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La petite fille de 4 ans, la SPA, le méchant chien, la justice, et SES PARENTS

4 participants

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Poussepain a écrit:
friedrich crap a écrit:
Oui... naturellement vous avez compris que de mon côté, j'ai été surtout horrifié par l'attitude de la famille, soucieuse de trouver des coupables !

Si au delà de l'espèce vous préférez vous interroger sur la judiciarisation et la responsabilisation croissante de la société, ce qui est plus intéressant, je suis partant.

C'est exactement cela, le reste... je n'en ai que faire et je plains et la petite, et sa famille. La complexité éventuelle (il y a plus complexe) de cette affaire ne m'avait pas échappé. Je me suis expliqué plus au-dessus sur les interventions qu'il m'arrive de produire dans cette rubrique.

Pour vous donner un biscuit (vous n'avez rien d'un chien enragé, rassurez-vous) je vais me permettre une sentence : "Plus le Droit ratiocine et tranche, là où l'intelligence des individus et des institutions aurait dû suffire, plus il contribue à la déresponsabilisation, à la crainte de l'autre, à l'esprit de calcul et donc à l'abrutissement général".

friedrich crap.

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C'est marrant, je disais exactement la même chose de la technique il y a quelques jours. Dans une vidéoconférence, Michel Serres expliquait que l'on est dans une période où le savoir augmente, se partage, et ce de manière exceptionnelle, mais que par les ordinateurs (par exemple) il se tient devant nous, à notre disposition ; paradoxalement on s'en trouve donc aussi privé ou démuni puisqu'il nous est extérieur. On devient vide pour accueillir l'Autre. Ce serait même le cas dans l'éthique ou la morale qui nous est proposée aujourd'hui. Bref, tout est bon pour nous abrutir (et nous divertir). En matière de technique surtout, nous dépendons de plus en plus des machines et nous perdons nos capacités. Nous pouvons appuyer sur un bouton pour faire des choses extraordinaires (au sens où l'électricité nous donne une lumière artificielle) mais nous-mêmes ne savons plus faire de feu, et nous savons à peine comment fonctionnent nos installations. On se repose sur ce qui semble être acquis mais qui finit bien plus par nous posséder en nous dépossédant de notre initiative, de notre intelligence (elle demande de la mettre en pratique, elle n'est pas figée et donnée). Rousseau avait bien compris (encore une fois !) que le progrès scientifique ne s'accompagnait pas du progrès moral, ils vont même en sens contraire. Certes, nous ne voulons plus être astreints à la morale, mais on peut remplacer le terme par un certain savoir-vivre. Dans le cas du droit, non seulement je crains que son excès aille contre la liberté mais aussi contre notre propre maîtrise de soi et notre usage de la raison (et d'une certaine manière, à partir du moment où l'on repose sur autre chose que soi pour décider à notre place, à partir du moment où l'on n'est plus autonome, et que l'on ne sait plus juger ni avoir la force de juger par soi-même, eh bien on ne sait plus ni être capable d'user de sa liberté - c'est-à-dire choisir, assumer une prise de risque en toute conscience contre la doxa ou la norme - ni être libre en définitive). On est dans une société infantile ; Kant dirait avec raison que nous ne sommes toujours pas sortis de notre état de minorité, et même que nous ne voulons pas en sortir (parce qu'au fond, tout dépend de l'utilisation qui est faite de et de la place accordée à ces domaines : que ce soit le droit, la technique et même la communication pendant qu'on y est !), quoiqu'il soit difficile de se séparer intégralement de ce à quoi nous sommes habitués (il n'est pas question de se séparer du droit ou de la technique, mais d'en avoir un usage différent parce que cela a des répercussions sur la façon dont nous vivons et pensons - mais peut-être aujourd'hui ne faisons-nous que trop prôner la Vie au détriment de la pensée ? Ce qui finirait par produire une vie médiocre ?).

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Silentio a écrit:
Dans le cas du droit, non seulement je crains que son excès aille contre la liberté mais aussi contre notre propre maîtrise de soi et notre usage de la raison (et d'une certaine manière, à partir du moment où l'on repose sur autre chose que soi pour décider à notre place, à partir du moment où l'on n'est plus autonome, et que l'on ne sait plus juger ni avoir la force de juger par soi-même, eh bien on ne sait plus ni être capable d'user de sa liberté - c'est-à-dire choisir, assumer une prise de risque en toute conscience contre la doxa ou la norme - ni être libre en définitive). On est dans une société infantile ; Kant dirait avec raison que nous ne sommes toujours pas sortis de notre état de minorité, et même que nous ne voulons pas en sortir.

Voilà tout est dit.

Mais les passionnés du Droit ne seraient pas contents de nous : vous parliez d'inadaptation à propos des philosophes ? J'en connais d'autres formes, dans d'autres types d'activité de la pensée...

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friedrich crap a écrit:
C'est exactement cela, le reste... je n'en ai que faire et je plains et la petite, et sa famille. La complexité éventuelle (il y a plus complexe) de cette affaire ne m'avait pas échappé. Je me suis expliqué plus au-dessus sur les interventions qu'il m'arrive de produire dans cette rubrique.

Pour vous donner un biscuit (vous n'avez rien d'un chien enragé, rassurez-vous) je vais me permettre une sentence: " Plus le Droit ratiocine et tranche, là où l'intelligence des individus et des institutions aurait dû suffire, plus il contribue à la déresponsabilisation, à la crainte de l'autre, à l'esprit de calcul et donc à l'abrutissement général"

friedrich crap.

Il n'est jamais bon de s'aventurer en terre de philosophie armé d'un glaive et d'une balance, mais si le droit "ratiocine", "tranche" et semble souvent aller à l'encontre du bon sens c'est qu'il réfléchit à l'échelle de la société.

Je suis d'accord avec vous pour dire que les parents ont une responsabilité dans cette affaire (au sens commun), ma maman m'a toujours dit de ne pas laisser les chiens à proximité des enfants (l'enfant dormait à côté du chien). Donc selon vous le bon sens veut que les parents soient responsables, et qu'ils assument leur responsabilité et leur culpabilité (au sens commun) envers leur enfant.

Il y a sans doute un petit fond de pensée chrétienne derrière cela mais le droit lui ne raisonne pas ainsi, car il ne s'intéresse qu'à deux choses : la réparation et la sanction d'une imprudence, car son intérêt est de "remettre les choses en ordre", afin d'apaiser les tensions et d'éviter la reproduction de telles situations.

Pour la réparation, c'est savoir qui paye les soins et le préjudice, il s'agit du propriétaire du chien, donc les parents (ou l'enfant si le chien lui a été offert) ce n'est pas satisfaisant, du moins pour le préjudice (l'enfant ne va pas réparer son propre préjudice alors qu'il est non fautif, si c'est les parents ça peut se comprendre, encore que : est-ce bien sain pour la famille ?)

Quant à la sanction, la question est de savoir si l'on peut vendre un chien qui est potentiellement dangereux, sans en avertir l'acquéreur. Il est normal que la société se prononce là-dessus. Mais ici les parents n'ont plus rien à voir avec l'affaire.

Alors tout préjudice a-t-il vocation a être réparé ? Voilà la question qu'il faut se poser si vous voulez réintroduire le bon sens dans les ratiocinations du droit.

Dernière édition par Poussepain le Lun 25 Juil 2011 - 22:30, édité 1 fois

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Poussepain a écrit:
C'est qu'il réfléchit à l'échelle de la société.

C'est quoi l'échelle de la société ? Le Droit n'aurait-il justement pas cette prétention, si ce n'est d'être l'échelle, tout au moins d'être l'aune de toute chose ?

C'est justement ce que l'on peut lui reprocher (merci de prendre en compte aussi ce que dit Silentio).

Poussepain a écrit:
car il ne s'intéresse qu'à deux choses : la réparation et la sanction d'une imprudence, car son intérêt est de "remettre les choses en ordre", afin d'apaiser les tensions et d'éviter la reproduction de telles situations.

Attention aux raisonnements autojustificateurs : ce n'est effectivement que si vous concédez que le Droit ne s'intéresse qu'à la réparation et à la sanction que vous trouverez un intérêt à porter cette affaire en justice. Heureusement, beaucoup de penseurs et de théoriciens du Droit vont bien plus loin que vous dans les axiomes juridiques comme dans les finalités de la justice et ne s'appuient pas uniquement sur la réparation et la sanction ! (relisez Rawls, entre autres).

Que le ministère public et les magistrats en général acceptent de plus en plus souvent de prendre en considération tel ou tel dossier ne relève pas toujours de la philanthropie juridique...

Poussepain a écrit:
Alors tout préjudice a-t-il vocation a être réparé ? Voilà la question qu'il faut se poser si vous voulez réintroduire le bon sens dans les ratiocinations du droit.

Ah ! Je ne vous le fais pas dire !

En effet, il y a bien des façons de progresser dans l'éducation, dans la vie, et même à l'échelle de la société plutôt qu'avec cette sacrosainte "réparation" (qui me semble sentir encore plus fort que tout à l'heure le christianisme, mais bon j'ai peut-être le nez bouché)

Les anciens ont une expression qui n'intéresse pas le juriste des temps modernes (qui peut plancher 4 heures pour savoir qui doit couper la branche de l'arbre sur un terrain mitoyen, ou pour en cueillir les fruits, selon qu'ils sont tombés parterre ou non) ; dans la vie, toutes les notes se paient.

Cette famille a payé la note, croyez-moi, le reste... je le laisse volontiers à la justice, qui tranchera. Après tout, c'est son boulot. Qu'elle travaille, ici on pense.
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