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L'inconscient en peinture.

+3
Vangelis
Euterpe
Lou S.
7 participants

descriptionL'inconscient en peinture. - Page 3 EmptyRe: L'inconscient en peinture.

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Euterpe a écrit:
Lou S. a écrit:
Je cherchais une image qui soit vraiment parlante sur ce sujet autant que celle de Escher me semble l'être pour l'être et le néant :
L'inconscient en peinture. - Page 3 Poissons_oiseaux_penches


Celle d'Escher ne convient vraiment pas pour ce que vous cherchez, on l'étudie beaucoup dans les écoles d'arts appliqués à propos notamment de la perception visuelle et dans le cadre de la sémiologie appliquée à l'image.

Bon, je dois encore réviser ma copie, moi... Il me semblait pourtant, que, certes très rapidement, cette gravure permettait d'illustrer comment, en faisant exister quelque chose (les poissons par exemple), je ramène au néant ce qui est autour et qui ne "m'intéresse pas"...

Au risque de dire encore une énormité, je pensais aussi à l'Ange du foyer, de Max Ernst...

Elle me fait penser à "le moi n'est plus maître en sa demeure", à la place c'est cette espèce de monstre de bric et de broc, et qui se manifeste à grands coup de symptômes (n'allez pas dire, après ça, que j'ai besoin de consulter un analyste!!)

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cicero a écrit:
Je pensais bien évidemment au Cri qui trahit sur tous les plans l'angoisse et sa propre perception vertigineuse, ou à L'enfant malade ou au Vampire.
Tous les portraits de Munch mettent souvent en image la folie et ses expressions.

Mais avec Munch, nous sommes sur un versant beaucoup plus psychologique que symbolique. Je trouve, pour ma part, que Munch est une impasse, tant plastiquement que sur le plan de la représentation, justement parce qu'il essaie de représenter ce qui, en quelque manière, n'appartient pas à la vision. Évidemment, pour un graphiste, c'est du pain béni, les arts graphiques exploitant beaucoup ce genre de choses, mais pour la peinture, je ne sais pas si ça vaut la peine. Au fond, les œuvres de Munch relèvent-elles vraiment de la peinture ? Mais c'est un autre débat.

Lou S. a écrit:
Il me semblait pourtant, que, certes très rapidement, cette gravure permettait d'illustrer comment, en faisant exister quelque chose (les poissons par exemple), je ramène au néant ce qui est autour et qui ne "m'intéresse pas"...

Pas ici. Vous projetez sur cette œuvre graphique quelque chose qui ne s'y trouve pas. Escher ne joue que sur des formes impossibles et s'amuse avec la perception visuelle. Comme souvent chez lui, la composition consiste en un damier qu'il distord complètement en jouant sur l'intrication de formes les unes dans les autres, intrication qui permet justement de changer progressivement de forme(s) (du lapin au canard et réciproquement, ou de l'oiseau au poisson, etc.). Chez lui, pour faire très bref, la question consiste à se demander comment on voit quand on voit, et à en chercher les implications : que voyons-nous vraiment ? ou plutôt : voyons-nous vraiment ce que nous voyons ? quand il devient si facile de se jouer de la perception visuelle ?

Lou S. a écrit:
Au risque de dire encore une énormité

Vous n'avez dit aucune énormité. L'erreur est fréquente et "naturelle" ; on a souvent tendance à considérer que le langage symbolique est fixe, réglé une fois pour toutes (mais qu'est-ce que le langage symbolique ? Et sait-on bien ce qu'on dit quand on en parle ?), et qu'il suffirait d'extraire de chaque œuvre tel et tel symbole pour en déterminer la signification, comme si sa signification lui venait d'un code extérieur, comme s'il existait une "bibliothèque" virtuelle et universelle dans laquelle il suffirait de retrouver les significations associées à chaque symbole. Dans ce cas, quiconque apprendrait ce langage deviendrait nécessairement un artiste. Or l'artiste invente un langage. Le contexte d'une œuvre est important, si on sait faire parler l'œuvre, mais ça suppose le talent d'un Taine. Tout ce qui est à comprendre d'une œuvre est dans l'œuvre même. Elle est à elle-même son propre code. Ici, vous partez implicitement du principe que le noir doit pouvoir symboliser quelque chose comme le néant alors qu'il ne s'agit de rien d'autre que d'un chiasme formel, comme le sont tous les damiers, noirs et blancs dans la plupart des cas.

Lou S. a écrit:
je pensais aussi à l'Ange du foyer, de Max Ernst...

Pour Max Ernst, évidemment, c'est autre chose. Mais alors il faut faire attention à une tendance lourde, chez nous autres les modernes nés après l'invention de la psychanalyse. Nous avons tendance à nous jeter sur des peintres contemporains pour trouver ce que nous cherchons souvent mal. Ce que je vais dire de Ernst, s'applique aussi à Dalí et à tant d'autres : il ne suffit pas de pratiquer les anamorphoses et de jouer avec les formes pour être placé dans l'inconscient, ou pour rendre manifeste sa créativité. Là encore, c'est trompeur. Bien des peintres sont beaucoup plus éloquents, sans recourir aux symboles ou aux difformités, sans défigurer à tout va, sans inventer des paysages qui, parce qu'ils seraient "inhabituels", devraient être immédiatement jugés oniriques. Je note pour ma part que beaucoup d'artistes impétrants, aujourd'hui, se croient des maîtres au seul motif qu'ils ébaubissent le premier profane venu avec ce genre d'amusement. Mais demandez-leur de vous dessiner à main levée un corps humain de la façon la plus classique (en termes de rendu, de tracé, etc.), pimentez la chose en leur demandant de multiplier les raccourcis... Chez les peintres les plus "réalistes", c'est-à-dire, dans le langage du profane, les plus figuratifs, on trouve largement de quoi satisfaire notre besoin de "voir" l'inconscient ou ce qui en est le signe.

Dernière édition par Euterpe le Mar 19 Juil 2016 - 17:24, édité 3 fois

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J'aurais plutôt conseillé Otto Dix et Klimt.

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Euterpe a écrit:
Ici, vous partez implicitement du principe que le noir doit pouvoir symboliser quelque chose comme le néant alors qu'il ne s'agit de rien d'autre que d'un chiasme formel, comme le sont tous les damiers, noirs et blancs dans la plupart des cas.

Non, non, je n'ai pas voulu faire ce raccourci, noir = néant. Mais plutôt dire que, si on regarde les formes poissons, on ne distingue plus les formes oiseaux, qui deviennent le fond et qui sont comme ramenées au néant, et vice-versa.
C'est peut-être un peu tricher que de voir dans cette œuvre ce concept...

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Euterpe a écrit:
[..] or court-circuiter le conscient, c'est court-circuiter de facto l'inconscient.

Je ne considère pas l'inconscient comme ayant la même forme que le conscient, dans le sens où les informations n'y sont pour moi pas de la même nature. Je le considère plutôt comme un magma de sensations auxquelles certains traitements cognitifs participant du sujet conscient ne sont pas appliqués. Dans le modèle standard la différence n'existe que dans le refoulement, c'est-à-dire qu'ils ont la même nature mais diffèrent par l'accès. Ainsi de mon point de vue il est possible qu'une partie de ce magma puisse émerger en acte sans que le traitement cognitif participant du sujet conscient ne soit appliqué dans sa totalité.


Lou.S a écrit:
Non, non, je n'ai pas voulu faire ce raccourci, noir = néant. Mais plutôt dire que, si on regarde les formes poissons, on ne distingue plus les formes oiseaux, qui deviennent le fond et qui sont comme ramenées au néant, et vice-versa.
C'est peut-être un peu tricher que de voir dans cette œuvre ce concept...

Pas du tout, c'est même très bien vu. L'un ne se dévoile que par la néantisation de l'autre.
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