions supra.

D'où le mystère de la mécanique quantique. Il n'y a rien à expliquer, ce qui se passe entre les interactions humaines avec les quantas est ce que nous ne pouvons pas connaître.


Qui est ce "nous" qui ne pourrait pas connaître ? Celui de l'homme du commun ou celui de l'homme de science ?

Je fais un calcul, je lance un objet (A) et je vois qu’il retombe à l’endroit prévu (B). Je ne connais rien d'autre que les interactions humaines A et B, rien de ce qui est entre les deux et rien de l'objet, je ne fais que le voir - ce qui n'est pas le simple résultat d'une sensation -. Le calcul est magique, le don qu’un dieu (nommé Newton) a laissé à l’humanité. Une explication qui dirait ce qui se passe entre A et B tenterait d’expliquer ce que l’homme ne peut pas connaître. Ce ne serait que des pensées magiques (ou mystiques ou divines). Personne n’est capable d’expliquer ce qu’est la force de gravité. Seul un autre dieu (Einstein) pourrait combler le vide entre A et B par une autre formule magique. Par ailleurs, l’homme ne peut pas savoir si Newton était un dieu méchant ou gentil, s'il doit faire le calcul ou s'il est préférable de continuer à envoyer ses bombes n'importe où.


Voilà qui est laisse perplexe. Le calcul, par définition, ne recèle aucun mystère : il n'est une formule magique que pour celui qui ne le comprend pas ou ne veut pas le comprendre. Par nature, il consiste au contraire, comme le dit Descartes, en "ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations"(Descartes, Discours de la Méthode, II). Par ailleurs, je ne comprends pas en quoi il convient de diviniser Newton et /ou Einstein ?! Au finale, mettre sur le même plan les grimoires sybillins des gourous, les élucubrations absconses des astrologues et les démonstrations mathématisées d'un Newton, d'un Einstein ou d'un Bohr, cela relève d'une grave confusion mentale et d'un anti-intellectualisme primaire. Non, définitivement non : la science n'est pas de la magie (je dis bien "la science" et non pas son ersatz idéologique, "le scientisme" qui, lui, est effectivement de la pensée magique repeinte aux couleurs de la science). Et ce, encore une fois, par définition : le terme "science" désigne, dans une civilisation ou une culture donnée (la nôtre, en l'occurrence), ce qui détruit la pensée magique, "ce qui désenchante le monde", disait Max Weber).

Ce qui différencie la science des autres connaissances et qu’elle permet de prévoir les faits qu’elle a créés


Non, non. La science ne "crée" pas des faits. Dire cela relève, pour le coup, de la "pensée magique" : "le monde est tout ce qui a lieu. Le monde est la totalité des faits non des choses […]. Le monde se décompose en faits […]. Ce qui a lieu, le fait, est l’existence d’états de chose. [...] L'état de chose est la connexion d'objets (entités, choses). [...] Il fait partie de l'essence d'une chose d'être élément constitutif d'un état de choses"(Wittgenstein, Tractatus, 1, 1.1, 1.2, 2, 2.01, 2.011). Même un idéaliste comme Kant n'a jamais prétendu que l'entendement humain "crée" les phénomènes mais seulement qu'il les "synthétise" dans le sens où les formes a priori de la sensibilité et de l'entendement déterminent inévitablement la connaissance qu'on va en avoir, de sorte qu'il nous est impossible de connaître la réalité en soi (nouménale). 

En lançant l’objet, nous devions attendre de le voir retomber selon une projection géométrique pour savoir si Aristote disait juste. Mais ce n’est pas prévoir car nous ne pouvons rien y faire, c’est ainsi. De la même façon que l’église qui nous dit si vous faites ceci vous irez au paradis, ne nous demande pas un sacrifice – faire ceci – qui change quelque chose, car nous ne pouvons qu’attendre notre mort pour le voir. Lorsque Newton dit, si vous faites ceci – le calcul – vous verrez la trajectoire de l’objet, nous devons faire quelque chose pour voir une chose que nous ne pouvions pas voir auparavant: la trajectoire de l’objet. Nous ne faisons pas qu’attendre de le voir, nous le prévoyions. […] Il en résulte que la science n'est jamais dans le particulier - d'où le paradoxe d'Achille et la tortue -. Ainsi, le réchauffement climatique n'est pas une théorie scientifique - pas plus que le Big Bang -, car nous pouvons attendre de le voir, comme nous pouvons attendre notre mort pour voir le paradis, mais nous ne pouvons pas le prévoir


J'ai du mal à suivre : "attendre de ..." ou "s'attendre à …" ? "prévoyions" ou "prévoyons" ? que vient faire l'église là-dedans ? pourquoi le réchauffement climatique ou le Big Bang ne seraient-elles pas des théories scientifiques ? Popper et Wittgenstein disaient que l'évolution darwinienne relevait de la métaphysique et ils avaient raison au moment où ils le disaient. Ils ne le diraient plus aujourd'hui : ce qu'on appelle désormais le "néo-darwinisme" est une théorie scientifique en bonne et due forme. Pourquoi n'en irait-il pas de même pour le réchauffement climatique qui pose des problèmes empiriques facilement solutionnables (pour peu qu'il existe une volonté politique de le faire) et, probablement aussi (mais je serai plus prudent sur ce point), sur le Big Bang. Ce n'est pas parce que ceux qui cherchent "où se trouve l'esprit" ne se rendent pas compte qu'ils font de la métaphysique sans le savoir qu'il en va de même pour toutes les questions que se posent les scientifiques. Le nœud du problème, pour savoir si la question est empirique (scientifique) ou conceptuelle (métaphysique) réside dans la question : peut-on envisager une expérimentation des hypothèses ?

Lorsque je parle d'ontologie, il s'agit de biologie, du développement de l'individu, en opposition à la phylogenèse qui est le développement de l'espèce.


Pourquoi y aurait-il "opposition" entre l'ontogénèse et la phylogénèse alors que l'une et l'autre se déterminent mutuellement ?

Ce n'est pas l'individu qui doit s'adapter pour que des individus de la même espèce puissent en parler quelques siècles plus tard. L'être humain serait donc adapté même s'il n'anticipait rien. Et L'homme n'avait pas besoin d'anticiper telle ou telle chose, ni même que ses anticipations soient correctes, pour que "nous soyons là pour en parler !"...


Bien sûr que si. La finalité immédiate de l'anticipation par le vivant des régularités de son bio/sociotope n'est pas d'"en parler" (?!) mais de s'adapter (de ne pas mourir). La finalité seconde est de pouvoir communiquer (étymologiquement, "mettre en commun") des informations relatives à la valeur adaptative de l'anticipation, soit par la voie génétique (reproduction), soit, pour les espèces les plus évoluées, par la voie empirique (expression). S'agissant de l'être humain, la finalité seconde de l'anticipation est donc, effectivement, de pouvoir en parler.

Cela signifie que les "problèmes" qui se posent à l'individu sont ceux qu'il peut résoudre.


Dire que tout problème, en général, possède sa solution est tautologique puisque les termes "problème" et "solution" sont corrélatifs. Dire que tout individu particulier va résoudre les problèmes particuliers qui se posent à lui, c'est faux. Les hasards de la génétique spécifique et/ou de l'expérience individuelle font que tel individu peut être confronté à un problème insoluble de sorte qu'il périt avant de procréer tandis que ses parents, par hypothèse, ont déjà procréé !

Il ne fait que réagir à son environnement. Il n'a pas besoin "d'inférer" ou "d'anticiper" quoi que ce soit, c'est nous (l'homme) qui le supposons, parce que nous le voyons agir différemment lorsqu'un objet qu'il a déjà perçu apparait dans son environnement. Nous cherchons alors ce qui se passe entre les observations et nous en déduisions des choses que nous ne pouvons pas connaître. Pour l'instant, il est préférable de ne pas aborder le sujet de l'être humain car c'est plus compliqué.


Ce qui est compliqué, c'est que vous raisonnez systématiquement à partir du paradigme animal d'anticipation ("inférer"), puis du paradigme humain de la communication ("parler") et de l'inférence ("déduire"). Les végétaux et les unicellulaires anticipent sans inférer. Quant à l'inférence animale (j'ai déjà cité Hume supra à ce propos), elle est inductive et non déductive. Et l'inférence humaine est elle-même plus souvent abductive que déductive. Il reste qu'anticiper ou inférer, voire déduire sont, dans tous les cas des formes de réactions à l'environnement. Pourquoi les opposer ?

Il n'y a pas de "fonction d'anticipation" dans le cerveau.


Exact. Elle n'est pas dans le cerveau mais dans l'organisme adapté tout entier.

Et votre chien n'anticipe rien, c'est vous qui l'anticipez.


J'anticipe quoi ? Vous voulez sans doute dire que j'anticipe son anticipation. 

C'est homo sapiens qui a inventé le commerce, et il l'a fait parce qu'il a inventé l'avoir et avant cela l'être. Il l'a fait par hasard. 


Le hasard n'est ni le chaos ni l'incohérence. La preuve est que le hasard peut être enrégimenté sous des lois (celles des probabilités). De fait, les sciences sociales comme la physique quantique sont des sciences probabilistes. Vous devriez lire ou relire les tragiques grecs pour bien comprendre ce qu'est le hasard.

J'ai écouté une vidéo d'Albert Jacquard où le journaliste lui demandait s'il aurait pu exister un autre Albert Jacquard. Il a répondu "oui". Je pense qu'il a raison, pourtant, nous n'en avons jamais vu un autre. Pouvons-nous dire qu'Albert devait exister ?


C'est un autre problème. Cf. Leibniz et la métaphysique des mondes possibles.

Il y a des choses matérielles alors lesquelles nous pouvons interagir et des choses que je nomme immatérielles, avec lesquelles nous ne pouvons pas interagir et plus généralement, qui n’interagissent pas avec les choses matérielles. Cela ne signifie pas que l'esprit - une chose immatérielle - n'existe pas, mais que le lieu de l'esprit n'est pas matériel, ce n'est pas la tête ou le cerveau. Lorsque Hume parle "d'inférer", ne suppose-t-il pas que le lieu de la pensée est la tête ou le cerveau ? Et si ce n'est pas le cas, de quoi parle-t-il ?


Par définition, l'être matériel que nous sommes ne peut interagir matériellement, autrement dit, causalement,qu'avec d'autres êtres matériels, c'est-à-dire avec une sorte d'entité dotée de masse et, par conséquent, de propension à la détermination causale. Maintenant, qu'appelez-vous "choses immatérielles" ? S'il s'agit, par exemple, de l'esprit (ou de l'âme, ou de la conscience, ou de la pensée, etc.), j'ai suggéré, dans mes deux articles évoqués supra, deux sortes d'interactions non-causales possibles avec la matérialité de notre corps :
- l'esprit est la forme du corps (Aristote)
- l'esprit est la raison du corps (Wittgenstein).
Il y en a bien d'autres. L'important, dans tous les cas, est que l'interaction n'est pas limitée aux entités matérielles et ne se réduit pas à la causalité sans, pour autant, verser dans la magie.

Lorsque Hume parle "d'inférer", ne suppose-t-il pas que le lieu de la pensée est la tête ou le cerveau ? Et si ce n'est pas le cas, de quoi parle-t-il ?


Hume est un empiriste sensualiste. L'interface de l'individu avec son milieu est donc, pour lui, la totalité du corps vivant en tant qu'il est doté de sensibilité.

Je ne comprends pas comment la science pourrait prédire quelque chose (il n'y a aucune science concernant le particulier). Ce qui va avoir lieu n'est pas la science, personne ne le sait. Un scientifique digne de ce nom ne prédira même pas que le soleil va se lever demain. 


"Comme, à l’origine, la bonne prédiction a une valeur de survie, la sélection naturelle a engendré des normes de similarité perceptuelles en nous et en d’autres animaux"(Quine, la Relativité de l’Ontologie). Sinon, expliquez-nous alors en quoi consiste l'hypothèse scientifique (et, de grâce, autrement qu'en termes de "pensée magique" !).

Dans l'économie, comme dans la psychologie, il n'y a pas grand chose de scientifique. Les erreurs scientifiques proviennent souvent d'une falsification, consciente ou pas, de la vérification des faits imaginés - il y a des exemples intéressants dans la Malmesure de l'homme de JS Gould -


Sur ce point, pas d'objection.

Demander à votre chien et nous verrons ce qu'il va vous répondre.


??!!

Chercher dans votre cerveau "la fonction qui prévoit naturellement"... et nous en reparlerons.


Il faut dire cela aux scientistes de tout poil, Dehaene et consorts. Pour Aristote, cette "fonction" est dans la matière même des êtres vivants. Pour Wittgenstein, dans l'institution du langage. Pour Hume dans le corps en général.

Peut-être avez vous appris à prévoir où allait tomber la balle - que ce n'est pas une fonction naturelle -, et peut-être que votre chien ne fait que réagir à la "régularité" de vos comportements.


Apprendre n'est pas naturel ? Vous voulez sans doute dire qu'apprendre n'est pas déterminé génétiquement mais empiriquement (d'où l'absurdité qu'il y a à claironner que l'ordinateur peut "apprendre" !!!). Admettons que mon chien anticipe la trajectoire de la balle pour me faire plaisir. Lorsque l'ours polaire creuse dans la glace un trou où il s'attend à voir apparaître une otarie, c'est pour faire plaisir à qui ?

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Pourquoi y aurait-il "opposition" entre l'ontogénèse et la phylogénèse alors que l'une et l'autre se déterminent mutuellement ?


Mon ontogenèse n'a aucun impact sur la phylogenèse.

Qui est ce "nous" qui ne pourrait pas connaître ? Celui de l'homme du commun ou celui de l'homme de science ?


Je ne comprends pas cette distinction entre l'homme de science et l'homme du commun. Personne ne connaît l'inconnaissable. Il en résulte par ailleurs que les opinions d'un poivrot ont la même valeur que celle d'un scientifique (ou d'un philosophe) pour ce qui concerne la pérennité de l'espèce humaine ou même d'une société humaine.

Pour le reste, il me semble que nous n'avons pas le même jeu de langage et que nous opposons nos opinions. Ainsi, je n'ai pas compris comment vous démontrez qu'Aristote avait tort de dire qu'un être périssable ne pouvait se définir que par des mots, par là-même était inconnaissable en dehors de ses caractéristiques. C'est d'ailleurs bien cette constatation qui conduit au théorème d’Heisenberg. Je n'ai pas non plus compris comment la réalité est autre chose qu'un mot, comment vous démontrez qu'un scientifique comprend ces formules qui ne seraient pas magiques - contredisant ce pauvre Feynman : " Si vous m’avez compris, c’est ce que je n’ai pas été clair " -, comment vous démontrez que la réalité ce sont des faits qui ne sont pas imaginés par l'homme - que vous pourriez les voir sans l'avoir appris par le langage, et dans ce cas que verriez-vous quand les mots n'existent pas ? -, comment vous démontrez que ce qu'un homme dit de son chien ou d'un ours serait une interprétation "vraie" de ce qui lui permet d'agir, comment l'immatériel pourrait interagir avec le matériel d'une façon ou d'une autre (bien que vos exemples ne sont pas des interactions)...

Cela ne veut pas dire que ce que vous dites n'a pas de sens, mais que pour moi cela ne mène nulle part. Vous montrez l'ambiguïté de mes propos alors même que nous savons que ce que nous disons "ne pas être dit", tout au moins de cette façon. Vous partez de postulats de base que vous ne voulez pas démontrer et que vous considérez comme indépendants de l'homme : que les choses existent indépendamment de l'homme et que l'homme peut les connaître d'une façon inconnue (pour ne pas dire divine) au travers d'un "esprit". Ce qui est bien-sûr invérifiable. En partant de ce principe, nous ne pouvons résoudre aucun problème, dès que nous émettons une opinion, quelqu'un pourra nous démontrer que l'opinion inverse est également vraie. Or, cela provient du fait que vous considérez que certaines choses n'ont pas de cause, que nous ne savons pas ce qu'elles sont. Nous savons ce qu'est le nuage ou ce qu'est la voiture, mais nous ne savons pas ce qu'est l'être, la vie... Et nous ne le savons pas car nous considérons que ces choses ne sont pas humaines. Si je vous donne la cause de l'être, nous ne sommes plus dans l'opinion. Or si vous reprenez la citation d'Aristote, un raisonnement récursif (qu'Aristote ne connaissait pas) conduit à ce que l'être soit un mot créé par l'homme... une "chose magique" - un mot qui n'est pas ce qu'il désigne - car nous ne savons pas ce qu'est l'être en dehors de ce à quoi il sert à l'homme - des comportements qui s'y rapportent -.

Lorsque nous disons que "cet objet lancé en l'air est retombé à terre", nous faisons comme s'il s'agissait d'un mouvement de l'objet. Or, nous avons un instant A où nous avons lancé l'objet et un autre B où il est retombé à terre. Nous ne savons pas ce qui s'est passé entre les deux instants et nous ne pouvons que l'interpréter, c'est-à-dire imaginer n'importe quoi du moment que cela nous satisfasse. Cette interprétation serait impossible si nous ne considérions pas que l'objet est le même en A et en B, c'est-à-dire qu'il existe, alors que nous ne pouvons pas le démontrer, disons que ce n'est qu'une approximation, que selon un être humain il garde don identité. Nous en sommes certains, ce qui explique notre confusion lorsque la mécanique quantique nous démontre que ce n'était finalement qu'une hypothèse. Bien qu'aujourd'hui, nous ayons décomposé notre période [A, B] en une multitude d'autres plus petites, nous ne pouvons pas savoir ce qui se passe entre les périodes, c'est-à-dire entre nos interactions car l'existence de cet objet n'est qu'une hypothèse, une croyance comme le dit Piaget. Ce n'est donc jamais des mouvements des choses - incluant votre chien - dont nous parlons, mais uniquement de ce que fait l'homme. Si vous prenez en considération que l'existence n'est qu'une hypothèse, vous avez la clé pour comprendre tous les problèmes humains. Et vous pourrez en déduire que "penser" comme le suggère Wittgenstein (dans la citation que vous m'avez donnée), cela se résume bien à mettre des mots côte à côte - et je ne suis pas certain qu'il ne faille pas les écrire -. Un scientifique ne fait que cela, sa finalité est d'en créer d'autres. Ce n'est pas la science, ce n'est que penser. Après, il doit vérifier si cela peut servir à quelques choses. L'être ne sont que des mots mis côte à côte. Et nous avons un problème avec la relation corps / esprit car nous pensons que le corps désigne une chose matérielle qui existerait et que nous pourrions connaître.
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