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L'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ?

4 participants

descriptionL'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ? EmptyL'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ?

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Bonjour,

l'homme ne cesse d'apprendre durant toute son existence. Ainsi, un apprentissage en pousse un autre. Mais la philosophie nous apporte des cartes pour nous aider à suivre un chemin de vérité. Ces cartes sont les réflexions non finalisées d'autres penseurs.
Alors peut-on faire de la philosophie sans aucune connaissance ? Pouvons-nous être objectifs sans connaissances ?
Ou bien, par opposition, ne serait-ce pas plus objectif ? Finalement, la philosophie ne nous amène-t-elle pas dans des ornières créées par nos prédécesseurs ?
Ainsi, notre monde suit-il les dogmes philosophiques, ou bien est-ce le philosophie qui suit l'homme qui évoluerait instinctivement ?

descriptionL'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ? EmptyRe: L'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ?

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gaz a écrit:
l'homme ne cesse d'apprendre durant toute son existence. Ainsi, un apprentissage en pousse un autre.

Pour être exact, un apprentissage en appelle un autre. Certains apprentissages sont cumulatifs, d'autres impliquent des bifurcations, des changements, etc. Concernant le philosophe en particulier, les dialogues de Platon vous donneront l'essentiel des réponses. Mais il y en a un qui pourrait vous aider à envisager votre question dans son ensemble, en situant le philosophe, c'est un dialogue apocryphe, attribué à Platon : Les Rivaux (il est très court et se lit sans difficulté - la notice introductive est bien faite).

gaz a écrit:
Mais la philosophie nous apporte des cartes pour nous aider à suivre un chemin de vérité. Ces cartes sont les réflexions non finalisées d'autres penseurs.
Tout dépend de ce que vous cherchez. Or, aujourd'hui, beaucoup de personnes s'initient un peu à la philosophie avec un objectif tout autre que celui de devenir philosophes : elles ne s'intéressent pas à la philosophie en elle-même, qui n'est pour elles qu'un moyen en vue d'autre chose. On trouve également beaucoup de personnes qui s'improvisent philosophes sans savoir de quoi il s'agit. On ne s'improvise pas mathématicien. A vrai dire, il y a peu de domaines où l'on trouve des gens qui se permettent de s'improviser ceci ou cela, à l'exception des sciences humaines et de la philosophie. Or, dans cette affaire, tout le monde en pâtit : les profanes et les initiés. Toutes les sciences humaines (les sciences dites anthropologiques : histoire, sociologie, etc.) sont aujourd'hui victimes de l'opinion.

Pour en revenir à la philosophie, la vérité n'est pas nécessairement sa quête principale, chez Platon et Aristote, par exemple, c'est le souverain bien qui compte, la Justice, laquelle implique effectivement un corpus de connaissances étendues, contrairement à la justice punitive et lapidaire d'une certaine opinion, qui confond justice, équité, égalité, etc., qui ne s'intéresse, souvent sans en avoir conscience, qu'à la justice commutative et, dans une moindre mesure, à la justice distributive, ne voyant pas que la justice est autrement plus vaste et implique, de fait, une somme de connaissances si étendues qu'il y faut une certaine érudition. Ce à quoi l'opinion ne se résout pas.

Une précision sur ce que vous appelez "un chemin de vérité". Vous trouvez, encore chez Platon, des textes déterminants sur la question de la méthode (qui signifie chemin, cheminer par la pensée). La méthode, c'est à la fois des principes, des procédés, des moyens et des enseignements, ça ne peut pas s'improviser. Par ailleurs, on ne peut pas ne pas subdiviser la question de la vérité en plusieurs types de questions, en fonction de l'histoire de la philosophie et des genres de connaissance. En tout cas, depuis Kant, la vérité n'a plus la même importance en philosophie, pour plusieurs raisons, dont l'une tient à une évolution psychosociale de l'Occident depuis environ deux siècles et demi. La vérité, on ne sait pas bien ce que c'est ou ce que ça peut être.

Vous parlez, enfin, de "réflexions non finalisées". Si vous voulez dire qu'au fond, et à quelques exceptions près, aucune pensée n'est achevée, au moins parce qu'à mesure qu'il chemine dans sa pensée, un penseur découvre des choses qu'il ne pouvait prévoir, il va sans dire en effet que ses poursuivants (les lecteurs) ne pourront pas ne pas orienter son œuvre dans des voies nouvelles ; parce que toute pensée, affrontée au réel toujours changeant, offre de nouvelles potentialités, au point même que la "redécouvrir", c'est en quelque manière la réinventer ou la renouveler. Mais, vous vous en doutez, ça suppose d'être aguerri.

gaz a écrit:
Alors peut-on faire de la philosophie sans aucune connaissance ?
Non.
gaz a écrit:
Pouvons-nous être objectifs sans connaissances ?
Non plus.

gaz a écrit:
Ou bien, par opposition, ne serait-ce pas plus objectif ? Finalement, la philosophie ne nous emmène-t-elle pas dans des ornières créées par nos prédécesseurs ?
Ainsi, notre monde suit-il les dogmes philosophiques, ou bien est-ce le philosophie qui suit l'homme qui évoluerait instinctivement ?

Ce problème est posé par les héritiers des philosophes, pas par les philosophes eux-mêmes. Ce sont les "héritiers" autoproclamés qui érigent des chapelles et imposent des orthodoxies. D'où l'importance de lire les œuvres, plutôt que les commentateurs "autorisés", parce que lire les œuvres, c'est lire les sources, fréquenter directement les philosophes. Beaucoup reprochent niaisement à Platon le platonisme, à Marx le marxisme, au Christ le christianisme ; bientôt on reprochera le futurisme au futur, et le cubisme aux cubes...

Pour finir, on n'évolue pas instinctivement. Mettez un caillou dans une boîte de plexiglas conçue pour résister à tout ; revenez dans 200 millions d'années : le caillou sera le même. Tout ça pour dire que les hommes n'évoluent que dans des milieux, des contextes.

Mais, encore une fois, lisez Les Rivaux, qui ne devraient vous poser aucune difficulté terminologique ou conceptuelle insurmontable.

Dernière édition par Euterpe le Mar 16 Aoû 2016 - 16:10, édité 4 fois

descriptionL'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ? EmptyRe: L'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ?

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Tout d'abord, je pensais que le simple fait de poser des questions sans réponses définies précisément équivalait à philosopher. Or l'auteur de ces questions était, pour moi, un philosophe. A temps partiel pour certains, à titre amateur pour d'autres, à titre professionnel pour certains qui publient, etc.
Je ne voyais donc pas de hiérarchie dans les philosophes.
Par conséquent, je pensais que le simple fait de me demander pourquoi je suis sur cette terre et ce qui m'anime était un acte philosophique.
Et justement, je vois la philosophie comme la loi. Il y en a toujours une pour contredire l'autre.
Alors ce qui ferait le philosophe serait le simple fait d'avoir emmagasiné des données. Mais pour le coup, si la personne en question s'auto-conditionne vers telle ou telle idée ou penchant, elle est moins objective.
Une chose m'a marqué dans la nature humaine. C'est les génies comme Einstein. Mais ce n'est pas tant leur génie qui m'a marqué, que le cheminement de pensée qui les a amenés vers plein de domaines différents. Effectivement, pour moi la pensée est un cheminement. Et des génies comme Léonard de Vinci avaient je pense cette faculté de pouvoir prendre des cheminements plus adéquats suivant les sujets qu'ils traitaient.

De la même manière, je suis surpris que vous placiez le christianisme dans la philosophie. Je précise tout de même que je suis athée. Pour moi, les religions seraient justement le fait de s'engouffrer dans des questions auxquelles l'homme ne peut répondre directement. Cela dit, le religieux cultive les cheminements cérébraux que j'énonçais plus haut, ce qui lui donne beaucoup de recul sur les choses.
Je prendrais un exemple tout bête : une mère qui s'inquiète pour son enfant qui passe beaucoup de temps devant la TV et devant des programmes assez violents, etc., et bien là où l'homme commun jugera cet acte dans sa société et même plus précisément par rapport aux enfants de ses amis, le religieux y verra l'Homme et son devenir tant au niveau temporel que physiquement en comparant cet enfant à d'autres cas de par le monde.

Cela dit, vos remarques me touchent et ne manqueront pas de remettre en cause mes jugements.

Dernière édition par gaz le Mer 7 Mar 2012 - 23:38, édité 1 fois

descriptionL'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ? EmptyRe: L'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ?

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gaz a écrit:
je pensais que le simple fait de se questionner sur des questions sans réponses définies précisément serait le fait de philosopher.

Le philosophe ne s'amuse pas à poser ce genre de questions. Ça c'est l'image d'Épinal. A ce compte-là, tout le monde fait de la philosophie où il veut, quand il veut, comme il veut... Essayons une question sans réponse : Quelle est la vitesse d'un hippocampe au galop ? Je ne sache pas que l'absurde ou que les questions mal posées font le philosophe. Questionner, ça s'apprend aussi.

gaz a écrit:
Par conséquent, je pensais que le simple fait de me demander pourquoi je suis sur cette terre et ce qui m'y anime était un acte philosophique.

Ce n'est pas le cas. Encore une fois, il faut bien faire la différence entre ce qu'on appelle un intellectuel et un philosophe. Brasser des idées, c'est possible dans à peu près toutes les disciplines. Mais il y a des idées mathématiques, des idées philosophiques, des idées artistiques, etc.

gaz a écrit:
Et justement, je vois la philosophie comme la loi. Il y en a toujours une pour contredire l'autre.

Vous allez trop vite en besogne. Le relativisme n'est en rien un critère invalidant, et la philosophie, ce n'est pas comme les objets décoratifs ou les vêtements ou les posters : chacun ses goûts et fait comme il veut... Il y a une discipline philosophique, des méthodes, une épistémologie. Mais il y a aussi des contextes, des croyances, etc. Un Russe ne pense pas comme un Français, ni comme un Péruvien ou un descendant des Mayas. C'est une impossibilité, qui impose un relativisme. Enfin, deux philosophes qui s'opposent, cela n'implique en aucun cas qu'on en choisisse un pour jeter l'autre. Les oppositions sont inclusives : supprimez Platon, le christianisme et Kant, que reste-t-il de Nietzsche ? D'où pourrait-il penser ? Prenons un exemple plus prosaïque : le bipartisme suppose que les partis opposés vivent ensemble et exercent le pouvoir alternativement, pas une guerre civile.

gaz a écrit:
Alors ce qui ferait le philosophe serait le simple fait d'avoir emmagasiné des données.

Absolument pas ! Prenez le temps de bien lire ce qu'on vous écrit. Je vous ai indiqué un dialogue apocryphe attribué à Platon... Attendez de le lire ! S'il ne s'agissait que d'emmagasiner des données, la philosophie serait accessible à tous ! A la limite, un ordinateur, puisqu'il n'y a pas mieux pour emmagasiner et stocker des idées, serait philosophe par définition ! Il y a des connaissances spécifiquement philosophiques. De toute façon, comme j'ai eu l'occasion de le dire ailleurs, toutes les disciplines discursives souffrent de cette appropriation "spontanée" que s'autorisent beaucoup de personnes : la politique, ça consiste à parler ? Eh bien ! nous aussi on peut parler ! La philosophie ? Pareil ! La sociologie ? Pareil ! Dans ce cas, qu'on nous explique un peu pourquoi on propose des études de philosophie, de politique, de sociologie, d'ethnologie, etc.

gaz a écrit:
Mais pour le coup, si la personne en question s'auto-conditionne vers telle ou telle idée, ou penchant, elle est moins objective.

Posons une question de bon sens, voulez-vous. A votre avis, entre un illettré et un philosophe, lequel est le plus susceptible de se laisser conditionner ? La question du conditionnement et de l'objectivité a été inventée, posée, formalisée par les philosophes.

gaz a écrit:
Une chose m'a marqué dans la nature humaine. C'est les génies comme Einstein. Mais ce n'est pas tant leur génie qui m'a marqué, que le cheminement de pensée qui les a amenés vers plein de domaines différents. Effectivement, pour moi la pensée est un cheminement. Et des génies comme Léonard de Vinci avaient je pense cette faculté de pouvoir prendre des cheminements plus adéquats suivant les sujets qu'ils traitaient.

Je parlais du cheminement philosophique. Einstein et Vinci sont des génies, mais ce ne sont pas des philosophes.

gaz a écrit:
je suis surpris que vous placiez le christianisme dans la philosophie.

Je ne place pas le christianisme dans la philosophie, c'était un exemple. J'en profite pour préciser que sans l'apprentissage du grec et de la rigueur de la pensée philosophique, notamment platonicienne, le christianisme n'avait pratiquement aucune chance de devenir la religion dominante à la fin de l'empire romain...

Dernière édition par Euterpe le Mar 16 Aoû 2016 - 16:15, édité 3 fois

descriptionL'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ? EmptyRe: L'apprentissage de la philosophie implique-t-il l'apprentissage de connaissances ?

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Je ne considère pas les maths comme des idées mais comme des certitudes communes de conception. De plus, les idées artistiques ne sont belles que lorsqu'elles sont nouvelles, sinon, ce n'est plus de l'art mais de la copie et donc du commerce. Pour Einstein et Vinci, je voulais justement poser cette question de l"'intelligence" que je trouve dans le fait d'avoir des connaissances dans beaucoup de domaines différents. Ces domaines forçant non pas le savoir, mais forçant des cheminements de réflexion différents.

Je ne place pas le christianisme dans la philosophie, c'était un exemple. J'en profite pour préciser que sans l'apprentissage du grec et de la rigueur de la pensée philosophique, notamment platonicienne, le christianisme n'avait pratiquement aucune chance de devenir la religion dominante à la fin de l'empire romain...

Je ne comprends pas trop cette remarque, d'une part car je ne connais pas ces sources et d'autre part je ne vois pas non plus de hiérarchie dans la religion.
Pourtant, je suis de culture chrétienne. Et c'est ce qui a animé mon être depuis ma naissance. Mais de la même manière que je place mes jugements (que j'entends comme philosophiques), je tiens à ce que mes jugements d'ordre religieux restent ouverts, ne serait-ce que pour ne pas passer de l'amour pour l'une à la haine pour l'autre par opposition.

Dernière édition par gaz le Mer 7 Mar 2012 - 23:41, édité 1 fois
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