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A la recherche du philosophe.

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Euterpe
Silentio
magma
7 participants

descriptionA la recherche du philosophe. - Page 2 EmptyRe: A la recherche du philosophe.

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Que la connaissance permette de rendre justice est encore discutable. Conçue, disons pour baliser le terrain du vrai, elle a donné fort à faire au philosophe qui, occupé à établir l'impossible (un savoir total), ne s'est guère occupé de sagesse. Aristote n'a rien du sage, mais tout du savant. Platon lui-même n'a guère l'ouverture d'esprit de Socrate. Dès lors que l'enquête de la connaissance s'éloigne du sillon que laisse derrière elle la question du "qu'est-ce que c'est que ?", on est sorti en quelque manière de la philosophie.

Poser la question de l'être suffit, elle n'est pas faite pour qu'on y réponde, mais pour savoir qu'une fois posée la question, la question reste posée. On ne vit que d'incertitude, jusque dans les plus intimes de ses convictions. Le philosophe est occupé du juste. Quand il énonce le vrai ou qu'il se mêle de l'énoncer, il fait autre chose, et notamment cette sottise (cette folie) de croire que de la vérité surgissent les valeurs, ce qui équivaut à croire qu'il suffit de connaître un criminel, sa victime et les circonstances de son crime pour connaître la justice. Autant demander à un tétraplégique de courir, après lui avoir expliqué ce qu'est une jambe.

Dernière édition par Euterpe le Sam 23 Juil 2022 - 10:16, édité 3 fois

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Euterpe a écrit:
On ne vit que d'incertitude, jusque dans les plus intimes de ses convictions. Le philosophe est occupé du juste. Quand il énonce le vrai ou qu'il se mêle de l'énoncer, il fait autre chose, et notamment cette sottise (cette folie) de croire que de la vérité surgissent les valeurs, ce qui équivaut à croire qu'il suffit de connaître un criminel, sa victime et les circonstances de son crime pour connaître la justice.

Mais justement, la question de la justice se pose nécessairement, et ce d'autant plus que l'on mesure son ignorance et donc que l'on vit dans l'incertitude. Et c'est parce que la question pratique se pose avec nécessité qu'il faut parier sur un savoir fondé, quand bien même on ne saurait le fonder avec assurance.

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Silentio a écrit:
Mais justement, la question de la justice se pose nécessairement, et ce d'autant plus que l'on mesure son ignorance et donc que l'on vit dans l'incertitude.

On ne la mesure que si l'on est animé d'un certain savoir. Lequel ? Sachant que le savoir ne fait pas la vertu, il ne reste pas grand-chose, sinon un savoir qui m'enseigne qu'en fait de savoir, je ne sais rien. Or que sait-on que nous ne savons pas et qui nous enseigne ? Parce que, en l'occurrence, il faut éviter la posture comme la peste. On ne joue pas à savoir qu'on ne sait pas, on est mu par ce qu'on pourrait appeler à bon droit le tragique du philosophe véritable. Aucun juste qui ne soit déchiré par le devoir qui s'impose à lui et qu'il s'impose ; aucun juste qui ne soit tragiquement conscient de son insuffisance et de sa défaillance ; aucun juste qui ne s'impose de ne pas défaillir pour ne pas déchoir. Ce qu'il sait et qui lui enseigne que fondamentalement, il ne sait strictement rien, c'est tout ce qu'il n'a pas et avec quoi pourtant il doit faire ce qu'il a à faire.

Silentio a écrit:
Et c'est parce que la question pratique se pose avec nécessité qu'il faut parier sur un savoir fondé, quand bien même on ne saurait le fonder avec assurance.

On ne parie plus sur aucun savoir Silentio, à moins de n'être enseigné par rien. Le Platon de Syracuse s'est lamentablement raplati face au réel, comme Heidegger face à la réalité du nazisme installé sous ses yeux, là devant lui ; Hegel est un historien aussi lamentable qu'il fut un génial philosophe de l'histoire. On pourra multiplier les exemples pathétiques et cocasses du philosophe qui sait. Kant enfin n'a rien enseigné à Eichmann.

Il n'y a qu'un savoir pratique, et c'est l'expérience vécue, autrement dit l'expérience qui enseigne celui-là même qui la vit - or peu sont enseignés par l'expérience vécue : peu ont véritablement une expérience. Il n'y a d'expérience que celle qui nous rive au monde et aux hommes, qui nous rive ainsi à notre finitude, dont la mort n'est qu'un aspect.
Je l'ai dit en d'autres occasions, ou bien le philosophe se mêle d'histoire, ou bien qu'il continue à jouer avec ses coquillages en cessant de dicter son sens au monde. Le seul savoir vécu/vivant dont on peut espérer qu'il nous enseigne quelque chose, c'est l'expérience vécue, c'est l'histoire, individuelle et collective, autrement dit l'histoire d'ignorants qui ont agi, qui ont vécu, et qui, sachant même mal ce qu'ils faisaient en le faisant, ne savaient pas ce que ferait ce qu'ils faisaient.
En fait de savoir, on en est là, et on n'en a jamais été que là, aujourd'hui exactement comme hier. Se réfugier dans le savoir n'est jamais qu'une lâcheté (qui leurre parce qu'elle a parfois les dehors de l'élégance et le chic des réunions mondaines). Malheureusement, nous sommes pris entre des ignorants et des savants, entre ceux qui ignorent leur ignorance et ceux qui l'ignorent tout autant parce qu'ils l'ont oubliée.
Bref, il importe de questionner au fond cette question de la définition de la philosophie, qui n'est pas une question innocente.

Dernière édition par Euterpe le Sam 23 Juil 2022 - 10:14, édité 2 fois

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Euterpe a écrit:
On ne la mesure que si l'on est animé d'un certain savoir. Lequel ? Sachant que le savoir ne fait pas la vertu, il ne reste pas grand chose, sinon un savoir qui m'enseigne qu'en fait de savoir, je ne sais rien.

Tout à fait, c'est donc par humilité que je ne peux me contenter de ce que je croyais savoir, et c'est pourquoi je vais tendre à rechercher, sans fin, le vrai et le juste, quand bien même ils n'existeraient pas et parce qu'ils n'existent pas alors que je veux que mon action soit légitime. C'est ce souci qui me conduit à tenter de fonder mes choix en raison. C'est l'insatisfaction du donné qui nous gouverne dans ce cas-là.
Euterpe a écrit:
il faut éviter la posture comme la peste. On ne joue pas à savoir qu'on ne sait pas, on est mu par ce qu'on pourrait appeler à bon droit le tragique du philosophe véritable

Je crois que c'est en effet ce qui le caractérise et c'est ce tragique que je ne fais qu'exprimer. C'est cette tragédie qui nous pousse à dépasser notre misérable condition. Nous savons que rien ne peut fonder absolument la justice, pourtant nous la réclamons. Nous allons donc tenter de ne pas faire n'importe quoi, de peser la valeur de nos choix. Ce qui exige que la connaissance soit possible, que nous puissions trouver quelque raison de distinguer les choses. Pourquoi ne pas prendre l'idéal pour critère pour juger du réel tout en sachant qu'il n'en fait pas partie ? Il est justement l'inatteignable désiré qui motive sa visée par l'écart entre lui et nous, et il nous permet par là de nous élever au-dessus de nous-mêmes. Mais il s'agira d'autant plus de prendre la mesure de nos limites, et par conséquent de nous responsabiliser, ce qui peut mener à vouloir connaître d'autant plus ma ou mes condition(s) afin d'agir sur elles, ou sur ce qui en elles, au regard du Bien, apparaît comme trompeur et comme générant un mal dont pour une part, s'il est de facture humaine, on pourrait se débarrasser. Mais si le Bien (ou le souci de soi) me motive, je sais qu'il n'y a que ce monde pour moi, et il n'a pas de notice d'utilisation, si bien que je me débrouille avec un réel qui n'est pas là pour moi, voire qui m'est hostile. Mais la connaissance et l'usage de la raison peuvent me rendre plus prudent et permettre d'élucider une part du réel tel qu'il se fait ou tel qu'il est fait par la société lorsque j'y suis confronté et que je suis appelé à y agir. Au fond, la philosophie donnant la mesure du tragique force à tout faire pour assurer la viabilité de la condition humaine.
Euterpe a écrit:
On ne parie plus sur aucun savoir Silentio, à moins de n'être enseigné par rien.

On parie sur la raison, voire sur la philosophie, sur une intelligibilité minimale du monde, parce que sans ça tout est vain. Je prenais la démarche platonicienne comme exemple ou paradigme, mais elle a le mérite de poser la question fondamentale de cette capacité humaine d'ordonner un monde qui puisse lui présenter un sens et sur lequel elle puisse fonder la conduite de sa vie. Par ailleurs, je ne parle pas tellement de parier sur un savoir en particulier (cf. dire qu'il y a une vérité), je dis plutôt que nous parions sur le savoir en général, plus précisément sur sa possibilité.
Euterpe a écrit:
Le Platon de Syracuse s'est lamentablement raplati face au réel, comme Heidegger face à la réalité du nazisme installé sous ses yeux, là devant lui ; Hegel est un historien aussi lamentable qu'il fut un génial philosophe de l'histoire. On pourra multiplier les exemples pathétiques et cocasses du philosophe qui sait. Kant enfin n'a rien enseigné à Eichmann.

Vous mettez en lumière le dogmatisme du théoricien qui confine à la naïveté lorsqu'il fait face au réel. Mais je ne prends pas les choses dans ce sens, celui d'un savoir à appliquer au réel. Au contraire, c'est parce que le réel est problématique, à la limite parce qu'on ne fait que des erreurs, et qu'il faut bien choisir, que le savoir doit être constitué pour nous guider (mais pas pour nous aveugler sur ce dont on doit garder à l'esprit qu'il nous échappe, qu'il excède en partie notre pouvoir). S'il y a une dérive politique de Platon, je n'en oublie pas que dès le début le problème qui se pose est celui de la vie bonne, ce qui rend nécessaire de rendre le monde sensible intelligible et de fonder la possibilité d'un savoir qui nous dira quelque chose du réel et nous permettra, peut-être, de viser cette vie bonne.
Euterpe a écrit:
Il n'y a qu'un savoir pratique, et c'est l'expérience vécue, autrement dit l'expérience qui enseigne celui-là même qui la vit - or peu sont enseignés par l'expérience vécue : peu ont véritablement une expérience. Il n'y a d'expérience que celle qui nous rive au monde et aux hommes, qui nous rive ainsi à notre finitude, dont la mort n'est qu'un aspect.

Comment ne pas être d'accord avec ça ?
Euterpe a écrit:
Je l'ai dit en d'autres occasions, ou bien le philosophe se mêle d'histoire, ou bien qu'il continue à jouer avec ses coquillages en cessant de dicter son sens au monde. Le seul savoir vécu/vivant dont on peut espérer qu'il nous enseigne quelque chose, c'est l'expérience vécue, c'est l'histoire, individuelle et collective, autrement dit l'histoire d'ignorants qui ont agi, qui ont vécu, et qui, sachant même mal ce qu'ils faisaient en le faisant, ne savaient pas ce que ferait ce qu'ils faisaient.

Mais c'est aussi le cas des philosophes qui se mêlent théoriquement et pratiquement de l'histoire en la façonnant et qui peuvent commettre des erreurs tout en léguant aux hommes, ceux-là qui font l'histoire, des raisons d'agir dans cette histoire et les moyens de la comprendre pour y agir. L'expérience vécue est aussi la création d'un sens qui motive à agir et qui, né de l'erreur ou de l'écart à une norme, agit sur l'histoire de manière imprévisible. En ce sens, je ne crois pas que le sens ou le savoir soient déconnectés de l'histoire et de la pratique. Ils en procèdent et leur donnent lieu à leur tour. Et il ne me semble pas qu'on agisse sans raison (ou motivation) ni qu'une raison ne soit née d'un problème pratique à résoudre. De la même manière que la philosophie va peut-être trop loin en pénétrant le domaine supra-sensible - dans le but, toutefois, de répondre à un quotidien qui est problématique, qui exige de nous d'apprendre comment vivre, comment nous comporter, voire comment nous positionner à l'égard de ce réel dont nous ne comprenons rien et qui s'impose pourtant à nous, exigeant par là que nous prenions justement position. La philosophie me semble justement mue par le problème de l'habitation du réel et par la justice comme juste mesure, comme relation adéquate, et c'est une finalité pratique qui exige la critique de l'ordre établi et l'approfondissement de la connaissance (d'autant plus qu'il y a histoire, donc amoncellement et création de problèmes avec lesquels il faut se débrouiller) pour dégager, peut-être, la voie vers ce qui répondrait plus à nos aspirations profondes (étant donné, toutefois, le réel qu'il faut aussi savoir dégager lui-même des voiles que nous superposons sur lui).

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Existe-t-il un moment que j'oserais qualifier de grâce, où la raison fusionne avec l'expérience ? Ou bien sommes-nous condamnés à toujours être au-delà de cette dernière, alors qu'elle réclame la raison pour se légitimiser et qu'elle n'atteindra peut être jamais ? Et si pour dépasser ce paradoxe il fallait considérer l'exercice de la raison comme une autre expérience, mais de différente nature ? Ainsi l'un et l'autre ne s'excluraient pas, mais ils s'accompagneraient mutuellement. Et le dernier geste de cette somme serait non pas la raison, mais l'action. Sinon de voir la raison comme un plan sur une carte qui ne trouve aucun architecte.
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