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Hegel et la physiognomonie.

4 participants

descriptionHegel et la physiognomonie. - Page 4 EmptyRe: Hegel et la physiognomonie.

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Liber a écrit:
Euterpe a écrit:
Au fond, Hegel se contente de rappeler que le visage, pas plus que le corps, n'est l'expression nécessaire de l'intériorité qui l'habite.

Ah. Il m'avait semblé en écoutant le documentaire que cette critique allait beaucoup plus loin. C'est-à-dire qu'il n'y avait aucun lien entre l'intériorité et le corps, que la conscience (ou l'âme, puisque je crois comprendre que la distinction n'a pas trop d'importance pour Hegel) était à part du corps, du moins dans son tréfonds.
C'est en lisant l'extrait de Wikipedia que je supposais cela. Mais en relisant, je m'aperçois qu'il prétend aller plus loin que le seul décalage entre expression du visage et esprit, puisqu'il parle de relation indifférente, et même arbitraire, entre la conscience et son phénomène. Ici, je ne suis plus d'accord. Mais alors, ça ne colle plus avec la philosophie hégélienne, ou ce que j'en comprends. Il faudrait déterminer exactement ce qu'entend Hegel par "indifférent" lorsqu'il dit : "ce à quoi ressemble ce qui exprime le contenu exprimé est parfaitement indifférent à ce dernier". Peut-être veut-il dire que ce qui exprime l'intériorité, en tant que ça l'exprime, ne la détermine pas, qu'elle reste seule maîtresse à bord, puisqu'elle peut, aussi bien, faire en sorte de ne pas laisser transparaître ce qu'elle vit, voire leurrer son monde en exprimant quelque chose qui serait le signe d'un autre état que celui où elle se trouve.

Liber a écrit:
Nietzsche a modifié en conséquence la théorie de l'évolution en y introduisant la hiérarchie des valeurs. Le problème qui lui restait à résoudre était la nature de la volonté, qui ne pouvait plus s'appuyer sur la chose en soi. Dès lors, une nécessité s'imposait : repenser toute une théorie de la connaissance. Il me semble que Nietzsche n'a pas achevé sa philosophie sur ce point.
Y a-t-il un texte en particulier auquel vous pensez ?

Liber a écrit:
Euterpe a écrit:
Sont-ils donc mécanistes ? Comment le corps pourrait-il s'exprimer s'il n'était que lui-même ?

Dans le Crépuscule des Idoles, Nietzsche dit qu'on en revient à l'idée de Descartes sur le corps-machine, une idée qu'il approuve.
Mais les instincts ? Mais la sève de la vie ? Ou bien faut-il croire que les hommes ne seraient que de simples phénomènes physiques, régis par des lois immuables, indifférents et froids comme les astres qui se meuvent en silence ? Du temps de Descartes, la biologie n'existait pas. Il doit bien se trouver une différence manifeste entre l'approbation nietzschéenne du corps-machine et la conception nietzschéenne de l'homme ?

Liber a écrit:
pour Nietzsche ou Schopenhauer, je peux dire que la façon dont la matière est expliquée est capitale pour comprendre leur philosophie. Pour Nietzsche, à première vue cette question peut sembler inutile, mais sa pensée manque de clarté sur le sujet. Je pense comme je le dis plus haut à propos de la volonté, qu'il a eu le plus grand mal à traiter ce problème. Qu'il se soit plongé dans des livres de thermodynamique montre que cette question lui était très importante pour paraître avec un minimum de sérieux dès lors qu'il quitterait le terrain de la polémique, la critique des valeurs, pour exposer sa pensée sur l'univers.
S'il n'était pas tombé éperdument amoureux d'un cheval turinois, il se fût peut-être résolu à une œuvre plus systématique, plus technique, pour achever ce genre de travail. Faire le deuil de ses quarante-six premières années pour un nouveau bail moins combatif, mais plus déterminé et déterminant : il devenait un homme public, eût joui d'une audience, et, qui sait, eût assisté aux premières heures de la première guerre mondiale, peut-être même à la révolution bolchévique. Spéculations vaines, et fascinantes comme toutes les spéculations. Dans laquelle de ses œuvres diriez-vous qu'il a été le plus précis et le plus loin dans la question de la matière ?


Dernière édition par Euterpe le Mar 9 Aoû 2016 - 16:31, édité 1 fois

descriptionHegel et la physiognomonie. - Page 4 EmptyRe: Hegel et la physiognomonie.

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Euterpe a écrit:
Peut-être veut-il dire que ce qui exprime l'intériorité, en tant que ça l'exprime, ne la détermine pas, qu'elle reste seule maîtresse à bord, puisqu'elle peut, aussi bien, faire en sorte de ne pas laisser transparaître ce qu'elle vit, voire leurrer son monde en exprimant quelque chose qui serait le signe d'un autre état que celui où elle se trouve.

Je vais être encore nietzschéen. Ne serait-ce pas la ruse ? Nécessaire à la survie, mais plus encore pour l'homme dont les instincts sont déficients ? La ruse, "enfance de l'art".


Nietzsche a modifié en conséquence la théorie de l'évolution en y introduisant la hiérarchie des valeurs. Le problème qui lui restait à résoudre était la nature de la volonté, qui ne pouvait plus s'appuyer sur la chose en soi. Dès lors, une nécessité s'imposait : repenser toute une théorie de la connaissance. Il me semble que Nietzsche n'a pas achevé sa philosophie sur ce point.
Y a-t-il un texte en particulier auquel vous pensez ?

Non, je n'ai pas de texte précis, cela me semble ressortir de l'ensemble de sa philosophie. Une volonté, mais pas de chose en soi, donc pas de théorie de la connaissance. Il attribue clairement (cf. plus bas) la connaissance à des instincts moins sûrs, moins animaux. La bonne connaissance serait une connaissance inconsciente, oublieuse de ce qu'elle sait.


Il doit bien se trouver une différence manifeste entre l'approbation nietzschéenne du corps-machine et la conception nietzschéenne de l'homme ?


Je me suis trompé de livre, ce texte figure dans l'Antéchrist (§ 14.) :
Nous avons changé notre savoir. Nous sommes devenus plus humbles en toutes choses. Nous ne faisons plus descendre l’homme de « l’Esprit », de la « Divinité », nous l’avons replacé parmi les animaux. Il est pour nous l’animal le plus fort, parce qu’il est le plus rusé : notre spiritualité en est une suite. Nous nous défendons d’autre part contre une vanité qui, là aussi, voudrait élever sa voix : comme si l’homme avait été la grande pensée de derrière la tête de l’évolution animale. Il n’est absolument pas le couronnement de la création ; chaque être se trouve à côté de lui au même degré de perfection… Et, en prétendant cela, nous allons encore trop loin : l’homme est relativement le plus manqué de tous les animaux, le plus maladif, celui qui s’est égaré le plus dangereusement loin de ses instincts — il est vrai qu’avec tout cela il est aussi l’animal le plus intéressant ! — En ce qui concerne les animaux, c’est Descartes qui le premier a eu l’admirable hardiesse de considérer l’animal en tant que machine : toute notre physiologie s’évertue à démontrer cette idée. Aussi, logiquement, ne mettons-nous plus l’homme à part, comme le faisait Descartes : ce que l’homme conçoit de nos jours, ne va pas plus loin que ce qu’il conçoit machinalement. Autrefois on donnait à l’homme le « libre arbitre » comme une dotation d’un monde supérieur : aujourd’hui nous lui avons même pris l’arbitre, la volonté, en ce sens qu’il n’est plus permis d’entendre par là un attribut. Le vieux mot de « volonté » ne sert plus qu’à désigner une résultante, une sorte de réaction individuelle qui, nécessairement, fait suite à une série d’irritations soit concordantes, soit contradictoires : — la volonté n’ « agit » ni n’ « agite » plus… Autrefois on voyait dans la conscience de l’homme, dans l’ « esprit », une preuve de son origine supérieure, de sa divinité ; pour perfectionner l’homme on lui conseillait de rentrer ses sens en lui-même comme la tortue, de supprimer les relations avec les choses terrestres, d’écarter l’enveloppe mortelle : il ne restait de lui que l’essentiel : « le pur esprit ». Là aussi nous avons modifié notre manière de voir : L’ « esprit », la conscience, nous semble précisément un symptôme d’une relative imperfection de l’organisme, une expérience, un tâtonnement, une méprise — une peine qui use inutilement beaucoup de force nerveuse, — nous nions qu’une chose puisse être faite à la perfection, tant qu’elle est faite consciemment. Le « pur esprit » est une bêtise pure : si nous faisons abstraction du système nerveux, de l’ « enveloppe terrestre », nous nous trompons dans notre calcul — rien de plus !…



Dans laquelle de ses œuvres diriez-vous qu'il a été le plus précis et le plus loin dans la question de la matière ?

Dans aucune oeuvre publiée. Seuls les Fragments posthumes contiennent des recherches sur cette question. Dans la Correspondance aussi. Charles Andler cite un extrait d'une lettre à Gast où Nietzsche s'avance dangereusement en disant : "Il n'y a pas de matière, il n'y a que de l'énergie". Ça reste une phrase jetée au détour d'une lettre, mais je pense comme Andler qu'elle est révélatrice des difficultés où Nietzsche se débat, après avoir fait le ménage chez Schopenhauer et dans la tradition philosophique. Il lui faut logiquement rebâtir. Mais quelle tâche de rebâtir pareil édifice de plusieurs siècles !

descriptionHegel et la physiognomonie. - Page 4 EmptyRe: Hegel et la physiognomonie.

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Jean Gaspar Lavater, Essai sur la physiognomonie, destiné à faire connoître l'homme et à le faire aimer, [s.n.], La Haye, 1781-1803 (4 vol.) :

  • Partie 1
  • Partie 2
  • Partie 3
  • Partie 4

descriptionHegel et la physiognomonie. - Page 4 EmptyRe: Hegel et la physiognomonie.

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Liber a écrit:
Vous avez dit qu'on pouvait écrire un commentaire sur les vidéos. Vous pouvez le déplacer au cas où. Je viens d'écouter la première leçon. Ollivier Pourriol dit que la nature fait toujours pareil, la fleur par exemple qui pousse de la même façon. Ou que les animaux ne tiennent pas compte de leurs erreurs, ils en meurent et c'est tout. Hegel nierait donc l'évolution ? Car que nous montre la théorie de l'évolution ? Que la nature procède par tâtonnements. L'homme, loin donc d'être différent de la nature, ne ferait que l'imiter.
Votre question a été posée il y a presque un an, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire n’est-ce pas.
Je n'ai pas de diplôme en métaphysique mais je peux néanmoins vous répondre (fort des excellents liens qu’Euterpe nous a fournis et qui m’ont permis d’améliorer ma connaissance sur la pensée de Hegel) qu’il n’est pas en contradiction du tout avec la théorie de l’évolution de Darwin ou Lamarck, ni avec aucune démarche scientifique d’ailleurs. Au contraire son idéalisme est de type objectif (pour comparaison, Kant prône aussi un idéalisme, mais du sujet - et défend la vision d'une "chose en soi" inaccessible à la connaissance ), c'est-à-dire que dans son système de pensée l’Esprit ne se découvre lui-même esprit qu’au travers du savoir positif (ou objectif), autrement dit le savoir rationnel, le seul qui pour lui permet d’accéder à la lumière (au sens par exemple de "siècle des lumières" qui succéda à l’obscurantisme) et donc à la liberté.
Démarche rationnelle qui fait partie des divers processus par lesquels la conscience accède aux deux types de conscience : conscience de soi, mais aussi conscience morale.
Vous dites qu’avec Darwin la "nature procède par tâtonnements" : mais c’est justement que Darwin est un scientifique et qu’il est donc normal qu’il décrive la nature sous un angle purement descriptif et "phénoménal", sa démarche étant d’élucider les lois de la nature sur un plan purement physique et non celui métaphysique qui relève de la compétence du philosophe. La pensée d’Hegel a donc une ambition bien plus grande que celle d’un scientifique : l’observation philosophique non seulement de la nature (du monde) mais dans un champ beaucoup plus large, qui ajoute à celui du monde, celui de l’ultra sensible, de l’intelligible. Autrement dit son ambition est de comprendre comment fonctionne l’intégralité du réel - y compris la fameuse "chose en soi" - sachant que l’esprit ne pourra jamais se laisser "comprendre" directement à partir d’une simple observation (soit-elle scientifique) de la matière. Hegel a en fait élucidé une multitude de "processus dialectiques" autant théoriques que pratiques (dans la logique, nature, histoire…) permettant de comprendre le long et complexe cheminement de type "circulaire" (sans commencement ni fin) que parcourt l’esprit qui ne fait donc que transiter par la matière (notion de chute) pour retourner vers l’Esprit, une fois éclairé par la connaissance de l'universel (soit achevé, mais surtout libéré).

Pour de plus amples et plus précises explications je vous renvoie donc au texte de Franz Grégoire (l'attitude hégélienne devant l'existence) dont Euterpe a eu la bonne idée de nous fournir un lien sur le fil "la liberté chez Hegel".

descriptionHegel et la physiognomonie. - Page 4 EmptyHegel nie-t-il l'évolution ?

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Pour ceux que ça amuse :

J. B. I. Bourdon, La physiognomonie et la phrénologie ou connaissance de l'homme d'après les traits du visage et les reliefs du crâne : examen critique des systèmes d'Aristote, de Porta, de La Chambre, de Camper, de Lavater, de Gall et de Spurzheim, Gosselin, Paris, 1842.
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