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Kant et la peine de mort.

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etticeticettac
Baschus
Euterpe
Desassocega
Liber
9 participants

descriptionKant et la peine de mort. - Page 4 EmptyRe: Kant et la peine de mort.

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vif a écrit:
Magistral aphorisme.
Mais qui laisse sur sa faim, comme tous les aphorismes un peu simplistes (pardon). A quelles conclusions conduit celui-ci ? Allons, il ne faut pas être timide. Un peu d'aide ? Voyons, faut-il mettre à mort tous ceux qui portent atteinte à la sécurité des citoyens, par exemple ceux qui roulent avec un taux d'alcool trop élevé ou qui ont tendance à être distraits au volant ? Les criminels qui ne sont que partiellement prisonniers de leurs pulsions ? Eux aussi portent atteinte à la sécurité des citoyens. Ceux qui sont potentiellement susceptibles de se laisser aller un jour à une pulsion criminelle ? Sans doute conviendrait-il de les détecter à la naissance ? etc., etc., sans oublier bien sûr les juges non spinozistes qui relâchent les criminels au lieu de les mettre à mort par amour. Tout ça me semble très sensé, et en plus c'est un vrai remède proposé à la poussée démographique du monde.
1) Vous ne savez pas ce qu'est un aphorisme. 2) Vous n'avez pas lu l'Éthique IV (et probablement pas du tout l'œuvre). 3) Ça fait beaucoup d'âneries pour le nombre de messages que vous débitez sur ce forum. 4) C'est la dernière fois que je vous prends à faire le guignol ici. 5) Si vous vous sentez le talent du comique, écrivez des sketches, faites parvenir vos manuscrits à Télé Z, vous trouverez sans doute un auditoire de votre calibre. 6) Encore un seul message débile de votre part, et je supprime votre compte dans la minute. Mi faccio capire ?

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Baschus a écrit:
Ce qui me semble intéressant, c'est que des philosophes qu'on ne peut pas accuser d'être des tarentules morales, qui nient le Bien, le Mal, le péché et l'idée d'une dette ontologique, peuvent tout aussi bien être favorables à la peine de mort.

Bien sûr, la morale n'est pas une garantie contre la violence (je qualifie de violence une dureté excessive). Spinoza est encore plus insensible que Kant à toute forme de faiblesse, au premier chef la pitié. Nietzsche le cite parmi les philosophes ayant condamné ce sentiment. Ce n'est certainement pas chez les philosophes que nous trouverons une quelconque "humanité", excepté chez Platon, dans le Phédon (rappelons au passage que l'un des plus grands philosophes comprit sa vocation après la condamnation à mort de Socrate.) et chez Schopenhauer, qui me semble de loin plus profond que les autres :

Les dogmes changent, notre science est menteuse, mais la nature ne se trompe point : ses démarches sont assurées, jamais elle ne vacille. Chaque être est en elle tout entier ; elle est tout entière en chacun. En chaque animal elle a son centre ; chaque animal a trouvé sans se tromper son chemin pour venir à l’existence, et de même le trouvera pour en sortir ; dans l’intervalle, il vit sans peur du néant, sans souci, soutenu par le sentiment qu’il a de ne faire qu’un avec la nature, et, comme elle, d’être impérissable. Seul l’homme a sous forme abstraite cette certitude, qu’il mourra, et s’en va la promenant avec lui. Il peut donc arriver, —le fait d’ailleurs est rare, — que, par instants, quand cette pensée, ravivée par quelque accident, s’offre à son imagination, qu’elle le fasse souffrir. Mais contre cette voix si puissante de la nature, que peut la réflexion ? Chez lui, tout comme chez la bête qui ne pense à rien, ce qui l’emporte, ce qui dure, c’est cette assurance, née d’un sentiment profond de la réalité, qu’en somme il est la nature, le monde lui-même : c’est grâce à elle que nul homme n’est vraiment troublé de cette pensée, d’une mort certaine et jamais éloignée ; tous au contraire vivent comme si leur vie devait être éternelle. C’est au point que, — on oserait presque le dire,—personne n’est vraiment bien convaincu que sa propre mort soit assurée : sinon, il ne pourrait y avoir grande différence entre son sort et celui du criminel qui vient d’être condamné ; en fait, chacun reconnaît bien, in abstracto et en théorie, que sa mort est certaine, mais cette vérité est comme beaucoup d’autres du même ordre, que l’on juge inapplicables en pratique : on les met de côté, elles ne comptent pas parmi les idées vivantes, agissantes.


Baschus a écrit:
Les criminels entièrement prisonniers de leurs pulsions sont comme les individus atteints par la rage, ils portent atteinte à la sécurité des citoyens ; les deux sont incurables.
Spinoza a écrit:
Le malade mange ce qu'il déteste par peur de la mort ; et l'homme sain prend plaisir à la nourriture, et ainsi jouit mieux de la vie que s'il avait peur de la mort et désirait directement l'éviter. De même un juge qui condamne à mort un accusé non pas par Haine ou par Colère, etc., mais par le seul Amour du salut public, est conduit par la seule raison.


Raison et Amour sont-ils liés ? Pour moi non ! L'amour est irrationnel.

Euterpe a écrit:
Souvenez-vous de ce débat sur la question de la preuve historique, à propos des camps de concentration. Très vite, il fut évident qu'aucune discussion ne pourrait avoir lieu ; au total, il n'y eut que du scandale. La plupart des faits historiques, et d'une manière générale ce qu'on appelle un fait, est à ce point moralement établi, et de manière presque instantanée, que l'impassibilité dépassionnée de qui veut ou accepte d'en discuter est immédiatement jugée monstrueuse.

J'ai voulu profiter de ce débat sur un sujet sulfureux pour montrer qu'un fait historique ne pouvait être établi sans être accompagné d'un jugement de valeur, ce qui pose également le problème du relativisme des valeurs. La recherche de l'objectivité (jamais totalement atteinte) se paye cher. Thucydide partageant les torts de la guerre entre sa cité et Sparte s'aliénait forcément beaucoup de ses concitoyens. Le fait le plus établi peut être également nié indéfiniment, parce qu'il repose sur une croyance, comme toute parole humaine. L'histoire est un procès qui dure des siècles.

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Pour moi le problème de la peine de mort est à chercher dans ce qui est la source de l'éthique. Chez Kant, c'est clair, domine la raison. Chez Schopenhauer, qui suit en cela Rousseau, la source est dans la pitié.
Schopenhauer a écrit:
La pitié est ce fait étonnant, mystérieux, par lequel nous voyons la ligne de démarcation, qui aux yeux de la raison sépare totalement un être d'un autre, s'effacer et le non moi devenir en quelque façon le moi. La seule pitié est le principe réel de toute libre justice et de toute vraie charité. La pitié est un fait incontestable de la conscience de l'homme ; elle lui est essentiellement propre et ne dépend pas de notions antérieures, d'idées a priori ; elle est le produit spontané, immédiat, inaliénable de la nature, elle résiste à toute épreuve, et se montre en tout temps et en tout pays... L'être qui ne connaît pas de pitié est en dehors de l'humanité.

Le Fondement de la morale.

Pourquoi sommes-nous contre la peine de mort ? Parce que notre premier mouvement est d'avoir de l'empathie pour celui qui souffre. Et que le spectacle d'un homme qu'on abat de sang-froid est déshumanisant et déchirant.

descriptionKant et la peine de mort. - Page 4 EmptyRe: Kant et la peine de mort.

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Alors Kant est en dehors de l'humanité. Il est vrai qu'un homme dissertant de la peine de mort dans son cabinet de philosophe ne nous en apprendra pas beaucoup sur le sujet. Il faudrait lui faire vivre ce calvaire pratiquement jusqu'à l'ultime coup de hache. C'est pourquoi Victor Hugo a choisi, au contraire de Kant, de nous montrer, au mépris de toutes les commisérations du monde envers les victimes, commisérations qui masquent bien mal un désir de vengeance caché, ce que vivait le condamné. Il y a en effet un cas où l'homme peut être sans pitié : quand il veut se venger. Dans la peine de mort, comme dans toute justice, il y a cette idée folle qu'une souffrance peut être compensée. Là est la véritable source du mal. Encore est-ce un moindre mal que de confisquer la vengeance privée pour éviter un bain de sang. Mais la justice ne résout pas le problème du mal, elle ne fait que marchander telle quantité de souffrance contre telle autre. Depuis l'avènement du christianisme, on a commué une partie de la peine sous forme de symbolisme. On appelle cela le repentir. On est censé souffrir symboliquement en présentant ses excuses, bref c'est l'antique humiliation des condamnés et des vaincus, sous une forme plus douce, mais non moins pernicieuse. Rappelons ici combien de meurtres ont été commis pour des offenses et des humiliations. La seconde guerre mondiale elle-même est en grande partie due à une humiliation.

descriptionKant et la peine de mort. - Page 4 EmptyRe: Kant et la peine de mort.

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Bonjour,

La discussion qui précède me paraît s'appuyer pour partie sur un présupposé exprimé dans la formule-même de "peine de mort" :
la mort est indifféremment une peine, elle a même été qualifiée plus haut de "mal suprême".
La chose semble d'office entendue, comme coulant de source.

Cette affirmation implicitement contenue dans l'expression "peine de mort" me semble pourtant entrer en contradiction avec les notions d'euthanasie ou même de suicide.
Si la mort peut être une peine, il me semblerait difficile d'affirmer a priori que c'est toujours le cas nécessairement.
Je me demande par conséquent si le rapprochement entre les notions de "peine" et de "mort" est si évident, et si cette expression commune ne demanderait pas une certaine interrogation avant usage.
Il me viendrait donc l'idée de substituer dans un premier temps à cette formule une autre, "mort donnée" par exemple, ou "légalement donnée", ou toute autre envisageable qui ne véhiculerait pas d'office ce présupposé.

Quant à savoir s'il convenait d'abolir cette "mort donnée", il me semble que le libre choix aurait pu être laissé aux principaux intéressés.
En effet, je considère le cas de celui pour qui l'enfermement pourrait paraître pire que la mort. Il aurait peut-être mieux valu pour lui que cette "mort donnée" puisse jouer désormais le rôle d'euthanasie. En quelque sorte : changer la mort imposée en mort proposée.
Au lieu de cela, le voici condamné à subir quelque chose de pire sans doute, quand la mort lui apparaît aujourd'hui être une peine de suicide.

Dernière édition par Commissaire le Lun 30 Déc 2013 - 20:58, édité 1 fois
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