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La liberté d'expression

+3
aldolo
Vangelis
Fatiha
7 participants

descriptionLa liberté d'expression - Page 3 EmptyRe: La liberté d'expression

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JimmyB a écrit:
Vous contextualisez votre définition de la liberté en installant une définition française. Je ne suis pas relativiste mais la liberté d'expression aux USA ne prend pas en compte vos restrictions que vous jugez fondamentales.

C'est vrai et il est important de le noter. Toutefois, il y a quand même certaines restrictions aux Etats-Unis.
aldolo a écrit:
Oui je suis sérieux, bien sûr. C'est vous qui ne comprenez pas ce que je dis.

C'est beaucoup plus grave que cela, car je ne sais effectivement pas lire. Quand on est en proie à l'insomnie, on ne devrait jamais s'occuper de choses sérieuses, ça peut éviter de passer pour un imbécile… Merci de me l'avoir courtoisement rappelé.

Sinon pour le reste de la formulation, je ne vois pas la différence entre ce que vous dites et "La liberté s'arrête là où commence celle des autres".

descriptionLa liberté d'expression - Page 3 EmptyRe: La liberté d'expression

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@ Vangelis

En effet, le piège relativiste semble d'autant plus redoutable que pour tout ce qui relève de la liberté d'expression, la pensée (liberté d'esprit) est alors subordonnée à la tyrannie de l'opinion (liberté d'opinion). Dans ces conditions de relativisme ambiant, une pensée vaut une opinion, et vice-versa. Si telle est la tendance dominante dans le monde de la liberté d'opinion - accentuée par une interprétation erronée du principe d'égalité -, alors toute question faisant débat sera systématiquement close pour cause de relativisme ou/et cause de dogmatisme (cf. Les fers de l'opinion, par Philippe Bénéton).

Dans le terme "expression", il semble donc pertinent de faire la part entre l'expression d'une opinion et l'expression d'une pensée (liberté d'esprit).
La "liberté de l'esprit" peut être définie comme étant "l'indépendance de l'esprit à l'égard de la tradition, de l'autorité, des croyances établies, des préjugés ou disposition de l'esprit qui est délivré de toute préoccupation, de tout embarras." (Dictionnaire du CNRTL). Mais c'est bien le cheminement de la pensée (artistique, intellectif, etc.) qui permet de se démarquer de la simple opinion.

descriptionLa liberté d'expression - Page 3 EmptyRe: La liberté d'expression

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Ce que vous dites est ma foi cohérent, Agur, quoi que je ne partage pas entièrement cette vision dichotomique entre une pensée épurée de toute opinion d'une part et l'opinion en générale d'autre part. Mais si l'on défend une liberté d'expression maximale, on se doit d'accepter toutes ses conséquences, comme par exemple une détérioration du niveau de pensée intellectuel.

descriptionLa liberté d'expression - Page 3 EmptyRe: La liberté d'expression

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Émile Faguet dans Le libéralisme (1902, chapitre VII, "de la liberté de la parole") plaide en faveur - entre autres raisons - de la liberté d'expression dans la mesure où celle-ci constituerait un pis-aller sinon un obstacle à la concrétisation d'actes condamnables :

Émile Faguet a écrit:
La parole est la première manifestation naturelle de la liberté de penser. Quand nous avons une idée, nous songeons d'abord à la dire. Est-ce un droit ou, en d'autres termes, l’État est-il raisonnable en nous le permettant, déraisonnable en nous le défendant ?
Il me paraît que dans l'état de société, tout doit être dit librement parce que non seulement l’État n'a rien à craindre à ce que tout soit dit, mais encore a un grand intérêt à ce que tout soit dit. Il n'a rien à craindre à ce que tout soit dit car s'il est vrai qu'une pensée s'irrite par la contradiction, il est bien plus vrai encore qu'elle s'irrite et s’aigrit par la solitude et par l'impossibilité de se répandre. Un crime est une pensée longtemps couvée, longtemps réprimée, qui n'a pu s'exprimer que par un acte. Comme « à raconter ses maux souvent on les soulage », à exprimer sa pensée on la libère et on s'en allège. C'est à retomber toujours sur le cerveau qui l'a conçue que la pensée y fait un trou et le fêle. Les femmes qui font des scènes ne tuent pas, du moins rarement. L'homme qui exprime sa pensée sur le gouvernement est un homme qui fait des scènes à la société. Il ne tuera pas, du moins ce sera très exceptionnel. L'assassinat politique était la règle dans les petites tyrannies antiques. Pourquoi ? Parce que toute liberté de parole et d'écriture y était proscrite et inconnue. De nos jours on tue encore de temps en temps parce que l'homme est un être naturellement homicide. Mais remarquez-vous que les hommes qui tuent ne sont jamais des orateurs ni des écrivains ? Ce sont des hommes à qui l'infirmité de leur cerveau impose précisément cette contrainte que le despotisme impose à tout le monde. Elle les met dans l'impossibilité d'exprimer, d'exhaler, de libérer leur pensée, et par conséquent de se débarrasser de l'obsession dont elle les tourmente. […] J'écris dans un pays où la liberté d'écrire est assez grande en faveur d'autres libertés qui me sont chères et de quelques idées générales auxquelles je tiens. J'ai écrit ainsi déjà trois ou quatre volumes. Je n'ai pas réussi du tout. Cela me donne uniquement la démangeaison d'écrire celui-ci, et l'insuccès de celui-ci me donnera la fureur d'en écrire dix autres. Si je n'avais pas le droit de parler, je ne sais pas ce que je serais devenu ou ce que je serais menacé de devenir. Les inconvénients résultant de la parole s'exerçant me paraissent donc beaucoup moindres que ceux de la parole réprimée, et par conséquent l’État n'ayant que le choix entre la parole étouffée ou la parole libre, en ce sens qu'il aurait beaucoup plus à craindre de la parole étouffée.


Que pensez-vous de cette théorie ?

descriptionLa liberté d'expression - Page 3 EmptyRe: La liberté d'expression

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Une pensée qui peut alimenter ce fil et nos réflexions respectives :

L'idée de la libre expression de l'opinion, qui ne saurait être séparée de l'idée d'une société libre, devient nécessairement le droit de présenter sa propre opinion, de la défendre et si possible de l'imposer, même si elle est fausse, erronée, néfaste. Mais si l'on voulait en revanche restreindre le droit à la libre expression de l'opinion, on se dirigerait immédiatement vers cette tyrannie qui est d'ailleurs la conséquence indirecte de l'opinion. L'antagonisme qui réside dans la notion de libre expression de l'opinion a pour effet que ce concept pose la société comme une société d'hommes libres, égaux, émancipés, tandis que son organisation effective fait obstacle à tout cela et produit un état de régression permanente des sujets pour le reproduire.

Theodor W. Adorno, Modèles critiques, chapitre "opinion - illusion - société".
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