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L'utilisation de la biologie dans les sciences humaines.

4 participants

descriptionL'utilisation de la biologie dans les sciences humaines. EmptyL'utilisation de la biologie dans les sciences humaines.

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Les héritiers de Comte estimaient que l'utilisation de la biologie était nécessaire pour le progrès de la sociologie. Qu'en est-il en sociologie ? La sociobiologie semble se résumer, bien souvent, à l'application de la théorie des jeux (donc sans grand rapport avec la biologie) ou des analogies avec d'autres animaux non humains. Or, la biologie semble outrepasser son domaine et finalement, expliquer une partie de la culture par la biologie pourrait paraître une entreprise réductrice. En psychologie, il existe une branche qui est la "psychologie évolutionniste". Qu'en est-il des autres sciences humaines ? On voit dans l'histoire des idées que, depuis au moins l'affaire Dreyfus (me semble-t-il), on regarde la biologisation des êtres humains d'un air suspect (même ceux qui auraient des motifs "scientifiques"). Bien souvent, on soupçonne toute entreprise "biologisante" d'être marquée du sceau de l'idéologie, avec une tentative de justification (entre autres) du racisme et des inégalités sociales.

Même si la biologie paraît incontournable pour comprendre les faits sociaux, on pourrait mal voir son application concrète. Nous sommes des êtres biologiques (avec des organes, des flux, etc) donc l'explication par la biologie pourrait paraître pertinente. Néanmoins, bien souvent, lorsqu'on a l'occasion de lire ou d'entendre des explications d'ordre biologique, le gros problème est que ça semble "dédialectisé". C'est-à-dire qu'on explique qu'il y a tel pourcentage d'hormones, de phéromones, etc, dans le corps humain pour tenter "d'expliquer" le comportement humain. On se pose la question : "et alors ?" ; là est seulement dressé un portrait abstrait, purement théorique, ce qui serait intéressant de savoir est ce qui a trait à la vie quotidienne, des circonstances concrètes, non ? C'est là que l'articulation entre les sciences naturelles et les sciences humaines serait bénéfique, néanmoins, elle ne semble jamais se réaliser. En partie à cause de l'hyper-spécialisation et sans doute le conformisme (le désir de vouloir être à tout prix une "science dure"), qui participent à cette absence de dialectique. Selon vous, est-il nécessaire pour le progrès des sciences humaines de faire appel à la biologie pour expliquer les phénomènes sociaux ? Le dialogue est-il impossible ?

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Je regrette que personne ne se prononce à propos de ce sujet intéressant.

Kthun a écrit:
la biologie semble outrepasser son domaine
Que voulez-vous dire ? Pouvez-vous apporter quelques précisions ?

Kthun a écrit:
Qu'en est-il des autres sciences humaines ?
Il y a des tentatives, me semble-t-il, dans l'ethnologie et dans l'anthropologie. L'éthologie en a incité plus d'un, à partir des travaux de Lorenz, à s'aventurer dans une éthologie appliquée aux hommes. Avec les difficultés que ça implique. Quid de l'éthique ? Éthologie et éthique ont la même racine : ἠθικός, à cette différence près qu'on ne saurait parler de mœurs animales, mais seulement de comportements animaux. Si les hommes ont des mœurs, il est difficile d'échapper à des jugements moraux, d'éviter des jugements de valeur. La sociobiologie n'a pas bonne presse parce qu'on craint probablement d'alimenter l'argumentaire de ceux qui voudraient n'étudier les hommes que dépouillés de toute morale. La sociobiologie est-elle une pousse-au-crime ?

Kthun a écrit:
ce qui serait intéressant de savoir est ce qui a trait à la vie quotidienne, des circonstances concrètes, non ? C'est là que l'articulation entre les sciences naturelles et les sciences humaines serait bénéfique, néanmoins, elle ne semble jamais se réaliser.
C'est aussi et surtout une question de critères épistémologiques. A partir de quand le recours à une explication biologique est-elle pertinente ? Si on peut expliquer un événement, un acte, etc., d'un point de vue politique, psychologique, philosophique, etc., et que l'explication donnée semble satisfaire le besoin ou la nécessité de comprendre, que reste-t-il à comprendre ? Par exemple, si je mange, je peux l'expliquer par le besoin. C'est naturel et ça implique un rythme biologique auquel je me soumets pour survivre. Mais si le contexte dans lequel je mange montre que je mange avec des amis, au restaurant, et que c'est à l'occasion de l'anniversaire d'un des commensaux ? On voit bien que la biologie n'explique pas l'événement. C'est pourtant un événement fort répandu, qui appartient à la vie quotidienne. Ainsi, il faudrait pouvoir déterminer les objets non biologiques qu'une explication biologique serait susceptible d'expliquer, d'éclairer. Or, le peu que je connais de la chose me laisse penser que l'objet principal de la sociobiologie est la culture, un objet général, vague, mal conceptualisé, que l'on juge à la fois identitaire (identité collective), durable, mais évolutif, voire en constante évolution. Mais quelles peuvent être les catégories (au sens aristotélicien) de la culture ? La religion, le sport, l'art, le jeu, la politique, etc. ? Ça fait beaucoup de choses mal déterminées pour que l'articulation du biologique et des sciences dites anthropologiques soit à la fois épistémologiquement pertinente et techniquement commode à mettre en œuvre (quelles procédures, quelles méthodes, etc. ?).

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Je pense que les phénomènes sociaux ont une cause biologique. Il faut bien évidemment comprendre la culture comme ayant pour base l'état de nature de l'homme. Et si la culture domestique l'homme, ce dernier n'en reste pas moins un être biologique qui réagit selon des lois autres que celles faites par lui-même. Je pense que les phénomènes sociaux peuvent expliquer des comportements biologiques et les phénomènes sociaux peuvent être expliqués par des comportements biologiques. Si la société est née sur une base naturelle, elle a su évoluer par elle-même, à force de codes et de règles, elle a réussi à déclencher des comportements biologiques par des phénomènes culturels, comportements qui n'auraient pas lieu d'être si la culture ne l'avait pas permis.

Quant à l'éthique, c'est le principal problème des sciences humaines. Parler de l'homme est difficile car il faut prendre en compte sa morale. J'ai d'ailleurs tendance à être critiqué quand je parle des comportements humains car j'ai une légère tendance à avoir des idées très arrêtées sur le sujet. D'un point de vue purement scientifique, on ne pourra nier la futilité et la contradiction qui fait l'être humain dans ses comportements. L'être humain se veut moral mais dans ses actes, et cela me semble fondamental, il est ce qu'il critique. Du moins il me semble. Et c'est exactement le principe qui sert de base critique aux sciences humaines. Les sciences humaines se proposent d'expliquer ce que l'homme est, mais qu'il refuse de voir. Les critiques qui ont été faites sur la théorie existentialiste de Sartre montre, selon moi, qu'il semble difficile d'accepter que nos erreurs nous soit dues.

La sociobiologie permet le lien entre la sociologie et la biologie. Mais la multiplicité des causes qui font les conséquences étudiées, rendent les études complexes et imprécises.

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Euterpe a écrit:
Que voulez-vous dire ? Pouvez-vous apporter quelques précisions ?

J'ai l'impression que, bien souvent, on supplante la "rationalité instrumentale" (dont la conceptualisation date de plusieurs siècles) par une "rationalité biologique".
En gros, le terme apparaîtrait ainsi "scientifique" grâce au vernis "biologique" ("survivance du plus apte") alors que le raisonnement est peu ou prou le même que l'utilitarisme d'un Bentham.

jeje62 a écrit:
Si la société est née sur une base naturelle, elle a su évoluer par elle-même, à force de codes et de règles, elle a réussi à déclencher des comportements biologiques par des phénomènes culturels, comportements qui n'auraient pas lieu d'être si la culture ne l'avait pas permis.

Ça ressemble à la thèse de Sahlins pour lequel l'humain, devenant de plus en plus complexe, se dépouille en parallèle de l'influence du "biologique" pour laisser la place à l'influence du culturel.

Euterpe a écrit:
La sociobiologie n'a pas bonne presse parce qu'on craint probablement d'alimenter l'argumentaire de ceux qui voudraient n'étudier les hommes
que dépouillés de toute morale. La sociobiologie est-elle une pousse-au-crime ?

jeje62 a écrit:
Quant à l'éthique, c'est le principal problème des sciences humaines. Parler de l'homme est difficile car il faut prendre en compte sa morale. J'ai d'ailleurs tendance à être critiqué quand je parle des comportements humains car j'ai une légère tendance à avoir des idées très arrêtées sur le sujet. D'un point de vue purement scientifique, on ne pourra nier la futilité et la contradiction qui fait l'être humain dans ses comportements. L'être humain se veut moral mais dans ses actes, et cela me semble fondamental, il est ce qu'il critique. Du moins il me semble. Et c'est exactement le principe qui sert de base critique aux sciences humaines. Les sciences humaines se proposent d'expliquer se que l'homme est, mais qu'il refuse de voir. Les critiques qui ont été faites sur la théorie existentialiste de Sartre montrent, selon moi, qu'il semble difficile d'accepter que nos erreurs nous soit dues.

Je ne crois pas que les sciences humaines ou la philosophie aient attendu la biologie pour avoir des conceptions "amorales" de l'Homme.
Je pense notamment aux vulgates marxistes et freudiennes. Réduire l'être humain à un être de pulsions (que la civilisation refoule) ou agi par des forces sociales. Ce qui nous amènerait à envisager la morale, les normes, les conventions sociales comme étant "arbitraires" ou le résultat de conflits latents. Ne parlons pas du constructivisme, qui s'est propagé dans les sciences sociales, que l'on résume souvent par "tout est construction sociale". De plus, l'hyper-relativisme conduit au relativisme axiologique, bien souvent. Tout ça pour dire que la biologie n'est pas responsable au premier chef de ce phénomène.
Depuis l'affaire Dreyfus, où les anti-dreyfusards faisaient appel à la biologie, pour donner une caution "scientifique" à l'antisémitisme, il me semble que l'on discrédite d'avance et sans examen l'intrusion de la biologie dans les sciences humaines (du moins en France). Plus récemment, si la réception du livre de Wilson fut polémique, c'est sans doute car on estimait que le livre consistait à légitimer les inégalités sociales (en les essentialisant) voire en les encourageant ("loi de la nature").
J'ai moi-même pu entendre des universitaires (tout particulièrement un démographe) fustiger l'application de la biologie aux Hommes car ce serait faire le lit du racisme. Or, bon, je suspecte la plupart de ne pas avoir examiné de quoi il retourne précisément (donc d'exprimer avant tout leurs préjugés).

Par conséquent, on constate, malheureusement, en France, une séparation disciplinaire à peu près nette entre les sciences de la nature et les sciences humaines. Les uns ne souhaitant pas se mélanger avec les autres, dans l'espoir de conserver le statut de "science dure". Tandis que les partisans des sciences humaines condamnent immédiatement l'intrusion de la biologie, par conséquent, ils ne profitent pas des connaissances ainsi que des avancées de cette dernière (ils sont incultes). Par conséquent, le fossé se creuse entre les sciences humaines et la biologie, du moins en France.

Je vais développer en expliquant ce qui m'a motivé à élaborer ce topic. Car on pourrait aller au-delà de l'application de la biologie dans les sciences humaines. J'ai constaté que, dans la vie quotidienne, les individus "non-intellectuels" accordent une place importante à la vulgate biologique dans l'explication des phénomènes sociaux. Par exemple, on entend dire que le "phénomène amoureux" dure 3 ans. Il y a aussi une grande place accordée à la "psychopathologie", c'est-à-dire catégoriser un comportement en société (par exemple "la dépression", "l'insomnie"). Les deux dimensions se rejoignent chez la figure du psychiatre.
Il y a l'illusion de comprendre quelque chose à la vie en société avec l'importance accordée au biologique (avec le corps) et le psychique. Du coup, j'émets l'hypothèse que les intellectuels et les praticiens des sciences humaines souhaitent se "couper" de la "masse" (qui considèrent que les sciences humaines ne sont pas "scientifiques", contrairement à la biologie). Par conséquent, cela participe, sans doute, du rejet du biologique (identifié comme "l'opium des masses") par les sociologues et autres.

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Dire que l'application de la biologie à l'homme ferait la base du racisme est absurde. Il est évident que nous n'avons pas tous les mêmes capacités à survivre et je doute que l'on puisse déterminer des « races » dans l'espèce humaine. Et une supposée supériorité d'une prétendue « race » est d'autant plus absurde que nous sommes issus d'un « mélange » de gènes et la préservation d'une prétendue « pureté » ne ferait qu'appauvrir la diversité génétique et donc la prétention d'une supériorité. L'eugénisme a là bien plus de poids et d'intérêt, et cela implique l'abolition du racisme. Je pense d'ailleurs que l'eugénisme s'applique de façon naturelle, en effet les individus d'une population qui possèdent une anomalie génétique ont tendance à ne pas survivre et donc ne transmettent pas l'anomalie. Or notre morale empêche cela. Je ne critique pas, je constate :).

La vulgarisation des sciences a causé de nombreux contresens et des déformations. Les populations ont une fâcheuse tendance à utiliser les termes scientifiques à tort. Et que ce soit en biologie ou en sciences humaines, il est toujours agaçant d'entendre des gens parler de choses dont ils ont une mauvaise connaissance, surtout quand ces derniers vous assurent qu'ils ont raison. Et cela est constaté dans tous les domaines. Et ce n'est là encore qu'un constat, car j'ai moi-même tendance à parler de choses dont je n'ai pas la totale maîtrise.

Eh bien je pense que l'on a le même phénomène dans les sciences humaines et dans la philosophie, on observe un certain élitisme de ces disciplines. Le rejet de la biologie montre ce phénomène. Le rejet des sciences humaines par la biologie est certainement dû au manque de précision et au manque de preuves. Quand on observe un être humain, on peut être sûr de son état de santé, car on possède des moyens de vérification fiable. Mais en ce qui concerne son état mental, l'on ne peut être sûr de rien. Et c'est ce manque de fiabilité qui, je pense, participe du rejet des sciences humaines par la biologie.
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