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La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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BOUDOU
Zingaro
Cardinal
Vangelis
Azyb
shub22
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descriptionLa théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 5 EmptyRe: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

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Votre site d'observation des protozoaires m'intéresse. Pouvez-vous m'en donner le lien ?

Si vous lisez l'article que je recopie ci-dessous, vous verrez que je suis moi-même très intéressé par le psychisme conjecturé des êtres vivants primitifs. Je pense effectivement que la conscience apparaît très tôt dans le développement animal si on admet que la conscience consiste d'abord en une transformation de forces physiques en forces psychiques comme le désir, la volonté, l'effort, le plaisir, la douleur...
Cependant il faut quand même se méfier et éviter de déduire tout de suite la présence, l'actualité de ces forces psychiques même de comportements qui peuvent paraître élaborés. Parler de protozoaires qui sentent, perçoivent, se souviennent, décident, c'est leur prêter implicitement une conscience dont on aurait bien du mal à établir sur quelle structure organique elle repose, quels mécanismes sensori-moteurs elle met en jeu.
Le nématode C.elegans auquel je m'intéresse avec beaucoup d'autres est un petit vers qui a déjà 969 cellules et 303 neurones. Il est possible au moins en théorie de repérer l'activité de chacun de ces neurones dans une situation de réception de stimulus et de comportement moteur de l'animal, de distinguer un fonctionnement connexionniste d'un fonctionnement "moduliste" si celui-ci est effectif.
Attention ! Je ne dis pas que la transformation de forces physiques en forces psychiques ne puisse pas exister chez un protozoaire. Je dis seulement que la science me paraît pour l'instant totalement impuissante à trouver un biais pour l'étudier.

Le générateur de conscience peut être un objet simple (article paru dans Agoravox le 15 mai 2017) :

Dans "Une niche pour la conscience", je proposais une hypothèse nouvelle pour comprendre comment se constitue la diversité de nos sensations. Cette hypothèse implique une vue sur l'origine de la conscience également nouvelle, au moins par sa simplicité.
La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 5 Caenorhabditis-elegans-mark-a2ad9-41617
le nématode Caenorhabditis elegans
 
Complexité et conscience : un mythe
Dans un article paru dans le magazine Cerveau et Psycho de mars 2017 et intitulé : « Tous les animaux souffrent-ils ? », Georges Chapoutier, directeur de recherches au CNRS écrit : « L’écrasante majorité [des animaux] possèdent des mécanismes nerveux d’alerte qu’on regroupe sous le terme de « nociception ». C’est ce qui les rend sensibles aux éléments de leur environnement qui risquent de les blesser, voire de les tuer, comme des excès de chaleur ou d’acidité, de trop fortes pressions, des décharges électriques etc.
A ces signaux, l’animal répond par la fuite ou par un retrait du membre menacé. Chez un certain nombre d’espèces comme les vers, il s’agit sans doute juste d’un réflexe automatique et inconscient. Mais à partir d’un certain degré de complexité comportementale et cérébrale, il est légitime d’envisager une forme de conscience et donc un vécu intérieur de la douleur. »
Ce qui est remarquable dans ces considérations c’est l’a priori qui les sous-tend. Cet a priori pourrait se formuler ainsi : « la douleur consciente est liée à un certain degré de complexité et dans le cerveau de l’animal souffrant et dans son comportement ». Autrement dit la douleur est un produit de la complexité. On retrouve là tout à fait le présupposé connexionniste qui lie l’apparition de la conscience au nombre et à la complication combinatoire des connexions entre les neurones.
Un autre a priori remarquable apparaît dans l’article de Chapoutier, c’est que la douleur dans sa dimension de vécu intérieur sans laquelle bien entendu elle n’a pas d’existence serait une donnée observable, du moins déductible de l’observation. Ces deux a priori se fondent en un seul pour décider qu’un comportement sera ou non révélateur de douleur consciente. Ainsi la simple fuite d’un ver devant une source de chaleur trop forte serait un réflexe automatique et inconscient tandis que le refus du bernard l’hermite d’occuper une coquille associée à des chocs électriques violents permettrait de déduire l’existence d’un vécu conscient de la douleur.
L’idée qu’une réalité nociceptive associée à un vécu douloureux conscient se manifeste par un comportement spécial n’est certainement pas à rejeter a priori. L’idée que ce comportement spécial se caractériserait par une complexité qui le différentierait d’un simple réflexe est également recevable. Mais à la condition que ce comportement soit observé de façon simultanée au moment où le vécu douloureux est censé se produire. Le vécu de la douleur se confond avec le sentiment de la douleur et le sentiment de la douleur s’inscrit dans un temps propre hors duquel il n’existe pas. On peut soumettre le ver comme le bernard l’hermite à des chocs électriques. Comparer la réaction immédiate du premier à la réaction différée du second pour en déduire l’existence d’un vécu intérieur chez le dernier et son absence pour le premier n’a pas de sens.
Le seul moyen pertinent pour montrer que l’existence d’un vécu intérieur douloureux serait directement lié à la complexité des comportements qui lui sont contemporains et pourrait dépendre d’un seuil assez élevé de complexité serait justement de comparer l’expression de la douleur, c’est à dire le comportement directement induit par un signal nociceptif clair et indubitable chez le premier des animalcules doué de mouvement autonome et chez l’homme. Et de montrer que la différence de comportement présente une progression flagrante dans l’ordre de la complexité, de l’intelligence ou de la performance adaptative. Le ver fuit la source nociceptive d’autant plus rapidement qu’elle est forte. L’homme grimace et hurle. On voit mal le progrès. Vus à des distances un peu différentes, un ver et un homme qui brûlent vifs se contorsionnent de même façon.
 
Le coureur de fond et le nématode
Il vaut mieux sans doute pour raisonner juste rester en deçà de ces états extrêmes. Voici un coureur de fond. Il s’entraîne dans la campagne. Sa course le mène à gauche au bord d’un champ ménagé en chemin d’où un sentier bifurque à droite. Il s’est engagé dans le chemin quand une odeur de lisier infecte le prend au nez autant qu’à la gorge. Le voilà qui qui s’arrête brusquement, se retourne, revient sur ses pas, s’engage dans le sentier qu’il avait délaissé sur sa droite et s’éloigne à prestes foulées du champ nauséabond.
Voici maintenant un ver minuscule, le nématode C elegans qui avance en sinuant sous l’objectif du microscope. Il se dirige vers la gauche et c’est de ce côté qu’on instille dans la solution où il baigne une goutte de quinine que notre elegans ne supporte pas. De fait on le voit se retourner et sinuer dans l’autre sens. Le ver fuit la mauvaise substance comme le coureur.
Le nématode C elegans a 303 neurones. Il en a une trentaine qui sont consacrés à la chimiosensation. Il en a deux qui vont réagir spécifiquement aux substances répulsives pour l’animal. Tout le processus qui va de la détection des molécules indésirables à l’action des « bras musculaires » entraînant le mouvement de fuite de l’animal est parfaitement connu sur le plan physique et physiologique. Faire intervenir la notion de vécu douloureux ou déplaisant pour expliquer le comportement de l’animal peut apparaître totalement superflu. En revanche on voit bien comment l’explication psychologique est nécessaire pour comprendre la conduite humaine. L’odeur délétère entraîne un désagrément intense et difficilement supportable. Ce désagrément provoque le vif désir de le voir supprimé. Ce désir engendre la volonté d’agir, pour réaliser cette suppression en se bouchant le nez ou en s’éloignant de la source nauséabonde. Cette volonté fait naître l’effort qui soutient l’action corporelle effectuée : arrêt, volte-face, nouveau départ.
Douleur, désir, volonté, effort : autant de réalités qui ne prennent sens que dans une conscience et qui pourraient même en sembler les constituants essentiels. Dans un premier temps, la formidable différence de complexité qu’il y a entre un organisme comportant 303 neurones et un autre 85 milliards nous persuade qu’on peut bien trouver dans le second des réalités d’une nature totalement distincte de celle qui existent dans le premier. Mais on doit reconnaître dans un second temps que les notions d’intensité, de force et d’énergie communes à ces réalités nous renvoient bien plus à l’idée d’une simplicité brute et primitive qu’à celle d’une complexité élaborée dont elles seraient le produit.
On conçoit que le nématode puisse ne pas se représenter le monde avec la richesse que permet notre système olfactif, auditif ou visuel simplement parce qu’il ne dispose pas des outils pour enregistrer les multiples informations que cela nécessite pour nous. Mais on ne voit pas pourquoi il ne serait pas capable d’éprouver plus intensément de la douleur ou du plaisir, de ressentir plus ou moins fortement du désir, de fournir une plus ou moins grande quantité d’effort puisque ces variations de grandeur ont leur équivalent dans son système physiologique et que ce système fonctionne de façon identique au nôtre.
 
Conscience et énergie
Dès lors que l’on convient de voir la substance de la conscience comme une forme d’énergie particulière : l’énergie psychique, on peut considérer qu’un organisme aussi simple que le nématode peut être un générateur de conscience. On me dira que j’emploie le mot énergie par image, que le mot ne recouvre aucunement ici une réalité matérielle, qu’il n’a pas de pertinence en matière scientifique. Mais quelle définition scientifique de l’énergie nous donne le dictionnaire ? Celle-ci : « caractéristique que possède un système s’il est capable de produire un travail ». Notre nématode comme notre sportif, confrontés à la source nociceptive, vont chacun effectuer un certain travail musculaire produisant la modification de leur comportement. Or le système qui produit le travail est bel et bien le système psychique chez le coureur. Sa caractéristique sera d’engendrer la douleur, puis le désir, puis la volonté, puis l’effort dans la continuité qu’on a évoqué plus haut. Si notre coureur était atteint d’anosmie, il ne s’arrêterait pas, ne rebrousserait pas chemin, continuerait sa course au bord du champ dans l’odeur pestilentielle. C’est donc bien l’énergie de la sensation psychique qui est la cause du travail effectué.
Bien sûr l’énergie de la sensation qui produit le travail du comportement réactif n’est pas une énergie créée. Elle est une transformation d’énergie seulement. Le comportement réactif s’accompagne d’une dépense d’énergie mesurable en joules. Et cette dépense s’accompagne d’une perte dans le système physiologique global. Le coureur va perdre une portion de calorie. Il n’y a pas création d’énergie mais il y a transformation. Une certaine quantité d’énergie physique va devenir énergie psychique pour redevenir énergie physique dans le travail musculaire.
Il ne s’agit certainement pas de dire que toute action, tout mouvement du corps impliquant forcément une dépense calorique implique aussi forcément un processus de transformation d’énergie du physique vers le psychique et inversement. Les mouvements réflexes, inconscients, cela existe. On peut s’agiter pendant le sommeil alors qu’on est en total état d’inconscience. On peut même avoir en état de somnambulisme des comportements assez coûteux en énergie. Mais l’inverse ne me paraît pas vrai. Toute sensation, tout ressenti de désir, toute volonté, tout effort implique une certaine dépense d’énergie qui se trouve ainsi transformée.
 
Du physique au psychique : la voie possible d’une transmutation
Par quel biais se fait cette transformation d’énergie ? Voilà bien la question essentielle qui m’intéresse et qui me fait revenir vers le nématode avec une sourde émotion. Dans ce microgramme de matière translucide, le mystère de l’âme peut ne plus être obscur. En tout cas le raisonnement sur la cause d’une volte-face devient des plus simples. Quand l’anosmie du coureur pouvait mettre en cause telle zone du bulbe olfactif ou telle région du cortex supérieur et concerner ainsi des milliers de neurones, l’absence d’une seule paire de neurones suffit à empêcher notre ver de fuir la mauvaise substance. Pourvu de ces deux neurones AWB le nématode C. Elegans fuit la concentration de quinine. Si on détruit ces deux neurones par une intervention au laser, il ne la fuit plus.
Les deux neurones AWB ne se baladent pas dans le corps du nématode comme des électrons libres. Ils sont reliés à des détecteurs, à d’autres neurones chimiosensoriels, à des « bras musculaires » qui permettent le mouvement, ils sont intégrés à tout un réseau de connexions et les potentiels d’action libérés par leur activité dans le réseau peuvent apparaître comme la cause effective des mouvements de fuite du ver. A ce moment-là on fait l’impasse sur le malaise ressenti par l’animal ou on considère ce dernier ainsi que le font élégamment les connexionnistes comme une réalité émergente des processus bio-chimiques en œuvre.
En revanche, si on se place dans l’hypothèse moduliste que j’ai déjà présentée ailleurs (1), on admet que l’activité oscillatoire des neurones AWB produit une modulation du champ magnétique telle qu’elle provoque dans une structure de l’animal sensible à cette modulation un ressenti douloureux d’une intensité donnée. Et ce serait l’énergie de ce ressenti qui serait la cause de la fuite du nématode, sachant que, si l’activité des deux neurones qui provoquent ce ressenti n’existait pas, la fuite de l’animal n’aurait pas lieu.

S’il existe chez C Elegans une paire de neurones pour sentir les composés répulsifs, il en existe une autre pour sentir les composés attractifs, les deux neurones AWA. Les neurones AWA occupent une place différente dans le réseau sensorimoteur de celle des neurones AWB. Cette différence de la place de chaque paire permet d’admettre facilement que leur activité produise un effet différent, opposé en l’occurrence. Si l’on veut que cet effet comportemental opposé (attraction au lieu de fuite) s’accompagne d’un ressenti opposé dans le cadre de l’hypothèse moduliste, il faut nécessairement que les deux neurones « attractifs » ne déchargent pas de la même façon que les deux neurones « répulsifs » afin que la modulation du champ soit différente.
Place aux expériences donc. Si elles sont concluantes, s’il est avéré que la modulation des décharges neuronales ne sont pas les mêmes quand le ver mime l’attirance ou la répulsion, le plaisir ou le déplaisir, alors on aura fait un grand pas dans une voie nouvelle d’appréhension des choses. Une voie où la conscience apparaîtrait non quasiment au terme d’un processus d’évolution extrêmement long et complexe mais quasiment dès l’origine du système cérébral. Le générateur de conscience pourrait être un objet simple, un organisme ne possédant que quelques neurones.
Mais alors les explications biochimiques révéleront leur limite et ce que l’on connaît des propriétés fondamentales de la matière se montrera insuffisant. Que la modulation du champ magnétique puisse produire l’énergie de la conscience au contact d’une structure matérielle incluse dans un animal, c’est ce qu’il faudra bien parvenir à penser et à établir. On a conçu des piles électriques, on a conçu des piles nucléaires, on se prépare à construire des piles thermo-nucléaires en tenant compte à chaque fois de propriétés différentes de la matière fondamentale que nous avons découvertes. Reste à savoir comment la nature a pu construire des piles à conscience à l’aube de son évolution et à l’aide de ses lois premières. Des piles simples mais semblables à celle qui en nous nous fait sentir, désirer et vouloir bien avant de nous faire penser.

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Votre site d'observation des protozoaires m'intéresse. Pouvez-vous m'en donner le lien ?


Il s'agit du site "Le Naturaliste". Notez bien que les principaux intervenants sont des photographes, des passionnés de microscopes capables de les réparer, avec une prédilection pour la botanique. Les commentaires sur le comportement de microorganismes sont assez sporadiques.

http://www.lenaturaliste.net/portail/index.php

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clément dousset a écrit:
Je manque de bol. Ici vous proposez ce qui semble être une approche scientifique mais je ne saurais pas en profiter car les ondes électromagnétiques (comme les ondes sonores d'ailleurs, je n'ai pas l'oreille musicale), je ne visualise pas du tout comment elles interagissent entre elles ou avec la matière. Et je ne connais rien à l'électronique


Il y a des champs scalaires (le champ de Higgs a la même valeur partout dans l'univers), des champs vectoriels et des tenseurs, comme énergie-impulsion utilisé dans la Relativité.
Vous vous embarquez dans un truc compliqué là... Donc l'interaction des champs entre eux dépend s'ils sont de même nature ou pas. Quant à l'interaction champ-matière, c'est aussi compliqué car il a été prouvé que l'interaction entre particules que l'on croyait être un champ est en fait matérialisé par une particule qui s'échange -comme ce fameux boson de Higgs caractéristique de la propriété "masse" et identifié très récemment- plus toute une longue liste de particules qu'on a toutes identifiées et qui se manifestent lors de l'interaction entre particules et lors de l'interaction particule-champ.. Exception faite du graviton: la gravitation est un champ dûment observé, récemment aussi par l'interaction de 2 trous noirs massifs très loin mais qu'on a pu mesurer chez nous, les fameuses ondes gravitationnelles prédites par Einstein... Donc il n'y a pas comment dire.. de "vérité absolue", intangible et immuable concernant le sujet qui vous intéresse et cela relève de la recherche de pointe en physique.
A la limite il y a des hypothèses (des tonnes et produites par des scientifiques!), sans arrêt des nouvelles théories sur tout, et des modèles mathématiques et ils s'efforcent (avec peine, je le vois souvent dans leurs discussions!) d'essayer de tout faire tenir ensemble comme la gravitation quantique à savoir si c'est possible et si on y arrivera un jour. Au moins trouver la cohérence ou à défaut les incohérences qui invaliderait tel ou tel modèle via telle hypothèse. Mais on est sûr de rien! C'est vous dire la difficulté
Voilà. Sinon vous pouvez fréquenter des forums de science si ce sujet vous intéresse vraiment mais attention ce sont des spécialistes là-bas, et leur langage est celui de spécialistes.

P.S. comme j'aime pas raconter des trucs faux ni par trop imprécis surtout dans les sciences, j'ai fait vérifier le paragraphe par des physiciens. Ça a l'air OK ce que j'ai raconté + haut. Je raffole pas trop de Dehaene et surtout de sa démarche. Je l'ai eu comme prof à Jussieu en sciences cognitives: c'est un  cognitiviste dur, le genre intransigeant. Donc scientiste ou en tout cas affilié... Je sais pas s'il a déjà sa carte du Parti Scientiste mais en tout cas, s'il ne l'a pas, cela ne saurait tarder. Je préfère comme démarche et attitude celle de Heisenberg et son manuscrit de 42, qui ouvre des pistes dans plusieurs directions lesquelles ne ressortent pas forcément de son domaine plutôt que des chercheurs qui affirment avec autorité: c'est par là qu'il faut aller car c'est la seule bonne direction!
Il faut dire que c'est tellement étonnant ce qui se passe dans la mécanique quantique que ça engage nécessairement à la modestie: même et surtout des savants comme lui

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Bonjour Shub,

J'avoue hésiter à vous répondre car votre message ne semble pas réellement me concerner. D'abord, si mon nom est donné dans l'insert qui précède vos propos, la citation présentée n'est pas de moi mais de PhiloGL ; donc c'est à lui que votre message est a priori adressé. Ensuite vous parlez d'un "truc compliqué" dans lequel je me serais "embarqué" sur " l'interaction des champs entre eux" et "l'interaction champ-matière" et qui serait censé résumer tout ce que je dis ; cela ne me paraît pas du tout rendre compte de mes propos.

Je suppose quand même que vous faites allusion à mon article sur le modulisme car j'y parle bien du champ magnétique interne au cerveau. Cependant des spéculations sur l'interaction des champs ou l'interaction champ-matière en sont absentes.

Je ne nie pas que le passage d'une variation d'intensité magnétique dans un espace donné configuré d'une certaine façon en entraînant une succession d'affects premiers suppose une propriété encore inconnue de la matière. Mais la mise à jour de cette propriété ne me paraît pas encore formalisable et est hors champ pour l'heure de mes préoccupations.

Celles-ci peuvent être résumées en deux points :
1-Est-il vrai que chaque sensation perçue instantanément puisse être constituée par la succession rapide d'affects premiers qui échappent, eux, à la perception ?
2-Est-il vrai qu'il y a une modulation du champ magnétique particulière à chaque sensation perçue et qui serait le corrélat nécessaire à cette perception ?

Si la réponse est non à ces deux questions, ma théorie s'effondre. Et, quel que soit mon sentiment à l'égard de la théorie de l'espace de travail neuronal conscient de Dehaene, je n'ai rien de sérieux à lui opposer, aucune piste de recherche différente des siennes à ouvrir. Et je n'irai surtout pas me lancer dans des spéculations sur les champs scalaires tout à fait, vous avez bien raison, hors de ma portée !....

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 Je suis moi-même très intéressé par le psychisme conjecturé des êtres vivants primitifs. Je pense effectivement que la conscience apparaît très tôt dans le développement animal si on admet que la conscience consiste d'abord en une transformation de forces physiques en forces psychiques comme le désir, la volonté, l'effort, le plaisir, la douleur...


Ce qui me laisse perplexe, dans ce débat, c'est qu'il laisse planer l'impression que les neuro-sciences ne savent pas encore produire une théorie satisfaisante des phénomènes conscients mais que cela pourrait être le cas dans un avenir plus ou moins proche. Or il me semble qu'on est là en pleine confusion conceptuelle car la science ("Lascience" comme dirait l'autre) n'a absolument rien à nous expliquer sur ce sujet.

Le propre de l'explication scientifique en général consiste, en effet, à nous fournir des descriptions empiriquement observables de phénomènes mécaniques. Et que la probabilité de la manifestation de tels phénomènes soit inférieure à 1, comme c'est le cas dans la mécanique quantique ne change rien à l'affaire. Il s'agit donc, en particulier, pour les sciences du cerveau et du système nerveux, de contribuer à décrire le chemin causal d'un mécanisme qui conduirait l'observateur d'un tissu biologique (voire infra-biologique) à un objet de conscience (dans le sens où les phénoménologues nous disent que toute conscience est conscience de quelque chose), tâche que les philosophes connaissent sous le nom de "problème de Brentano" (du nom du psychologue qui l'a le premier énoncé). Toute théorie neuro-scientifique présuppose donc deux "niveaux" d'observation empirique : un "niveau inférieur" (celui de la structure neuronale) et un "niveau supérieur" (celui des états psychiques ou mentaux). Il lui faut donc décrire comment le "niveau inférieur" détermine causalement le "niveau supérieur" et comment celui-ci doit rétroagir, par feed back, sur le "niveau inférieur" en le mettant en mouvement. Or cela n'est possible qu'en substituant le paradigme informatique au paradigme biologique. Car, dans ce cas, on est, en effet, parfaitement capable de montrer comment on passe du "niveau inférieur" physique (le hardware) au "niveau supérieur" symbolique (le software) lequel implémente à son tour le "niveau inférieur", etc. Dans un tel modèle, les interactions étant électroniques de bout en bout, dans le sens montant comme dans le sens descendant, on sait prévoir l'état d'un logiciel à partir de la pression de telle ou telle touche du clavier et, inversement, on sait dans quelle mesure telle modification du logiciel va influencer la fonction de telle ou telle touche sur le clavier. 

Mais cela devient impossible lorsque l'on essaie d'appliquer ce modèle descriptif au paradigme biologique : tant que l'on reste au "niveau inférieur", tout va bien, mais lorsqu'on désire passer au "niveau supérieur", on est obligé de faire un saut dans l'inobservable. En clair, on pourra décrire très précisément et très rigoureusement le chemin causal qui mène, par exemple, de la réflexion d'un rayon lumineux sur un objet extérieur à un sujet percevant jusqu'à l'aire de la perception visuelle cérébrale dudit sujet, mais on est incapable d'expliquer comment l'activation de l'aire visuelle en question devient un objet de conscience pour ce même sujet. En d'autres termes encore, on peut toujours, en scannant le cerveau du sujet, savoir que ce sujet perçoit des informations visuelles, mais on ne peut pas savoir ce qu'il perçoit (cf. sur ce point le chapitre III - "ce que l'œil dit au cerveau" - de l'ouvrage de Jacques Bouveresse, Langage, Perception et Réalité). Et, a fortiori, on peut encore moins prévoir comment cette information visuelle va rétroagir sur le comportement prochain du sujet. Le "niveau supérieur" symbolique du vivant n'est pas, en effet, analysable en bits comme l'est celui de l'ordinateur. Notons que cette limitation ne concerne pas les seuls organismes humains, réputés les plus complexes dans le règne du vivant : Thomas Nagel a écrit un ouvrage intitulé what is il like to be a Bat ("quel effet ça fait d'être une chauve-souris ?") dans lequel il se demande, effectivement, en quoi consiste, pour une chauve-souris, l'expérience mentale ou psychique (le quale) de la perception d'un ultra-son. Question évidemment sans réponse possible. D'où l'alternative imposée à tous les spécialistes de neuro-sciences qui assument une position dualiste ("niveau inférieur"/"niveau supérieur") : pour éviter le hiatus de cette discontinuité causale manifeste entre les deux "niveaux", ils sont réduits, ou bien à constater cette dualité en renonçant à l'expliquer (position béhavioriste de Quine ou de Skinner), ou bien à conjecturer un "niveau" intermédiaire destiné à rendre compte de l'interaction entre les deux niveaux. Cette dernière stratégie est celle des fonctionnalistes (Putnam, Block, Fodor). Sauf que
1 - leurs "fonctions" (au sens téléologique et non pas au sens des fonctions mathématiques récursives qu'on utilise en informatique) sont postulées et sont donc empiriquement inobservables
2 - une telle stratégie argumentative abductive (qui est, soit dit en passant, exactement celle qu'adopte Freud lorsqu'il conjecture l'existence d'un "inconscient psychique") modifie radicalement la nature de l'explication qui, d'empirique et donc de scientifique qu'elle prétendait être, se fait subrepticement conceptuelle et donc philosophique.

On voit donc clairement que le dualisme heuristique présupposé par les neuro-sciences conduit nécessairement à abandonner l'explication scientifique pour l'explication philosophique. La seule position scientifiquement consistante, en la matière, exige de renoncer au dualisme pour adopter un monisme, à savoir éliminer l'idée d'un "niveau supérieur" (celui des états mentaux) causalement déterminé par un "niveau inférieur" (celui des états neuronaux") ou, tout au moins, à réduire le premier au second en limitant leur ambition explicative à la description des conditions nécessaires à l'émergence de la conscience. Il reste toutefois aux monistes réductionnistes ou éliminativistes (Ryle, Kim, Churchland) à expliquer pourquoi on continue et continuera à dire que l'on voit un arbre là-bas dans la cour (idiome mentaliste du "niveau supérieur") au lieu de décrire des processus de mécanique neuronale qui conduisent à la perception de l'arbre (idiome physicaliste du "niveau inférieur"). Ce qui, derechef, est un problème conceptuel et non pas empirique, donc ressortit à la philosophie (je mentionne très rapidement la philosophie des qualia de Peirce, Nagel ou Jacob, le monisme anomal développé par Davidson ou Engel et l'intentionalisme promu par Wittgenstein, Anscombe, Dennett ou Descombes) et non à la science. Bref, le "problème de Brentano" est, de part en part, un problème philosophique et le titre de l'ouvrage de Dehaene (le Code de la Conscience) est une imposture intellectuelle.

Dernière édition par PhiPhilo le Jeu 29 Nov 2018 - 15:59, édité 1 fois
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