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Volonté de puissance ou volonté de pouvoir ?

5 participants

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Dans la préface d'un de ses livres que j'ai chez moi, l'auteur affirme que Nietzsche, après la découverte de Spinoza, n'a cessé d'y revenir et ainsi Nietzsche fait référence à Spinoza dans plusieurs de ses livres...
Quant à savoir où Spinoza apparaît pour la première fois dans la philosophie Nietzschéenne, c'est, me semble-t-il, au § 475 de Humain, trop humain. Or cette œuvre a été publiée en 1878, donc Nietzsche avait déjà connaissance du Néerlandais à cette date, et ses œuvres majeures n'avaient pas encore été publiées !

Enfin, en ce qui concerne les critiques de Nietzsche envers Spinoza, étant donné le nombre de siècles qui les sépare, c'est normal qu'il puisse le trouver "pas assez" ou "trop". D'ailleurs plus loin dans la lettre que vous avez évoqué, Nietzsche écrit :
nos divergences sont également immenses, du moins reposent-elles plus sur les conditions différentes de l’époque, de la culture, des savoirs

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C'est sans doute regrettable, mais on est à peu près certain que Nietzsche n'a jamais lu Spinoza directement, ses connaissances viennent d'un grand livre d'un professeur de philosophie allemand dont le nom m'échappe ; ça se vérifie facilement dans les biographies de Nietzsche. Il serait d'ailleurs intéressant de pouvoir consulter le livre de ce professeur afin de savoir si Nietzsche a pu avoir une vision fidèle de la doctrine spinoziste.

Il y a beaucoup de similitudes entre Spinoza et Nietzsche, ne serait-ce que parce que chez Spinoza il n'y a pas simplement un conatus, il y a aussi un désir naturel d'augmenter sa puissance. Au début de l'Antéchrist, Nietzsche donne une définition du bonheur comme croissance de la puissance, ce que Spinoza n'aurait évidemment pas désapprouvé. Ceci dit, lorsqu'on essaye de s'y pencher dessus, la doctrine nietzschéenne de la Volonté de Puissance est bien plus complexe que la doctrine spinoziste : Nietzsche est allé plus loin dans l'analyse du concept de force. Ce qui les sépare profondément, outre la forme radicalement différente, c'est leur conception de la raison et de la vérité.

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Il y a beaucoup de similitudes entre Spinoza et Nietzsche
Oui, comme par exemple l'idée que l'âme vit et le corps et que le corps vit l'âme...

c'est leur conception de la raison et de la vérité.
Même si j'ai lu les deux, je ne saurais définir leur point de vue sur ces deux concepts, pouvez-vous développer s'il vous plait ?

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Aristippe de cyrène a écrit:
Et si les deux ne se confondent pas, au moins je pense qu'on peut conjecturer que Nietzsche s'est inspiré de Spinoza...
Plutôt alors pour la volonté de vérité, la connaissance vue comme la plus puissante des passions. Mais beaucoup des idées les plus audacieuses de Spinoza se retrouvent chez Schopenhauer. En tous les cas, Nietzsche n'a pas dû être trop bouleversé par cette lecture, tandis que celle de Dostoïevski, en tant que psychologue chrétien, l'a bien autrement touché (on a vu dans la scène du cheval un souvenir de Crime et Châtiment).

Silentio a écrit:
Nietzsche ne devait pas très bien connaître le spinozisme, il est possible qu'il n'ait jamais lu Spinoza dans le texte et n'a eu accès à sa pensée, si je ne me trompe pas (c'est à vérifier), que par des commentaires (notamment les ouvrages de Victor Brochard) et des ouvrages de vulgarisation (difficile donc d'être juste avec Spinoza, surtout lorsqu'il a été dénigré et combattu très longtemps, même par les idéalistes allemands qui s'en sont inspirés pour mieux le dépasser - du moins, c'est ce qu'ils croyaient).
Peut-être pas tellement. Il l'a lu chez Kuno Fischer, qui était un universitaire très sérieux, lequel a aussi écrit sur Kant, un livre que Nietzsche possédait également. Halévy nous parle de cette façon qu'avait Nietzsche de deviner les auteurs par l'intuition plutôt que de les lire in-extenso. Même dans sa spécialité, il était loin d'être un grand érudit. Il a impressionné son maître Ritschl, à qui il doit sa nomination à Bâle, par ses facultés d'intuition, la faculté historique dont il sera si fier.

Si je me souviens bien, c'est plus tard qu'il le reconnaît comme son ancêtre, à partir du Gai savoir (1882).
C'est pendant un séjour à Sils-Maria qu'il découvrit Spinoza. Nietzsche lisait les philosophes un peu comme nous nos romans de plage... en vacances au bord de l'eau. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

C'est tout de même surprenant, aurait-il enfin lu un philosophe qu'il ne connaissait que de réputation (par Schopenhauer et Gœthe, n'oublions pas ce dernier) ?
Qu'il appelait son "saint", donc encore une critique. ;) Spinoza émancipa Gœthe de la morale bourgeoise et par trop religieuse, de même que Gœthe plus tard avec André Gide.

Cette reconnaissance soudaine n'empêche pas notre philosophe de s'en prendre rapidement à Spinoza dans les livres qui suivront : Nietzsche le juge encore trop métaphysicien (Spinoza l'araignée, le tisseur de toiles où nous engluer et faire de nous ses proies), trop menteur, trop juif et chrétien à la fois (Spinoza comparé à Jésus, comparaison d'abord flatteuse, puis servant à le dénigrer), trop faible (Spinoza le phtisique), dominateur (l'Éthique serait écrite de telle façon qu'elle impressionne et produise un geste de soumission) et cruel (Spinoza et les animaux). Comme s'il fallait chercher la petite bête pour se distinguer d'un prédécesseur trop gênant.
Surtout, Nietzsche voit en Spinoza le Juif, l'incarnation de l'idéal de la Judée ("la Judée contre Rome") qu'il combat férocement et qu'il accuse d'être à l'origine de la décadence européenne.

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Liber a écrit:
Plutôt alors pour la volonté de vérité, la connaissance vue comme la plus puissante des passions.
Absolument.

Liber a écrit:
Il l'a lu chez Kuno Fischer
En effet; merci de le rappeler, je cherchais son nom depuis quelques temps sans réussir à le retrouver. J'ai parlé de Brochard, en fait je doute que Nietzsche ait lu ses écrits sur Spinoza - par contre, il a lu celui sur les sceptiques grecs et il s'en inspira grandement.

Liber a écrit:
Halévy nous parle de cette façon qu'avait Nietzsche de deviner les auteurs par l'intuition plutôt que de les lire in-extenso. Même dans sa spécialité, il était loin d'être un grand érudit. Il a impressionné son maître Ritschl, à qui il doit sa nomination à Bâle, par ses facultés d'intuition, la faculté historique dont il sera si fier.
J'ai aussi impressionné mes professeurs par cette intuition-là, néanmoins ça me gêne de parler, au fond, de ce que je ne connais pas vraiment. Je devine bien des choses, entrevois bien des choses dans des commentaires et formules, sens l'atmosphère attachée au concept, mais je ne peux m'en contenter. La comparaison avec Nietzsche s'arrête là, je n'ai pas son génie, mais je crois comprendre ce que ça signifie ou plutôt à quelle expérience cela renvoie. J'essaye tant bien que mal de combler mon retard et de fonder mes intuitions par la lecture des œuvres. :study: Nietzsche est surprenant, il a l'oreille et sait entendre la musicalité propre aux auteurs, à leurs idées, à leur style... Cela ne l'empêche pas de méconnaître certaines choses dont il parle et de ne pas rendre justice à un auteur en allant trop vite dans des lectures partielles et incomplètes. Ce qui est tout de même fâcheux, nous l'admettrons, lorsqu'on se vante de faire preuve d'une probité qui manquerait à tous les autres philosophes. En tout cas, il me semble que lorsqu'on voit la philosophie qui suivra Nietzsche, notamment avec les postmodernes, il y aura désormais une nouvelle façon de goûter les idées et de les associer dans une pensée plus imagée, propre à exprimer le désir suscité par elles ou les sensations qu'elles drainent. C'est une sorte d'esthétique de la pensée qui se dessine avec des paysages, des personnages ou des figures, des affects et des visions du monde.
Liber a écrit:
C'est pendant un séjour à Sils-Maria qu'il découvrit Spinoza. Nietzsche lisait les philosophes un peu comme nous nos romans de plage... en vacances au bord de l'eau.
Avant d'être un philosophe il est un artiste. Ca me fait penser à Foucault qui découvrit Nietzsche tardivement (après Heidegger) et qui en fit la lecture à la plage lors de vacances en Italie. Je fais la même chose, d'ailleurs, j'ai lu Foucault au bord de la mer Égée. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Je lis aussi les livres de philosophie comme des romans, ou comme des enquêtes (alors que je n'aime pas du tout les thrillers). C'est une manière de vivre les idées, d'y trouver aussi parfois une sorte de poésie. Mais ça n'aide pas à la logique et à la clarté.

Liber a écrit:
Surtout, Nietzsche voit en Spinoza le Juif, l'incarnation de l'idéal de la Judée ("la Judée contre Rome") qu'il combat férocement et qu'il accuse d'être à l'origine de la décadence européenne.
Je ne sais pas trop de quand date la rupture. Dans Humain, trop humain et Aurore Nietzsche tient en très haute estime Spinoza et les Juifs (disons, surtout, ceux de maintenant et appelés dans le futur à gouverner l'Europe). Je ne me souviens plus s'il en parle dans le Gai savoir (qui possède cette joie, cette énergie, ce vert émeraude de Dionysos et de la nature, qui se marient avec le spinozisme ; même si Nietzsche y joue la carte de la déraison et des passions - de la vie dans ses mouvements - contre la raison), ni dans Par-delà bien et mal. Y fait-il aussi allusion dans le Zarathoustra (qui prône le goût du jeu et du risque contre la conservation de soi) ? Il me semble que c'est avec la Généalogie de la morale que Nietzsche fait preuve de férocité à l'égard de la Judée et de ses représentants dans l'histoire.

Dernière édition par Silentio le Mer 7 Sep 2011 - 0:20, édité 1 fois
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