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Hegel et la physiognomonie.

4 participants

descriptionHegel et la physiognomonie. - Page 2 EmptyRe: Hegel et la physiognomonie.

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Euterpe a écrit:
Hegel reproche à la physiognomonie de chercher la conscience de soi là où elle ne peut pas être, à savoir dans le sensible, dans le corporel, autrement dit, ses manifestations extérieures. Or, il n'y a pas de stricte équivalence nécessaire entre la conscience et ses manifestations :

« Il s'agit certes d'une expression, mais en même temps aussi uniquement en tant que signe, si bien que ce à quoi ressemble ce qui exprime le contenu exprimé est parfaitement indifférent à ce dernier. Certes, dans cette apparition phénoménale, l'intérieur est un Invisible visible, mais sans être rattaché à elle ; il peut tout aussi bien être dans un autre phénomène, qu'un autre intérieur peut être dans le même phénomène. Lichtenberg a donc raison de dire : quand bien même le physiognomoniste mettrait un jour la main sur l'homme, il suffirait à celui-ci d'une seule brave petite décision pour se rendre de nouveau incompréhensible pendant des millénaires. »

Phénoménologie de l'esprit, Aubier, 1991, trad. Lefebvre, p. 228

Le corps n'est que le signe de l'âme : par conséquent, la manifestation est arbitraire. Il peut renvoyer à tout et à son contraire, ce qui rend impossible tout constitution d'une science s'efforçant de dégager des lois universelles. L'âme n'est pas réductible à ses manifestations corporelles : l'intérieur, c'est-à-dire la conscience de soi, n'est pas et ne sera jamais visible. C'est pourquoi :

un même état de la conscience peut avoir des manifestations diverses : l'intérieur peut tout aussi bien être dans un autre phénomène ;
deux états différents de la conscience peuvent avoir la même manifestation : un autre intérieur peut être dans le même phénomène.


En effet. La raison étant parvenue à un savoir de soi comme le vrai cherche dans l'extériorité (la nature) sa propre réalité. Elle devient alors raison observante (beobachtende Vernunft). Tout cette section est à conseiller à ceux qui sont un peu terrorisés par la difficulté de Hegel. Ça se lit assez bien.

Lichtenberg est cité un peu plus loin encore (p. 236, j'ai l'édition Felix Meiner de poche, bien pratique) :
Lichtenberg, der das physiognomische Beobachten so charakterisiert, sagt auch noch dies : wenn jemand sagte, "du handelst zwar wie ein ehrlicher Mann, ich sehe es aber aus deiner Figur, du zwingst dich, un bist ein Schelm im Herzen ; fûrhrwahr eine solche Anrede wird bis am Ende der Welt von jedem braven Kerl mit einer Ohrfeige erwidert werden
Ce qui veut dire à peu près :
Lichtenberg, qui caractérise ainsi l'observation physiognonomique, dit aussi ceci : "si on te disait que tu agis vraiment en honnête homme, mais qu'on voit sur ton visage que tu te forces, qu'au fond de toi-même tu n'es qu'un scélérat, il est certain qu'à un tel propos, jusqu'à la fin du monde, le brave garçon répondrait par une gifle
(Nb : je ne suis pas un pro de la traduction, Kerl tout seul désigne un salaud, mais avec un adjectif il change de sens : braver Kerl, brave mec. Peut-être "bougre" ? Ça connote ancien, Kerl, "un bon bougre" n'est pas pareil que "bougre" tout seul. Mais il y a une connotation sexuelle en ancien français (bougre : homo) qu'il n'y a peut-être pas en allemand).


Je saute quelques lignes où, comme vous l'avez dit, Hegel rappelle que la vérité, être vrai de l'homme, c'est ce qu'il fait, qu'il est le résultat de sa propre activité, que ceux qui se lancent dans de telles approches n'ont strictement rien compris à ce qu'est l'esprit, en tant que produit de soi, moyen entre soi et son être-autre, usw.

***usw = etc. en français. Merci de tout traduire Courtial, les germanophones sont de moins en moins nombreux. Euterpe.***.

Mais un peu plus loin (je donne la trad. directement, ça se trouve p. 237, en bas, dans mon vol. Felix Meiner) :

Hegel, PhG a écrit:
Le démembrement (Zergliederung) de cet être en intentions et autres subtilités, par lesquels l'homme réel, ce qui signifie son activité (Tat)- même, (... ) doit cependant être laissé au compte de la suppostion sans consistance. Si des suppositions de ce genre prétendaient néanmoins en venir à nier le caractère de la raison agissante (ceci pour "seine tatenlose Weisheit ins Werk") dans l'agent, d'où il résulte qu'on considère son être d'après sa figure et non pas son opération, on devrait bien y répondre en montrant que le visage n'est pas l'en soi, mais qu'il peut en effet être l'objet d'un traitement (Gegenstand der Behandlung)


Gegenstand (objet) d'un traitement (Behandlung ; hand : main)
Humour hégélien : ceux qui croient qu'ils vont trouver l'esprit dans le visage, je leur dis que le visage peut être aussi l'objet de manipulations (behandeln). En plus direct : je vais leur mettre ma main dans la gueule, oui !

Sauf erreur de ma part, il refait le même coup, si j'ose dire, avec la phrénologie, quelques pages plus loin. Dans le genre : ah, oui, comme ça, les bosses du crâne, ça signifie ? Ah, mais attendez, je vais vous mettre un coup de marteau sur la tronche, histoire de vérifier.

On n'est pas obligé d'apprécier ce genre d'humour, naturellement.

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C'est la "blague" que Pourriol rappelle après avoir évoqué l'absurdité de la fameuse bosse des maths, non sans y apporter le correctif très important d'une possible adaptation du cerveau de l'individu (Darwin oblige). Mais cette phrase : Le corps n'est que le signe de l'âme pourrait faire penser que conscience = âme, autrement dit que la conscience se situe quelque part dans un coin du cerveau, certes inaccessible, mais qu'elle existe. Je suivrai plus volontiers Schopenhauer qui pense que l'âme n'existe pas. Le "je" peut très bien être une illusion grammaticale, comme le dit Nietzsche. Reste le corps, qui peut être compris. Je pense qu'Hegel serait surpris de voir tout ce qu'on peut faire aujourd'hui en le manipulant. Ainsi, dernièrement on a pu stimuler la rétine d'un aveugle pour lui permettre de distinguer des formes géométriques. Il est presque sûr qu'un jour, on parviendra à guérir certains aveugles. J'ai aussi vu qu'on pouvait agir sur les signaux électriques qui partent du cerveau vers les jambes, pour réapprendre à marcher à des paralysés. Le corps est cette grande Raison dont parlait Nietzsche. C'est une grave erreur de le mépriser pour ne s'occuper que de l'âme !

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L'autorité de Lichtenberg (qui est quand même l'immortel auteur, ne l'oublions pas, du "couteau sans manche auquel il manque la lame") et de Hegel himself ne vous suffit pas ? Vous préférez rester dans les suppositions, les intentions et les finesses (in Absichten und dergleichen Feinheiten) ?
J'ai continué ma lecture pour retomber, un peu plus loin, sur le passage que j'évoquais, que voici, p. 249, il reprend pratiquement la même formule que Lichtenberg : "wenn also einem Menschen gesagt wird : du (dein Inneres) bist dies..." usw :

Hegel, PhG a écrit:
Quand on dit à un homme, tu (ton intériorité) es ceci parce que ton os a été ainsi produit, ceci ne veut rien dire d'autre que prendre un os pour la réalité effective (Wirklichkeit). La réponse [Erwiderung, il reprend exactement le même terme, mot rare, en plus] à une telle vue, déjà indiquée s'agissant de la physiognonomie vaut également ici : la gifle modifie l'apparence des éléments mous, le mouvement ainsi imprimé montrant que ceux-ci ne sont pas le véritable être-en-soi ni la réalité effective de l'esprit - en phrénologie, il faudrait que cette réponse aille jusqu'à fracasser le crâne de celui qui en juge ainsi, pour faire ressortir de manière aussi grossière que l'est sa sagesse que l'os n'est pas pour l'homme un en soi, et bien moins encore sa vraie effectivité.

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Mais pourquoi supposer une intériorité, ou une âme, ou une conscience ? Pour ensuite l'opposer au corps, puis en déduire que le corps ne modifiera jamais cette âme ? Normal, puisque cette âme n'existe pas, qu'elle n'est qu'un présupposé que l'existence du corps ne suffit pas à démontrer ! Hegel aurait tout aussi bien pu taper dans une noix de coco pour démontrer que son âme ne se modifie pas !

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Pardon ?
Nous parlons de quoi, là ? De l'affirmation selon laquelle un os est un os ? Ce à quoi on ne voit pas bien qui pourrait redire. On reste ici sur le plan de ce que notre ami Fred appellerait être-en-soi : un os est un os.

Ou bien de celle selon laquelle un os serait bien plus qu'un os ? Il y a quoi de plus dans l'os que l'os ?
Et à ce moment-là, cherchez mieux où sont les suppositions, les intentions et les finesses, je vous prie.
Il en faudra beaucoup pour me faire croire que je suis un os, à coup sûr. Et le propos de Lichtenberg vise peut être (avec lui, c'est toujours difficile et présomptueux de prétendre qu'on sait ce qu'il a voulu dire, c'est un peu comme Nietzsche) ceux qui veulent faire de l'os autre chose qu'un os ? Avec l'aspect moral, bien sûr : être un brave type (ein braver Kerl) c'est une question d'os ?
Et ma main, vous la voyez, ma main ?
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