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Sommes-nous les jouets de "simples" mots ?

4 participants

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Mais je crains que le modèle religieux soit hors de notre portée philosophique


En cela, vous ne suivez pas Jean-Paul Sartre, contrairement à moi qui n'ai de cesse d'essayer de comprendre comment, durant mon enfance et mon adolescence j'ai pu avaler tant de mots sans m'interroger efficacement. Je ne vois que l'effet multiséculaire de la coercition que vous évoquez.
Un extrait , que je trouve émouvant, du livre "Les mots" de Sartre. Les mots ? Tiens, tiens...
"L'illusion rétrospective est en miettes ; martyre, salut, immortalité, tout se délabre, l'édifice est en ruine, j'ai pincé le Saint-Esprit dans les caves et je l'en ai expulsé ; l'athéisme est une entreprise cruelle et de longue haleine : je crois l'avoir menée jusqu'au bout."

en raison de son langage performatif


N'est-ce pas ce mode performatif qui fabrique les ficelles langagières qui nous animent comme des pantins ? Si je vous dis : mangez du miel, c'est bon pour la mémoire. Vous le ferez peut-être et profiterez peut-être d'un effet placebo, mais dans ces conditions la dignité de notre intelligence est bafouée. Contre cela il existe dans certains pays une loi contrôlant les "allégations nutritionnelles et de santé". Alors "mystère", "sacré"... de quel droit ? Rien pour contrôler ces allégations ?

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PhiloGL a écrit:

Si ceci vous évoque des livres que vous avez lu, merci pour votre réponse.


Oui ceci évoque bien des lectures et d'abord Castoriadis, L'institution imaginaire de la société. Cette référence avait été mentionnée dans votre sujet "Platon et la psychanalyse" (de mémoire) et vous aviez alors préféré ne pas donner suite, mais au regard de vos questions ici je pense qu'il serait vraiment bon de vous soumettre à cette étude. Une autre référence qui pourrait renouveler votre questionnement, mais je crains qu'elle aussi soit plutôt contraire à votre goût, serait Jacques Ellul (que j'ai étudié de près, comme Castoriadis, pourquoi je peux vous renvoyer vers ces auteurs) : son livre sur la propagande d'une part, et d'autre part La Parole humiliée. Ces travaux d'Ellul permettent de mieux cerner (ou en tout cas différemment) certaines spécificités importantes du rapport au langage aujourd'hui, dans ses évolutions contemporaines les plus décisives. Lire attentivement Propagandes par exemple, c'est prendre conscience de ce que le phénomène de la propagande (non pas telle ou telle propagande, mais le produit global de l'application de toutes les techniques de propagande) modifie en profondeur les rapports sociaux, la situation du "sujet" dans la réalité et en définitive comment se posent effectivement les problèmes de la vérité et la liberté. Puis, si vous ne les avez pas déjà consultées, vous pourriez lire avec bénéfice les notes et les discussions du Forum où il est question de la généalogie de l'individu moderne et de la subjectivité.

Une remarque d'ailleurs sur le sens de votre sujet : ce sentiment d'avoir été le jouet de simples mots (ou que d'autres aient pu l'être), à partir duquel vous écrivez, n'implique-t-il pas d'avoir acquis une nouvelle certitude, ou du moins que se développe un nouveau sens de la réalité, différent, par rapport auquel vous réalisez avoir été dans l'illusion ? D'où vient ce renouvellement, quel est son sens ? Interrogez-vous cet aspect de votre réflexion ?

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Bonjour.

Merci Zingaro pour les références. J'ai acheté "l'Institution imaginaire de la société" et je compte bien parcourir les deux liens sur ce forum, qui ouvrent encore d'autres perspectives.

ce sentiment d'avoir été le jouet de simples mots (ou que d'autres aient pu l'être), à partir duquel vous écrivez, n'implique-t-il pas d'avoir acquis une nouvelle certitude, ou du moins que se développe un nouveau sens de la réalité, différent, par rapport auquel vous réalisez avoir été dans l'illusion ? D'où vient ce renouvellement, quel est son sens ? Interrogez-vous cet aspect de votre réflexion ?



Un élément capital en tout cas, est la lecture de catéchismes et manuels du catéchiste du début du XXème siècle. Dans un catéchisme que ma mère utilisait quand elle avait 17 ans au début des années 1950, lors de retraites religieuses, on lit : "Le sacrifice qui plaît à Dieu est une âme brisée de douleur" ou "mes os brisés tressailliront d'allégresse". Dans un manuel du catéchiste : "La foi est avant tout un acte d'obéissance". Alors, quand j'entends des femmes musulmanes défendre leur voile au nom de leur foi, je me dis que ni leur foi, ni celle de ma mère, ne sont leur foi mais un de ces fils qui animent des marionnettes. Le simple fait, pour moi, d'aller à la messe le dimanche matin dès mes plus jeunes années n'était rien d'autre qu'un prolongement de ces fils à travers les siècles. Aujourd'hui le discours religieux s'étant "adouci" il rend les fils invisibles et n'en est que plus dangereux. Je crains d'avantage les théologiens que les menaces urbaines habituelles.

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Bonjour PhiloGL,

Je me suis sans doute mal exprimée.

Ce que je veux dire c'est qu'il est tout à fait possible d'avoir un regard philosophique sur n'importe quelle religion. Et pourquoi pas un regard dévastateur.
Le philosophe peut donc contester le sens du baptême que lui donne le magistère chrétien.

Mais dans le cas qui nous occupe, il me semble que c'est la critique globale du dogme baptismal qu'il faut formuler. On ne peut pas dire simultanément "Si ça se trouve le baptême est efficace pour le salut du baptisé" et "ceux qui y croient se paient de mots".
Autrement dit, si le philosophe laisse en suspens cette question préalable il se prive du levier qui permet dire que les chrétiens se paient de mots avec leur mystère du baptême.
Je me demande même si on peut critiquer le dogme baptismal sans démolir pas mal de choses en amont… à moins de faire de la théologie.

Pour la petite histoire, j'ai discuté avec une laïque bénévole chargée de préparer les parents qui demandent le baptême de leur enfant. Elle était assez ébranlée car la plupart de ses interlocuteurs se contrefichent du mystère du baptême et même de sa signification la plus basique, tout ça semble les "gonfler".
Ces parents désinvoltes se paient-ils de mots ? Sans doute, mais il faut faire un pas de côté...

Enfin je vous rejoins sur l'aptitude du langage performatif à tisser des pièges.
Si dans un discours, l'orateur évoque à bon escient le "devoir de mémoire", ipso facto il a déjà accompli son devoir et, de surcroît, il paie de mots ses auditeurs.

Comme vous le rappelez les "allégations nutritionnelles et de santé" ne sont généralement pas performatives (sauf si je les mets en pratique avec conviction et que je bénéficie de l'effet placebo) mais peuvent être toxiques si elles sont fausses ou exagérées.


Cordialement vôtre
pauline

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Bonjour pauline.px.

Je me demande même si on peut critiquer le dogme baptismal sans démolir pas mal de choses en amont


Je ne pourrais affirmer que je comprends ce que vous voulez dire. Je prends l'hypothèse que c'est le cas et je vous dis que c'est justement ce qu'il y a en amont qui m'intéresse, pour trouver le niveau fondamental. A ma connaissance nous n'avons pas encore tiré les conséquences philosophiques du travail de Charles Darwin (bien que cela commence à être pris en compte, par exemple dans le livre de Christian de Duve "génétique du péché originel", mais dans ce cas il s'agit essentiellement des conséquences écologiques de notre caractère agressif et envahissant). Nous sommes des animaux de l'Ordre des Primates produits par l'évolution biologique. Certains de nos ancêtres (les Hébreux), bouleversés par la constatation des capacités de leur cerveau : pensée, imagination, langage, écriture , rêve,... art de la guerre…, et ignorant la Biologie, ont imaginé une histoire dans laquelle ces aptitudes cérébrales étaient d'origine "divine". Ils ont créé des mots pour cela. Dans la foulée, ils ont imaginé, et n'on plus voulu voir (car ils ne pouvaient faire autrement) qu'une création de l'Être Humain par une main "divine", avec le mythe d'Adam et Eve et du péché originel. Qu'ils étaient tous sortis d'un utérus, cela ils ne pouvaient le voir (cécité cognitive ou quelque chose comme cela, par défaut de connaissance scientifique). Je peux à cette occasion évoquer le fait que la domination masculine, encore aujourd'hui institutionnalisée par les religions, continue de s'exercer comme si les hommes faisaient abstraction du fait que ce sont les femmes qui les mettent au monde, femmes qu'ils peuvent violer, torturer, tuer sans arrière-pensée. Je pense que cette cécité actuelle est une conséquence de ces fils langagiers tendus depuis des millénaires et qui déterminent toujours une vision anthropocentrique irréaliste qui profite aux théologiens. Donc pour moi le baptême ne peut avoir de sens que pour ceux qui ne peuvent éviter d'avoir sur l'Être Humain un regard anthropocentrique, égocentrique. Pour ma part, dans l'intérêt de la Terre (en admettant que cela ait une importance), je verrais très bien les Primatologues remplacer les Théologiens. Et il n'y a plus très loin pour ma conclusion : la philosophie doit me permettre de considérer ma finitude dans une totale et absolue sérénité, débarrassé de ces fils langagiers anxiogènes.

Si quelqu'un veut mettre une belle photo de Chimpanzé pour illustrer mon profil, je l'y autorise. J'aurais pu dire "Bonobo" plutôt que "Chimpanzé" parce que les Bonobos semblent être plus pacifiques et vivent dans un système matriarcal, mais il faut savoir se regarder dans une glace : nous sommes plus proches de nos cousins les Chimpanzés.
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