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Hegel et la physiognomonie.

4 participants

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Fred ou Georges ?

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Fred.
Dans sa correspondance, il est toujours appelé Friedrich, non pas Georg.
Il s'appelle lui-même Friedrich (En signature : Ton Frédéric, etc.) Enfin, bref, il s'appelait Frédéric, aucun doute là-dessus, quoi...

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Courtial a écrit:
Il y a quoi de plus dans l'os que l'os ?

Pour Hegel, il y a l'âme, du moins dans le texte cité plus haut :

Hegel a écrit:
L'âme n'est pas réductible à ses manifestations corporelles : l'intérieur, c'est-à-dire la conscience de soi, n'est pas et ne sera jamais visible.

Quoique, un os tout seul ne suffit pas pour donner l'impression qu'il y a autre chose que de la matière là-dedans, c'est uniquement l'harmonie d'un corps qui peut donner l'idée qu'il y a une âme dedans, un souffle, comme disaient les Anciens. De là à imaginer ce souffle dans la nature entière, pourquoi pas ? Si on a l'impression, comme c'était le cas dans le passé, que le monde est vivant, c'est-à-dire harmonieux, ce qu'on appelait alors le cosmos, le "bien arrangé". Mais si on pense que les planètes tournent très bien toutes seules, par les seules lois de la physique, alors il n'y a pas plus d'âme dans le ciel que dans notre corps, qui peut très bien se mouvoir lui aussi par les même lois ! Les physiologistes ne supposent pas l'existence de l'âme, ils n'ont donc pas à se demander si elle est ou pas réductible à ses manifestations corporelles. Pour eux, il n'y a que le corps.

Et je me demandais aussi pourquoi Hegel faisait intervenir la vie organique (quand Pourriol parle du bouton de la rose) ? Quel besoin a-t-on des sciences naturelles quand on est un métaphysicien ? Je comprends que Schopenhauer le fasse, puisque pour lui l'âme n'existe pas, mais Hegel ? Aristote faisait de la biologie comme il faisait de la physique. Mais à l'époque d'Hegel, on a beaucoup progressé dans les sciences naturelles.

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Liber a écrit:
La physiologie appliquée à la philosophie, ce que dénonce Hegel dans la physiognomonie : "L'âme n'est pas réductible à ses manifestations corporelles", "le corps n'est que le signe de l'âme", ce qui s'oppose radicalement par exemple au livre de Darwin L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, mais aussi à la théorie de Schopenhauer sur la volonté vue comme une force vitale, l'importance du corps, la négation de l'âme, les instincts chez Nietzsche, etc. Hegel n'aurait pas davantage apprécié ni accordé de crédit à ces philosophes qu'aux physiognomonistes.
Je ne sais pas. Au fond, Hegel se contente de rappeler que le visage, pas plus que le corps, n'est l'expression nécessaire de l'intériorité qui l'habite. La duplicité est trop répandue chez les hommes pour ne pas lui donner raison sur ce point. Refuse-t-il ou ignore-t-il sciemment les sciences naturelles de son temps ? Qu'est-ce que l'âme chez Hegel, sinon l'esprit, la raison ou la conscience comme manifestation de l'esprit ? Or il faut admettre que Hegel ne parle qu'à partir des expériences que les hommes vivent. Je crois plutôt qu'il se fût intéressé de près aux œuvres de Schopenhauer et de Nietzsche, de ce point de vue, plus fins et réalistes que les naïvetés balbutiantes des physiognomonistes.

Liber a écrit:
Il faudrait alors analyser le rapport entre évolution et histoire chez Nietzsche.
En effet. Si on admet qu'il commença par l'histoire, on peut dire qu'il utilisa l'évolution comme un instrument de raffinage et d'approfondissement de l'histoire, pour l'exfolier de toutes les interprétations platonico-chrétiennes. Avec un résultat contraire à celui de la philosophie hégélienne : une ouverture béante qui assignait à la philosophie de nouvelles tâches.

Liber a écrit:
Mais si on pense que les planètes tournent très bien toutes seules, par les seules lois de la physique, alors il n'y a pas plus d'âme dans le ciel que dans notre corps, qui peut très bien se mouvoir lui aussi par les même lois ! Les physiologistes ne supposent pas l'existence de l'âme, ils n'ont donc pas à se demander si elle est ou pas réductible à ses manifestations corporelles. Pour eux, il n'y a que le corps.
Sont-ils donc mécanistes ? Comment le corps pourrait-il s'exprimer s'il n'était que lui-même ? Entre l'esprit hégélien, la volonté schopenhauerienne et l'instinct nietzschéen, les différences me paraissent ailleurs que dans la question de savoir s'il n'y a que de la matière. Hegel est-il moins matérialiste que les deux autres, sachant qu'il n'est pas platonicien ? Sans la conscience, les hommes ne vaudraient pas plus que de vulgaires minéraux, si on suit Hegel ; mais sans la matière comme support, instrument du grand œuvre de l'Esprit, celui-ci, en admettant qu'il puisse encore exister ou rester concevable, serait condamné au mutisme et n'existerait donc pas : il ne pourrait faire l'objet d'aucune phénoménologie, puisqu'il ne s'exprimerait jamais. Or pas de phénomène, pas d'histoire. En fait, la différence est dans le système de valeurs des uns ou des autres. Hegel était trop rationaliste aux yeux de Schopenhauer et de Nietzsche, qui devaient juger que l'homme de Iena s'en tirait à bon compte ou qu'il n'allait pas assez loin pour se permettre de refermer la philosophie sur elle-même.

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Euterpe a écrit:
Au fond, Hegel se contente de rappeler que le visage, pas plus que le corps, n'est l'expression nécessaire de l'intériorité qui l'habite.

Ah. Il m'avait semblé en écoutant le documentaire que cette critique allait beaucoup plus loin. C'est-à-dire qu'il n'y avait aucun lien entre l'intériorité et le corps, que la conscience (ou l'âme, puisque je crois comprendre que la distinction n'a pas trop d'importance pour Hegel) était à part du corps, du moins dans son tréfonds. Nous sommes donc à l'opposé des idées de Schopenhauer sur le corps.


Liber a écrit:
Il faudrait alors analyser le rapport entre évolution et histoire chez Nietzsche.
En effet. Si on admet qu'il commença par l'histoire, on peut dire qu'il utilisa l'évolution comme un instrument de raffinage et d'approfondissement de l'histoire, pour l'exfolier de toutes les interprétations platonico-chrétiennes.

Nietzsche a commencé par l'histoire en effet, en tout premier lieu par l'Antiquité. Ce n'est qu'au contact de Schopenhauer qu'il découvrit l'importance des sciences naturelles. Il est révélateur qu'il se soit positionné immédiatement en faveur de ce philosophe, pourtant négateur de l'intérêt de l'histoire, lui-même sans doute fortement influencé par Goethe. Schopenhauer refusait la théorie de l'évolution, mais Nietzsche a très bien vu que tout son système la nécessitait. D'un autre côté, la philologie lui montrait que toute vie humaine reposait sur un système de valeurs. Nietzsche a modifié en conséquence la théorie de l'évolution en y introduisant la hiérarchie des valeurs. Le problème qui lui restait à résoudre était la nature de la volonté, qui ne pouvait plus s'appuyer sur la chose en soi. Dès lors, une nécessité s'imposait : repenser toute une théorie de la connaissance. Il me semble que Nietzsche n'a pas achevé sa philosophie sur ce point.


Sont-ils donc mécanistes ? Comment le corps pourrait-il s'exprimer s'il n'était que lui-même ?

Dans le Crépuscule des Idoles, Nietzsche dit qu'on en revient à l'idée de Descartes sur le corps-machine, une idée qu'il approuve.


Entre l'esprit hégélien, la volonté schopenhauerienne et l'instinct nietzschéen, les différences me paraissent ailleurs que dans la question de savoir s'il n'y a que de la matière.

Tous trois sont idéalistes, Schopenhauer est toujours resté kantien (ce qui explique qu'il ait constamment critiqué l'idéaliste absolu Hegel), Nietzsche est passé d'une conception semblable à celle de son maître (cf. Naissance de la tragédie) avant d'abandonner l'unité de la Volonté. Je ne connais pas suffisamment Hegel, mais pour Nietzsche ou Schopenhauer, je peux dire que la façon dont la matière est expliquée est capitale pour comprendre leur philosophie. Pour Nietzsche, à première vue cette question peut sembler inutile, mais sa pensée manque de clarté sur le sujet. Je pense comme je le dis plus haut à propos de la volonté, qu'il a eu le plus grand mal à traiter ce problème. Qu'il se soit plongé dans des livres de thermodynamique montre que cette question lui était très importante pour paraître avec un minimum de sérieux dès lors qu'il quitterait le terrain de la polémique, la critique des valeurs, pour exposer sa pensée sur l'univers.
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