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Le Temps.

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Euterpe
Liber
euthyphron
Silentio
8 participants

descriptionLe Temps. EmptyRe: Le Temps.

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La conception cyclique en spirale du temps mais avec un décalage linéaire à chaque spirale.

En effet, selon cette conception ancienne, le temps n’existe pas en soi, il est un concept inséparable de la Manifestation relative. Les textes de la tradition védique parlent d'espace-temps-causalité pour éviter la séparation de l'indivisible.
La Manifestation est cyclique, elle suppose tout à la fois un pouvoir de Création, de Maintien et de Destruction dans un équilibre instable, tout au long du processus de Devenir.

La cosmologie indienne admet une théorie complexe du temps cyclique qui, loin de se cantonner à un simple récit mythique des origines du monde (par opposition à la représentation catholique), livre une analyse mathématique précise. Le temps, selon cette représentation n’est pas le temps historique, mais le Temps de la Nature dans lequel l’Histoire vient prendre place. Ainsi, la représentation temporelle de l'Histoire dans les régions occidentales n’est qu’une très faible portion du Temps, "un battement de cils dans la respiration de l’infini".
Le Temps de la Nature est analysé dans des boucles ou spirales qui elles-mêmes contiennent d’autres boucles. Il n’y a ici ni commencement absolu du temps, ni fin absolue, mais une pulsation rythmique de la Manifestation. Il est dit que la Manifestation est un jeu de l’Absolu avec lui-même et qu’à chaque jet de dés, une nouvelle combinaison des possibles advient, reprenant les éléments antérieurs pour les disposer autrement.
Cette représentation du temps historique enveloppe l’apparition de toutes les civilisations, de leur grandeur, de leur apogée et de leur fin.
Ainsi, il est possible de dire, au regard de cette théorie, que la représentation linéaire du temps est une "vision myope", une vision à très courte vue.
Dans la représentation védique du temps, le mythe du progrès a sa place, l’avènement d’une sorte d’Âge spirituel est tout à fait concevable ; la construction hégélienne de l’Histoire s’y intègrerait à merveille (pour Hegel, c'est la Raison qui est le véritable sujet de l’histoire)… Il n’est aucunement question d’un achèvement définitif, voire éternel. Même si un Âge d'Or s'ouvrait à nous, il finirait par succomber à sa propre perfection.
Ainsi, des aurores naissent perpétuellement au même titre que des déclins.
La représentation cyclique du temps est en connexion avec le Sacré, contrairement à la représentation linéaire. Il s’agit d’une conception élaborée, qui englobe le "Tout" et qui renvoie aux origines de l’Homme.

descriptionLe Temps. EmptyRe: Le Temps.

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Une ou deux remarques rapides (forcément ridicules, face à un tel sujet).
Jankélévith reproche à Nietzsche sa conception de l'Éternel Retour en ce qu'elle nie la considération fondamentale et l'essence de la temporalité, savoir l'irréversibilité (d'où le titre de son bouquin : l'Irréversible).
L'irréversible est l'essence du temps aux deux sens que donnait Spinoza (ici ce n'est pas Jankélévitch, c'est ma propre présentation, hein, je ne fais pas de contre-sens, je ne cite plus Jankélévitch) : "ce sans quoi la chose ne peut ni être conçue" et "ce qui, sans la chose, ne peut ni être ni être conçu". Jankélévitch croit que sans le temps, on ne peut pas penser l'irréversibilité, que l'homme n'aurait jamais pu parvenir à ce concept de l'irréversible si le temps n'existait pas. A partir de là, l'idée d'un Éternel retour est dénoncée par Janké comme une monstruosité. Il ne s'agit même pas d'essayer de discuter (j'ai mentionné ce point dans un autre sujet, devant l'incompréhension, j'ai laissé tombé l'affaire) ce qui est seulement monstrueux.
Nietzsche ne pensait pas autre chose : l'Éternel retour, c'est effrayant, monstrueux, insoutenable (et pas une pensée tranquille, logique et cool). La suite l'a confirmé.

Pour ce qui regarde Heidegger, on va me pardonner j'espère (j'ai prévenu, on travaille à la truelle, à la pelleteuse, il serait dommage que je sois le seul à être privé des instruments), son interprétation de l'Éternel retour (dont il souligne aussi, mais de façon beaucoup plus décalée — je ne développerais pas ici mais je veux bien y revenir — le caractère "monstrueux") surprend moins. Il s'agit du temps, de la temporalité ? Ce qui veut dire la venue en présence de ce qui est. Par conséquent de l'Être (de l'étant ; l'Être, c'est la force qui fait advenir et présenter à la présence ce qui est, l'étant, d'où le titre du fameux ouvrage de 1927, Sein und Zeit (Être et temps) qui inquiète et déstabilise bien des débutants en philo. Mais Heidegger, disais-je, n'est pas déstabilisé, ici : l'Être de l'étant, c'est la volonté de puissance ? Elle veut quoi, la volonté de puissance ? Elle-même (toute autre réponse est devenue impossible, pas de la faute de Nietzsche ou de qui que ce soit, c'est comme ça, c'est tout. "Le capitalisme", par exemple, il veut quoi ?). Ceci veut dire que la volonté ne peut plus que se vouloir elle-même. Ce que Heidegger appelle "volonté de volonté". Un serpent qui se mord la queue, il est déjà dans la panoplie de Zarathoustra. La volonté ne peut que se vouloir elle-même.
Que le temps ne soit que reproduction, Éternel retour du même, apparaît désormais comme une conséquence obligée.

descriptionLe Temps. EmptyRe: Le Temps.

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L'éternel retour me pose un problème. Je suis plutôt enclin à y croire, surtout lorsque je pense le temps en rapport à l'éternité, c'est-à-dire comme une cassure ou une ouverture de l'éternité au temps (l'ex-istence et la conscience supposent la division, la négation, qu'il y ait partition), toutefois si l'univers et le temps devaient prendre fin un jour ils s'aboliraient eux-mêmes et cela de manière rétroactive. Or nous existons toujours, nous sommes toujours déjà là. Mais en même temps, s'il est certes monstrueux de se dire que tout est susceptible de revenir à l'identique, on vivra toujours le retour (sauf lors de la prise de conscience et de son vertige) comme si c'était la première fois. De sorte que l'on peut avec Spinoza sentir ou expérimenter que nous sommes éternels dans l'instant et son intensité mais que nous ne vivons jamais que le présent qui s'actualise et c'est comme s'il n'y avait pour nous qu'un seul maintenant et qu'une seule existence orientée d'un début vers une fin. Peut-on alors vraiment penser que l'éternel retour supprimerait la mort pour n'affirmer que la vie dans sa circularité (comme si avant et après la vie il y avait encore la même vie, comme si l'on relisait un roman) ? Peut-on vraiment se sentir justifié au regard de l'éternité (ce que je pense tout de même) ? Avec l'éternel retour on vaincrait la mort parce que l'on saurait que l'on vit et que l'on a vécu et que tout cela n'est pas condamné à redevenir poussière puisque cette vie est inscrite dans le temps et dans l'éternité, appelée à se répéter. Toutefois, puisque nous vivons comme pour la première fois, dans un présent qui se renouvelle, les répétitions éternelles se superposant, il apparaît que nous ne vivrons qu'absolument maintenant et que nous ne connaîtrons jamais une autre vie ou une nouvelle vie ou cette même vie après l'instant de notre mort.

descriptionLe Temps. EmptyRe: Le Temps.

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Pour croire en l'éternel retour, il me semble qu'il faille admettre deux postulats : le temps est infini, mais les possibilités d'existence ne le sont pas.
Si le temps est fini, tout s'arrêtera. Il me semble que c'est clair, à défaut d'être imaginable.
Si les possibilités d'existence sont infinies, rien ne se reproduit jamais, même en un temps infini.
Qu'en est-il ? Évidemment, je n'en sais rien. Mais je remarque que ce que nous vivons est le contraire de l'éternel retour : le temps nous est compté, donc est fini pour chacun d'entre nous, alors que les possibilités d'existence sont inépuisables. C'est ce qui rend la mort scandaleuse, voire effrayante. De là à dire que l'éternel retour n'est qu'une fiction destinée à nous rassurer, il n'y a qu'un pas.

descriptionLe Temps. EmptyRe: Le Temps.

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Silentio a écrit:
Avec l'éternel retour on vaincrait la mort parce que l'on saurait que l'on vit et que l'on a vécu et que tout cela n'est pas condamné à redevenir poussière puisque cette vie est inscrite dans le temps et dans l'éternité, appelée à se répéter. Toutefois, puisque nous vivons comme pour la première fois, dans un présent qui se renouvelle, les répétitions éternelles se superposant, il apparaît que nous ne vivrons qu'absolument maintenant et que nous ne connaîtrons jamais une autre vie ou une nouvelle vie ou cette même vie après l'instant de notre mort.

Il est évident que par cette pensée, Nietzsche a voulu vaincre la mort, ou peut-être plus finement, le pessimisme de la mort. Néanmoins, on ne peut pas se contenter d'y croire, il faut en avoir la certitude. D'où la révélation de Sils-Maria, l'événement décisif après lequel rien ne sera plus comme avant. Nietzsche se sait Dieu, mieux, Dionysos. L'éternité de la vie lui apparaît, non dans un au-delà, mais dans le cycle éternel des souffrances. Pensée semblable à celles qui frappèrent Bouddha dans sa jeunesse. Mais le nirvana de Nietzsche ne tend pas vers le calme de la mort, il est dans l'ivresse de la vie. Peu importe l'individu, il se sacrifie pour la vie, pour la surhumanité qui ne sera jamais qu'un lointain horizon, mais de plus en plus beau. C'est une pensée encore très pessimiste, mais qui contrairement à celles dénoncées par Bourget à propos de Dumas fils (je cite de mémoire, "la nature ne veut pas la mort, elle veut la vie, la mort n'est qu'un de ses moyens"), assume pleinement la souffrance. Il faut de la folie pour aimer la souffrance (ou être un dieu). Ni Gœthe ni Schopenhauer n'allèrent aussi loin que Nietzsche.
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