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La vérité scientifique.

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Dienekes
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sakuratsu
7 participants

descriptionLa vérité scientifique. - Page 2 EmptyRe: La vérité scientifique.

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sakuratsu a écrit:
Enfin, lorsque Popper évoque la falsifiabilité de la science, veut-il dire que la science est frauduleuse et qu'ainsi, il ne sert à rien de lui accorder crédit ?

Je pose la même question. Je ne vois vraiment pas ce qu'il entend par fraude !

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sakuratsu a écrit:
Je dirai plutôt que les résultats dépendent du contexte (matériel utilisé, sa qualité, conditions de l'expérience...). Donc, le résultat ne doit pas immédiatement être interprété comme une vérité, mais comme le résultat d'une expérience effectuée dans un certain contexte.

Je distinguais le vrai de la vérité. Une proposition vraie l'est parce que, selon le contexte de l'époque, selon le matériel, selon ce qu'on prend pour acquis, pour vrai, etc., elle a été démontrée logiquement.

Votre précision est néanmoins plus judicieuse que ma phrase.

sakuratsu a écrit:
De cette façon, nous tâtonnons par les moyens que nous disposons. Ça n'est pas une utopie, c'est une réalité.
Car, sur quoi tient le cosmos s'il est basé sur du mensonge ?

La vérité existe bel et bien mais tout porte à croire que nous ne l'attendrons jamais. C'est pour cela que Popper a introduit la notion de vérisimilitude. Pas au sens de vraisemblance, mais plutôt au sens où nos théories actuelles ne sont qu'une approximation de la vérité, et que notre but ici est justement de s'en rapprocher encore plus.

Donc pour répondre à votre question, il semble qu'il y ait des lois qui régissent le cosmos. Et nous essayons de tendre vers sa compréhension globale. Mais il paraît utopique d'affirmer que nous le comprendrons un jour dans sa totalité.

sakuratsu a écrit:
Enfin, lorsque Popper évoque la falsifiabilité de science, veut-il dire que la science est frauduleuse et qu'ainsi, il ne sert à rien de lui accorder crédit ?

Que cherche-t-on lorsque l'on essaye d'élaborer une théorie scientifique ? On cherche non seulement à expliquer, mais aussi à prédire. Nous n'atteindrons jamais la vérité, la falsifiabilité de la science fait allusion ici au fait que notre science sera toujours réfutable. Mais bien évidemment nous souhaitons nous approprier au mieux ce cosmos, la science semble être le meilleur moyen que nous avons pour tenter de le dompter.

descriptionLa vérité scientifique. - Page 2 EmptyRe: La vérité scientifique.

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Fontaine Philippe a écrit:
Popper  (La Logique de la découverte scientifique) s’efforce d’établir un critère méthodologique de démarcation des différents types de savoirs. Popper montre qu'une théorie n’est scientifique que si ses énoncés sont susceptibles d’être soumis à des protocoles [...] capables d’en montrer la vérité ou la fausseté.
 
Fontaine Philippe, « Qu'est-ce que la science ? De la philosophie à la science : les origines de la rationalité moderne.

descriptionLa vérité scientifique. - Page 2 EmptyRe: La vérité scientifique.

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sakuratsu a écrit:
Enfin, lorsque Popper évoque la falsifiabilité de la science, veut-il dire que la science est frauduleuse et qu'ainsi, il ne sert à rien de lui accorder crédit ?

Non, Popper a conçu ce qu'on appelle le critère de falsifiabilité comme test pour mettre à l'épreuve la scientificité des théories. Il adopte un point de vue empiriste et criticiste (observations et applications empiriques comme critères), mais c'est également une démarche rationaliste. Voici deux extraits complémentaires :
Popper, Conjectures et Réfutations a écrit:
Un système doit être tenu pour scientifique seulement s'il formule des assertions pouvant entrer en conflit avec certaines observations. Les tentatives pour provoquer des conflits de ce type, c'est-à-dire pour réfuter ce système permettent en fait de le tester. Pouvoir être testé, c'est pouvoir être réfuté, et cette propriété peut donc servir, de la même manière, de critère de démarcation. Cette conception voit dans la démarche critique la caractéristique essentielle de la science. Le savant doit donc étudier les théories sous l'angle de leur aptitude à être examinées de manière critique […]. La théorie de Newton, par exemple, prédisait certains écarts par rapport aux lois de Kepler (en raison des interactions entre planètes), alors que ceux-ci n'avaient pas été observés. Elle s'exposait en conséquence à des tentatives de réfutation dont l'échec allait signifier le succès de cette théorie. La théorie einsteinienne a été testée de manière analogue. Et de fait, tous les tests effectifs constituent des tentatives de réfutation. Ce n'est que lorsqu'une théorie est parvenue à supporter les contraintes de ce genre d'efforts qu'on pourra affirmer qu'elle se trouve confirmée ou corroborée par l'expérience. Il existe en outre (comme je m’en suis avisé par la suite) divers degrés d’assujettissement aux tests : certaines théories s’exposent avec plus d’intrépidité que d’autres aux éventuelles réfutations. […] Une théorie plus précise et qui se prête plus aisément à être réfutée est aussi celle qui est la plus intéressante. Et comme elle est la plus audacieuse, elle est également la moins probable. Or, elle se prête mieux aux tests, parce que nous pouvons la soumettre à des tests plus précis et plus rigoureux. Et si elle se révèle résister à ces tests, elle sera mieux confirmée ou mieux attestée par ceux-ci. L’aptitude à être confirmé (attesté ou corroboré) croît donc nécessairement avec l’assujettissement aux tests. Ces considérations indiquent que le critère de démarcation ne saurait être parfaitement tranché et qu’il admettra différents degrés. Parmi ces théories, certaines pourront être très bien testées, d’autres se prêteront très difficilement à être testées, d’autres encore seront impossibles à tester. Les dernières n’intéressent pas les chercheurs en sciences empiriques.
Popper, La Logique de la découverte scientifique a écrit:
Nous pouvons si nous le voulons distinguer quatre étapes différentes au cours desquelles pourrait être réalisée la mise à l'épreuve d'une théorie. Il y a, tout d'abord, la comparaison logique des conclusions entre elles par laquelle on éprouve la cohérence interne du système. En deuxième lieu s'effectue la recherche de la forme logique de la théorie, qui a pour objet de déterminer si elle constituerait un progrès scientifique au cas où elle survivrait à nos divers tests. Enfin, la théorie est mise à l'épreuve en procédant à des applications empiriques des conclusions qui peuvent en être tirées.
Le but de cette dernière espèce de test est de découvrir jusqu'à quel point les conséquences nouvelles de la théorie - quelle que puisse être la nouveauté de ses assertions - font face aux exigences de la pratique, surgies d'expérimentations purement scientifiques ou d'applications techniques concrètes. Ici, encore, la procédure consistant à mettre à l'épreuve est déductive. A l'aide d'autres énoncés préalablement acceptés, l'on déduit de la théorie certains énoncés singuliers que nous pouvons appeler "prédictions" et en particulier des prévisions que nous pouvons facilement contrôler ou réaliser. Parmi ces énoncés l'on choisit ceux qui sont en contradiction avec elle. Nous essayons ensuite de prendre une décision en faveur (ou à l'encontre) de ces énoncés déduits en les comparant aux résultats des applications pratiques et des expérimentations.
Si cette décision est positive, c'est-à-dire si les conclusions singulières se révèlent acceptables, ou vérifiées, la théorie a provisoirement réussi son test : nous n'avons pas trouvé de raisons de l'écarter. Mais si la décision est négative ou, en d'autres termes, si, les conclusions ont été falsifiées, cette falsification falsifie également la théorie dont elle était logiquement déduite. Il faudrait noter ici qu'une décision ne peut soutenir la théorie que pour un temps car des décisions négatives peuvent toujours l'éliminer ultérieurement. Tant qu'une théorie résiste à des tests systématiques et rigoureux et qu'une autre ne la remplace pas avantageusement dans le cours de la progression scientifique, nous pouvons dire que cette théorie a "fait ses preuves" ou qu'elle est "corroborée".


Une présentation concise et fiable dans la revue Implications philosophiques : ici, pour vous permettre de bien articuler les deux extraits de Popper ci-dessus.

Dernière édition par Euterpe le Sam 30 Juil 2016 - 17:14, édité 1 fois

descriptionLa vérité scientifique. - Page 2 EmptyRe: La vérité scientifique.

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sakuratsu a écrit:
même si l'héliocentrisme est aujourd'hui évident, nous ne connaissons pas tout, nous sommes toujours en quête de savoir, nous autres scientifiques. En ce sens-là, la science s'inscrit dans un processus d'infinie rectification. C'est la raison pour laquelle la recherche fonctionne toujours.
Qu'en pensez-vous ?

Le gros intérêt des travaux de Popper est d'avoir attiré l'attention sur la fragilité de la vérification empirique pour valider une théorie. Sur le plan logique une vérification ne prouve pas la vérité en général. Popper propose un critère qu'il juge plus pertinent que la vérification : la réfutation. D'après ce concept de réfutabilité, une affirmation (une théorie) est dite réfutable s'il est possible de faire une observation ou de réaliser une expérience qui, si elles étaient positives, pourraient contredire cette affirmation. Ceci étant rappelé, il est utile de placer ce concept dans le cadre du réalisme critique prôné par Popper. Vous le faites très bien dans votre texte introductif. Il est intéressant de mettre cette vision épistémologique dans la perspective des sciences sociales car le scientifique est un acteur majeur du théâtre social. Cependant dans cette perspective, Karl Popper ne dissocie pas la véracité d'une théorie de son utilité. Il défend le réalisme critique contre l'instrumentalisme selon lequel les idées sont des instruments dont le domaine de validité n'est pas absolu mais dépend seulement des besoins et des défis que rencontrent les hommes.

Christel-Donald Abessolo Metogo, Enjeux politiques du rationalisme critique chez Karl Popper a écrit:
Popper prétend que la démarche critique peut influencer avantageusement le progrès des sciences sociales. Son constat est que la démarche scientifique a consisté, jusqu’à un passé très récent, en une quête de la Vérité entendue comme une réalité dont la mise en exergue des sources, origines ou essences, devait en garantir l’indubitabilité. Aussi la connaissance figurait-elle une accumulation de certitudes auxquelles l’investigation philosophique apportait un fondement rationnel. Mais il relève la double difficulté posée par une telle approche de la connaissance : une difficulté d’ordre gnoséologique d’abord, qui réside dans une conception statique de la science dont la conséquence inéluctable réside dans l’édification d’une société figée, hostile au progrès ; et une difficulté d’ordre éthique ensuite, qui est le problème de la violence induite par le caractère sacré de la vérité. Le sort de Galilée est exemplaire à ce titre, puisqu’il est caractéristique à la fois de l’obscurantisme de l’ancienne vision de la science, et de son pendant naturel, à savoir la violence. De fait, l’intervention de Karl Popper est d’abord une invite à la réflexion sur le statut de la raison. En effet, le théoricien du rationalisme critique se demande si, comme le prétend la science classique, la raison a vocation à servir de faire-valoir à nos intuitions ou impressions, ou si, comme il en fait la démonstration, son rôle ne s’inscrit pas plutôt dans une logique de quête du savoir qui pose la Vérité comme un horizon. Dans le premier cas, la raison est instrumentalisée pour fonder des dogmes, à savoir, des vérités indépassables, et donc des vérités absolues. Dans le second, la raison accompagne la croissance du savoir, non pas simplement d’un point de vue quantitatif, mais surtout qualitativement, dans un processus cathartique de remise en cause permanente des théories. Il en résulte une conception radicalement différente de l’homme de science, que la philosophie classique présente comme un savant, c’est-à-dire un fier possesseur de la vérité et une véritable autorité dans son domaine, mais qui devient, dans la science contemporaine, un chercheur inlassable de la vérité, un esprit alerte, toujours prompt à revisiter les résultats de ses propres recherches ou à les soumettre à la critique de ses pairs.
Mais l’intervention de Popper présente une autre vertu, qui est de proposer une méthode d’investigation différente de celle en vigueur dans la science classique. Car celle-ci procède d’un raisonnement par induction, c’est-à-dire qu’elle établit des lois par généralisation à partir de cas particuliers. Il observe ainsi que la méthode inductive commence par « isoler » la vérité, pour ensuite juger de la véracité ou de la fausseté de situations ultérieures à l’aune de celle-ci. C’est pourquoi il existe, pour chaque situation, une vérité qui peut être découverte une fois pour toutes, et qui permet par suite de juger de la valeur de vérité de situations analogues.
Or, Popper dénonce la faiblesse d’un tel raisonnement qui, selon lui, est caractéristique d’une logique qui marche sur la tête. En effet, il ne considère pas la recherche scientifique comme une simple vérification de théories à partir de certaines références, mais au contraire comme une volonté constante de les améliorer, inspirée à l’homme de science par l’insatisfaction de ses propres résultats au regard des enjeux. Ainsi, pour lui, la Vérité n’est-elle pas une réalité comme une autre, que la raison permettrait de découvrir une fois pour toutes ; elle est, au contraire, un but que les théories permettent d’approcher les unes mieux que les autres. De ce point de vue, le rationalisme critique prône un falsificationnisme méthodologique, c’est-à-dire une attitude de doute constructif vis-à-vis des théories, qui encourage non seulement à les exposer à la critique la plus sévère, mais aussi à faire en permanence un effort d’inventivité de solutions originales susceptibles de mieux incarner les buts recherchés. Telle est, selon Popper, la logique véritable de la science, celle qui a permis de tous temps à l’humanité de réaliser des progrès prodigieux dans le domaine de connaissance. Il nomme ainsi « révolution copernicienne » ce passage d’une science docte à une science qui cherche, une attitude qui, estime-t-il, doit valoir aussi bien pour les sciences naturelles que pour les sciences sociales. Et pour lui, cela suppose que même en politique, où bien souvent la volonté de puissance et le besoin de stabilité l’emportent sur toute autre considération, la méthode critique peut aider à faire évoluer les mentalités, notamment en centrant le débat politique autour de l’indispensable conciliation de l’efficacité politique avec la justice sociale

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