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Est-il possible d'enseigner la morale ?

+6
Monsieur Bleu
Dalva
Euterpe
Silentio
Janus
Liber
10 participants

descriptionEst-il possible d'enseigner la morale ? EmptyEst-il possible d'enseigner la morale ?

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Le ministre actuel de l'éducation nationale, Vincent Peillon, a fait part, il y a quelques mois, de son projet d'enseigner la "morale laïque" à l'école. Il est frappant de constater que cela n'a rien à voir avec quelque morale. On ne parlera pas de "justice", mais de "justice sociale" et de "solidarité" (pareillement, il existe déjà un enseignement "d'éducation civique" et non "d'éducation"). En fait, cette "morale laïque" correspond précisément à la doctrine solidariste développée par Léon Bourgeois. Auquel cas, cet enseignement ne serait-il pas inutile dans la mesure où tout Français est un solidariste né (et qui s'ignore) ? Doctrine dont les institutions (à commencer par l'éducation nationale) de la République sont d'ailleurs le reflet. D'une part, le solidarisme est-il réellement moral ? D'autre part, s'agit-il alors d'enseigner explicitement les principes d'une idéologie baptisée "morale laïque" ? En comparaison, le catéchisme avait au moins le mérite de ne pas nier être dans un rapport d’hétéronomie avec la religion chrétienne. En d'autres termes, l'enseignement de la "morale" est-il envisageable sans le soutien d'une idéologie, d'une doctrine ou d'une religion ? Si non alors cela ne revient-il pas à dévoyer le sens de la "morale" (et donc de son enseignement présumé) ?

Les enseignants, autrement dit les agents de l’État, seraient-ils légitimes pour enseigner la "morale" ? D'aucuns diraient (non sans mauvais esprit) qu'ils ont pour seule expérience la fréquentation des bancs de l'école. L'accumulation des diplômes est-elle l'indicateur d'une gageure morale ? Rien n'est moins sûr. Prenons un exemple : l'idée que la dette publique, en France, est une chose normale qu'il ne faut chercher ni à diminuer (en fait on ne cesse de l'augmenter) ni à rembourser est un discours largement diffusé par les journalistes économiques ; discours partagé par les intellectuels et surtout les gouvernants. Donc si l'on suit cette logique : à titre individuel, lorsque je contracte un prêt (sur la base d'un contrat) pourquoi devrais-je chercher à le rembourser ?

Indépendamment de l'école, les parents peuvent-ils enseigner la morale à leurs enfants ?

Enfin l'enfant (à qui cet enseignement est adressé) est-il condamné d'aiguiser intuitivement son sens moral avant d'avoir atteint l'âge dit de raison ?

descriptionEst-il possible d'enseigner la morale ? EmptyRe: Est-il possible d'enseigner la morale ?

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Kthun a écrit:
Prenons un exemple : l'idée que la dette publique, en France, est une chose normale qu'il ne faut chercher ni à diminuer (en fait on ne cesse de l'augmenter) ni à rembourser est un discours largement diffusé par les journalistes économiques ; discours partagé par les intellectuels et surtout les gouvernants. Donc si l'on suit cette logique : à titre individuel, lorsque je contracte un prêt (sur la base d'un contrat) pourquoi devrais-je chercher à le rembourser ?

Juste une parenthèse, ce que vous dites sur la dette publique ne correspond pas du tout à ce que j'entends tous les jours dans les médias. Nous ne devons pas vivre dans le même pays. En tous les cas, vous vous êtes avancé, il faut maintenant que vous donniez des noms : qui sont ces journalistes politiques qui prétendent qu'il ne faut pas diminuer la dette publique ? Je vous rappelle aussi que pendant les dix dernières années, les investisseurs privés ont prêté à l'Europe sans aucune crainte, à des taux très bas, alors que la dette de certains pays était déjà considérable. Il me semble donc que si rapport il y a, effet d'entrainement (ce dont je doute, je ne séparerai pas les deux comme vous le faites), il proviendrait de la sphère publique, qui a depuis 1973 adopté le mode de fonctionnement de la sphère privée. On l'a vu après la crise des subprimes, crise de la dette privée qui est devenue ensuite une crise de l'endettement public, car alors les investisseurs se sont demandés si, les ménages étant déjà en faillite, les Etats n'allaient pas suivre la même pente ? Quant à dire que la sphère privée suit le modèle de la sphère publique, là encore votre exemple est erroné, car les ménages sont soumis à des règles beaucoup plus strictes que les Etats en matière d'endettement (l'épargne française est une des plus élevées au monde par tête). D'après vous en revanche, nous devrions avoir une dette privée colossale, ce qui n'est pas du tout le cas. C'est si vrai que nos bons gouvernants ne manquent pas une occasion de nous rappeler la gestion responsable du père de famille.

Pour répondre à votre deuxième question, je ne mets pas dans le même panier la morale et l'éducation. Les parents n'enseignent pas la morale, ce qui est le rôle du philosophe (ou du professeur de philosophie), du législateur, qui disent ce qu'il faut ou ce qu'il est préférable de faire (dans le cas des philosophes, la philosophie n'ayant pas un caractère contraignant).

Troisième question, je pense que la morale s'apprend toute la vie, l'enfant n'est donc pas exempt de cet apprentissage, bien qu'il ne puisse pas comprendre, loin s'en faut, tous les enjeux de la morale, qui dès lors, se réduit à quelques règles simples, qui peuvent être enseignées aussi bien par les parents que par les maîtres d'école ou tout autre adulte.

PS : je tiens à vous rappeler qu'il serait bon d'éviter toute idéologie politique dans cette section du forum, donc évitez s'il vous plaît de raconter n'importe quoi sur l'actualité, sans vérifications préalables. Si vous voulez faire la promotion du libéralisme, j'ai créé un fil dédié. ;)

descriptionEst-il possible d'enseigner la morale ? EmptyRe: Est-il possible d'enseigner la morale ?

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Kthun a écrit:
Le ministre actuel de l'éducation nationale, Vincent Peillon, a fait part, il y a quelques mois, de son projet d'enseigner la "morale laïque" à l'école. Il est frappant de constater que cela n'a rien à voir avec quelque morale. On ne parlera pas de "justice", mais de "justice sociale" et de "solidarité" (pareillement, il existe déjà un enseignement "d'éducation civique" et non "d'éducation"). En fait, cette "morale laïque" correspond précisément à la doctrine solidariste développée par Léon Bourgeois. Auquel cas, cet enseignement ne serait-il pas inutile dans la mesure où tout Français est un solidariste né (et qui s'ignore) ? Doctrine dont les institutions (à commencer par l'éducation nationale) de la République sont d'ailleurs le reflet. D'une part, le solidarisme est-il réellement moral ? D'autre part, s'agit-il alors d'enseigner explicitement les principes d'une idéologie baptisée "morale laïque" ? En comparaison, le catéchisme avait au moins le mérite de ne pas nier être dans un rapport d’hétéronomie avec la religion chrétienne. En d'autres termes, l'enseignement de la "morale" est-il envisageable sans le soutien d'une idéologie, d'une doctrine ou d'une religion ? Si non alors cela ne revient-il pas à dévoyer le sens de la "morale" (et donc de son enseignement présumé) ?

Les enseignants, autrement dit les agents de l’État, seraient-ils légitimes pour enseigner la "morale" ? D'aucuns diraient (non sans mauvais esprit) qu'ils ont pour seule expérience la fréquentation des bancs de l'école. L'accumulation des diplômes est-elle l'indicateur d'une gageure morale ? Rien n'est moins sûr. Prenons un exemple : l'idée que la dette publique, en France, est une chose normale qu'il ne faut chercher ni à diminuer (en fait on ne cesse de l'augmenter) ni à rembourser est un discours largement diffusé par les journalistes économiques ; discours partagé par les intellectuels et surtout les gouvernants. Donc si l'on suit cette logique : à titre individuel, lorsque je contracte un prêt (sur la base d'un contrat) pourquoi devrais-je chercher à le rembourser ?

Indépendamment de l'école, les parents peuvent-ils enseigner la morale à leurs enfants ?

Enfin l'enfant (à qui cet enseignement est adressé) est-il condamné d'aiguiser intuitivement son sens moral avant d'avoir atteint l'âge dit de raison ?
Je doute fort, Kthun, qu'une quelconque morale puisse naître spontanément dans l'esprit d'un enfant en âge scolaire, sans que ses parents ou éventuellement ses enseignants ne lui en ait communiqué quelques fondements ou règles qu'eux-mêmes ont hérité des générations qui les ont précédés, parallèlement à l'apprentissage du langage.
Par contre, sur un plan plus pratique, on peut remarquer que l'enseignement de la morale ne saurait se limiter à la transmission de belles paroles. Non seulement cette éducation doit relever prioritairement de la famille qui ne saurait s'exempter de sa responsabilité en la matière – l'enseignant n'y jouant qu'un rôle complémentaire - mais c'est surtout par les comportements et par les actes (autrement dit par l'exemplarité) que la morale peut se transmettre.

On aimerait bien savoir cependant en quoi une morale dite "laïque" qui serait digne d'être enseignée dans cette école dite "républicaine" pourrait-elle se différencier de la morale classique ou traditionnelle qui s'enseignait d'ailleurs autrefois à l'école (appelée si je ne me trompe "instruction civique") et dont personne n'ignore qu'elle prend ses racines dans les préceptes religieux (tu ne tueras point, etc…).
Ceci dit on peut trouver ce lien http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Progressions_pedagogiques/78/8/Progression-pedagogique_Cycle2_Instruction_civique_et_morale_203788.pdf qui montre que le gouvernement actuel ne fait que prendre un train qui était déjà en marche bien avant la dernière présidentielle. Comme quoi l'homme politique va surtout où va le vent et ne craint pas de se renier quand il s'agit de plaire à l'électorat.

Mais sous un angle plus philosophique, on peut aussi entrevoir au travers de cet article signé Yvon Quiniou http://actuelmarx.u-paris10.fr/m4quiniou.htm l'incohérence de fond qui rend toute idéologie socialiste (qui prend ses racines dans le matérialisme marxiste) incompatible avec la promotion d'une quelconque morale, qu'elle soit scolaire ou extra scolaire.

descriptionEst-il possible d'enseigner la morale ? EmptyRe: Est-il possible d'enseigner la morale ?

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Janus a écrit:
l'incohérence de fond qui rend toute idéologie socialiste (qui prend ses racines dans le matérialisme marxiste) incompatible avec la promotion d'une quelconque morale, qu'elle soit scolaire ou extra scolaire.

J'en ai plus qu'assez de vos interventions de café du commerce, Janus. Même remarque qu'à Kthun, si vous souhaitez débattre de politique, allez dans la section bavardages.

descriptionEst-il possible d'enseigner la morale ? EmptyRe: Est-il possible d'enseigner la morale ?

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Ma phrase que vous citez, en l'accusant d'un niveau de "café du commerce", se réfère pourtant à un article d'Yvon Quiniou (revue sciences et avenir) intitulé " l'émergence de la morale" et qui s'appuie sur des argumentations d'ordre philosophique.

Peut-être aurait-il été plus constructif de votre part de nous donner votre avis, par exemple sur ce passage :

"".../... La leçon de Nietzsche est exemplaire : il semblerait que vouloir expliquer la morale sur le terrain positif de la nature, sans céder aux séductions du discours idéaliste ou religieux dans ce domaine, entraîne inéluctablement à la nier et débouche donc sur un immoralisme radical. Langage déguisé de l’intérêt, de l’égoïsme ou des passions, voire de la volonté de puissance, elle n’aurait pas de sens en soi et il faudrait lui substituer le langage plus modeste de l’éthique, de l’intérêt bien compris, sans force d’obligation et sans universalité prétendue. D’ailleurs, l’histoire de la pensée l’atteste : d’Épicure à Comte-Sponville en passant par Spinoza, La Mettrie et Diderot, chez ceux qui se réclament peu ou prou d’une conception matérialiste de l’homme, c’est ce langage qui prévaut. Et Marx lui-même, si soucieux pourtant de dénoncer l’inhumanité des conditions d’existence faites aux humains par le capitalisme, se méfiait de la critique morale des hommes ; il lui préférait la critique politique d’un système social, débarrassée apparemment de l’emphase moralisante.

Néanmoins, cette solution ne saurait satisfaire pour une raison simple : s’il y a, de toute évidence, une normativité simplement éthique qui régit une grande partie de notre existence, qui s’enracine dans nos désirs, nos besoins, nos formes concrètes de vie et qui a nourri la réflexion des différentes sagesses, il y a, tout aussi évidemment, une normativité proprement morale liée à des jugements de valeur qui touchent à notre vie en commun. Respect d’autrui, refus de son instrumentalisation, de son oppression ou de sa domination, rejet du mensonge, ce sont là, parmi d’autres, des valeurs dotées d’une normativité spécifique qui ne se contentent pas de répéter la vie telle qu’elle va de fait – c’est-à-dire, bien souvent, ne va pas – et qu’aucune réflexion simplement éthique, centrée sur l’intérêt ou le bonheur individuel, ne saurait ni expliquer ni justifier. Elles définissent une sphère de droit dont l’évidence propre saute aux yeux, au moins lorsqu’elle est bafouée, et qui permet de définir l’homme comme un animal moral. D’ailleurs, même ceux qui ne l’admettent pas explicitement ne peuvent s’empêcher de recourir au langage de la morale, quitte à le déplacer et à le rendre partiellement méconnaissable : Nietzsche n’a-t-il pas avoué que son travail critique répondait lui-même à un souci moral et Marx n’a-t-il pas reconnu la motivation morale de sa critique sociale – clairement évidente, au demeurant, dans ses textes, y compris les plus scientifiques ? Comment rendre compte alors de ce fait, qui est le fait d’un droit, sur le terrain du matérialisme, c’est-à-dire en maintenant l’idée, désormais irrécusable, que l’homme est bien un animal, sans privilège d’extraterritorialité au sein de la nature totale, mais sans verser dans l’immoralisme théorique que cette idée paraît devoir entraîner ?......
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