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Humanité-inhumanité

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Euterpe
Vangelis
Intemporelle
Liber
JimmyB
broceliand
10 participants

descriptionHumanité-inhumanité - Page 5 EmptyRe: Humanité-inhumanité

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Intemporelle a écrit:
Zingaro a écrit:
De deux choses l'une, soit on considère qu'il est fondamentalement ennemi parce que ses actes le prouvent, et alors c'est nier l'humanité que de ne pas abattre définitivement cet ennemi, soit on considère qu'il n'est plus ennemi parce que les responsabilités se perdent dans les dédales du totalitarisme et qu'une fois celui-ci abattu, l'homme qu'on juge n'est plus dangereux (reste alors à canaliser la vengeance des victimes par quelque sacrifice et à se prémunir du fléau).

Votre propos montre bien tout le danger de la notion d'inhumanité, à partir du moment où une frange de l'humanité (quelle que soit son importance), se croit autorisée à pouvoir éliminer un homme, ou un groupe d'hommes, au nom de l'humanité.
Je cite un extrait de La notion de politique de Carl Schmitt, si sa pensée peut être sujette à discussion, il a parfaitement su entrevoir néanmoins toutes les conséquences de ces catégories assez récentes "d'humain" et "d'inhumain".

Je ne vous reprocherai pas de vous servir de mon message pour développer votre propos. En revanche son contenu critique est à revoir ; à aucun moment je n'ai prétendu m'être hissé au rang de l'humanité. L'ennemi fondamental (avec lequel on est engagé dans une lutte à mort) n'est pas nécessairement inhumain - bien au contraire.

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Vous déclarez que c'est nier l'humanité que de ne pas l'abattre. N'est-ce pas se hisser au rang de l'humanité que de décider de qui il faut abattre pour ne pas nier l'humanité ?

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Intemporelle a écrit:
Or les régimes totalitaires, et plus particulièrement le régime nazi présente une originalité par rapport à ce modèle parce que la logique nazie est d'entrée de jeu une logique qui rend possible le révisionnisme, en ce que dès le début on a cherché l'effacement des traces par l'accomplissement de la réification des victimes de telle sorte qu'elles ne puissent plus témoigner, d'où l'émergence de ce qu'Agamben appelle le "témoin intégral", celui qui précisément ne peut plus témoigner, parce qu'il a été abîmé dans son être même de sujet.

En effet, ce que vous dites me fait réfléchir. Mettons qu'en effet, ils ne cherchaient même plus à obtenir une réaction de leurs prisonniers. Néanmoins, parler de réification veut dire que l'on essaie de faire d'un être vivant une chose. Or, les Nazis étaient pleins de cynisme envers leurs victimes, un comportement qui suppose qu'on imagine encore dans l'homme qu'on torture une pensée, ici une question : "Pourquoi ?". Les victimes devaient bien se demander pourquoi elles étaient méprisées à ce point, une réponse que les Nazis pensaient être les seuls à détenir, dans le sentiment de leur immense supériorité.

J'ai du mal avec cette assimilation entre culpabilité et dualité Bien/Mal, en ce que la culpabilité est une notion liée à la philosophie chrétienne avant tout, or la dualité Bien/Mal a précédé le christianisme.

Bien sûr, Zarathoustra a même été choisi par Nietzsche car il a été le créateur légendaire de cette dualité. Mais cela ne diminue pas l'importance que le Bien et le Mal ont prise grâce au christianisme.

Par ailleurs, la conception chrétienne de la culpabilité me semble moins liée à la dualité Bien/Mal qu'à l'émergence d'un sujet-créature qui répond au singulier de ses actes devant son Créateur.

C'est parce que Nietzsche lie la culpabilité à la domination d'une catégorie d'hommes sur les autres, à cette époque les Romains. Les Chrétiens vont imaginer un enfer où ils pourront se venger des Romains, leurs maîtres, ne pouvant le faire dans la vie réelle. Les Grecs n'ont jamais eu cette idée.

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Intemporelle a écrit:
Vous déclarez que c'est nier l'humanité que de ne pas l'abattre. N'est-ce pas se hisser au rang de l'humanité que de décider de qui il faut abattre pour ne pas nier l'humanité ?

Exact, c'est un faux pas ! Une radicalisation de trop, ou trop rapide. C'est-à-dire que si effectivement vous reconnaissez cet ennemi mortel en tant qu'il existe, c'est autant nier l'humanité de l'abattre que de ne pas le faire. Le problème des interrogations que posent ses actes vient une fois qu'on s'est débarrassé de lui, et le choix de la torture par l'isolement n'est rien de plus qu'un raffinement moral (certes, c'est déjà beaucoup). J'essayais d'évacuer la distinction humain/inhumain des strates universelles vers lesquelles elle semblait pousser dans le message de Liber.

Intemporelle a écrit:
Déclarer qu'un individu est inhumain est un acte de violence oui, mais motivé avant tout par l'effroi, pas par la volonté d'être "cruel" vis-à-vis" du criminel, mais par une incompréhension fondamentale, voire un refus de comprendre tout aussi fondamental. J'exclus bien entendu de cette analyse le fait de déclarer quelqu'un inhumain sous motif d'idéologie (comme dans le cas de l'idéologie nazie), où ce n'est plus l'effroi qui motive le qualificatif, mais la haine et l'idéologie. Mais comme je le soulignais plus haut, ces deux tendances se rencontrent singulièrement dès lors que ceux qui le font par effroi, décident qu'il faut anéantir l'inhumain.


J'apprécie le positionnement que votre développement dévoile, vous évitez l'écueil du jugement moral dans l'absolu pour en observer les effets et ressorts... physiologiques ? Vous le replacez dans son matériaux humain. Maintenant je trouve que vous êtes trop catégorique dans vos conclusions ; le rejet de l'autre est cruel pour la simple raison que tout un chacun sait, "intuite" qu'il n'y a pas de soi sans un nous. Pour un Juif en particulier puisque vous choisissez cette perspective, l'exclusion est une sentence terrible, hautement symbolique. Dans le cas des nazis je vous accorde qu'elle est imprégnée d'une certaine impuissance, elle n'en perd pas moins à mon sens ses allures guerrières.

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Liber a écrit:
En effet, ce que vous dites me fait réfléchir. Mettons qu'en effet, ils ne cherchaient même plus à obtenir une réaction de leurs prisonniers. Néanmoins, parler de réification veut dire que l'on essaie de faire d'un être vivant une chose. Or, les Nazis étaient pleins de cynisme envers leurs victimes, un comportement qui suppose qu'on imagine encore dans l'homme qu'on torture une pensée, ici une question : "Pourquoi ?". Les victimes devaient bien se demander pourquoi elles étaient méprisées à ce point, une réponse que les Nazis pensaient être les seuls à détenir, dans le sentiment de leur immense supériorité.

Les sous-hommes se trouvent entre l'homme véritable, supérieur et l'animal, il y a la volonté à la fois de chosifier ou d'animaliser et celle de préserver une conscience minimale pour que soit reconnue la grandeur du bourreau, du peuple qui détruisant l'autre s'affiche, dominant, comme le nouveau peuple élu. Ce qui est cruel, justement, c'est de jouer avec ce résidu de conscience, de maintenir l'homme en l'homme tandis que tout est fait pour l'humilier, le dégrader et en faire un animal blessé qui en même temps doit mesurer l'horreur de sa mort, de sa disparition en tant qu'être humain conscient et digne. Le pire a dû être la détresse morale face à cette implacable entreprise de destruction, la mise à mort de la foi et des espérances. Il ne devait y avoir alors que des sujets vides ; la souffrance de se sentir disparaître tout en maintenant l'écart qui fait la conscience humaine, même si brimée, amenuisée, et à la limite de l'animal sans jamais y plonger totalement. C'est une situation d'impuissance et de détresse.

En ce sens, l'in-humain serait peut-être l'apparition des forces aveugles (et pré-individuelles) en l'homme qui le désindividuent et défont les formes de vie qui lui permettent d'être ce qu'il est au travers d'une certaine mesure. C'est l'illimité en l'homme qui détruit son porteur, à la fois l'individu qui n'est plus personne et la communauté dont les liens se dissolvent. C'est la destruction des conditions de possibilité de la vie humaine, le dépassement des limites fixées et vitales. Mais c'est une force aussi bien créatrice que destructrice qui est toujours en l'homme. L'inhumain est l'absence de visage (pas au sens de Levinas, bien que le Visage soit présence de la singularité irréductible de l'Autre infiniment transcendant, mais comme ce qui singularise quelqu'un, le distingue comme tel par ses traits propres et reconnaissables, tandis que le Juif, en étant essentialisé, est néantisé, fondu dans la masse de ses semblables, du Même - ce qui me fait penser au masque, persona, par lequel résonne le daimon, soit les forces impersonnelles en tant qu'elles sont mises en forme dans l'individuation), c'est la réduction de l'homme à la force pure, l'anonymat et à la marchandisation, à la guerre des porteurs anonymes de forces (cf. Levinas).

Ainsi, le problème du nazisme est la négation de ce qui fait l'humain, de la mesure, et le déploiement excessif de forces pour accumuler et exercer impitoyablement la puissance. Mais on sait que l'hubris, en menant à vouloir égaler les dieux (qui ont pouvoir de vie et de mort), se retourne contre celui qui en fait preuve (elle crée la guerre, la dissension, la corruption et son prix est le sacrifice de la conscience, de la liberté, les nazis n'étant eux-mêmes plus que quelque chose entre l'animal et la machine calculante sans individualité, ils ne sont plus que les rouages d'une machine impersonnelle de destruction et de rationalisation des activités portées par un sujet global qui devient un "destin" pour ces soldats qui ne font qu'obéir aux ordres ; d'ailleurs si on étudie un peu la bureaucratie nazie on s'apercevra de l'absurdité d'un système où les ordres sont décidés contradictoirement à différents étages, chacun pouvant exercer son autorité à partir du Führerprinzip qui "donne vie", anime le corps social ou militaire - puisqu'il n'y a justement pas de politique au sens arendtien, pas de pluralité, pas de commun, pas d'espace d'apparition où les acteurs se singularisent, c'est au contraire l'absence d'espace, de loi, de relations qui permettent la conscience et le vivre-ensemble).

Dernière édition par Silentio le Jeu 9 Aoû 2012 - 13:27, édité 1 fois
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