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Que penser de plausible sur l'après-mort ?

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Avant-propos

Que penser de plausible sur l'après-mort ? Bloc_o10

Lors de ma dernière opération, je m'étais promis, gageure stupide, d'apercevoir le moment où je glisserai dans l'inconscience. J'espérais ainsi non seulement surprendre par le même coup l'instant de mon réveil mais entrevoir la forme en creux, la profondeur, peut-être l'étrange lumière du gouffre dans lequel j'allais être plongé et dont j'allais ressortir. Or jamais, de mes trois expériences d'anesthésie générale, je n'ai eu davantage le sentiment de l'impuissance de ma pensée pour saisir la perte et le retour de ma conscience et me faire par conséquent la moindre idée de l'entre-deux. Par un fait exprès, le projecteur que j'apercevais au-dessus de ma tête dans l'espace pré-opératoire était du même modèle et à la même distance dans la salle de réanimation. Entre la vue de l'un et de l'autre de ces deux grands disques à large couronne lumineuse, même pas, dans mon souvenir, l'hésitation d'un raccord. S'il n'y avait eu, sous un voile de torpeur, une sensation de douleur nouvelle qui s'épaississait, j'aurais eu la certitude qu'il ne s'était rien passé.

D'une anesthésie à l'autre, l'idée que mon réveil pourrait ne pas avoir lieu a progressé, je l'avoue. Je sais que le risque n'est guère plus grand que celui de ne pas atterrir lorsqu'on prend l'avion mais sa pensée n'est pas de même nature. Si l'on peut penser à une catastrophe en décollant, on ne pense à la mort qu'à travers tout un pathos : l'angoisse quand l'état de détresse apparaît, l'épouvante quand l'instant fatal approche, la douleur affreuse dans les flammes... la pensée de la mort sur le bloc opératoire devient à côté comme une pure pensée de la mort, concentrée, absolue…

Mais justement parce qu'absolue, impossible. Je puis croire penser ma perte de conscience. Je crois la subir tous les soirs. Mais en fait je ne perds jamais la conscience sinon je ne serais pas là pour dire que je la perds.
D'ailleurs la présence du rêve dans le sommeil relativise et atténue la conscience d'une perte. C'est plutôt l'idée d'une modification de ma conscience que j'ai. Entre l'endormissement et le réveil, le rêve fait naître quelque chose dont je puis me souvenir, que je puis noter (je le fais parfois) et comparer avec ce que je vis en état de veille. Rien de cela dans l'anesthésie. Un pur néant comme l'idée que je dois me faire de la mort sans survie quelconque. Et un néant qui, je le répète, n'est pas pensable.

Bien sûr on peut trouver des biais d'approche, des substituts, des ersatz de la pensée de ce que serait une anesthésie sans réveil. Je puis par exemple me dire que lors du réveil je ne me souviendrai pas de mon nom, de ma situation, de ma famille, de mes amis, de ce pourquoi j'ai été opéré, de la ville où je suis, de l'hôpital, de ce que c'est qu'un hôpital, une ville, des êtres humains, de ce que c'est cet étrange disque de lumière au-dessus de moi qui n'est plus que la seule réalité dont je n'aurai jamais conscience. Mais je pense que cela encore, c'est trop de pensée, ce n'est pas la pensée du néant, ce n'est pas la pensée de la mort. Je puis penser comme lorsqu'on écrit un dernier message dans une situation désespérée et que les mots ont encore un sens, qu'ils se raccordent encore entre eux pour former une phrase, je puis penser que « j'aurai quand même vécu », que le souvenir de ma vie jusqu'à cet instant ça n'est pas rien, que rien ne peut faire que ça ne soit rien. Oui mais alors si je pense cela, je me rends compte que je ne pense pas vraiment à ma mort, que je pense à la mort d'un être que j'appelle moi et qui est forcément un autre, pas l'être qui va mourir quand je dis : « je », ou alors que, quand je dis : « je », je fais un absolu mensonge. La phrase : « j'aurai quand même vécu » est la phrase qui ne me permet pas de penser ma propre mort. Si je dis : quand je mourrai, ce sera comme si je n'avais pas vécu, je m'approche de l'idée mais ça n'est pas encore tout à fait ça. Et si ça n'est pas tout à fait ça, c'est que ça n'est pas ça du tout. Quand je mourrai, ce ne sera pas comme si je n'avais pas vécu, ça sera que je n'aurai pas vécu. Point. Ce n'est pas notre futur que la mort anéantit : il est néant par nature. C'est notre passé.

Et si la mort anéantit mon passé, elle anéantit forcément mon présent qui surgit pour prendre place dans mon passé. Tout ce qui me certifie que mon présent existe y compris la révolte de ma raison et de ce qu'il y a de plus intime en moi-même de le voir ainsi mis en cause devient simulacre, illusion à son tour. Dans la pensée de la mort je pense d'abord avec la même force que j'existe et que je n'existe pas. Et plus j'y pense, plus je deviens fou car plus je pense que je n'existe pas plus je pense avec force que j'existe en m'appuyant sur la force de ma pensée et plus je prends conscience de la force de ma pensée, plus je pense que la force de ma pensée n'existe pas car le futur de ma mort l'anéantit non seulement dans son être même mais dans le mouvement par lequel son être se renforce.

Je pourrais continuer ainsi. Je pourrais continuer à montrer que l'idée de ma mort sans survie n'est pas pensable. Ça ne donnera pas pour autant possibilité d'exister à la survie si celle-ci n'est pas possible. Ça me permettra seulement de considérer avec circonspection ceux qui croient se consoler de la pensée d'une mort sans survie aucune. Comment pourraient-ils se consoler d'une pensée qu'ils n'ont jamais eue ?

Plus on approche de ce que j'appellerai la pensée vraie de la mort, plus on est modeste dans la recherche des possibilités de survie. Ainsi je ne considérerai pas le récit des Expériences de Mort Imminente (EMI, en anglais NDE) comme des affabulations Je déplorerai seulement leur pauvreté, leur merveilleux de pacotille, le misérable lot de consolation qu'elles constituent le plus souvent à notre anéantissement. Voler au-dessus du bloc opératoire, apercevoir les baskets de l'infirmier assistant ou le numéro de l'ambulance : voilà les prodiges qu'on nous promet post mortem. Ou la rencontre avec un « être de lumière » au bout d'un couloir obscur. Beaucoup ont tranché pour dire que, de toute façon, ces expériences de mort imminente ne sont pas des expériences de la mort, que, par définition, on ne revient pas de la mort, donc qu'on ne saurait avoir la moindre approche d'un supposé état de conscience qui lui serait consécutif.

Pour ma part, je me garderai d'être absolument catégorique. Il peut y avoir un scepticisme qui va au-delà de la science et qui n'est que la marque d'un parti pris. S'il y a des témoignages assurés, il faut les soumettre à l'analyse critique avant de les rejeter en bloc. Certaines expériences existentielles, voire la prise de stupéfiants montrent que notre cerveau peut nous faire éprouver comme réels des vécus passablement insolites. Le rêve en fait tout autant. Pourquoi notre cerveau, proche de la mort, n'entrerait-il pas dans une activité qu'il est apte à connaître à d'autres moments et qui ne nous paraît anormale que du fait qu'elle n'est pas fréquente ? Avant mes trois anesthésies générales, à treize ans, à la suite d'une pneumonie avec syndrome méningé, je suis tombé dans le coma pour un peu moins de 24 heures. Or cette chute dans le coma consécutive à la fièvre s'est faite au bout d'un délire dont j'ai gardé la mémoire, au moins pour sa première partie. Donc, entre l'état de conscience lucide et le coma qui peut toujours précéder la mort, il y a place assurément pour des états de conscience d'origine morbide dont la nature est toujours à considérer.

Les EMI peuvent-elles être assimilées à ces états morbides pré-comateux, au fond très naturels ? Pour certaines sans doute. Peuvent-elles être assimilées à des états de transe ou d'hyperesthésie dont on peut faire l'expérience au cours de sa vie ? Je ne vois pas de raisons majeures d'en douter. Je pense seulement que, si on peut les considérer comme des indices de la possibilité d'une conscience post mortem, cela ne nous dispense pas d'entamer une réflexion propre sur l'éventualité et la nature de cette conscience.

On peut bien sûr former des hypothèses eschatologiques et mystiques plus ou moins accordées à ce qu'on connaît de la matière. Mais, dans le cadre d'une réflexion qui veut garder au minimum la rationalité scientifique, on doit être beaucoup plus modeste. Je crois l'être en disant qu'on peut envisager la formation d'états de conscience après l'évanouissement au dernier soupir et avant la décomposition du cerveau. Ces états de conscience auraient une durée totale objective qui pourrait aller de quelques secondes à quelques minutes. Ils formeraient une expérience psychique unifiée, cohérente dont l'intensité pourrait être plus forte que celles que nous n'avons jamais connues. Cette expérience n'empêcherait pas la mort objective de notre conscience mais elle éclipserait en quelque sorte la réalité subjective de cette mort.

Évidemment une telle expérience nécessiterait la conservation d'un substrat sur lequel elle pourrait s'appuyer. Or, pour moi, ce substrat essentiel, ce serait la totalité de nos souvenirs tels qu'ils sont enregistrés dans la matière de notre cerveau. Il y a là-dessus deux écoles de pensée. Une considère que la mémoire est essentiellement chimique, que nos souvenirs ne sont enregistrés que par séquençage moléculaire. Cette école de pensée est le plus souvent associée au connexionnisme. C'est-à-dire que la réactivation des souvenirs passerait obligatoirement par un processus cybernétique ordonnant les informations discrètes contenues dans les séquences moléculaires. Mais il existe aussi une autre école selon laquelle l'ensemble du vécu conscient assimilable à chaque instant à une étendue de modulation d'affects serait enregistré en permanence dans les structures atomiques d'une partie de la matière cérébrale comme, dans un magnétoscope, les signaux électromagnétiques sont enregistrés sur une bande ferroxydée. Évidemment, pour la seconde école, la simple résurrection des souvenirs ou le traitement qui pourrait en être fait lors d'un processus post mortem pourrait demander un travail électrophysiologique bien plus simple et compatible avec les possibilités survivantes du cerveau.

Les possibilités survivantes du cerveau pour aboutir -comme je le suppose- à un processus unifié et cohérent ne pourraient pas, bien entendu, être mises en œuvre de façon improvisée. Il faudrait que ce processus soit préparé et mis au point pendant toute l'évolution, celle des êtres doués de conscience sensible, bien sûr, mais peut-être même aussi celle de tous les êtres vivants. La vie évolue d'abord à mon sens contre la mort et -quoiqu'on dise- contre la mort individuelle, la seule mort véritable. Les premières cellules vivantes mouraient sans rémission. L'invention de la méiose a été d'abord une possibilité de survie donnée à la cellule individuelle qui se perpétue exactement dans une des deux cellules filles. Mais quand les pluricellulaires ont surgi alors le problème de la mort individuelle est réapparu. La mise en place de l'appareil psychique peut être considéré comme une reconquête de l'unité et de l'individualité. Pourquoi ne pas supposer que, parallèlement à cette reconquête, s'est mis en place un processus par lequel cette unité et cette individualité au lieu de se dissoudre dans la mort se réaliseraient et s'affirmeraient en elle comme dans un aboutissement ?

Les hommes primitifs croient tous à l'après-mort. Pourquoi ce qu'on pourrait connaître mieux qu'eux conduirait-il forcément à affirmer que l'après-mort n'existe pas ? Surtout si ce qu'on appelle l'après-mort n'est pas incompatible avec ce qu'on prétend savoir de plus...

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Que penser de plausible sur l'après-mort ? Gustav10

Embarqué dans mes réflexions sur les fondements de la conscience, j’avais quelque peu oublié ce texte écrit il y a douze ans que je mets dans ce fil comme avant-propos. Il a fallu un article de Science et Vie l’année dernière pour m’y faire resonger. Un article sur le nématode, ce vers minuscule auquel je m’étais intéressé comme un des premiers générateurs de conscience. On en avait filmé les derniers instants et le journaliste s’émerveillait : « Voilà la mort dans son second acte ! Telle que pour la première fois elle a été observée à travers un simple microscope et sous lumière ultraviolette : une vague d’un bleu fluorescent qui traverse l’organisme de part en part ! » Certes l’explication était banalement simple : les cellules proches de la tête absorbent du calcium en masse, ce qui fait exploser les granules qu’elles contiennent, lesquels relâchent un composé bleu fluorescent…. Le calcium se propage dans les cellules voisines et fait se répéter le même processus de nécrose. Mais le phénomène observé trouvait un écho sensible dans ce que j’avais écrit :
Les possibilités survivantes du cerveau pour aboutir à un processus unifié et cohérent ne pourraient pas bien entendu être mises en place de façon improvisée. Il faudrait que ce processus soit préparé et mis au point pendant toute l’évolution.


La vague bleue ondulant dans le corps transparent du nématode de la tête au bas de l’intestin faisait voir un processus post mortem unique et régulier mis en place à l’aube du règne animal en même temps qu’une vie psychique devenait plausible. L’intuition que la mort n’était pas la pure, morne et accidentelle cessation de la vie mais un phénomène dynamique ayant sa propre nécessité trouvait là une ébauche de confirmation.

En même temps que cet article sur la « mort bleue » du nématode, je découvris la relation d’une étude menée à Berlin sur neuf hommes « admis en soins intensifs pour des atteintes cérébrales très sévères, si graves qu’elles impliquaient l’arrêt du maintien en vie artificielle ». L’enregistrement des variations de potentiels électriques dues à l’activité des neurones n’était plus réalisé à partir de la surface du crâne comme il l’est pour les patients ordinaires mais directement sur le cerveau au contact duquel étaient placées les électrodes. Ainsi était permis l’enregistrement de très basses fréquences qui ne traversent pas l’os crânien et sont donc imperceptibles à l’électroencéphalographie.

Neuf fois donc a pu être enregistrée la fin de vie, du moins sa trace dans l’activité électrique du cerveau jusqu’à son arrêt définitif. Une même chronologie semble alors avoir cours. Elle comprendrait quatre périodes. La première, de zéro à trente secondes, suit immédiatement l’arrêt cardiovasculaire et présente une activité électrique quasi normale. Celle des trente secondes suivantes montre une activité fortement décroissante et est contemporaine de la perte de connaissance. Puis, dans un troisième temps qui peut durer de deux à cinq minutes, l’activité électrique, sans être inexistante comme on le croyait auparavant, est extrêmement ralentie et les neurones sont « en veille ». Cependant dans un quatrième temps et pendant une période estimée à cinq minutes, l’activité électrique atteint un niveau exceptionnel et s’accompagne d’une vague de dépolarisation massive qui traverse tout le cerveau jusqu’à l’arrêt final, la mort définitive.

Cette activité électrique finale témoigne-t-elle d’une résurrection programmée de la conscience ? Programmée, en tout cas, elle semble bien l’être puisque l’expérience a montré qu’elle se reproduisait à l’identique d’un individu à l’autre et que sa dynamique et sa forme trouvait son origine dès le début de l’évolution, la « vague bleue » s’engouffrant dans le corps du nématode comme l’onde de dépolarisation progressant d’arrière en avant du cerveau humain. Signe d’un retour de conscience ? Les neurobiologistes pourraient en convenir. Dehaene par exemple qui voit dans l’onde P3, liée à l’embrasement progressif des circuits corticaux et parcourant le cerveau de l’arrière à l’avant, la signature même de la conscience.

Dans l’article « Dehaene nous a-t-il donné le code de la conscience ? », je critiquais les vues du professeur sur une conscience phénoménale liée uniquement à l’activité connexionniste des neurones et qui émergerait par la seule intégration d’informations. Je soulignais que la conscience ne pouvait exister sans réalité affective et que cette réalité ne pouvait pas être induite par la seule activité des potentiels d’action. Je proposais que cette réalité affective trouve son origine dans une énergie subjective d’une intensité modulée par celle du champ magnétique interne sous l’influence collective des neurones activés. C’est ce que j’appelais le « modulisme ». Mais qu’on lui trouve une origine connexionniste et computationnelle ou moduliste, la présence effective de la conscience ne peut se déduire sûrement des phénomènes électriques observés quand aucun dialogue n’existe avec le sujet présumé conscient. On peut convenir que la présence d’un contenu de conscience s’accompagne d’un électroencéphalogramme « en relief » mais il est de multiples expériences qui témoignent que l’inverse n’est pas vrai. Au contraire, la présence d’une activité électrique cérébrale « inconsciente » est avérée. L’activité finale peut être très intense et durable (plusieurs minutes), si elle résulte d’une simple réaction en chaîne et n’est pas strictement conforme à un corrélat avéré de la conscience, elle peut fort bien ne pas troubler le silence du repos ultime.

D’ailleurs une conception de l’origine de la conscience ne considère même pas l’EEG comme un signal pertinent. Pour les tenants de cette nouvelle explication comme le docteur Charbonnier, des particules de notre cerveau seraient liées à d’autres particules à l’extérieur du corps par des ondes quantiques. Ces particules extérieures seraient la base d’une « conscience intuitive » extra cérébrale. C’est cette conscience intuitive qui entrerait en activité après la mort de notre conscience « analytique » reliée à nos cinq sens lorsqu'on est éveillé. Pour les tenants de la conscience quantique, l’encéphalogramme plat n’indique nullement l’absence de conscience de l’individu supposé mort.

Je n’ai pas l’intention d’entreprendre ici une présentation détaillée et encore moins une discussion des bases théoriques de l’hypothèse de la conscience quantique. Je rappellerai seulement que cette hypothèse-là apparaît comme une base privilégiée pour l’explication des EMI dont il faut bien parler dans le cadre d’une réflexion sur l’après-mort. Ces EMI dont témoignent les « expérienceurs », rescapés d’une mort imminente, sont en effet les seules indications qu’on puisse avoir sur l’existence de contenus de conscience au-delà de la vie.

Depuis douze ans non seulement les enquêtes se sont multipliées mais le phénomène de l’EMI est devenu un sujet assez sérieux pour servir d’appui à des thèses de médecine comme celle du docteur François Lallier, à des réflexions poussées de philosophes comme celle de Michel Bitbol, chercheur au CNRS. Mais si le corpus de récits de mort frôlée s’est enrichi, la confrontation s’est crispée entre ceux qui y voient la perception d’un accès véritable à un nouveau monde et ceux qui pensent à de simples illusions créées par des phénomènes biophysiques dans le cerveau en voie de destruction. Michel Bitbol tente de surmonter cette crispation en écrivant ceci :
Bitbol a écrit:
Est-ce important pour moi, à ce moment exceptionnel, que mon expérience intensément et indubitablement vécue de fusion avec une lumière blanche chargée d’amour soit provoquée par un Dieu transcendant, ou par quelque événement chimique dans mon cerveau en perte d’homéostasie ? Est-ce important pour moi, à ce moment, que l’horizon du temps infini que je perçois sans l’ombre d’une incertitude éprouvée dénote une éternité céleste objective ou traduise une distinction physiologique également objective de la perception du temps ?



A la question du philosophe, je ne saurais bien sûr répondre que non. Mais ici et maintenant, à la lumière de ma réflexion toujours actuelle sur le néant insupportable de la mort, il m’importe de savoir si les témoignages des EMI renvoient au monde bien terrestre des hallucinations, des délires et des rêves, au monde des « consciences intuitives » reliées par les ondes quantiques, au monde céleste et divin tel qu’il est promis avec quelques variantes par plusieurs religions ou à la seule mais sûre réalité d’un au-delà subjectif post mortem. Or tout me laisse à croire que c’est au premier monde seulement que les EMI renvoient. La modification de la perception du temps, l’accélération des pensées, le sentiment de paix et de bien-être, la vision d’une lumière brillante sans origine déterminée, l’audition de voix désincarnées, l’impression d’être entré dans une zone de passage, tunnel ou porte, le sentiment de revivre des événements de son passé, la rencontre avec des proches défunts, la sensation d’être en dehors de son corps, etc., tous les éléments répertoriés comme propres à l’EMI apparaissent pouvoir être présents soit dans des rêves, soit dans des hallucinations provoquées par des drogues, soit dans des traumatismes psychiques liés à de très violentes frayeurs. Par ailleurs, quand ces divers contenus psychiques sont rapportés après une réanimation, on peut en très grande partie expliquer leur survenue par les soins qui ont conduit à la réanimation elle-même en particulier par la réoxygénation du cerveau. Ainsi les sensations, sentiments, pensées constitutives de l’expérience de mort imminente surviendraient au moment du retour à la conscience éveillée et ne révéleraient donc rien des sensations, sentiments ou pensées que vivraient ceux qu’on ne réveille pas.

Les vivraient-ils, me serait-il promis de les vivre que cela ne me rassérénerait pas face à la mort, à ma mort. D’abord les EMI ne sont pas toutes heureuses, elles sont parfois douloureuses, effrayantes comme des cauchemars. Mais seraient-elles toutes des instants d’intenses bonheurs comme elles apparaissent le plus souvent, elles ne seraient finalement que cela, une succession d’instants derniers où se retrouveraient peut-être exaltés des fragments de la vie antérieure, peut-être des rencontres, des événements, des expériences inouïes à nous faire oublier notre bas monde et la vie que nous y aurons vécu mais qui déboucheraient en fin de tout compte sur le même gouffre. Bien sûr il y a dans les EMI le témoignage d’émotions fortes et belles mais dans une successivité qui les fait transitives. Le temps dans ces récits peut sembler parfois se ralentir à l’extrême, il ne s’arrête jamais, il accompagne des transformations, oblige à découper, à décompter des phases. Les EMI évoquent au mieux un beau rab de vie. Elles ne nous consolent pas de la mort.

Un instant plein d’une croissante densité, toujours au bord de sa fin sans jamais y atteindre me paraît cependant plausible, n’aurait-il pour place objective que l’intérieur du crâne et les quatre minutes de l’activité électrique décelée un peu après la mort.
Si cet instant peut exister, je ne lui vois pas a priori d’autre substance que celle de nos souvenirs. L’idée que ceux-ci, au moins ceux qui appartiennent à la mémoire épisodique, celle où s’enregistre chaque instant de notre vie, se conservent dans leur totalité jusqu’à notre mort est depuis longtemps ancrée en moi. Certes les chemins d’accès peuvent être détruits comme dans le cas de maladies dégénératives mais, comme le révèlent plusieurs cas d’hypermnésie, le vécu d’un instant passé dans tout son contenu sensible semble toujours à portée de notre conscience. C’est comme si nous étions entourés à chaque instant par tous les lieux où nous sommes allés. Il suffit de laisser vagabonder sa mémoire pour s’en rendre compte. On saisit une image dans le grand manège qui tourbillonne autour de nous. Un espace se déploie avec elle dans toute sa profondeur. D’abord pâle sous l’opacité résistante des parois qui nous entourent, mais vite avivée et d’une consistance solide dans son relief. Bien sûr la force du présent surmonte toujours l’effort pour retrouver intact le lieu du souvenir. Mais justement c’est comme si nous découvrions en nous une force d’oubli qui maintiendrait le passé hors de notre présent, force sans laquelle notre conscience submergée ne pourrait survivre.
Alors, après la mort, quand le monde présent sur lequel sont branchés nos sens actifs n’est plus, quand la force qui nous faisait repousser dans l’inconscience la totalité de nos souvenirs est disparue avec lui, notre passé tout entier ne peut-il pas revenir ?

Peut-être, mais alors dans un désordre, une confusion telle que notre conscience assaillie de partout n’en apercevrait rien. Au moment où nos facultés intellectuelles sont détruites, où l’activité cybernétique inconsciente de notre cerveau n’existe plus, la reconstitution d’un film chronologique, dont l’intérêt, je l’ai dit, ne serait de toute façon qu’illusoire, n’a aucune vraisemblance.
La mécanique de résurrection dernière de nos souvenirs, réglée en tout état de cause par nos gênes, ne peut qu’être simple. Elle ne peut s’appuyer sur la mémoire sémantique et le fonctionnement de son complexe réseau, elle ne peut reconstituer une chronologie, elle ne peut sans doute même pas aboutir à un contenu accessible à notre logique. Les quelques intuitions que je mets en forme ici ne sont qu’une tentative personnelle d’approche et ne valent que par cela. Il s’y mêle des éléments de ma foi première, de ma lecture de Proust et de mon expérience propre. Celle-ci a été marquée très tôt par les réminiscences. J’ai eu mes petites madeleines, mes odeurs d’aubépine ou de lilas. Comme Marcel dans la cour de l’hôtel de Guermantes, j’ai titubé moi aussi sur des soubresauts de mémoire. Avant même de lire Proust, j’ai été attentif à ces joies singulières, hors du temps, qui me semblaient contenir comme l’intime matière de mon être et qui se liaient indissolublement à un souvenir.

Ce souvenir comme chez Proust, comme chez plusieurs sujets atteints d’hypermnésie était lié à des émotions synesthésiques. Couleurs, sons, odeurs, sensations de froid ou de chaud, frottements d’air s’y mêlaient. Mais les sensations qui dominaient et où s’ancraient le mieux la particularité du ressenti et l’intensité de ma joie étaient ailleurs, à l’intérieur même de mon corps, dans mes poumons ou dans mes viscères. Elles me donnaient l’idée que la joie éprouvée s’enracinait dans ma chair et se colorait ainsi de ce qu’elle avait de plus particulier dans sa constitution comme l’empreinte de mes doigts, la forme de mon visage, la structure ordonnée de mes gênes. Aucune joie esthétique jamais, de celles que procure l’art, n’a atteint pour moi l’intensité de ces joies-là. Et rien ne m’a jamais plus persuadé de l’absurdité de la mort que l’idée de toutes ces joies que mon corps contenait, qui n’avaient été que pressenties par ma conscience et qui s’évanouiraient avant même d’être jamais vécues.

Mais si ma pensée veut s’appuyer un peu sur la raison, elle doit faire avec cette contrainte que les savants de Berlin ont mise à jour. Quatre minutes d’activité électrique progressant sur une ligne d’avant en arrière du cerveau. Cette activité-là, je la vois bien s’exercer dans le cadre de mon approche « moduliste » de la conscience que j’esquissais déjà en 2012 :
il existe aussi une autre école selon laquelle l'ensemble du vécu conscient assimilable à chaque instant à une étendue de modulation d'affects serait enregistré en permanence dans les structures atomiques d'une partie de la matière cérébrale comme, dans un magnétoscope, les signaux électromagnétiques sont enregistrés sur une bande ferroxydée.


Je puis alors, au moins dans un premier temps, envisager ceci. A un moment donné de sa progression dans l’hippocampe et les autres régions cérébrales où pourraient se situer les engrammes de contenus affectifs anciens, l’activité électrique post mortem susciterait une émotion évoluant en continu vers une particularité toujours plus grande et une intensité de joie toujours plus forte. Et cette évolution créerait en quelque sorte un ressenti d’après mort exprimable comme je l’ai évoqué : « un instant plein d’une croissante densité, toujours au bord de sa fin sans jamais y atteindre. »

Que les oscilloscopes branchés sur l’encéphale des mourants nous parlent un jour sûrement du contenu de cet instant-là, à supposer qu’ils nous en certifient l’existence, j’en doute un peu. Je m’aperçois vite à vrai dire que je n’ai pour en juger qu’une sorte d’instinct. Celui avec lequel j’ai pu méditer jadis sur l’au-delà promis par ma foi d’enfance. J’ai vite nié l’existence de l’enfer. Sa cruauté me paraissait incompatible avec l’existence d’un dieu bon. Elle me paraissait trop injuste aussi. Nous n’avons pas demandé à venir au monde : pourquoi devrions-nous être puni sans appel des fautes que nous pourrions y commettre ? Le paradis-récompense, éminemment souhaitable lui, n’était peut-être pas cependant si aisément crédible que cela. Si la béatitude était le bien suprême, pourquoi fallait-il peiner pour l’obtenir ? La récompense comme le châtiment me plaçait en tout cas sous la dépendance d’un être injustement lui dispensé de jugement dernier alors que sa responsabilité dans mon existence et dans l’existence du mal était première. Mais la remise en cause auquel je fus conduit de l’existence d’un juge suprême ne m’a pas aidé, au contraire, à me représenter avec plus de vraisemblance le sort auquel je pouvais être promis. Le paradis, s’il n’était pas récompense, existait alors sans lien avec la vie d’ici-bas, comme une réalité aussi contingente qu’elle. Aucune nécessité métaphysique ne pouvait me permettre d’y croire. Opposer à la perspective du néant de la mort, celle d’un bonheur surgi par enchantement pour le combler, c’était retomber dans mon ancienne croyance aux miracles qui m’empêchait de concevoir l’ordre logique et dernier des choses.

L’abandon de la croyance en Dieu n’a pas ôté pour moi toute crédibilité à l’Évangile en matière d’eschatologie. La valeur du message d’amour sur laquelle elle s’appuyait est restée intacte. Le « aimez-vous les uns les autres » présenté dans une perspective surhumaine (« comme je vous ai aimé ») et devenu le moteur de la vie éternelle prenait même un nouveau sens. L’amour qui contraignait à sortir de soi, à surmonter l’aversion naturelle que nous ressentons en face de l’autre devenait l’équivalent d’une énergie physique que nous créions et à laquelle nous donnions la substance d’une vie nouvelle. « Posséder la vie éternelle », cette très belle formule évangélique bouleversait la perspective sur laquelle s’appuyait mon espérance en l’au-delà. Il n’était pas dans un avenir lointain, il était lié à la vie présente. La loi d’amour nous faisait immortels pour peu que nous allions au bout de son exigence et sans que nous ayons à chercher ailleurs qu’en nous-même le démiurge et le moteur de notre immortalité.

Ce système métaphysique dérivé de ma foi première m’aide précisément à penser l’après-mort dans les conditions qui me sont parues les plus plausibles. Les sensations synesthésiques d’un contenu absolument particulier que j’atteins lors de plongées dans ma mémoire à la vérité ne sont pas toutes heureuses, elles ont même souvent un aspect nauséeux qui s’appréhende avec malaise lorsqu’il se précise et s’approfondit. Les « engrammes de souvenirs anciens » que j’évoquais plus haut ne seraient pas seulement le lieu de joies enfouies mais aussi de malaises, d’aversions, de répulsions, tout un terrain d’une pestilence étrangère. Ainsi donc c’est comme si je retrouvais autour des racines de mon être l’étendue de l’altérité même dont il se distinguait. L’émotion évoluant en contenu que j’évoquais au fur et à mesure de la progression rétrograde du souvenir mêlerait donc au ressenti heureux des malaises à surmonter. Ce serait comme si je puisais alors dans la joie de prendre possession de mon être la force pour surmonter l’aversion émanant de ce qui lui était étranger. Mystiquement traduit, cela signifierait que l’amour me faisait être, qu’il n’y avait pas de distinction entre la force d’aimer et la force avec laquelle je ressentais mon être et que, dans la croissante densité de l’instant final, cette force était la mesure fixe du ressenti sans fin.

D’où pourrait alors venir cette force dans le cadavre sinon d’une vie antérieure ? Sinon de notre existence passée et de son intacte mémoire ? La vie éternelle que nous pouvons posséder de notre vivant si nous mettons à la hauteur qu’il faut l’exigence d’amour pourrait seule nous sauver de la mort, nous donner accès à cet instant d’amour et d’épiphanie dont la science semble bien nous avoir fait connaître au moins l’emplacement. A défaut de cette force-là, je ne vois s’installer en nous que le renoncement à être et l’obscurité sans mémoire du néant.

Voilà pour moi ce qui est plausible.

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Bonjour Clément Dousset.

Réflexions intéressantes mais dont on se demande le rapport qu'elles entretiennent avec la rubrique "questions scientifiques".

Je vais, pour ma part, développer un sujet intitulé "Naissance, Mort et Mémoire" dans la rubrique appropriée, à savoir ... "questions politiques".

descriptionQue penser de plausible sur l'après-mort ? EmptyRe: Que penser de plausible sur l'après-mort ?

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Phiphilo a écrit:

Réflexions intéressantes mais dont on se demande le rapport qu'elles entretiennent avec la rubrique "questions scientifiques".

Je vais, pour ma part, développer un sujet intitulé "Naissance, Mort et Mémoire" dans la rubrique appropriée, à savoir ... "questions politiques".


 Bonjour Phiphilo,

La mort est un phénomène physiologique, psychologique, sociologique etc. C'est dire qu'elle intéresse la physiologie, la psychologie, la sociologie qui sont autant de disciplines scientifiques, c'est-à-dire qu'elle a un rapport large et varié avec la science. S'intéresser à la mort d'un point de vue philosophique c'est nécessairement rencontrer à un moment ou à un autre des champs d'investigations investis par la recherche scientifique. Le livre de Michel Bitbol auquel je fais allusion dans mon exposition : La conscience a-t-elle une origine ? se clôt par un chapitre : "Que voudrait dire vivre sa propre mort ?" où le philosophe en évoquant la question de la réalité psychologique de l'après-mort se met à dialoguer avec les physiologistes et les neuroscientifiques pour mieux distinguer son discours proprement philosophique du leur.


En intitulant ce fil de réflexion : "Que penser de plausible sur l'après-mort ?" mon intention est bien de confronter la pensée de toutes les réalités concevables sur l'après-mort avec des recherches, observations, expériences qui peuvent leur donner un aspect de plausibilité même si la caution de la recherche scientifique n'est pas la seule qui m'intéresse, même si une réalité peut être rationnellement plausible sans trouver appui sur des faits certifiés.

Bref, la question d'une pensée plausible sur l'après-mort me paraît toujours mieux entrer dans le cadre des "questions scientifiques" que des "questions politiques ou morales" ou "des questions sociétales" tout en restant d'abord - j'espère qu'on sera d'accord sur ce point - une question philosophique.

NB : je m'aperçois que je ne peux plus éditer mon message d'exposition. Je voulais cependant signaler deux choses :
1 - L'illustration choisie est tirée d'une édition d'Un cœur simple de Gustave Flaubert.
2 - La citation de Michel Bitbol est extraite de son ouvrage : La conscience a-t-elle une origine ? publié en 2014 aux éditions Flammarion.

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clément dousset a écrit:
La mort est un phénomène physiologique, psychologique, sociologique etc. C'est dire qu'elle intéresse la physiologie, la psychologie, la sociologie qui sont autant de disciplines scientifiques, c'est-à-dire qu'elle a un rapport large et varié avec la science


Curieusement, vous avez une conception beaucoup plus extensive et, disons-le, "philosophique", que moi de la science. Pour vous, apparemment, est science tout ce qui est digne de valoir comme connaissance vraie. Ce qui, depuis Platon, est, grosso modo, la définition de la science adoptée par toute la grande tradition philosophique. Etant entré en philosophie par la voie de l'épistémologie analytique (je suis un élève du regretté Jacques Bouveresse), je suis beaucoup moins tolérant que vous et ai plutôt tendance à m'en tenir à une conception très restrictive, héritée de la tradition des Lumières (la lignée Kant-Bachelard-Cercle de Vienne-Quine-Popper). Je crois que je m'en suis déjà expliqué longuement sur ce forum (notamment en pourfendant l'escroquerie scientiste qu'on nous vend, naturellement, comme étant LA science authentique : cf. l'utilisation scandaleuse du terme "scientifique" pour nous faire avaler n'importe quelle couleuvre pendant ce qu'il est convenu d'appeler "la crise sanitaire"). 

Pour ma part, chaque fois que j'ai un doute sur la scientificité de tel ou tel propos, je reviens aux fondamentaux kantiens et je me demande (critère nécessaire mais, évidemment, non-suffisant) : y a-t-il là matière à expérimentation ? Si la réponse est négative, ce n'est décidément pas de la science. Ce qui ne veut pas dire que cela n'a pas de valeur, bien au contraire. Car, comme le dit Wittgenstein, "à supposer que toutes les questions théoriques possibles soient résolues, les problèmes de notre vie demeurent encore intacts" (Tractatus, 6.52). Or, la mort est clairement UN de ces problèmes, voire LE problème. Ou plutôt la pensée de la mort et l'angoisse qui lui est liée. Car, en elle-même, "la mort n’est rien par rapport à nous, car tout bien et tout mal est dans la sensation, or la mort est privation de sensations" (Épicure, Lettre à Ménécée, §124), ou encore, "la mort n’est pas un événement de la vie ; notre vie n’a pas de fin comme notre champ de vision n’a pas de frontière" (Wittgenstein, Tractatus, 6.4311). Pour autant, MA propre mort n'est pas, pour moi, dépourvue d'importance. Mais, contrairement à la mort d'autrui qui, elle, est un phénomène tout à la fois perceptible et donc facteur d'émotion vécue et expérimentable donc, à ce titre, accessible à la description scientifique, MA mort n'est, littéralement, rien pour moi (cf. l'analogie wittgensteinienne avec mon champ de vision) : il n'y a, non seulement rien à en savoir, mais plus encore, rien à en ressentir. MA mort ne sera jamais, pour moi, ni une expérience ni un vécu (par définition !) : "on ne vit pas la mort" (Wittgenstein, Tractatus, 6.4311). Et c'est sans doute cette absence de toute appréhension-compréhension possible sur MA propre mort qui me la rend le plus insupportable (ce qu'un Pascal a parfaitement compris).

Bref, il ne s'agit surtout pas de bannir tout discours sur la mort. Ce serait absurde et, de toute façon, voué à l'échec. Toute l'histoire de l'humanité est là pour en témoigner. Mais il s'agira simplement d'en confier le traitement aux poètes, aux peintres, aux danseurs, aux écrivains, aux musiciens, aux religieux, aux mystiques, aux métaphysiciens, etc. et certainement pas aux scientifiques (stricto sensu). Ce que, encore une fois, l'humanité ne m'a pas attendu pour faire. Et c'est d'ailleurs ce que vous faites vous-même lorsque vous dites :


Clément Dousset a écrit:
En intitulant ce fil de réflexion : "Que penser de plausible sur l'après-mort ?" mon intention est bien de confronter la pensée de toutes les réalités concevables sur l'après-mort avec des recherches, observations, expériences qui peuvent leur donner un aspect de plausibilité même si la caution de la recherche scientifique n'est pas la seule qui m'intéresse, même si une réalité peut être rationnellement plausible sans trouver appui sur des faits certifiés.
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