Portail philosophiqueConnexion

Bibliothèque | Sitographie | Forum

Philpapers (comprehensive index and bibliography of philosophy)
Chercher un fichier : PDF Search Engine | Maxi PDF | FreeFullPDF
Offres d'emploi : PhilJobs (Jobs for Philosophers) | Jobs in Philosophy
Index des auteurs de la bibliothèque du Portail : A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

Conscience vs Connaissance.

+3
Don Quichotte
Montaignien
Agrid
7 participants

descriptionConscience vs Connaissance. EmptyConscience vs Connaissance.

more_horiz
Bonjour.

Pourriez-vous m'expliquer la différence entre "Conscience (de soi)" et "Connaissance (de soi)" ? En fait, dans la mesure où, étymologiquement, le mot "Conscience" signifie "avec science" d'où l'idée d'une "Connaissance", je ne saisis pas bien la différence.

Merci d'avance pour votre réponse !

descriptionConscience vs Connaissance. EmptyRe: Conscience vs Connaissance.

more_horiz
De manière immédiate, lorsqu'on dit "avoir conscience de quelque chose", cela signifie avoir une connaissance subjective de cette chose. Alors qu'avoir la connaissance de quelque chose relèverait bien davantage d'une connaissance objective. Ainsi, la conscience de soi serait une forme de connaissance subjective de sa propre subjectivité, d'où, peut-être, cette forme de redoublement réflexif dont parle Malcolm Cooper, alors que la connaissance de soi n'exigerait pas un tel redoublement, puisqu'elle supposerait le soi non plus comme subjectivité, mais comme objet possible de connaissance. Cela suppose une certaine sortie de soi.

Prenez le cas de Descartes : la mise en doute de tout suppose que l'on ne peut plus appréhender quoique ce soit en dehors de notre conscience. C'est cette immanence qui est le propre de la conscience. La conscience de soi, c'est donc cette appréhension de soi-même à ce niveau immanent. Mais de "je pense" à "je suis une chose qui pense", peut-être qu'un pas est déjà fait, car là, on passe d'un rapport d'immanence à un rapport de transcendance : car dans le second cas, la conscience est considérée comme chose. Ce n'est plus le simple acte de pensée qui est considérée par Descartes à ce moment-là, mais la détermination de ce qui pense. Peut-être que, mais ce n'est qu'une hypothèse, on entre dans la dimension de la connaissance à ce moment-là.

Alors, cela pose un problème au niveau de la réflexivité : est-ce que le dédoublement n'a pas plutôt lieu dans le cas de la connaissance de soi : car dans le cas de la conscience de soi, du moins chez Descartes, on est dans ce pur acte de penser, donc dans une subjectivité pure. Dans le cas de la connaissance de soi, on a un dédoublement de soi-même en sujet et objet (passage du "je pense" à "je suis une chose qui pense").

Dans les deux cas, donc, il y a une forme de connaissance (de ce point de vue, il est vrai que la conscience de soi se détache difficilement de la notion de connaissance de soi), mais c'est le statut de cette connaissance qui est différent dans les deux cas : dans le cas de la conscience, c'est une connaissance de soi comme sujet, dans le second une connaissance de soi comme objet.

descriptionConscience vs Connaissance. EmptyRe: Conscience vs Connaissance.

more_horiz
Bonjour, si l'on se tient à l'étymologie des deux termes : conscience = avec conscience, connaissance = avec naissance, la conscience me semble représenter une forme de connaissance dans l'instant, une connaissance de la nature ou des effets de ce qui est en train de se passer pour moi dans l'instant. Par exemple : j'ai conscience de rouler trop vite compte tenu de l'état de la route ou l'état de mes pneus, etc.
La connaissance serait donc (selon l'étymologie), une forme de "savoir" qui m'accompagnerait depuis ma naissance, une forme de bagage par conséquent. Cela n'implique pas que l'accès à ce savoir est simple et évident, peut-être que le chemin pour y parvenir est-il rude à trouver, pénible à poursuivre. La connaissance profonde de mon être semble échapper le plus souvent à mon esprit, ma raison, mon regard intérieur.

Chaque instant et en fonction de ce qui se passe en chaque instant, "je" est un autre, adapté à des conditions étrangères à ce "moi" virtuel, ne désignant rien de ces échanges qui se font entre le monde et mon être.
Alors, mon corps, est-il bien mon corps ? Et qui est impliqué par cet adjectif possessif "mon" ? Cet adjectif, indique-t-il réellement un caractère de possession ou une simple association ? Lorsque je m'aperçois qu'à mon insu, et donc sans "ma" volonté, un de mes orteils remue, dois-je dire : je prends conscience que mon orteil bouge sans "moi" ? Peut-être, mais alors je devrais sans doute considérer le fait que pour qu'il y ait mouvement sans prise de décision par l'entité que je considère responsable en ma personne et que je nomme le plus souvent par ce "moi" possessif, il doit y avoir une "connaissance" qui se tient - par sa nature - à une certaine distance de ma conscience.

Merci pour la correction d'orthographe du mot étymologique, j'étais sans doute dans un coma éthylique, et cette fois je pense qu'il faut bien un "h".

Dernière édition par Don Quichotte le Mer 10 Fév 2016 - 8:16, édité 2 fois

descriptionConscience vs Connaissance. EmptyRe: Conscience vs Connaissance.

more_horiz
Vous parlez ici de la conscience de soi, pas de la conscience tout court. Or, et quand bien même cette distinction peut être sujette à débat, la conscience de soi ne peut être aussi facilement assimilée à la conscience réflexive, la première pouvant être perçue comme dérivée de la seconde. Autrement dit, il est envisageable de considérer pouvoir jouir d'une conscience réflexive sans conscience de soi.

Si l'on se réfère à la définition donnée par le CNRTL, la connaissance est un "acte de la pensée qui saisit un objet par les sens ou non, avec implication plus ou moins grande du sujet de la connaissance". Cette définition laisse à penser que le concept du sujet est nécessaire pour aboutir au concept de la connaissance. Connaître, c'est semble-t-il avant toute chose l'acte d'un sujet visant des objets, les relations entre ces deux pôles étant variables en intensité (monismes, dualismes, etc.).

J'en arrive à ma réponse proprement dite. Le développement d'une conscience de soi et le concept de sujet y afférent est un préalable nécessaire pour la connaissance en général (qui vise des objets) et a fortiori pour la connaissance de soi, c-à-d la connaissance de ce fameux sujet pris dans ce cas pour objet. Plus trivialement : il n'est pas possible de travailler à se connaître si l'on n'a pas conscience de soi au préalable. 

Mais connaître, cela revient en définitive à parler d'ontologie. Si je sais que je vois un arbre, je ne peux pour autant pas prétendre connaître l'arbre. Tout comme avoir conscience de soi n'est pas connaître ce soi. Qui suis-je en définitive ? Une substance disposant de propriétés particulières, ou rien d'autre qu'une sensation vaporeuse ? 

Pour résumer : il faut d'abord avoir conscience dans sa plus simple expression, puis développer une conscience de soi pour enfin prétendre connaître ce qui se cache derrière cette sensation d'"être unique".

descriptionConscience vs Connaissance. EmptyRe: Conscience vs Connaissance.

more_horiz
Je tiens juste à corriger Don Quichotte sur un point étymologique (sans h entre le t et le y) : conscience ne veut pas dire "avec conscience", mais "avec science". Quant à l'exemple de la route, je ne suis pas sûr qu'il soit bien choisi. Certes j'ai conscience, personnellement, que rouler sur une route mouillée avec des pneus lisses est dangereux, mais j'en ai conscience, parce qu'une connaissance la sous-tend : celle des lois de frottement. A moins que vous ne vouliez dire que la conscience permet à la connaissance de s'appliquer à certains cas (en ayant cette capacité, comme vous le dites, à saisir ce qui se passe dans l'instant), ce que j'ai cru lire en filigrane dans votre propos. Mais dans ce cas-là, la conscience ne serait-elle pas une forme de synthèse de mes sensations, ou simplement un siège des perceptions?

Malcolm Cooper a écrit:
en quoi la subjectivité est condition de possibilité sine qua non de l'objectivité (Kant) et n'est plus si exactement "subjective" (au sens de singulière, personnelle) et accède à un statut phénoménologique "purement objectif" par elle-même


Vous avez raison de rajouter entre parenthèses "au sens de singulière, personnelle", car ce n'est en effet pas comme cela que s'entend la subjectivité kantienne. Cela dit, Kant postule bien que ces conditions de possibilité d'une connaissance objective des choses en dehors de nous sont subjectives. A mon avis, mais je peux me tromper, Kant entend le terme d'objectif en son sens presque originel : c'est ce qui est objet, c'est-à-dire ce qui n'est pas en moi. Et en effet, les catégories de l'entendement, qui conditionnent toute connaissance, ne sont pas des produits de l'objet, mais bien du sujet qui cherche à connaître. Tout cela, en tous cas, va dans le sens d'une distinction de la conscience et de la connaissance, en termes de subjectif et d'objectif : et il ne s'agit pas là de conscience de soi, comme veut nous le faire entendre Crosswind, car il s'agit bien d'une conscience tournée vers autre chose que soi. On retrouve alors la question de l'intentionnalité.

Mais la conscience de soi pose problème : est-ce une connaissance? Les catégories me permettent, si l'on suit Kant, de connaître les objets hors de moi. Cela peut-il s'appliquer au moi? Du coup, est-ce que la conscience de soi peut vraiment être appelée une connaissance, si aucune catégorie ne permet une telle connaissance? Une conscience tournée vers la connaissance, c'est le chemin logique de la conscience. Mais lorsque la conscience se prend elle-même pour objet, c'est plus difficile, car peut-on vraiment la prendre pour objet? Surtout si, comme le dit Kant, la subjectivité se réduit aux catégories de l'entendement. La conscience de soi, ce serait prendre les catégories pour objets d'une connaissance possible. Or, alors, il faudrait que ces catégories se sondent elles-mêmes, ce qui me paraît assez absurde, car elles seraient à la fois principes et objets. Bref, la conscience de soi, si tout de même elle est possible chez Kant, ne peut pas être une connaissance. Mais alors qu'est-elle? Car il y a bien une conscience de soi. Là je ne sais pas trop quoi répondre. Mais peut-être faut-il se tourner, dans ce cas-là, du côté de l'histoire du sujet, peut-être de l'autobiographie, auquel cas, on tomberait sur l'idée d'une subjectivité au sens personnel et singulier. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.
privacy_tip Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum