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La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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11 participants

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 19 Emptyla chambre des quales

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La chambre des quales

On ne peut supposer un être conscient à un moment donné sans supposer que son existence même est lié à un contenu de conscience total et particulier. C’est ce contenu que je désigne par le mot quale, terme latin à l’origine, utilisé par des philosophes anglo-saxons, et que je préfère franciser en lui donnant le pluriel de quales et non de qualia. Cela évitera ainsi qu’on fasse de moi un disciple d’une philosophie dite des qualia qui m’est étrangère. Que ce contenu de conscience soit purement qualitatif ou qu’il soit à la fois qualitatif et quantitatif, c’est l’objet d’un débat. J’écrivais dans le texte qui ouvre ce fil que les quales des sensations à l’étude desquels je me limite « ne se réfèrent pas seulement à leur qualité particulière mais à leur contenu affectif marqué quantitativement (un bruit est plus ou moins fort, une lumière plus ou moins vive) et affectivement (une sensation est plus ou moins plaisante ou plus ou moins douloureuse) ». Je laissais ainsi entendre que le concept de quantité était aussi lié à la notion de quale que le concept de qualité. Que ce concept soit effectivement essentiel ici, qu’il puisse être lié au concept d’énergie à travers la notion d’ « énergie psychique », c’est ce que la chambre des quales pourrait nous enseigner.

C’est une chambre close. Une caméra ou un judas vitré permet d’y avoir un œil et d’observer le patient qui s’y trouve. On peut également l’entendre comme on peut lui parler. Un écran permet en plus d’afficher des messages. Les conditions qui règnent dans la chambre, l’environnement qui affecte le système sensoriel du patient est commandé de l’extérieur. Le patient indique ce qu’il ressent et  dispose d’une manette qu’il doit pousser en fonction de son sentiment selon la consigne donnée. La porte est verrouillée mais elle peut s’ouvrir de l’intérieur à condition de forcer sur le levier du verrou.

Dans une première séance, on fait monter graduellement la température de la chambre. Elle passe par exemple de 20 à 25 degrés. Le patient pousse la manette et dit ; « j’ai chaud ». Ensuite elle passe de 25 degrés à 30. Le patient pousse encore la manette et dit : « j’ai plus chaud ». Si l’on prend comme descriptif essentiel du quale le propos du patient, on doit dire évidemment que le quale est différent selon que la température est à 25 ou à 30 degrés. La phrase : « j’ai chaud » n’est pas la même que la phrase « j’ai plus chaud ». Mais en même temps force est de constater qu’il y a une caractéristique du quale de l’ordre de la qualité : « j’ai chaud » qui ne change pas et une caractéristique de l’ordre de la quantité qui change : « j’ai plus chaud ». Sur l’écran qui contrôle le mouvement de la manette la différence entre les deux phrases s’inscrira par exemple par la montée d’une courbe ou par l’élévation d’un chiffre.

En passant de 20 à 25 degrés la température de la chambre a fait changer ainsi d’une certaine intensité le quale du patient. L’élévation de la température de la chambre s’est faite en fournissant une énergie supplémentaire aux molécules de l’air intérieur, donc en dépensant une certaine quantité d’énergie thermique. Et l’on peut constater qu’il y a corrélation entre la quantité d’énergie thermique et l’élévation de l’intensité du ressenti. Il ne paraît pas alors impertinent de parler d’ « énergie psychique » pour dénommer une substance interne au ressenti qui peut croitre en quantité comme l’énergie physique et changer dans le même temps la caractéristique du quale.

N’allons pas trop vite cependant et corrigeons la conclusion qu’on peut tirer de cette première séance par une nouvelle. Là, ce qui varie, ce n’est plus la température de la chambre, c’est son éclairage. Un dispositif permet de jouer sur son intensité mais aussi sur sa couleur. La lumière orangée au départ va virer progressivement au rouge et le patient a pour consigne de pousser la manette au fur et à mesure que la rougeur de la lumière paraît plus évidente. Le patient dira bien qu’à un moment la lumière lui paraîtra plus rouge qu’à un autre et sur l’écran de contrôle le chiffre marquant la poussée sur la manette s’élèvera bien sans qu’on puisse relier la modification du propos et du chiffre à la modification de dépense d’énergie constatée tout à l’heure. Faudrait-il alors parler d’une « substance de rouge » qui varierait en quantité dans le quale ? Et à quelle variation d’énergie dans la chambre la rapporter si le changement de couleur peut s’obtenir sans dépense d’énergie supplémentaire ?

Pour se faire une opinion juste du rapport du quale à l’énergie d’autres séances sont donc  nécessaires. Dans une troisième séance on introduit par la bouche d’aération de la chambre une substance à l’odeur infecte. De l’ammoniac par exemple. L’introduction se fait de façon graduelle et le patient est invité à pousser la manette en fonction du sentiment de puanteur qu’il ressent. Pas plus que dans la séance précédente, la modification graduelle de l’environnement ne se fait avec une variation quantitative nette d’une forme d’énergie. Pourtant, dès que l’odeur d’ammoniac devient forte, le patient ne se contente pas de pousser la manette, il demande à sortir. Et si la porte ne s’ouvre pas à sa demande, il va appuyer sur le levier qui commande le verrou.

Cette troisième séance fait apparaître chez le patient enfermé une réalité nouvelle que nous pouvons appeler le mal être. Cette réalité est sûrement interne au quale car si le patient était atteint d’anosmie il ne réagirait pas à l’augmentation dans l’air de la chambre de la concentration d’ammoniac.

Interne au quale, cette réalité est sûrement aussi quantifiable. On le constate de deux façons. La première est que le patient pousse régulièrement la manette au fur et à mesure de l’augmentation de la concentration. La seconde est que le patient appuie sur  le levier du verrou au moment où la concentration atteint un certain degré.

Substance interne au quale et quantifiable, le mal être apparaît aussi réellement comme une forme d’énergie. Il ne l’apparaît plus a priori et de façon purement analogique comme dans la première séance où l’augmentation de la température et donc de l’énergie thermique dans la chambre était suivie d’une augmentation du ressenti de chaleur. Il l’apparaît désormais a posteriori. Le mal être contenu dans le quale apparaît comme la cause effective du travail effectué par le patient sur le levier. Il est la « caractéristique possédée par le système » qui « est capable d’effectuer un travail » selon justement la définition de l’énergie. Ce système est le système sensoriel mais en tant qu’il produit le quale. Entre l’intensité du mal être, l’intensité de l’effort et la quantité de travail nécessaire pour débloquer le verrou, il y a nécessairement continuité. Energie psychique et énergie physique ont même caractéristique et même effet.

On peut concevoir bien d’autres séances dans la chambre des quales. Dans l’une on pourra rendre l’éclairage intense puis aveuglant. Dans l’autre le bruit assourdissant etc. A chaque fois que la variation de l’environnement sera susceptible d’entraîner un mal être, le patient ne sera plus qu’une machine à produire de l’énergie et à ouvrir la porte. L’aspect qualitatif du quale perdra de sa signification au profit de son aspect quantitatif. Il n’y aura plus à l’intérieur de la chambre et à l’intérieur du claustré qu’une force tendue vers l’ouverture. Et cette force liée aux forces aveugles qui la font naître, à la matière sourde sur laquelle elle agira sera pourtant toute entière propulsée dans la lumière de l’être. « Je sens, donc je suis », disait je crois Malebranche. La chambre des quales, d’une façon terrible, peut le démontrer.

Dernière édition par clément dousset le Lun 14 Jan 2019 - 10:41, édité 1 fois

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 19 EmptyRe: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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clément dousset a écrit:
fournissant une énergie supplémentaire aux électrons de l’air intérieur


Si vous souhaitez que l'énergie psychique soit considérée comme une notion scientifique, il serait bon de montrer que vous maîtrisez bien les connaissances en physique.

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PhiloGL a écrit:
Si vous souhaitez que l'énergie psychique soit considérée comme une notion scientifique, il serait bon de montrer que vous maîtrisez bien les connaissances en physique.

Merci PhiloGL.
Après vérification, j'ai corrigé mon texte en fonction de votre indication.

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 19 EmptyRe: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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Vu ce que vous décrivez, je ne suis pas candidat à des expérimentations sur les quale. 

Ceci dit, il semble que ce soit une bonne façon de procéder du moins adéquate, à savoir déterminer si les quale sont binaires donc sur le mode j'existe-j'existe pas. Et si le patient pousse la manette pour dire que oui, le gradient de ce quale permettrait une mesure quantitative cette fois de comment ce quale est traduit en information de type quantitative dans le cerveau : une graduation qui est bien sûr subjective et dépend forcément de chaque expérimenté. 
Ensuite les statistiques sur un certain échantillon de personnes permettrait sans doute de tirer des conclusions sur les quale, moyennant l'inévitable marge d'erreur qu'entraîne l'usage des dites statistiques, mais cela présenterait un certain intérêt du point de vue scientifique en tout cas.
Cela rappelle les tests faits sur des gens aveugles de naissance à qui on a greffé une cornée artificielle avec transducteurs et qui se mettent progressivement à voir, des formes, des couleurs etc. Et sur qui on pratique des tests pour traduire les signaux de lumière observés directement analysables par le cerveau (intensité, couleur, mouvement par exemple) sur une échelle. J'ai fait des sciences cognitives mais il y a fort longtemps donc je ne m'aventure pas plusmais il me semble qu'il y a une piste possible là.

descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 19 EmptyRe: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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shub22 a écrit:
Mais quant au scientisme que dire ??? Sinon qu'il nait probablement du statut privilégié de "spécialiste", expert dans son domaine, parlant un langage généralement très particulier et que seuls ses pairs sont à même de comprendre, et non le vain peuple


shub22 a écrit:
Si vous avez mieux... Sinon oui j'admets: je préfère croire Mr Heisenberg (même s'il a tout faux, mais quand même un grand savant de l'époque) que quelqu'un qui tient des discours inaccessibles et assez abscons au profane que je suis


PhiloGL a écrit:
Quand j'ai écrit "pas inintéressante", j'essayais de me mettre à votre place. Pour moi, la discussion était tout-à-fait intéressante. Mais vous nous demandez de nous intéresser à votre théorie du modulisme, donc je conclus que vous souhaitez avoir une discussion technique et non plus philosophique. J'ai essayé de lire deux de vos discussions sur le site Futura. Il m'est impossible de suivre ces discussions, ne possédant pas les connaissances nécessaires en magnétoencéphalographie ou physiologie de l'audition. Pour moi, c'est totalement rébarbatif, indigeste. Impossible de savoir si votre théorie est une "hypothèse gratuite" ou si elle est scientifiquement fondée. Alors qu'attendiez vous d'une discussion philosophique ? Je ne saurais discuter de ce que je ne connais pas


Vangelis a écrit:
]il est vrai que ce n'est pas facile à suivre car cela ne s'appuie sur rien de "concret" en neuroscience, du moins invérifiable pour le moment et que cela manque de méthode.


shub22 a écrit:
J'ai fait des sciences cognitives mais il y a fort longtemps donc je ne m'aventure pas plus



Il arrive souvent que sur un fil le débat se bloque avant même d’avoir été véritablement entamé. C’est le cas semble-t-il ici. Puisque c’est moi qui l’ai initié, la responsabilité m’en incombe.

Pour le faire repartir, je voudrais en reformuler l’enjeu en soulignant combien il est simple. Dans son livre : « Le Code de la Conscience », Dehaene expose une certaine théorie qui prétend expliquer comment le contenu de notre subjectivité se forme. Cette théorie est celle de l’espace de travail global. Pour elle la conscience émerge à partir d’algorithmes d’information (de calculs, pour parler simplement) au moment où, dans tout l’espace du cerveau, s’opère un travail d’intégration de ces algorithmes. Ce point de vue, cette thèse de Dehaene conduit à la problématique de départ : Le mécanisme d’intégration computationnel tel qu’il existe dans le cerveau et tel qu’il pourrait être reproductible dans un ordinateur produit-il ou non le quale de la conscience ?

A partir de là, c’est vrai que la discussion peut s’embarquer dans des considérations abstraites et abstruses vite déroutantes ou se concentrer sur des études anatomiques, physiologiques, physiques extrêmement pointues et réservées à des spécialistes que nous ne sommes pas. Tâchons de nous garder de ces deux écueils. Dehaene qui écrit un ouvrage de vulgarisation finalement plutôt réussi nous y aide. Il limite sa réflexion au sens de la vue et propose un exemple qui parle à tous, celui de La Joconde. Voyons comment il illustre sa théorie en montrant comment le chef d’oeuvre de Vinci livré à notre regard devient un objet de conscience.

Trois passages de son explication me paraissent essentiels :
1 - Ainsi mis en contact, les différents modules sensoriels peuvent s'accorder sur une interprétation unifiée et cohérente ("une séduisante italienne") qui sera alors renvoyée aux aires sensorielles d'origine. Il en résulte une représentation intégrée. En diffusant des messages globaux depuis le cortex préfrontal et les autres aires associatives supérieures en direction des régions sensorielles, les neurones pourvus d'axones longs créent les conditions nécessaires à l'émergence d'un état de conscience, à la fois différentié et intégré.
2- "La modélisation de réseaux de neurones montre que la réentrée permet des calculs sophistiqués qui convergent vers l'interprétation statistique la plus probables d'une scène visuelle. Chaque groupe de neurones agit comme un statisticien expert, qui collabore avec ses collègues afin d'expliquer les données sensorielles dans leurs moindres détails. Un expert des ombres, par exemple, décide qu'il peut expliquer une zone d'ombre de l'image - mais seulement si la lumière vient d'en haut à gauche. Un expert de l'éclairage lui répond que c'est possible et que cette hypothèse pourrait expliquer pourquoi le haut des objets semble plus clair. Un troisième expert entre en lice et déclare qu'une fois ces effets pris en compte le reste de l'image ressemble à un visage. Ce dialogue se poursuit jusqu'à ce que le moindre recoin de l'image ait été expliqué."[/font](p245)[/size][/size]
3 - "Assemblées de cellules, pandemonium, coalitions en compétition, attracteurs, zones de convergence, réentrée… Chacune de ces hypothèses théoriques semble détenir une part de vérité. Ma théorie de l’espace de travail neuronal en propose une synthèse. Selon elle, un état mental est codé par la décharge simultanée, stable pendant quelques dixièmes de seconde, d’un sous-ensemble de neurones actifs de l’espace de travail. Ces neurones sont distribués dans de nombreuses aires cérébrales, et codent tous pour différentes facettes de la même représentation mentale. Prendre conscience de la Joconde, c’est coactiver quelques millions de neurones qui représentent chacun un fragment d’objet, de sens ou de souvenir."

Deux définitions du quale de l’image

Dehaene veut montrer comment un objet visuel particulier devient un objet de conscience. Il prend bien sûr l’objet visuel au sens de réalité visible dans la totalité du champ visuel. Voici l’objet dont il parle quand on approche son regard de lui de quelques centimètres :

image 1

La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 19 Mona_l10

Il appelle « prendre conscience de la Joconde » le contenu subjectif que cet objet visible produit en nous au moment où on le regarde. Qu’il récuse ou non la notion, ce contenu subjectif est un quale, c’est à dire une réalité de conscience privée, particulière et ineffable. Mais, après tout, les uns et les autres ici pouvons parler de ce quale, échanger des idées ou des impressions à son propos et décomposer ce quale comme Dehaene le fait en « fragments d’objet, de sens ou de souvenir ».

Cependant si on veut faire de ce quale un objet de conscience visuelle minimal, c’est à dire sensible avant d’être intelligible, si on veut parler de cet objet visuel en terme de réalité visuelle, c’est à dire sensible à une personne douée de la vue et insensible à une personne qui ne l’est pas, on doit trouver une autre définition du quale qui ne comprend que des termes de sensation.

Celle que je propose ici est la suivante : « le quale de l’image est une sensation composite faite de la coexistence dans un espace sensuel d’une quantité d’images point précisément localisées ».

Cette définition présuppose bien sûr celle de l’image-point. Je m’arrêterai à celle-ci : « sensation visuelle simple caractérisée par sa position sans étendue dans l’espace mental, sa couleur bleue, verte ou rouge et son intensité. »

Une telle définition du quale lié à l’objet visible ici permet une correspondance point à point des deux réalités : la physique et la psychique. A l’image-point correspond un ou plusieurs pixels juxtaposés positionnés dans l’espace physique de la même façon que l’image point l’est dans l’espace mental.

On peut aussi comparer le quale de l’image selon Dehaene et le quale de l’image selon moi en opposant deux résultats d’analyse. Lorsque Dehaene écrit : « prendre conscience de la Joconde c’est coactiver quelques millions de neurones qui représentent chacun un fragment d’objet, de sens ou de souvenir », il implique qu’une analyse complète du quale répertorierait en en donnant à chaque fois les caractéristiques des millions de fragments d’objet, de sens ou de souvenir. Faire la même chose pour moi impliquerait seulement de donner la couleur simple, l’intensité et la position de moins d’un million d’images-point.

Évidemment il ne m’est pas possible d’illustrer directement mon propos. Je ne peux pas reproduire ici un agrandissement de la Joconde tel que l’on ne verrait que la distribution des points bleus, verts et rouges qui constituent le support de l’image à la base. Mais la photo ci-dessous peut aider à mieux comprendre ce que je veux faire saisir ici :

image 2
La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 19 Captur10

Voici, pixellisée, l’image de tout à l’heure. La Joconde n’est plus ici que quelques centaines de carrés monochromes régulièrement juxtaposés dans un rectangle. Si la nuance de chaque carré se constitue par trichromie, cela échappe à ma perception. En revanche, si je regarde cette nouvelle image à quelques centimètres, il me saute aux yeux que le quale se décompose bien en carrés de couleurs diverses dont aucun n’est a priori privilégié. Le carré mauve à l’intersection de la neuvième ligne et de la cinquième colonne comme le carré brun situé immédiatement au-dessus à droite n’a ni plus ni moins d’importance que le le carré roux au-dessus du carré gris (colonne 4, ligne 24 et 25).

L’autonomie des carrés par rapport à un quelconque sens et leur participation égale à la composition de l’image apparaît encore mieux ici où le quale est constitué par une zone de la partie inférieure droite du tableau :

image 3
La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 19 Infzor10

A mille lieues de la « séduisante italienne » de Léonard, on se croirait bien plutôt maintenant dans une composition de Klee. Et l’on voit bien mal comment un de ces carrés pourrait constituer un « fragment d’objet, de sens ou de souvenir. »

Localisation et ordonnance des supports

« Représentation mentale » pour Dehaene, composée « de fragments d’objet, de sens ou de souvenir », objet de conscience visuelle pour moi composé uniquement d’images-point, le quale de l’image n’existe pas pour nous deux sans supports physiques. Dehaene en précise assez nettement la nature : « Un état mental conscient est codé par par la décharge simultanée, stable pendant quelques dixièmes de seconde, d’un sous-ensemble de neurones actifs. » Entre l’image-point et la décharge simultanée et stable d’un sous-ensemble de neurones, il y a pour moi des paliers essentiels. Mais je ne récuse pas l’idée que l’activité délimitée d’un groupe de neurones en constitue un support.

La question est alors de savoir où se trouvent les supports des composantes du quale visuel. Pour Dehaene ils sont disséminés dans le cerveau (sous-ensembles de neurones distribués dans de nombreuses aires cérébrales). Pour moi ils sont concentrés sur l’aire rétinotopique formée par les colonnes corticales dans le cortex visuel primaire. Concentrés et ordonnés. Et ordonnés d’une façon strictement analogue à celle qui existe sur trois autres plans.

Revenons à la photo 3 qui est un fragment de la photo 2, photo qu’on peut considérer comme un objet visuel. Ce fragment est situé dans la partie inférieure droite de la photo 2. Sur la rétine, par inversion, les photons émis par la photo 3 se retrouvent dans la partie supérieure gauche de l’image rétinienne. Si l’on suppose que le sens de l’image est rétabli sur l’aire rétinotopique, les potentiels d’action induits par la photo 3 se retrouvent dans la partie inférieure droite de l’ensemble des potentiels d’action induits par la photo 2. Et les colonnes corticales dont l’activation sera le support de ce que je vois comme la partie inférieure droite de l’image seront bien aussi situées dans la partie inférieure droite de l’aire visuelle. En résumé, entre l’espace réel de la photo et l’espace virtuel de l’image vue, il y a une homologie qui se retrouve strictement dans l’espace des supports physiologiques. Les coordonnées des supports de chaque point-image, les colonnes corticales, sont les mêmes que les coordonnées des pixels correspondants sur la photo.. Et les coordonnées de chaque point-image dans le quale sont identiques à ces coordonnées-là.

Le temps où l’image naît

Le cortex visuel primaire est un lieu de projection, pas un espace de travail. Et l’esprit répugne d’abord à penser que l’image ne puisse être produite là où tant de neurones s’activent pour en calculer la forme. La délinéation des objets, leur position et leur orientation dans l’espace, leur couleur propre, tout ce travail computationnel que nos modernes ordinateurs sont tout juste en voie d’accomplir et auxquels peuvent participer près de la moitié de nos neurones serait inutile pour faire émerger l’image de la nuit du néant ? A quoi bon leur travail alors, et même leur existence ?

L’objection est de poids mais ne résiste pas à l’examen. Les plus puissants traitements de l’image ne font pas voir l’ordinateur. Mais ils sont indispensables avec leur complexité et leur lourdeur pour que justement l’image soit traitée. Or ce que nous voyons justement, ce n’est pas une image brute, c’est une image traitée. Et traitée point par point.

A quel moment ? Dehaene distingue trois temps dans le processus de la vision à partir de la stimulation visuelle. Un premier temps, celui de l’activation du cortex visuel primaire. Un second temps marqué par le parcours d’une onde d’activation d’arrière en avant. Un troisième temps marqué par le parcours d’une onde rétrograde qui va de l’avant et des côtés vers l’occiput et dont le lieu d’aboutissement est justement le cortex visuel primaire.

C’est dans ce troisième temps que l’image pour moi prend naissance, au moment de la réactivation de chaque colonne corticale à partir des informations descendantes en provenance de tout le reste du cerveau. La sensation dont chaque colonne va être le support, l’image-point dont j’ai parlé, va bien sûr dépendre de l’information en provenance du lieu correspondant de la rétine mais corrigée par l’analyse effectuée dans « l’espace de travail neuronal ». Par exemple si une image point se trouve à la frontière entre un objet reconnu par le cerveau et le fond qui se trouve au-delà, l’intensité de cette image-point sera accrue. A mon sens un simple jeu sur l’intensité des images-point peut permettre de transformer une image brute qui ne sera jamais perçue en un quale visuel où les objets connus sont bien distincts, bien reconnaissables, prêts à être nommés et où, à défaut, les formes sont précisées, voire rectifiées.. C’est aussi parce que les objets sont bien distingués au fur et à mesure de la perception qu’on peut les voir bouger distinctement, qu’on peut continuer à les repérer lors des saccades oculaires où ils se déplacent forcément dans le champ visuel…

La théorie de l’intégration computationnelle que défend Dehaene place forcément la formation de l’image au deuxième temps de la vision comme elle en place l’activité des supports dispersés dans la totalité du cerveau. Cependant Dehaene écrit à la page 214 ceci qui contredit ses vues et soutient les miennes : « L’activité neuronale doit se répandre dans le cerveau et peut-être même revenir aux aires sensorielles de départ avant que nous ressentions l’impression de voir ».

Comment l’activité en boucle de la colonne corticale, induite par les informations venues du cortex supérieur, pourrait-elle produire l’image-point ? C’est ce que j’essaie d’exposer avec ma conception du modulisme dans mon message du 27 novembre (« une niche pour la conscience 2 : le modulisme »). J’invite chacun à s’y reporter. Et à comprendre à partir de là pourquoi chaque colonne corticale devrait avoir son anatomie propre...
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