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Quelle place accorder aux animaux ?

5 participants

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Je suis tout simplement passionnée par les animaux et je suis à la recherche de réponses en ce qui les concerne. Un sujet bien délicat qu'est la question de l'animal me direz-vous... En effet, je souhaite aller outre les concepts cartésiens que je trouve infondés. A savoir celui de l'animal machine ne pouvant éprouver de sentiments, n'ayant ni âme, ni pensée, ni intelligence. Les animaux ne peuvent avoir qu'un caractère étranger à nos yeux, nous ne les connaissons pas assez pour les juger... Je m'intéresse tellement à ce sujet que je souhaite y consacrer ma vie et la philosophie m'a ouvert les portes d'une certaine compréhension. J'espère, dans ma vie future, pouvoir faire changer les mentalités en replaçant l'animal à sa juste valeur.
Certains auteurs ont répondu à mes attentes. Je me dois notamment de citer Jacques Derrida et Boris Cyrulnik. Des lectures comme celles de Pascal Picq, Karine-Lou Matignon, Philippe de Wailly m'ont ouvert les yeux.

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Si d'autres perspectives vous intéressent, vous pouvez aussi voir du côté de Uexküll (Mondes animaux et monde humain), et Deleuze (quelques réflexions éparses dans divers ouvrages qu'il a écrit seul, ou à plusieurs mains, et dans l'Abécédaire, entretiens télévisés, il aborde la question). Connaître les thèses adverses est toujours un bon éclairage, vous pouvez donc aussi consulter Heidegger (Les concepts fondamentaux de la métaphysique, monde, finitude, solitude), que précisément Derrida tente de confronter, entre autres auteurs, dans l'Animal que donc je suis.

La question a notamment été abordée sur le forum dans ce fil de discussion : L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?
Je serais ravie de continuer d'en débattre philosophiquement, parce que c'est une question qui m'intéresse aussi, même si je ne partage pas les thèses de Derrida (votre signature illustre d'ailleurs parfaitement pourquoi, même si sur d'autres points que l'animalité, il m'arrive de trouver Derrida intéressant et inventif), donc si vous voulez ouvrir un nouveau sujet sur cette thématique, vous aurez au moins un interlocuteur, voire plus.

Concernant les thèses de Descartes, il ne faut pas oublier qu'il est l'homme d'une époque, celle qui a vu le triomphe de la physique mécaniste. Peu nombreux sont ceux qui, dans le domaine philosophique, pensent encore aujourd'hui que la différence essentielle entre l'homme et l'animal, repose sur le fait que l'animal est une machine, ne serait-ce que parce que la conception même du vivant a évolué. Sur la question, je vous recommande Canguilhem, un auteur que je trouve passionnant, qui cherche à penser le vivant, indépendamment des évaluations que les hommes en font, mais au niveau du vivant lui-même. Les perspectives qu'il ouvre sont intéressantes non seulement pour la question de l'animal, mais aussi pour celle du monstre.

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Intemporelle a écrit:
Concernant les thèses de Descartes, il ne faut pas oublier qu'il est l'homme d'une époque, celle qui a vu le triomphe de la physique mécaniste. Peu nombreux sont ceux qui, dans le domaine philosophique, pensent encore aujourd'hui que la différence essentielle entre l'homme et l'animal, repose sur le fait que l'animal est une machine, ne serait-ce que parce que la conception même du vivant a évolué.

On peut aussi dire que d'un côté on rapproche l'animal de l'homme en le dotant d'intelligence (ce qui relève en fait chez l'homme du mécanisme lié à l'habitude et à l'action) et que de l'autre on fait de l'homme un animal parmi les autres, voire qui serait le plus dégénéré du règne animal tout en étant une machine lui aussi, bien entendu déterminée par ses besoins. On risque alors de ne plus penser la singularité de l'animal lorsqu'il est humain ou non. Éventuellement, on légitimera la brutalité humaine à l'égard des autres humains et animaux puisqu'il sera considéré comme l'animal le plus cruel et féroce, mauvais par nature, là où l'on prendra parti pour les animaux qui ont eux l'avantage d'être innocents. Par ailleurs, je crois qu'il y a plus de personnes qu'on ne pense qui traitent leurs animaux comme des humains, voire mieux qu'elles-mêmes et qui leur prêtent des sentiments ou une conscience du fait même que leur animal leur paraît intelligent et que liés émotionnellement à eux elles projettent sur eux leurs propres états et attentes.

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Silentio a écrit:
On risque alors de ne plus penser la singularité de l'animal lorsqu'il est humain ou non.

Je suis tout à fait d'accord sur ce point. S'il faut nier la différence des animaux non humains, pour leur reconnaître une valeur, on rentre, à mon sens, dans une logique de pensée dangereuse, où finalement n'a de valeur que ce qui est assimilable à l'humain.

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A vrai dire je pointais plutôt l'excès inverse, même si la conséquence est la même (on ne pense plus la différence), à savoir celui de trop animaliser l'homme pour revaloriser l'animal, au risque aussi de privilégier l'animal par rapport à l'homme, quitte à faire de l'homme un bourreau que l'on voudra culpabiliser en en faisant l'animal le plus mauvais du règne animal - ce qui toutefois reviendrait à légitimer son comportement, naturalisé, à l'égard des autres animaux. Bref, il existe une dérive "fasciste" de l'écologie, mais elle est inconsistante car contradictoire : l'animal a plus de dignité que son agresseur, l'homme ; mais 1) c'est rejeter l'animal homme alors qu'on veut revaloriser l'animal en mettant l'homme, son égal, au même niveau, d'où 2) il n'y a pas égalité mais nouvelle hiérarchie à la faveur de l'animal et 3) possibilité de naturaliser la violence de l'homme, donc de reconnaître qu'il peut naturellement exercer sa force et sa domination sur les autres animaux, d'autant plus qu'il n'est pas un animal comme les autres, ou bien encore 4) éradiquons l'homme puisqu'il est dangereux. De toute façon, 5) on ne pense plus l'homme en tant que tel, sa singularité, puisqu'il est réduit à ses besoins, son animalité, sa violence, sa force. Mais si l'homme est un animal, et si l'animal est un homme comme les autres, pourquoi vouloir détruire ou punir, ou simplement dévaloriser l'humanité ? N'est-ce pas finalement aller contre l'animalité ?

Au contraire, il me semble qu'il faut dire que l'homme est un animal, mais pas n'importe lequel, qu'il est un animal singulier et que l'humanité diffère de la simple animalité ; tandis que l'animal n'est pas non plus rien, même s'il n'est pas humain. Mais la différence n'implique pas une supériorité de l'homme, sinon dans ce qui lui est propre, à savoir la responsabilité relevant de la moralité, laquelle découle de la liberté et de la conscience réflexive qui prennent appui sur une strate ontologique réelle. Par ailleurs, l'intelligence n'est pas le propre de l'homme, ce serait au contraire la pensée, qui implique elle-même une responsabilité (notamment en ce que l'homme se découvre fragile, il est un animal fou ou malade) à l'égard de ce qui constitue les relations et conditions nécessaires à la vie humaine. Par exemple, l'environnement et la faune qui le compose. L'homme, inapte à vivre, a inventé la raison comme instrument, comme béquille, pour maîtriser le monde en le calculant. Mais il ne diffère pas en ce sens de l'animal. Il forme un monde d'habitudes en vue de l'action pour survivre dans un monde incertain.
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